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A Short History of Fantasy

ISBN : 978-190747166-7
Catégorie : Aucune
Auteur/Autrice : James, Edward
Auteur/Autrice : Farah Mendlesohn (Proposer une Biographie)

Certains des plus anciens récits jamais composés, parmi lesquels l’Epopée de Gilgamesh et l’Odyssée, traitent de monstres et de merveilles, de voyages extraordinaires et de magie. Ce genre, connu sous le nom de fantasy, demeure un pilier essentiel de la littérature européenne jusqu’à l’apparition du roman réaliste moderne avec lequel il entretient des rapports étroits, mais parfois houleux.
Retraçant l’histoire de la fantasy depuis sa naissance jusqu’aux origines de la fantasy moderne au XXe siècle, cet ouvrage rend compte des principales contributions au genre, décennie par décennie, du Seigneur des Anneaux à Harry Potter, sans oublier pour autant de mettre en évidence et d’interroger le succès durable et grandissant de la fantasy.

Critique

Par Akashar, le 19/10/2014

Quelque part entre les monographies patientes, qui s’attachent à approfondir la compréhension d’une œuvre, d’un auteur, d’un courant, et les catalogues de données qui visent l’exhaustivité de l’annuaire téléphonique, il existe un singulier groupuscule d’ouvrages soucieux de combiner ces deux approches, pour le meilleur ou pour le pire.
La Short History of Fantasy appartient à cette catégorie. Pour le meilleur. Et parfois pour le pire.
Dès les pages introductives, Farah Mendlesohn et Edward James annoncent la couleur : il ne s’agit pas de proposer une énième tentative de théorisation du genre au départ de son impossible définition, bien que les auteurs prennent le temps de retracer l’histoire du concept et de sa conceptualisation dans le champ de la création artistique. La perspective proposée se veut résolument historique, même si cette dernière, par les accents thématiques, poétiques ou socioculturels qu’elle convoque nécessairement à de nombreuses reprises, permet de constituer un panorama diachronique qui rend compte de la naissance, des (r)évolutions et de l’héritage contemporain d’une fantasy qui apparaît non plus comme un genre aux frontières problématiques, mais comme un vaste champ littéraire (principalement, ici) dont la perpétuelle reconfiguration opère, d’une part, au rythme des mutations politiques, sociales ou culturelles, et procède d’autre part des relations dialogiques que tissent en son sein les œuvres, les auteurs, les lecteurs, les thèmes et ou les idées.
Pour intrigantes qu’elles puissent paraître, ces considérations relèvent d’une analyse méticuleuse qui… n’apparaît pas dans l’ouvrage. Enfin, si, bien sûr, tout est là, mais dans une version nettement plus implicite que « clefs en main », de sorte qu’il appartient au lecteur d’interpréter l’immense puzzle que F.M. et E.J. reconstituent sous ses yeux ébahis.
Ébahis, parce qu’en termes d’ambitions encyclopédiques, la Short History of Fantasy, sans prétendre à l’exhaustivité, propose un ratio nombre de pages/nombre d’œuvres citées plutôt impressionnant – à vue de nez, 700 titres différents sont mentionnés dans le corps du texte. C’est bien simple : à la lecture de ce livre, il est pratiquement impossible de ne rien découvrir. Dès lors, le lecteur soucieux d’acquérir une connaissance élémentaire de tout ce qui s’est fait en fantasy du Mésozoïque à nos jours sera sans doute comblé, tant le panorama proposé brasse large ; à cet égard, il est heureux que la structure du livre, dont les courts chapitres – quinze à vingt pages – correspondent presque exclusivement à des tranches chronologiques (arbitraires mais limpides) permette de contenir et de cadrer peu ou prou le foisonnement vertigineux de noms, de titres et de dates.
Car c’est, bien évidemment, le revers de la médaille : le travail de F.M. et E.J. perd en densité ce qu’il gagne en extension ; descriptions sommaires et contextualisations hâtives sont légion, avec pour conséquence un certain nombre de simplifications hasardeuses, dans le meilleur des cas. Il en va de même pour l’analyse, qui relève parfois du minimalisme Cluedo « Colonel Moutarde – Salle à manger – Chandelier » et laisse en ces circonstances peu de place à l’explication – c’est-à-dire, du point de vue du lecteur, à la compréhension – des textes, événements, phénomènes ou situations évoqués.
« Peu de place » ne signifie heureusement pas « absence complète», et si l’explication et le commentaire émergent difficilement du tourbillon d’informations alentour, ils y parviennent invariablement au moment propice, de manière à épingler l’influence d’une œuvre clef, une charnière déterminante dans l’histoire du genre ou la complexité trop souvent ignorée d’un auteur particulier. On louera aussi F.M. et E.J. de souligner, par de fréquentes incursions rétrospectives ou prospectives dans d’autres chapitres, les relations de continuité et les lames de fond qui déterminent l’évolution de la fantasy au-delà des frontières arbitraires que dessine la périodisation.
