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Un entretien avec Ramin Djawadi

Par Alice, le lundi 6 mai 2013 à 14:46:53

DjawadiLe compositeur de la musique de Game of Thrones, Ramin Djawadi, répond ci-dessous aux questions de The Hollywood Reporter.
Il revient sur son parcours et sur le processus de création à même de donner vie aux différents thèmes qui prennent vie au fil de la série adaptée de l’œuvre de George R.R. Martin.
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Le Trône de Fer en musique

Y a-t-il un film en particulier qui vous a donné cette envie de devenir compositeur de cinéma ?
Le film qui a vraiment été un déclencheur pour moi, ce fut “Les Sept mercenaires” (musique de Elmer Bernstein). J’adorais les Westerns américains, ayant grandi en Allemagne. Je n’avais que les 40 dernières minutes en noir et blanc – la VHS était morte. Mais je l’aimais tellement que je le regardais tous les jours. Je devais avoir dans les 11 ans. J’adorais simplement la musique.
Imaginiez-vous que le travail de vos rêves était d’être compositeur de cinéma ?
Depuis toujours.
Quelles sont vos influences ? Dans “Le Trône de fer”, on peut entendre une complainte comme dans la musique de Samuel Barber (dans les films comme “Amelie” et “Platoon”).
Oui, c’est fort possible. Tout au fond, ce que j’aime, c’est la musique romantique classique Brahms, Tchaikovsky et tous les romantiques. Adolescent, j’ai fait une plongée dans le rock, je jouais de la guitare, mon principal instrument. À Berklee (école de musique), je jouais du jazz. Comme je n’écris pas de paroles, je me suis tourné vers la musique de film. C’est agréable de passer par ses évolutions car les compositeurs de cinéma sont amenés à faire plein de styles différents. “Mr. Brooks” est très électronique, “Iron Man “est plus heavy guitar, “Le Choc des Titans” est très orchestral.
Votre musique construit très bien le suspens. Est-ce pour cela que les créateurs du “Trône” vous ont recruté ?
Définitivement, ils aiment mes morceaux thématiques – les thèmes de “Medal of Honor” et “Le Choc des Titans”. Ils aiment aussi mes nombreuses influences ethniques, des influences du Moyen-Orient dans “Medal of Honor” et quelques fois dans “Titans”. Ils aiment aussi ma musique axée sur les percussions. “Trône” est très rythmique. Et avec Daenerys, il y a le duduk, un son ethnique (Arménien).
On peut entendre aussi des sons celtiques. 
Absolument, mais nous avons aussi fait en sorte de ne pas tomber automatiquement dans cette ambiance celtique. On peut en avoir un peu, mais dès qu’on tombe dedans – je ne veux pas dire “cliché” – dès qu’il y a ce son folk, nous avons toujours dit ne nous engageons pas trop loin dans cette voie.
C’est un monde fantastique avec des sons du monde entier.
Exactement. Les flûtes sont communes dans la musique celtique, donc nous n’utilisons pas de flûtes. Notre instrument le plus commun est le violoncelle que l’on entend dans le thème principal, car il dispose d’une large gamme. Il peut donner un son très sombre et maussade, mais ça peut aussi être magnifique et émouvant en même temps, c’est simplement parfait pour la série. Car c’est une série si sombre. Evidemment, parce que toutes ces familles ont leur problèmes.
Chaque personnage a son propre thème ?
L’une des premières choses dont nous avons discuté fut comment on peut rendre la musique cohérente sans essayer d’enfermer chaque personnage sur lui-même, car ils se chevauchent tellement ? Nous avons un thème pour Stark, mais nous n’avons pas introduit le thème pour Lannister avant la deuxième saison avec la chanson “Les pluies de Castamere”, les paroles étant basées sur le livre. Theon (Alfie Allen) n’avait pas de thème dans la première saison, mais pour la deuxième, nous avons décidé qu’il était temps de lui donner son propre thème. Aujourd’hui, dans la troisième saison, nous avons mis en place tellement de thèmes que nous pouvons en faire des versions plus légères, ou plus sombres. Nous avons un thème “Honneur” et un thème “Conspiration” quand ils tentent de conspirer les uns contre les autres. Pour Melisandre (Carice van Houten), c’est presque un hybride d’un instrument à cordes avec une sorte de flûte, mais pas vraiment une flûte. Vous ne pouvez pas mettre le doigt dessus et dire à quoi correspond ce son.
Comment développez-vous ces thèmes ?
