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Le Hobbit : notre critique est en ligne !

Par Gillossen, le mardi 11 décembre 2012 à 14:00:00

Dans le Grand RexDu moins, celle de votre serviteur, bien entendu.
Préambule : il est possible que cette chronique contienne quelques spoilers d'ordre mineur. Pour celles et ceux qui voudraient éviter de voir déflorer le moindre élément de l’intrigue, vous pouvez passer directement à la conclusion finale, autrement dit les trois derniers paragraphes !
Le Hobbit : un voyage inattendu portait sur ses épaules d’immenses attentes. On parlait après tout de cette possible adaptation avant même la sortie du dernier volet de la trilogie de Peter Jackson. Sa mise en chantier fut un véritable feuilleton, tour à tour agaçant, désespérant ou passionnant. Les déboires de la MGM, l’arrivée puis le départ de Guillermo del Toro, Peter Jackson reprenant finalement les rênes du projet…
Bref, nous n’allons pas refaire ici une genèse que nous avons suivie à la loupe.

Mais nous attendons bien sûr toutes vos réaction sur le forum !

La chronique

Hier, Paris, Grand Rex, 20h45.
Après avoir trouvé un sac aux couleurs du film contenant quelques produits dérivés et avoir vu défiler sept ou huit bandes annonces des longs métrages Warner à venir pour 2013, l’obscurité se fait enfin dans la salle, dans un crépitement d’applaudissements. La tension est lentement montée au cours de la dernière demi-heure, après avoir attendu dans le froid en compagnie de mes camarades Witch et Oceliwin. Peter Jackson, et quelques acteurs, apparaissent alors dans un court message vidéo exprimant leurs regrets de ne pas être là ce soir mais nous souhaitant une bonne séance dans un cadre comme celui du Grand Rex. Nouveaux applaudissements, évidemment.

Et cette fois, le silence tombe.
Voilà pour l’ambiance générale, dans une salle bondée qui aura réagi avec moult applaudissements aux apparitions d’Elijah Wood ou de Gollum.
Mais qu’en est-il du film proprement dit, qui s’étire tout de même sur un peu plus de 2h40 et ne couvre que six chapitres du roman de J.R.R. Tolkien ? La tendance globale des critiques américaines n’avait pas tort : contrairement à La Communauté de l’Anneau qui était sans doute le plus réussi de ce point de vue, ce premier épisode de la nouvelle trilogie ne trouve pas toujours son équilibre.
La faute à plusieurs points.

Le premier concerne le ton du film : si on évite certains excès redoutés de mauvais goût (comme le trône-toilettes du chef des gobelins, mentionné dans le guide du film mais que l’on ne voit finalement pas « à l’usage »…) auquel s’adonne parfois PJ, le long métrage ne sait pas toujours choisir son camp entre l’ambiance plus légère du roman originel et les ajouts de l’intrigue esquissés ici, tirés des Appendices du Seigneur des Anneaux, se voulant évidemment plus épiques et plus premier degré. La cohérence de l’ensemble en pâtit donc par moments.

Le deuxième point concerne le rythme proprement dit du film. Il s’avère assez bancal, notamment au cours du deuxième acte. Les transitions sont parfois maladroites, accentuant encore les ruptures de ton évoquées un peu plus haut. Mais concrètement, le long métrage n’est pas lent et Peter Jackson ne donne pas trop l’impression de tirer sur la corde pour dépasser à tout prix les 2h. La plupart des scènes « cultes » du roman – l’arrivée des Nains, les trolls… - bien qu’altérées (dans la façon dont les trolls finissent par se changer en pierre par exemple), sont conformes à ce que l’on pouvait attendre et ne s’embarrassent pas de péripéties superflues pour les prolonger outre mesure.

Troisième et dernier point sur ce plan, la place accordée aux différents personnages : évidemment, avec une compagnie de 13 Nains, tous ne pouvaient pas être mis en avant de façon égale et certains sont particulièrement discrets au cours de ce premier volet. Espérons pour eux qu’ils puissent avoir leur moment de gloire au cours des deux suites ! Richard Armitage incarne bien sûr le personnage central du groupe et on ne va pas reprocher à l’acteur de livrer une performance des plus intenses. C’est aussi l’histoire qui veut ça. Mais Bilbo, par défaut, reste par trop spectateur l’essentiel du film, peinant à justifier les remarques d’un Gandalf expliquant à Galadriel qu’il a choisi le Semi-Homme car il lui donne du courage, de l’espoir. On se demande bien en quoi à ce moment-là du film ou même plus tard.

