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Michael Moorcock : une interview autour des mondes

Par Faith, le vendredi 3 avril 2015 à 16:55:01

moorcockPour les lecteurs de fantasy, Michael Moorcock n'a plus besoin d'être présenté.
On ne compte plus ses personnages et ses créations : Elric, Cornelius, Corum, Hawkmoon, von Bek, le Multivers. Il a reçu de nombreuses récompenses pour sa carrière en fantasy (Le prix World Fantasy 2000), horreur (le prix Bram Stoker 2004) et science-fiction (le prix Damon Knight Memorial Grand Master). Son œuvre la plus récente est The Whispering Swarm, le premier roman d'une trilogie mi-autobiographique, mi-fantasy et 100% Moorcock. M. Moorcock a eu l'amabilité non seulement de répondre aux questions de cette interview depuis des endroits très variés autour du globe (Houston, Austin, Paris et d'autres) mais aussi de me (Larry Ketchersid) donner son opinion sur la vie à Austin.

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L'interview

Pardonnez cette réponse tardive, j'étais à Houston et ne pouvais pas accéder à mes mails. J'attends vos questions avec impatience.

J'habite à l'extérieur de Houston et si vous y étiez pour une séance de dédicaces, je vais blâmer mon agenda chaotique pour ne pas l'avoir su et l'avoir manquée. Je suis personnellement très curieux. Pourquoi la région d'Austin ? Ma dernière compagnie avait un bureau à Londres et j'ai vraiment apprécié mon temps là-bas. Il est évident que vous avez une histoire d'amour avec cette ville, on peut le dire en lisant les descriptions dans ce livre et dans Mother London. C'est un endroit sacrément coûteux et un peu Orwellien. Je me demande ça aussi parce que, après deux décennies passées ici, ma femme a donné son cœur à Austin maintenant.
Je dois dire, pour soutenir la préférence de votre femme, qu'Austin sent bien meilleur que Houston. Et Bookpeople est un grand magasin indépendant qui a de nombreuses fonctions. Ils ont une clientèle assez grande pour leur permettre de vivre. Nous avions de la famille à Houston et dans le Mississippi. Je ne voulais pas vivre dans un lieu favorisé par les Britanniques. Je voulais comprendre pourquoi la politique américaine était si déconcertante pour les Européens et le Texas semblait être l'endroit le plus approprié pour le faire. On a choisi Austin parce qu'il y a beaucoup de librairies.
Et avez-vous compris la politique américaine ?
Je pense que oui. C'est un peu comme l'Islam dans le fait qu'ils ont du mal à s'adapter aux temps modernes.
The Whispering Swarm ressemble à un livre des origines avec ses informations semi-autobiographiques. Il semble être resté en gestation pendant un bon moment. D'où vient l'inspiration pour ce livre et cette série ? A-t-elle été provoquée par un souvenir ou par quelque chose qui n'avait rien à voir ?
D'une certaine façon, c'est la continuité de mes premiers livres sortis dans les années 90 commençant avec Blood et se terminant avec The War Amongst the Angels. Ceux-là furent déclenchés quand j'entendis une bande de gamins, au parc d'attraction Six Flags Astroworld de Houston, parler entre eux et je voulais, en quelque sorte, utiliser cette musique pour raconter une histoire que j'avais imaginé en Louisiane un peu plus tôt. L'image étendue décrivait la cosmologie à laquelle je pensais depuis les années 60. A la fin des années 90, j'utilisais la théorie des Cordes, le chaos, les maths et cætera pour créer une version beaucoup plus sophistiquée de mon idée originelle du Multivers de 1962. J'y ai beaucoup pensé en voyageant dans le Mississippi, la Louisiane et le Texas. Blood se passe dans un univers parallèle où le Sud est un endroit très différent et très similaire à la fois. J'ai bougé le Terminal Café de Meridian dans le Mississippi à Biloxi et en ai fait un lieu où les parieurs se réunissent pour jouer au mystérieux Jeu du Temps dans l'ombre d'un vaste champ d'énergie. J'ai mélangé l'absurde à la science-fiction et à une certaine dose de vraie et fausse autobiographie pour raconter l'histoire des quatre amoureux à travers plusieurs dimensions. The Chronicles of the Fleet Street Friars lâche l'absurde au profit du réalisme. Je voulais combiner des éléments autobiographiques, historiques et de fantasy. Le second volume, The Woods of Arcady, se déplace en Afrique pour la plus grande part de sa géographie et au Royaume du Prêtre Jean pour le développement de ses thématiques. Le dernier volume nous ramène à Londres. Tous examinent les usages que l'on fait de la fantasy et comment je l'ai moi-même utilisé dans ma propre vie.
A la fin de votre dernière réponse vous affirmez: Tous examinent les usages que l'on fait de la fantasy et comment je l'ai moi-même utilisé dans ma propre vie. Dans le résumé que j'écris pour SFSignal, en relisant votre livre, j'ai marqué, presque pour rire comme votre confession, que The Whispering Swarm est 100% autobiographique et que vous aviez en fait réellement fait l'expérience du Multivers. Et avec votre réponse, je devine que c'est vrai dans un sens. Ce personnage, qui est vous, utilise la fantasy comme une échappatoire, de la même façon que certains se servent de la drogue ou de la boisson comme je vous ai entendu le dire dans une interview. Est-ce que le fait d'écrire de la fantasy très jeune et de s'immerger dans ces mondes était une évasion pour vous dans les périodes stressantes de vos jeunes années ?
Je suppose que oui. Même si je me souviens d'une enfance très heureuse, la plus grande part de ce bonheur venait de ma capacité à lire et à créer dès le plus jeune âge (bien avant que j'aille à l'école). Ma mère était une rêveuse, dans le sens où elle a imaginé beaucoup sa propre existence sans jamais la réaliser, la plupart du temps. Aucun doute que j'ai hérité ça d'elle. J'examine les usages pour lesquels je (et nous) crée de la fantasy. Mon imagination était à la fois ma plus grande force et ma plus grande faiblesse.
A propos de l'expansion de votre version de la théorie du Multivers, en relisant vos premiers travaux, j'ai l'impression que le Multivers est comme une construction amusante, un moyen d'étendre les histoires à de multiples personnages. Mais ça devient plus sérieux dans vos derniers livres. Est-ce que ce livre/cette série sont construits sur ce modèle ?
Pas vraiment. J'avais bien sûr cette idée, il y a très longtemps et pouvais toujours "voir" le multivers (comme décrit dans Le Jeu du Sang). Après la lecture de Mandelbrot, il reçut, comme je l'avais dit à l'époque, un plan de mon propre esprit. Je pense que vous le voyez comme grandissant parce que tout a paru beaucoup plus cohérent après Mandelbrot !