J’aime me plonger dans l’histoire et simplement rêver de son propos, et cela m’amène à créer la musique qui m’amène en son centre. Les synthétiseurs ne vous sautent pas dessus, mais ils fonctionnent très bien. Je joue littéralement chaque instrument sur le clavier – les timbales, puis je retourne au commencement et rejoue la ligne rouge et puis le piano. Je couche toutes ces pistes les unes après les autres. Il existe différents synthétiseurs, je tords les boutons et modifie leurs sons, je les laisse devenir une partie de la palette de sons que j’ai créée. Au début de chaque projet, j’aime créer une palette de son pour ce projet particulier. Et les producteurs s’y habituent – ils diront “Ceci doit être la scène de Theon et au nord du Mur nous devrions avoir un son vitreux et le retour des cloches”. Je peux devenir un grand enfant, je peux faire ça toute la journée. C’est drôle !
La partie musicale semble très minimale. Êtes-vous influencé par de nouvelles musiques ?
Définitivement. Le thème de Daenerys est très minimal au début car elle joue un rôle vraiment insignifiant. Nous avons introduit le thème dans les deux premiers épisodes et pourtant ça ne vous frappe pas au point de dire: “Oh, c’est sa musique.” Et puis il devient de plus en plus important.
Comme un dragon.
Et c’est ce qui est merveilleux dans cette série – qu’il y ait des moments pour devenir plus important. Quelques fois, ce n’est qu’une humeur, comme quand nous sommes au nord du Mur, et on utilise ces cloches graves, ces sons juste atmosphériques qui vous amènent à cet endroit.
Vous travaillez musicalement avec des effets de sons, comme le son quand ils marchent dans la glace.
Oui, ils diront, “Il faut que ce soit réellement un son froid, que peut-on faire ?” Donc quelques fois, j’utilise ces boules en verre pour quand nous sommes au nord du Mur, ainsi cela donne réellement une atmosphère étrange. C’est la même chose pour les Marcheurs Blancs, c’est bizarre quand ils parlent. Nous avons ce son étrange de verre – même quand vous ne les voyez pas, vous savez “OK, c’est encore les Marcheurs Blancs.”
Comment rendez-vous le son magique ?
Dans la première saison, avant que les dragons aient éclos, à n’importe quel moment où on voyait les œufs des dragons, j’avais ce bruit pétillant très aigu, pour tenter de créer quelque chose de magique qui, maintenant, dans la troisième saison, a gagné beaucoup en puissance. Maintenant, nous avons joué avec des cordes et d’autres instruments parce qu’évidemment ils ont grandi et sont devenus de plus en plus forts en devenant plus grands.
Comment travaillez-vous avec le matériel scénaristique sans être en concurrence avec ? C’est une musique réellement très forte, mais elle a aussi cette capacité à être au deuxième plan, subliminale.
C’est un des défis quand l’on travaille sur une série parce que c’est beaucoup conduit par les dialogues – et les personnages – et ce n’est pas sur-instrumentalisé. Quelque fois, même si on aime le morceau, on se dit “Hm, peut-être qu’il n’y a pas besoin de musique. Peut-être que le silence est le meilleur choix ici.” Habituellement, vers la fin d’un épisode l’histoire atteint son apogée et à ce moment-là, la musique prend plus d’importance.
La musique vient-elle du scénario ou des images de la série ?
Je lis les scénarios, mais le visuel déclenche tout un nouveau niveau d’inspiration. Par exemple, pour la musique du générique, ils m’ont montré cette magnifique coupe en travail. Ça m’a réellement aidé à écrire le thème.
Avez-vous un personnage préféré ?
Daenerys. Quand vous voyez à quel point elle est insignifiante et puis ce qu’elle devient par la suite. Et elle a les dragons ! Elle est puissante et cool.
Ecoutez-vous des compositeurs pendant que vous composez la musique du “Trône” ?
Les romantiques, de la musique rock, un peu toutes les radios. Mais je n’écoute pas du tout de bande originale de film. Je ne veux pas être influencé.
Faites-vous de la musique en live ? 
Quelques pistes ont été enregistrées avec de vrais musiciens. Nous utilisons un vrai chœur, un véritable orchestre. L’ordinateur a ses limites. Quelques fois lors de grands moments épiques on dit “Nous devons faire ça en live.” A la fin de la journée, il n’y a rien de mieux que d’avoir de vrais musiciens qui jouent.
Votre musique a-t-elle été jouée par un orchestre ?
J’ai eu un concert à Tenerife, en Espagne, en 2008. C’est très commun en Europe d’inviter les compositeurs à des festivals de cinéma. Nous avons joué un peu la musique de “Prison Break”, de “Iron Man” et de “Le Trône de fer”, nous pensons que ce pourrait être vraiment une chose amusante de jouer ces musiques en concert. Ce serait bien.
Que pensez-vous d’un concert “Game of Thrones” de Ramin Djawadi au Hollywood Bowl ?
Ce serait vraiment cool.

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