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Pascal Godbillon et la Horde du Contrevent

Par Gillossen, le mercredi 6 mai 2015 à 18:00:00

HordeA l'occasion des 15 ans de la collection Folio SF, qu'il dirige, Pascal Godbillon a bien voulu répondre à nos questions.
Des questions évidemment "orientées", puisqu'il est question ici de La Horde du Contrevent d'Alain Damasio. En effet, la Horde se retrouve au cœur de l'opération anniversaire basée sur la fanfiction que nous avions abordée il y a quelques semaines.
Pascal Godbillon revient donc plus largement sur l'impact de ce roman et ce qui fait sa singularité à ses yeux.

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L'entretien

Avant même de parler de votre rôle d’éditeur, que représente pour vous le roman d’Alain Damasio, en tant que lecteur ?
Il se trouve que je n’étais pas éditeur quand j’ai lu La Horde du Contrevent pour la première fois. Je travaillais pour une grande enseigne de distribution et étais donc, déjà, dans le « monde du livre », mais pas éditeur. À ce moment-là, le roman n’était pas encore paru, je l’ai donc lu sur manuscrit, dans des conditions de « confort » un peu… particulières, disons ! Autant dire que j’ai été, au premier abord, légèrement… dérouté. De mémoire, très vite, ma réaction a été quelque chose comme : « Mais qu’est-ce que c’est que ça ! » Et puis je me suis laissé porter par le style, par l’histoire, par la proposition poétique et philosophique de l’auteur. Et, une fois ma lecture terminée, j’étais convaincu d’avoir été l’un des premiers à vivre une expérience unique et je crois que je me disais déjà que je serai loin d’être le dernier. J’étais en tout cas bien déterminé à faire en sorte que le livre soit lu par le plus grand nombre et je le conseillais donc autant que possible.
Et donc, en tant qu’éditeur cette fois, qu’incarne La Horde du Contrevent pour Folio SF ?
Eh bien, donc, le meilleur moyen de défendre le livre, lorsque je suis arrivé chez Gallimard, en 2006, c’était de publier La Horde du Contrevent en Folio SF, AB-SO-LU-MENT. Les négociations pour la reprise en poche étaient déjà entamées lorsque je suis arrivé, mais il se trouve que le roman d’Alain Damasio est le premier que j’ai acheté. Il va donc de soi que c’est pour moi, en tant qu’éditeur, un livre important. Mais ça ne s’arrête pas là, évidemment. Aujourd’hui, le livre fait partie des meilleures vente de la collection, on en a quand même écoulé près de 130 000 exemplaires. Forcément, c’est devenu un des piliers de la collection.
Le roman se trouve qui plus est à la croisée des genres. Est-ce important pour vous ?
Ça n’est pas important en soi. Ça n’est en tout cas pas pour ça que je souhaitais publier le titre, mais parce que c’était un excellent roman. Mais c’est, de fait, un bon indicateur de ce qu’est Folio SF, depuis bien avant mon arrivée, d’ailleurs. Quant on est une collection qui s’appelle Folio SF, il est évident que ce serait dommage de ne pas s’appuyer sur la forte notoriété de la marque Folio pour faire découvrir aux lecteurs des ouvrages un peu… « différents ». Et dès la création de la collection, il y avait clairement une volonté de créer des passerelles entre les genres (ou les « non-genres », d’ailleurs). Cela explique la publication du Festin Nu de Burroughs, de Fight Club de Palahniuk, de La villa des mystères d’Andahazi (un petit bijou, tiens, au passage) et de bien d’autres… Donc, de ce point de vue, La Horde du Contrevent est, en effet, un bel exemple de ce qu’est la collection. Mais Fondation d’Asimov ou Gagner la guerre de Jaworski aussi (pour rester dans des ouvrages de genre « purs »).
Il génère aussi souvent des réactions passionnées, jamais tièdes, ou presque.