En revanche, on pourra regretter, comme toujours dans ce genre d’entreprise, un certain nombre de partis-pris, d’absences étonnantes, de lacunes concernant telle aire culturelle, telle période ; d’autres déploreront le triste traitement réservé à leur poulain (en ce qui me concerne : Glen Cook, c’est trois lignes page 129, dont une pour mentionner son travail chez General Motors). Certains remettront sans doute en cause les couleurs très anglo-saxonnes de ce panorama. Ce n’est pas mon cas, dans la mesure où, au-delà d’une certaine légitimité de fait, sinon de droit, d’une histoire anglophone du genre, traiter de l’essaimage et du développement de la fantasy dans telle aire culturelle ou linguistique particulière me semble excéder le domaine d’expertise de F.M. et E.J. ; il appartient dès lors à des spécialistes de reprendre le flambeau, comme Simon Bréan le faisait encore tout récemment dans le domaine de la SF française.
Je regretterai davantage le déséquilibre entre les différents chapitres : le découpage en tranches chronologiques aurait pu fournir l’occasion d’un traitement équitable des décennies, de manière à faire sortir de l’ombre bien des œuvres, bien des auteurs dignes d’intérêt, voire de reconnaissance, mais qui n’ont pas bénéficié des faveurs des instances de légitimation. Malheureusement, alors que les années 1900-1950 ont droit à dix-sept pages, le chapitre consacré aux seuls Tolkien et Lewis en comprend dix-huit, et pas moins de trente-trois pages s’attachent à décrire la situation de la fantasy entre 2000 et 2010 ! Non que Tolkien et Lewis n’aient droit à leur juste part de gloire. Non que les années 2000 ne se révèlent absolument passionnantes en termes de diversification, de mutations, de production. Non que le triumvirat (duumvirat cum unam mulierem ?) Pullman-Pratchett-Rowling ne mérite de se partager un chapitre. Mais dans la perspective d’une histoire de la fantasy, il est surprenant que 117 pages – en ce compris le chapitre consacré à Lewis et Tolkien ! –  suffisent à couvrir près d’un siècle (1900 à 1990), quand 75 pages ne sont pas de trop pour traiter des années 1990 et 2000.
En réalité, la compression qui touche la première partie de l’ouvrage révèle à mes yeux un problème d’autant plus regrettable qu’il semble d’abord évité : l’érudition de chaque instant, les listes d’œuvres et d’auteurs ou les nombreux « one line pitch » peuvent enthousiasmer dans un premier temps, dans la mesure où F.M. et E.J. semblent désireux de proposer une histoire de la fantasy qui s’émancipe des seules figures tutélaires et des œuvres consacrées, non pour écrire une contre-histoire du genre, mais pour en compléter, nuancer, élargir la version officielle, inlassablement répétée de volume de référence en introduction généraliste et d’encyclopédie en anthologie. Or, en y regardant de plus près, cette impression se révèle partiellement infondée ; certes, les références méconnues s’accumulent, mais elles restent le plus souvent cantonnées au monde cruel du Petit Paragraphe En Passant – et fréquemment à la Petite Ligne En Passant, qui a pour unique mérite de mentionner l’existence de tel texte, de tel écrivain. Ce qui n’est déjà pas si mal, répondront les esprits souriants.
J’aurais préféré que F.M. et E.J. énumèrent moins, mais développent davantage. Ou qu’ils réduisent l’espace alloué aux ténors pour apporter du neuf en mettant l’accent sur des auteurs minorés. Parce qu’au fond, dans la Short History of fantasy, rien n’est dit de Tolkien, de Rowling ou de Lewis qui n’ait été affirmé cent fois. Parce qu’au fond, un auteur mineur ou méconnu n’est pas nécessairement un mauvais auteur, ni un auteur moins représentatif de telle tendance ou de telle mutation. Parce qu’au fond, les processus de légitimation, de médiatisation, voire de canonisation ont toujours quelque chose de partial, de partiel, et reposent sur des critères en perpétuel renouvellement. Parce qu’au fond, des auteurs oubliés ont pu marquer l’histoire du genre, et attendre silencieusement qu’on exhume et redécouvre leur œuvre et leur apport. Parce qu’au fond, des textes qui paraissaient essentiels il y a vingt ou trente ans peuvent apparaître aujourd’hui moins déterminants. Parce qu’au fond, l’impact ou l’importance d’une œuvre dans le champ ne s’évalue pas uniquement à l’aune de son succès commercial – ni de son échec, d’ailleurs.
F.M. et E.J. ne renient pas cette perspective, mais leur texte reste largement tributaire de l’histoire officielle, de sorte que ce qui se trouvait dans l’ombre reste, pour l’essentiel, dans l’ombre. J’aurais aimé une vision plus personnelle, plus impliquée, qui questionne davantage les partis-pris déguisés en évidences, qui reconsidère la prééminence accordée à certains auteurs, l’oubli d’autres. Cela fait-il de la Short History of Fantasy un mauvais livre ? Certes non ! Les réserves que j’émets ici témoignent principalement de ma sensibilité et de mon horizon d’attente personnel. Si l’on peut regretter que l’histoire du genre à laquelle nous convie les chercheurs existe déjà – au sens où il s’agit de réinvestir  la version instituée –, l’ouvrage ne cesse de l’affiner, de l’amplifier avec beaucoup d’érudition et de bienveillance. Plus touffu (pour ne pas dire embrouillé) et moins maniable que le Historical Dictionary of Fantasy Literature de Stableford, le livre du binôme James-Mendlesohn est aussi plus inégal dans son traitement des œuvres et des auteurs. Mais il est également plus attentif à contextualiser, à historiciser ceux-ci et celles-là, plus désireux de rendre compte de l’évolution progressive de la fantasy, de ses tendances, de ses questionnements, et plus généreux dans le nombre de références convoquées. A ce titre, il constitue mon ouvrage de référence dans sa catégorie. Pour le moment.

8.0/10

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