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Bénédicte Lombardo répond à nos questions !

Par Gillossen, le mercredi 30 mai 2007 à 13:41:30

Le Fleuve NoirLa directrice de collection a aimablement accepté de répondre à nos questions, et il fallait prendre le temps, car nous avions beaucoup à demander !
Fleuve Noir, Rendez-Vous Ailleurs, des noms qui comptent dans le paysage français de l'Imaginaire, depuis longtemps maintenant, des noms qui ont donc été "repris" depuis quelques temps déjà par Bénédicte Lombardo. Son travail au quotidien, la situation de la fantasy en France, les parutions en cours, le grand retour de Robert Jordan...
Les sujets ne manquent pas ! Et si vous souhaitez réagir à la lecture de cet entretien, notre forum vous est bien entendu ouvert.

Questions pour Bénédicte Lombardo

Tout d'abord, pour vous présenter un peu mieux à nos lecteurs, comment vous êtes-vous retrouvée à la tête de Rendez-Vous Ailleurs ?

Grâce à mes pouvoirs magiques, tout simplement. La version officielle, c'est que j'ai été contactée par Univers Poche alors que je travaillais aux éditions Joëlle Losfeld depuis de nombreuses années. Le directeur éditorial d'Univers Poche connaissait mon intérêt pour les littératures de genre, notamment la SF et la fantasy. Jacques Goimard partait à la retraite et, après m'avoir fait passer des épreuves tel le hobbit moyen ils m'ont acceptée comme directrice de collection...

Que pensez-vous avoir apporté à cette collection depuis votre arrivée ?

L'enjeu le plus important était surtout de redynamiser la collection de poche Pocket SF. Cela passe entre autres par la constitution d'un catalogue solide en grand format, la collection Rendez-Vous Ailleurs, qui nourrit le catalogue poche.
J'ai remanié ce qui existait déjà en modifiant d'abord l'aspect graphique des livres : nouveau format, nouvelle maquette, nouveaux illustrateurs et des prix assez bas. Puis, j'ai apporté de nouveaux auteurs, de nouvelles séries et nous avons réalisé tout un travail de communication, notamment – et surtout- auprès des libraires.

Comment s'organise exactement votre emploi du temps en tant que directrice de collection ?

Je travaille une grande partie du temps chez moi, où je lis les livres que je reçois (français et étrangers), les traductions et les manuscrits. Je vais au bureau plusieurs fois par semaine pour les réunions diverses avec les services de la maison, éditorial, presse, fabrication et direction artistique. Je n'ai pas d'emploi du temps figé, cela dépend simplement des urgences du moment. En dehors de la lecture proprement dite, une bonne partie de mon temps consiste à rédiger les argumentaires des livres à paraître, à négocier les droits pour les deux collections et aussi à briefer les illustrateurs pour les couvertures, l'un des aspects de mon travail que j'apprécie tout particulièrement.

J'ai lu aussi que vous aviez acquis les romans de Naomi Novik pour le compte du Pré Aux Clercs.

Effectivement. Ils étaient demandeurs et ils avaient les moyens de sortir les trois romans très rapidement. De mon côté, je n'avais pas la place au Fleuve. En fait, le Pré aux Clercs fait partie du même groupe, nos locaux sont même mitoyens.
Mais je n'occupe pas les mêmes fonctions, je leur propose seulement des titres de temps en temps. Ils ne font pas beaucoup de fantasy de toute façon, environ 6 titres par an.
Et quoi qu'il arrive, on les retrouve donc aussi chez Pocket, pour ce qui touche à la parution en poche.

Fleuve Noir est un éditeur majeur, en place depuis longtemps. Est-ce « facile » de vouloir / pouvoir imposer sa propre patte ?

Je ne crois pas essayer d'imposer ma patte. Je publie de la SF et de la fantasy, dans la ligne populaire qui est la marque du Fleuve Noir, avec, certes, des choix personnels mais qui me semblent cohérents avec l'image de la maison d'édition et avec mes goûts en matière de littérature de l'imaginaire. Mon envie est avant tout de publier des textes que je suis à même de défendre et de les vendre au mieux si possible ! Plaisir et conviction, voilà ce que j'essaie d'imposer, et c'est déjà pas mal.

