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Interview inédite pour l’Encyclopédie du Hobbit

Par Foradan, le mardi 15 avril 2014 à 19:00:20

Domforadan Elbakin.net va toujours plus loin pour vous et confronte en interview Foradan, spécialiste Tolkien du site, avec l'un des auteurs de l'Encyclopédie du Hobbit, Dominique Vigot. Le défi sera à la mesure d'un débat entre Jekyll et Hyde, ou entre Gollum et Sméagol, voire Bruce Wayne devisant avec Batman !
Suivez dès à présent l'auto-interview entre le chat roux et son avatar humain, grâce aux questions recueillies patiemment par nos équipes.

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L'interview et un bonus

Bonjour Dominique, tu es l'un des artisans de l'Encyclopédie du Hobbit et tu es un familier d'Elbakin.net, peux-tu rappeler à nos lecteurs qui tu es ?
C'est une question trop grande pour y répondre ici, donc je vais me contenter de recentrer la question sur le parcours qui m'a amené à ce livre.
J'avais 15 ans quand j'ai lu Tolkien pour la première fois - c'était si longtemps avant Internet qu'on imaginait plus facilement des voitures volantes - et le choc de la révélation fut instantané et durable. Chaque lecture et relecture me donnait davantage envie de lire, de connaître et de partager le Légendaire. Des années plus tard, en partie – et à son insu pendant une décennie – grâce à Jean-Philippe Jaworski, j'ai découvert Elbakin.com et l'endroit pour enrichir mes réflexions tout en partageant mon enthousiasme pour Tolkien.
Les débuts d'Elbakin.net – le .com, c'était il y a longtemps –, il a coulé de l'eau à Osgiliath depuis : comment et à quel moment ce projet d'encyclopédie est-il né ?
Chacun des sites sérieux sur Tolkien a eu ses travaux de recherches, que ce soit en traduction ou en propre, et la tâche est immense et complexe : la volonté d'informer et d'expliquer est là depuis des années, le médium restant Internet et le site respectif de chaque auteur. Plus spécifiquement, j'ai été contacté à l'automne 2011 par un éditeur qui voulait un ouvrage couvrant les 75 ans du Hobbit et son arrivée au cinéma. Le projet a tardé à se concrétiser, j'ai appris qu'il avait été confié à autrui et finalement laissé inabouti.
En 2012, lors du colloque Tolkien, une partie de l'auditoire était composée d'universitaires et une autre des gens d'Internet, et nos discussions étaient riches sur la façon de transmettre le savoir de la recherche. Quelques mois après, je suis contacté par Tolkiendil qui a reçu une proposition identique à la mienne l'année précédente et qui me propose de faire partie du collège rédactionnel. Les choses semblent mieux se passer puisqu'il ne reste que quelques détails à régler mais au bout de plusieurs semaines, il apparaît que nous sommes au milieu du gué, prêts à commencer mais sans nouvelles de l'éditeur. Alors, nous avons cherché une autre maison, retravaillé la maquette et enfin obtenu le contrat signé pour lancer la conception.
Justement, parlons-en : c'est un travail collectif, comment s'est déroulée la répartition des tâches ?
Les quatre directeurs de publication, Damien, Coralie, Vivien et moi, ont déterminé la liste des articles et des thèmes, puis nous avons contacté les auteurs avec lesquels nous voulions travailler, notamment pour certaines personnes ayant des compétences particulières dans un domaine. Nous avons aussi donné un rôle de superviseur à chaque directeur de publication pour faire office de première lecture. Ensuite, les textes de chaque auteur sont relus par le collège des quatre directeurs de publication, annotés, retravaillés et ainsi de suite, pour aboutir au texte final.
Et ensuite, comment ce texte devient-il un livre ? Comment se passe le contact avec l'éditeur ?
Nous avions proposé un sommaire détaillé et l'éditeur nous a indiqué ses consignes concernant le lectorat visé, le nombre d'illustrations, les éléments contractuels et les délais. L'un d'entre nous faisait le premier contact et centralisait les informations et demandes.
D'ailleurs, en étant indiscret, ça rapporte beaucoup d'être auteur ?
La réponse sera incomplète, car il y a eu plusieurs types de contrats. Ce que je peux vous dire, c'est que si un auteur touche, par exemple, 10 % en droits d'auteur, cette part est partagée entre les illustrateurs et les autres auteurs. Au final, il doit me rester 29 centimes par livre vendu : auteur n'est pas un moyen de faire fortune.
Nous avons parlé des auteurs, de l'éditeur, il est temps de passer aux lecteurs : pour qui ce livre a-t-il été pensé et écrit ? Comment rendre accessible sans tomber dans la facilité de l'érudition ?
Nos critères d'écriture étaient d'expliquer le livre Le Hobbit à un public d'adolescents et d'adultes n'ayant qu'une connaissance sommaire du livre et de son univers. Nous avons fait attention à nos choix d'écriture et demandé à des lecteurs-tests leur ressenti. Notre expérience a fait le reste. Que ce soit sur Elbakin.net, Wikipédia ou Tolkiendil, cela fait des années que nous travaillons pour améliorer la compréhension de Tolkien en France. Pour les chercheurs que nous sommes, il y a deux façons de procéder : une approche externe, qui consiste à regarder par-dessus l'épaule de l'auteur, et une approche interne, qui est une étude au sein même de l'univers fictionnel. Pour l’Encyclopédie, nous avons choisi de faire suivre l'interne de l'externe, la situation dans le livre puis ses inspirations.
