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La Loi des mages

Tome 1 du cycle : La Loi des mages
ISBN : 978-235408121-8
Catégorie : Aucune
Auteur : Henry Lion Oldie (Proposer une Biographie)

Ils sont deux, une Dame de Carreau et un Valet de Pique. Deux mages, qui ont connu le bagne et la déportation pour avoir pratiqué leur art dans une Russie qui rappelle celle du XIXe siècle, et qui l’interdit. Libérés pour bonne conduite, ils sont assignés à résidence dans un village perdu. Mais lorsque les circonstances les obligent à fuir en compagnie de deux improbables apprentis, ils découvrent que les parties dangereuses qui peuvent les conduire à la mort se jouent sur deux tables bien différentes. Il y a d’abord cet officier du corps “Barbares”, chargé de traquer les leurs et qui semble avoir ses propres raisons pour croiser régulièrement leur chemin. Et il y a les Mages eux-mêmes, dont la loi peut s’avérer aussi rigide et aussi mortelle à ceux qui cherchent à sortir de l’ornière…

Critique

Par Belgarion, le 01/01/2012

Les œuvres de la littérature fantasy russe peinent encore à atteindre le pays de la langue de Voltaire.
Que manque-t-il à ces auteurs pour suivre les traces de succès éclatants de leurs augustes aînés tels Gogol, Tolstoï, Troyat ou encore Dostoïevski ? Peut-être est-ce dû au caractère encore récent de l’engouement pour la fantasy dans notre pays. Peut-être est-ce une conséquence de l’influence encore très importante de la fantasy anglo-saxonne. Peut-être aussi est-ce lié à la nature même de la fantasy dont les mondes créés sont bien plus exotiques et dépaysants que les contrées éloignées de notre monde.
Et pourtant, l’imagination fertile des auteurs d’Europe de l’Est commence lentement à dépasser ces préjugés et à s’installer dans le marché français avec le sorceleur d’Andrzej Zapkowski ou plus récemment les classiques Chroniques de Siala de l’auteur russe Aleksei Pekhov. Oleg Ladyjeski et Dimitri Gromov, sous le nom de plume Henry Lion Oldie, ont décidé pour leur part de jour la carte de l’originalité en mettant en valeur le folklore russe et tsigane. Ils nous plongent avec La Loi des mages dans une Russie impériale froide et mordante où les mages, mis au ban de la société, sont déportés dans une simili-Sibérie pour expier leurs différences.
L’histoire est lente à démarrer, perdue dans les brumes et les frimas des tempêtes hivernales, mais, petit à petit, les auteurs posent leurs jalons et l’intrigue prend de l’ampleur, emmenant le lecteur au gré des pérégrinations de Drouts et Rachka jusqu’en Crimée. Le rôle de traque joué par le lieutenant colonel Dandrei du corps de rafle est particulièrement intrigant et bien mené. La fin laisse perplexe et même perdu, mais la parution début 2012 du tome 2 devrait apporter quelques éclaircissements.
Les nombreuses références, l’état d’esprit russe qui nous est souvent étranger, empli de métaphores, et les nombreuses descriptions donnent un plus indéniable au roman le distinguant des parutions plus classiques. De même, l’instauration d’un système de mages répartis par couleurs à la manière d’un jeu de cartes, la limitation de leurs pouvoirs par leurs filleuls et l’existence du corps de gendarmerie de rafle insensible à la magie pour encadrer les mages constituent autant d’innovations très bien trouvées. Sous la plume imagée des auteurs le lecteur ressent le caractère oppressant de la sombre forêt, le froid mordant qui ampute les membres et la rudesse de ce climat inhospitalier. Tous ces éléments contribuent à un réel dépaysement et mettent en évidence la réussite des auteurs sur ce point.
Néanmoins, La Loi des mages va tellement loin dans l’originalité et l’exotisme qu’au final nous ne pouvons qu’être perdus par moment. Les notes de bas de page relatives au folklore slave sont trop nombreuses (122 pour 350 pages soit 1 toutes les 2 pages et demie !). Il faut souligner que l’état d’esprit russe est si particulier que les personnages de Drouts, de la Princesse ou encore du roublard commerçant Ermolaï Prokofich nous apparaissent comme des étrangers.
Pour corser un petit peu les choses, ajoutez un système de narration alternative entre les deux mages, puis leurs deux adjuvants dans la seconde partie. Partez du principe que chaque personnage a un caractère particulier et donc un style de narration qui lui est propre pour coller à leur personnalité. Et prenez en compte l’emploi de la narration à la première, la deuxième et la troisième personne du singulier avec l’intervention par moments de soliloques d’une tierce personne qui parle de l’histoire au passé et vous pourrez prendre connaissance du caractère ardu de la lecture. Ce style erratique et parfois impersonnel, entrecoupé de pensées obscures, rend très difficile de s’attacher au roman tout du long. L’originalité indéniable altère ici notre impression finale de l’œuvre en voulant trop bien faire et aller toujours plus loin au point d’en être par moment abscons.
L’intrigue bien construite et la recherche profonde et passionnée de l’état d’esprit russe sont bien présentes et font de ce roman une vraie découverte, mais il reste peu accessible. Le mieux est l’ennemi du bien. Il ne reste qu’à espérer que le tome 2 apportera des éclaircissements bienvenus à ce monde en pleine mutation et au potentiel indéniable.

6.0/10

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