Qu'est-ce qui dicte vos choix éditoriaux au moment de décider de l'achat d'une nouveauté ?

Mes visions, pourquoi ?
Sérieusement, plusieurs paramètres entrent en ligne de compte. Il s'agit à la fois d'assurer la pérennité de certains auteurs depuis longtemps au catalogue comme David Eddings ou Anne McCaffrey (un nouveau roman est prévu en décembre, Dragon's Kin), qui ont toujours un lectorat fidèle aujourd'hui et choisir de nouveaux auteurs pour insuffler du dynamisme et rester un acteur important sur le marché. C'est le cas pour la fantasy mais Rendez-Vous Ailleurs est aussi une collection qui accueille des la SF, notamment des romans français comme ceux de Christophe Lambert.
Je n'ai pas de lecteurs, donc, je choisis au gré de mes lectures, de mes coups de cœur, je lis aussi les critiques sur le net, les interviews etc.

On imagine que le planning des sorties représente une vraie gageure à établir. Comment ménager l'attente des fans dans le cas de certains cycles, sans sacrifier les nouveautés ?

Le fan ne peut pas être ménagé. Le fan veut tout, tout de suite. Le grand format et le poche en même temps par exemple ! On essaie, chacun avec nos moyens et nos impératifs liés à la maison dans laquelle on travaille, de réduire le laps de temps entre deux volumes d'une série. Ce n'est pas toujours simple, retard de traduction, four du premier volume, manuscrit non terminé (par exemple, le 4e volume de la série Les Royaumes d'épines et d'os de Greg Keyes !), délais inscrits au contrat, bref, il faut trouver un bon rythme avec, pour ma part, dix titres par an en grand format et j'avoue que c'est parfois un casse-tête de jongler avec les séries en cours et les nouveaux titres.

Depuis quelques années, le marché de la fantasy en France a fortement évolué, en quantité notamment. Comment le voyez-vous ? Quels sont vos rapports avec vos concurrents ?

Très prospère. Mais de plus en plus difficile car de nouveaux acteurs arrivent sur le marché et la concurrence est rude, notamment en poche. Evidemment les petits nouveaux estiment qu'il y a de la place pour tout le monde (exemple, ma charmante nouvelle concurrente du Livre de Poche, Audrey Petit, qui m'attend pour un combat de boue, d'ailleurs) mais elle a surtout la chance d'avoir l'appui d'une diffusion efficace et très puissante aussi.
Dans le domaine de la fantasy, on est sur un champ de bataille, dominé par les éditions Bragelonne qui ont retiré l'épée du rocher, et les autres qui cherchent la potion magique. A un moment donné, il y aura forcément une sélection naturelle. Je ne suis pas pessimiste mais réaliste dans la mesure où le cercle des grands lecteurs baissent et que cela touche aussi notre domaine aux limites encore restreintes. Quant à mes concurrents en Grand Format, ils sont souvent mes partenaires pour les reprises en poche, alors c'est un peu schizophrène parfois !
Comme nous sommes finalement assez peu nombreux, on finit par tous très bien se connaître et au final, c'est plutôt sympathique, soyons honnêtes...

Le mois d'avril a marqué le retour de La Roue du Temps de Robert Jordan en inédit grand format. Est-ce que cela représente un pari véritable pour le Fleuve Noir ?

C'est un pari dans la mesure où reprendre la publication d'un cycle au volume 13 est une gageure. Plusieurs années se sont écoulées depuis la parution du tome 12 aux éditions Rivages, donc je me suis demandé si les lecteurs seraient au rendez-vous après cette longue coupure... D'autre part, depuis la parution du tome 12 chez Pocket SF, j'avais énormément de demandes sur la suite de cycle. Si je voulais poursuivre la série en poche, je devais donc lui donner d'abord une exploitation en grand format. Je n'ai pas encore de chiffres précis mais la mise en place a été très bonne, le marketing a mis en oeuvre quelques opérations de promotion (NdR : tome 13 acheté, le 14 offert, une offre valable jusqu'au 15 mai dernier - et les retours des libraires semblent à ce jour positifs. Je croise les doigts.
J'ai dû, essentiellement pour des raisons de planning, faire appel à une autre traductrice. En effet, je devais faire traduire très vite les deux volumes et enchaîner rapidement sur les suivants pour pouvoir en programmer deux par an.
Bien entendu, je m'attendais aussi à une réaction vive de la part des fans qui pouvaient considérer ce changement comme un sacrilège. Nous avons pris le parti de conserver les même choix de traduction que dans les volumes précédents afin d'éviter une rupture brutale. Maintenant, ces choix sont parfois contestés mais sur de telles séries, les lecteurs sont rarement unanimes ! J'ai constaté, d'ailleurs, en allant sur les forums, que beaucoup de lecteurs lisaient les livres en anglais et faisaient ensuite des comparaisons avec la traduction. La traduction n'est pas une science exacte et tous les auteurs ne sont pas non plus les rois du style. L'exercice, notamment sur de très longues séries, est périlleux et suscite inévitablement des critiques.