C’est préférable de susciter la passion, non ? Après tout, ce métier est un métier de passion, c’est notre passion pour les livres qu’on aime qu’on veut partager. Donc, bien évidemment, quand un livre déchaîne autant de réactions, c’est un peu… la satisfaction du devoir accompli, pour faire cliché. Il n’y a rien de pire que de publier un roman qu’on a adoré et que personne ne vous en parle. Jamais. Même pas pour en dire du mal ! Avec La Horde, Folio SF a bien rempli son rôle de passeur. Mais les réactions, extrêmement positives (largement majoritaires) ou radicalement négatives (minoritaires mais… bruyantes ! et c’est tant mieux, il faut aussi qu’elles puissent s’exprimer), c’est le roman qui les provoque, et c’est tout à fait compréhensible, c’est un livre qui s’y prête tout particulièrement.
Dans un sens comme dans l’autre.
Quelle serait la meilleure définition de La Horde du Contrevent ?
Vous êtes sérieux, là ? Sérieusement sérieux ? Non… Si ? Pfffff… Bon, alors… La Horde du Contrevent : roman anémocinétique qui vous submerge d’émotions par rafales. Autrement dit : un bouquin à vous couper le souffle. Ça va, comme ça ?
Pour vous, le voyage est-il plus important que la destination dans une histoire ?
Il est vrai que si la chute d’une histoire est géniale, mais que je m’ennuie à mourir pendant six cents pages avant d’y arriver… je risque bien de ne jamais en voir la fin ! Donc, le voyage est très important, mais il faut que le paysage en vaille la peine, que le rythme de croisière soit le bon, que les compagnons de voyage soient agréables… Bref, là encore, La Horde du Contrevent est un bel exemple de voyage réussi. Une belle métaphore de ce qu’est un récit, de ce qu’est une vie… Parce que, dans le cas de la vie, la destination… on la connait, n’est pas ? Alors autant bien profiter du voyage !
Comment est venue l’idée de fêter les 15 ans de Folio SF à travers ce roman ?
Lorsque nous avons décidé de fêter les 15 ans de la collection, nous souhaitions avant tout y associer les lecteurs. Le concours s’est donc naturellement imposé. Mais nous ne voulions pas d’un « bête » concours avec questions, qui n’est jamais vraiment satisfaisant : ceux qui connaissent les réponses trouvent ça trop facile et n’y prennent que peu de plaisir (encore moins s’ils perdent !), ceux qui n’ont pas les réponses sont, forcément, déçus… Bref ! Ça n’était pas la bonne formule. Comme nous souhaitions profiter de l’immense caisse de résonance qu’est Internet, l’idée de lancer un concours de fanfiction s’est imposée très vite. À tout hasard, je rappelle pour ceux qui ne le sauraient pas qu’une fanfiction peut se définir comme un récit écrit par des fans pour prolonger et/ou transformer une fiction. Elle peut donc consister en un préquel ou une suite de l’histoire, elle peut se focaliser sur un personnage, ou décrire avec plus de détails une scène déjà existante, ou même parfois recréer une scène basée sur l’histoire. Il nous fallait donc trouver un univers suffisamment vaste pour accueillir ce type de récits et qui soit aussi largement connu du grand public. Très vite La Horde du Contrevent s’est imposée.
Quel est selon vous le plus bel hommage qu’on puisse lui faire ?
Lire le roman, pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, évidemment. Et le faire vivre en participant au concours de fanfiction, au hasard… Je sais qu’Alain Damasio sera très touché par tous les textes qu’on recevra. C’est tout de même fort, pour un auteur, de voir ses lecteurs s’approprier son univers, ses personnages… Alors, j’ai déjà eu des réactions de lecteurs ou de libraires, à l’annonce du concours, disant qu’ils adoreraient participer mais qu’ils n’oseront jamais parce que : ils n’arriveront jamais à égaler le style de l’auteur ; La Horde du Contrevent, c’est intouchable ; ils auront trop de choses à dire pour y arriver… Bref ! Autant d’excellentes mauvaises raisons ! Une des leçons du roman, c’est aussi ça : rien n’est impossible, il faut aller de l’avant… Alors, osez !

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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