L’autre véritable point noir de ce voyage inattendu est probablement ses rapprochements avec La Communauté de l’Anneau, ironiquement étant donné ce que nous avons pointé du doigt plus haut, et les simplifications qui en découlent.
Bien sûr, une quête implique un voyage, aux étapes balisées par J.R.R. Tolkien en personne dans le cas présent, et, sur la forme, on ne reprochera pas à Peter Jackson ses « plans signatures » de paysages. Mais fallait-il à ce point que les deux films se fassent parfois écho, y compris dans leurs thèmes musicaux ? Quand les Nains poursuivis par les gobelins donnent l’impression que nous voilà à nouveau dans la Moria ? Quand Gandalf appelle les Aigles ? Quand l’intrigue donne à Azog le rôle de nouveau Lurtz, jusque dans la façon dont les Ouargs attaquent nos héros ?
La mise en images prend donc parfois un tour paresseux que l’on aurait imaginé pourtant évitable. Le côté clins d’œil et volonté d’hommage n’excuse pas tout, à l’image des quelques fautes de goût qui parsèment le film. Imladris et ses elfes qui jouent gaiement de la flûte semble par exemple parfois plus proches des illustrations des frères Hildebrandt que de John Howe ou Alan Lee. La première apparition de Radagast le Brun, même si le traitement du personnage n’est finalement pas si mauvais car s’avérant d’un véritable intérêt pour l’intrigue, a tout de même également de quoi vous faire lever les yeux au ciel voire dans le pire des cas vous faire penser à la cabane de Gérard Jugnot dans le Merlin de TF1. Heureusement, si l’on aime bien les hérissons…
Le tout donne donc de temps en temps la désagréable impression de parcourir, c’est le mot, une version de la Terre du Milieu « pour les nuls », avec un renforcement des clichés qui collent au genre. Là encore, on pourrait faire valoir le fait que Bilbo le Hobbit reste avant tout une histoire destinée aux enfants, mais justement, le roman a su élargir son public au fil du temps et Peter Jackson et son équipe avaient décidé dès le départ de voir plus loin. Mais manier l’humour reste un art difficile…

Avec déjà plus de 1000 mots (merci Word) consacrés à cette chronique, on pourrait penser que ce premier volet constitue donc une déception. Ce serait oublier bon nombre de points positifs à ne pas négliger !
Tous les clins d’œil au Seigneur des Anneaux ne sont pas gratuits et le retour d’Elijah Wood dans la peau de Frodo est une vraie réussite, bien pensée, bien amenée. Tout le début du film se révèle d’ailleurs fort consistant, avec le parallèle entre un Smaug quasiment invisible ravageant Dale et une Comté égale à elle-même. L’ensemble ne manque pas non plus de quelques fulgurances visuelles, comme la scène des géants de pierre en plein orage, vestige peut-être du travail de Guillermo del Toro sur le script du film.
Les amateurs de fantasy épique seront d’ailleurs servis par des effets spéciaux soignés, s’ils n’en ont pas assez en parallèle au bout du quatrième ou cinquième démarrage en fanfare du thème des Nains, toujours prompts à tirer leurs lames. Si l’on met cet élément de côté, la musique signée Howard Shore participe à la bonne tenue du métrage, discrète et ravivant nos souvenirs à bon escient.
Par ailleurs, le traitement des ajouts en lui-même est prometteur, à l’image de ce qui touche au Nécromancien.
Un mot également bien sûr sur les acteurs. On l’a dit, Elijah Wood réussit son bref retour, de même que Ian Holm. Ian McKellen retrouve visiblement avec plaisir les habits gris de Gandalf, même si le traitement là encore plus léger du personnage amène quelques situations incongrues. Rien à redire sur Cate Blanchett, Christopher Lee ou Hugo Weaving, qui se glissent dans la peau de leurs personnages sans difficulté. Martin Freeman campe un Bilbo amusant et tel qu’on l’imaginait, dérangé dans ses habitudes et prenant peu à peu courage, mais, on l’a dit, le scénario de ce premier volet ne lui permet pas pour le moment de briller réellement.
C’est donc Richard Armitage qui fait la plus forte impression, loin de n’être qu’un « Aragorn bis » (les deux figures qu’ils représentent sont d’ailleurs plutôt opposées), bien aidé par un Peter Jackson visiblement amoureux de son personnage, n’hésitant pas à le magnifier plus d’une fois à l’écran.
Bref, du solide, de l’efficace, mais rien de renversant non plus.

Au final, Le Hobbit : un voyage inattendu nous permet de retrouver la Terre du Milieu avec un plaisir sincère, mais aussi le sentiment que certains points auraient pu être mieux traités avec quelques efforts de rigueur. La conception chaotique du projet, jusque dans son passage au format trilogie à quelques mois seulement de la sortie, a-t-elle joué dans le recours à quelques facilités ? Peu importe.
Le fait est que le long métrage de Peter Jackson est parfois à la hauteur de nos attentes, de nos exigences, même les plus hautes, et parfois non. Plutôt fidèle et en tout cas paré d’une humilité sincère (on est loin d’une « boursouflure numérique » ou que sais-je…), ce Hobbit-là manque juste un peu de souffle.


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