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L'Estrange malaventure de Mirella

ISBN : 978-221130155-8
Catégorie : Jeunesse
Auteur/Autrice : Vesco, Flore

Moyen-Âge.
Les rats ont envahi la paisible bourgade d’Hamelin. Vous croyez connaître cette histoire ? Vous savez qu’un joueur de flûte va arriver, noyer les rats en musique, puis les enfants d’Hamelin ? Oubliez ces sornettes. La véritable histoire est bien pire, et c’est grâce à Mirella, une jeune fille de quinze ans, qu’on l’a enfin compris. Cette crève la-faim a un don ignoré de tous : elle voit ce que personne d’autre ne voit. Par exemple, elle a repéré cet homme en noir qui murmure à l’oreille de ceux qui vont mourir de la peste… Et ça lui donne une sacrée longueur d’avance. Y compris sur le plus célèbre dératiseur de tous les temps.

Critique

Par Aerendhyl, le 18/06/2020

La densité des parutions fait que l’on passe parfois à côté d’éventuelles pépites. Heureusement pour nous, lecteurs assoiffés d’excellents récits, l’arrivée des prix littéraires est là pour nous rappeler à notre recherche…
Réinterpréter un conte est une affaire bien souvent délicate. Savoir le manier, le détourner et l’écrire sans pour autant dénaturer son essence reste un exercice dont certains auteurs se sont essayés sans succès. Prendre le conte du joueur de flûte de Hamelin était un risque, tant il est reconnu et tant l’aspect horrifique est pesant dans celui-ci – à savoir qu’un joueur de flûte finit par noyer tous les enfants du village en représailles, joyeux. 
Flore Vesco s’attaque donc à quelque chose de risqué. Pour autant, cette réinterprétation est une franche réussite.
L’auteure, sans chercher à dénaturer le récit originel, y apporte sa touche personnelle et surtout féminine. Féminine non pas dans le sens péjoratif du terme mais plutôt parce qu’elle ajoute un personnage déterminant en l’héroïne qu’est Mirella. Une jeune adolescente dont le destin n’a rien offert de très glorieux mais qui, pourtant, survit dans un univers où tout est contre elle. Une adolescente dont la puberté arrive dans un moyen-âge où la place de la femme n’est rien, autant vous dire qu’il lui faut être forte pour survivre. Et c’est le cas. Mirella est de ses personnages dont on se souviendra après lecture. Flore Vesco, à travers elle, nous amène dans une revendication de l’émancipation de la femme. Un message encore plus percutant vu le contexte moyenâgeux du récit. La jeune protagoniste se cherche, se trouve, se découvre et s’impose dans ce monde de brutes qui ne lui feront aucun cadeau. Et cela fait du bien de lire une telle chose !
Cette réinterprétation gagne en aura par sa mise en perspective d’un moyen-âge ô combien réaliste. Le langage utilisé y aide beaucoup, conservant une forme de dialecte et un vocabulaire issues de ce temps. Il faut dire que tout vient nous rappeler cette période : l’omniprésence masculine à outrance, la chasse aux sorcières pour répondre à tous les maux, l’importance du bourgmestre et la place de l’Eglise dont la parole est divine. Cela nous transporte, nous laisse avancer pas à pas au côté de Mirella qui se retrouve aux prises avec cette invasion de rats dont l’impuissance du peuple, du bourgmestre et de l’Eglise la laisse seule face à cela. 
Accompagnée d’une ribambelle de personnages hauts en couleur, nous suivons donc cette intrigue simple et efficace. Comment faire pour lutter alors que l’on n’a rien ? 
L’auteure va jouer ici avec brio en faisant cohabiter la noirceur de l’évènement et l’apport de la musique. Dans divers tableaux du roman, ces mélodies viennent contrebalancer une situation que l’on pensait irréversible. Cela vient rendre le conte plus vivant, plus humain et plus beau. 
La galerie des personnages est également un atout pour ce conte. Outre Mirella, nous pouvons parler de Pan qui est un peu l’image même d’une Mirella plus jeune et qu’elle prend sous son aile, le bourgmestre dont la voix paraît divine mais qui n’est là que pour son profit personnel, de la tenancière qui vient crier au diable à tout bout de chant, du prêtre qui n’est bon qu’à se signer en croix pour n’importe quelle raison et surtout de la bande des lépreux qui est d’une réussite et d’une justesse dans la nuance de ces personnages caricaturaux, comme le veut un conte. 
Inutile de vous spoiler ce qui fera la grande saveur du roman, vous découvrirez bien assez vite un énième personnage dont les échanges avec Mirella sonnent très poétiquement à la lecture. Un personnage qui, à l’image de Mirella, n’est point caricatural et, au contraire, très nuancé alors que l’on ne s’y attendait pas. 
Inutile également de vous préciser que connaître le conte initial ne vous gâchera pas le plaisir de cette lecture tant la réinterprétation est juste. Flore Vesco y apporte toute sa modernité, toute sa poésie et nous offre là une très beau conte. Découvrez-le, lisez-le à vos enfants car il s’agit là d’une belle leçon de vie et de courage dans un moyen-âge qui, finalement, ressemble bien plus à notre monde contemporain. 

7.5/10

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