De l'autre côté de l'Ether Noir, ou Second Ether, se trouve ce que l'on appelle parfois le Troisième Ether. Nous appelons le nôtre Premier Ether, ou Ether Blanc, simplement dans le but de donner un vague semblant d'ordre aux cieux. Il y a sept autres plans ou branches connus, en fonction du modèle choisi. Notre planétaire montre un modèle simplifié du Ciel et de la Terre, qui semble évidemment bien plus complexe que celui appris lors de vos leçons. Dans le modèle du Prince Rupert, l'Ether noir est représenté. Ceci donne un début d'explication à certains mystères. Comme je l'ai dit, nous appelons le nôtre Ether Blanc, mais on pense qu'il y a cinq autres couleurs. Certains rapports font mention d'un Ether bleu, d'autres d'un jaune. Si nous atteignons sept en ajoutant les anomalies récurrentes, il va falloir penser à ajouter d'autres branches. (p.72)

Très tôt dans The Whispering Swarm, les Abbot prennent le jeune Michael/vous pour aller voir sa mini-version du "Cosmolabe"... et alors qu'il vous ensorcelle, il psalmodie non seulement sur les fondements de l'espace, du temps et du multivers mais aussi sur le tarot et la numérologie. Comment ces concepts concordent-ils avec le multivers? Avez-vous reçu une éducation sur ces sujets très tôt dans votre jeunesse, par votre mère comme vous y faîtes référence dans votre livre ?
J'ai appris à lire les cartes à l'adolescence. J'ai arrêté au début de la vingtaine après avoir fait deux prédictions horriblement précises et m'être fait peur ainsi qu'à la personne à qui je les avais faites. J'ai laissé tomber la lecture des cartes après ça. Je n'avais jamais vu ça comme autre chose qu'un tour de passe-passe. En fait j'ai VRAIMENT été "élevé par des bohémiens" car des gitans sédentarisés s'occupaient de moi quand ma mère allait travailler. Le deuxième roman va (probablement) montrer un aspect totalement différent de ma "jeunesse", plus proche de la vérité sur mes vraies origines, et va probablement parler un peu de tout ça. Les gitans m'ont appris quelques mots de romani, comment chevaucher leurs poneys etc. Ils vont bien dans le multivers car ils m'apparaissent comme les plus à-même de la décrire.