Au vu du corpus dédié à Tolkien, que pensez-vous apporter de différent ?
C'est une question à laquelle nous avons réfléchi très en amont, et pour cela, nous avons examiné la bibliographie existante en français et en anglais. Combien d'ouvrages s'adressant à un public novice sur ce livre en particulier, combien de travaux réalisés avec soin, combien de titres disponibles en français ? Et la réponse vient rapidement, nous n'avons trouvé aucun ouvrage satisfaisant pour faire découvrir la richesse et la qualité du Hobbit. Je dirais même que nous avons voulu nous démarquer de certaines productions qui manquent de sérieux et induisent le lecteur dans les méandres d'inventions personnelles. Notre encyclopédie est utilisable pour celui qui découvre Tolkien et, pour celui qui cherche des compléments d'information, nous avons abondamment indiqué les sources de chaque article. Et pour un exemple plus concret, l'histoire de Bilbo est un livre qui mentionne des lieux, des personnages, et continue sans développer plus avant. Le lecteur qui serait curieux de détails sur cet Azog, sur Gondolin ou sur Gandalf, que doit-il lire pour en savoir plus ? Nous avons réuni des informations issues de plus d'une dizaine de livres, parfois non traduits, pour que le lecteur trouve une réponse et les sources pour compléter lui-même sa recherche.
Comment réagit-on une fois que l'on a l'objet livre entre les mains ?
Pour un projet lancé en février, la parution en novembre signe la fin de 9 mois d'attente concrète, mois au cours desquels on voit le livre grandir, se renforcer ; les épreuves et relectures sont des nuits d'inquiétude et d'incertitude : le parallèle est facile à faire, voir le livre, son papier, son poids, les particularités de style de chacun de ses parents, c'est tenir son enfant dans ses mains, livré au monde, un peu de chacun de nous pour la postérité.
Peut-on imaginer une suite, un volume consacré à un autre livre, comme Le Seigneur des Anneaux ?
Là je souris, parce que des projets, nous en avons depuis des années, chacun dans nos spécialités. Internet nous a permis d'avoir une vitrine, pour l'édition, il faudra d'abord convaincre un éditeur.
Le Seigneur des Anneaux est un gros livre, en volume et en référence, ça demanderait beaucoup de travail et savoir quel format conviendrait au public, sans marcher sur les plates-bandes d'un reader's companion.
Le Silmarillion, ou plus largement, les histoires se déroulant avant Le Hobbit, ce sont des milliers d'années et des dizaines de personnages, c'est généralement complexe pour le lecteur et ça demanderait une réflexion particulière sur la façon de le présenter.
Un ouvrage sur une thématique précise, ce serait très spécialisé et il faut que le public y trouve un intérêt.
C'est toute la difficulté de se faire éditer : il y a ce qu'on voudrait écrire et ce qui intéresse un éditeur, parce que l'économie d'une publication internet et d'un livre n'est pas la même.
Comment peut-on se rendre compte de la confiance que l'éditeur a dans ce livre ? Comment réagit-on quand on est un auteur débutant ?
La confiance se mesure rarement, mais il y a des indices : Le Pré aux clercs a fait imprimer 6 500 exemplaires au premier tirage, c'est beaucoup pour ce type d'ouvrage. Un autre signe, c'est le suivi de la promotion, la publicité et la mise en avant du livre par la maison d'édition. Et l'auteur débutant découvre au fur et à mesure ce qu'il doit faire par lui-même et la part qui revient aux autres acteurs de la chaîne du livre, notamment pour la promotion du livre. Je dois reconnaître que ça fait quelque chose de voir son nom cité dans les coups de cœur des librairies, des critiques et il est flatteur de suivre les chiffres de vente. J'ai entendu le chiffre de 3 000 ventes sur novembre et décembre 2013.
Pensez-vous ramener au livre les spectateurs du film ?
Film, livre, comédie musicale, jeu vidéo, chacun a une part de public qui se suffit à un mode d'exposition de l'histoire, question d'intérêt et de curiosité individuelle. Et il y a aussi ceux qui découvrent une histoire et sont curieux de retrouver le point de départ. Nous pensons que le livre a assez de qualité pour satisfaire cette curiosité et tant mieux si notre encyclopédie peut aider à révéler cette qualité.
Et justement, comment le film a-t-il influencé ou gêné votre travail ?
D'une certaine façon, les films ont tellement de détails qui diffèrent qu'il fallait systématiquement revenir aux sources sans se fier à notre seule mémoire : la phrase dite par un personnage et placée dans la bouche d'un autre dans une adaptation, il est tentant de la citer, mais grâce à nos relectures et à notre référencement systématique de nos sources, nous avons pu nous rendre compte des points de vigilance sur lesquels nous avons porté notre attention. Ainsi, la représentation des peuples a fait l'objet d'une recherche des détails textuels pour contrebalancer les visuels du cinéma.

Propos recueillis par Foradan

Et pour aller plus loin, voici en version audio une interview réalisée en janvier 2014 par nos amis les Rêv'Ailleurs de Grenoble, accompagnée d'un exposé sur la particularité de Tolkien dans l'histoire de la fantasy.


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