Est-il, cela dit, envisageable que certaines "doléances" transmises par les fans soient prises en compte ?

Je reçois beaucoup de mails de fans par l'intermédiaire des sites Pocket et ''Fleuve Noir' et je réponds à chacun d'entre eux. Lorsqu'on me signale une erreur, je la prends en compte pour une réédition éventuelle. Si elle est bien entendu objective comme la mention d'une coquille. Et j'engage d'ailleurs certains à envoyer un mail plutôt que de répandre certaines âneries sans avoir vérifié en amont.

Une réédition éventuelle... Dès la parution poche ?

Oui, s'il y a de quoi, dès la version poche, prévue en principe pour début 2009.

Alors que cette année 2007 file déjà très vite, de quoi êtes-vous la plus fière depuis votre arrivée ?

J'ai par exemple été très heureuse du succès immédiat de Greg Keyes, déjà connu en France pour son cycle L'Age de la déraison, mais qui grâce au Roi de bruyère a touché un public bien plus large. Mais dans l'ensemble, je ne suis jamais satisfaite et je suis toujours déçue voire désespérée quand un livre ne se vend pas, car c'est toujours mon propre choix, ma responsabilité. Bon, on ne parle ici que de fantasy mais je suis très fière de certains textes que j'ai publiés dans le domaine de la science-fiction.
Après quatre ans, ce qui compte c'est mon enthousiasme et le plaisir que j'ai à faire ce métier. Etre éditrice de littérature de l'imaginaire, ça me fait toujours rêver. Ca doit être mon sombre côté geek !

Puisque l'on nous interroge assez souvent là-dessus, permettez-nous, je l'espère, de vous relayer ces questions : les tomes 2 d'Autrefois les Ténèbres et de La Pierre de Lumière, très appréciés chez nous, ont-il déjà une date prévisionnelle ? Idem avec Les Soeurs de l'Ordre Rouge, la suite des Tisserands de Saramyr !

Les volumes 2 et 3 du cycle de Chris Wooding sont programmés le même mois en 2008. Pour les autres séries, je ne sais pas encore. Je suis très attachée au cycle de Bakker et je ne souhaite pas abandonner la série même si les ventes du premier n'étaient pas au rendez-vous. Mais je dois laisser passer un peu de temps pour publier les deux derniers volumes en même temps avec une remise en avant du premier pour donner une vraie chance au cycle. Pareil pour Zindell dont l'insuccès m'a vraiment abasourdie...

En fantasy ou pas, au Fleuve ou non, quel serait votre dernier coup de cœur de lecture ?

J'ai lu récemment Les Ombres de Neil Jordan (L'Olivier), dans une veine carrément fantastique, un roman émouvant et juste.

Et, enfin, nos lecteurs seraient sans aucun doute très heureux d'en apprendre un peu plus sur vos sorties au-delà de septembre prochain. Peut-on s'attendre à « du lourd » chez Rendez-vous Ailleurs ou au Fleuve, en fantasy bien sûr ?

Je poursuis surtout les séries en cours, La Roue du Temps bien sûr (en janvier 2008), le cycle de Chris Wooding, le dernier volume de la saga de Greg Keyes et un nouvel auteur venu d'Australie, mais on en reparlera !
En attendant, je donne RV aux lecteurs en septembre pour le roman La Guerre des Fleurs de Tad Williams, mon coup de coeur de l'année !

Propos recueillis par Emmanuel Chastellière


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