Je vis la Reine des Pentacles danser avec la grande prêtresse et l'empereur danser autour du soleil. Je vis le Roi, la Reine et les Chevaliers aux Épées former un cercle. Et au milieu de tous se tenait le fou. Le fou, pauvre Pierrot, qui avait laissé sa Colombine aller danser avec Arlequin. (p.76)

J'ai un intérêt particulier dans le Cosmolabe (ou les Cosmolabes). Est-ce que c'est plus qu'un modèle ?
Le Cosmolabe est une tentative de produire une carte grossière du multivers dans le but de pouvoir s'y frayer un chemin. Ils espèrent découvrir un ensemble de routes qui permettraient aux non-initiés de voyager entre les planètes. Je pense que c'est un espoir vain, étant donné la complexité de la "magie" impliquée. Le Cosmolabe est une carte de mon esprit.

Là-bas, dans ces espaces entre les mondes, ces espaces sombres, existe une autre forme de matière que certains appellent "nuages de tempête cosmique", d'autres lui donnent le nom d'Antimatière ou Matière Noire, ce qui est à l'opposé de la nôtre et différent en tout point de vue, l'Ultime Anti-Cosmos rôdant dans leur environnement de la même façon que le nôtre rôde dans les leurs. Voyageant semble-t-il dans des directions opposées. Dans l'Equilibre, ces deux forces font aussi écho à l'idéal humain : une vie constante, simple et heureuse. Mais dans l'Opposition, ils en viennent à la Non-Existence. La Non-Existence n'est pas exactement la perte de conscience. La conscience sans effet est le pire supplice de l'âme. Voir et ne rien faire. Rien du tout. Pour toute l'éternité. (p.248)

Vous/Michael (le personnage) n'êtes pas tant que ça un non-initié comparé à un habitué du Cosmolabe pas encore initié. Le Cosmolabe semble agir comme un professeur /acolyte , amenant les gens comme le personnage de Michael juste au-delà de la limite pour le leur permettre, ce qui en fait, en vérité, une arme très dangereuse entre de mauvaises mains. Le destin du Cosmolabe est-il un des conflits majeurs de la série ?
Non ce n'est probablement qu'un modèle.

Il raconta... son service, au-delà des Montagnes de la Lune, dans l'armée du prêtre Jean, le grand empereur chrétien. Combattant contre les dix grands rois païens du Congo. (p. 228)

Prêtre Jean ? Le roi imaginaire du XIIIè siècle perdu au milieu des musulmans, des mongols et de l'orient ? Ou le Roi dans l’œuvre de Tad Williams L'Arcane des Épées ? (je viens juste de terminer une relecture approfondie de la série donc je l'ai en tête !)
Prêtre Jean apparaît largement dans le deuxième livre, The Woods of Arcady (cf Yeats). Je ne connais pas la plupart des œuvres de fantasy générale (je lis de moins en moins de fictions, peu importe le genre), donc je n'ai pas lu la série de Tad, aussi bonne qu'elle semble être. La seule personne que je connaisse qui l'ai utilisé dans une fiction était Buchan ainsi que quelqu'un qui avait écrit une pièce de théâtre que j'ai entendu à la radio quand j'étais gamin. Plus de Prêtre Jean après que j'ai visité Paris avec femme et enfants et me suis retrouvé coincé dans Les Hivers, un endroit similaire à l'Alsace. J'utilise un peu de l'Arlequinade (une sorte de pantomime où Arlequin et Clown jouent les rôles principaux), par exemple pour Cornelius.
Un avant-goût du dernier livre de la trilogie ?
Non désolé. Même si le troisième devrait contrebalancer le premier volume, je n'en ai pour le moment qu'une structure basique. Le prochain reste juste brièvement en France avant d'aller en Afrique.
Le Multivers dans les livres rencontre beaucoup de personnages de l'histoire et de fiction. Verra-t-on des personnages originaires d'autres parties du Multivers de Moorcock arriver dans la série The Sanctuary of the White Friars? Puis-je demande une apparition de Corum ou Cornelius ?
Non.
S'il vous plaît ?
Il est peu probable de voir mes personnages de fiction apparaître. Les personnages sont des constructions narratives dépendants de certains contextes et je n'en ai pas vraiment besoin ici.
Dans une récente interview, vous citez cette série comme la dernière fois que j'essaye quelque chose de nouveau. En tant que lecteurs nous espérons bien que non.
Qui sait? J'écris de plus en plus de choses autobiographiques mais j'ai 75 ans et besoin de vacances. Je travaille actuellement sur des histoires supplémentaires sur la Troisième Guerre Mondiale pour la France.
M. Moorcock, merci beaucoup de nous avoir accordé de votre temps.
De rien Larry.

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