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Utopiales 2019, une édition en demi-teinte

Par Foradan, le lundi 11 novembre 2019 à 18:15:39

Utopiales 2019Voici mon retour, certes un peu tardif, sur la 20e édition des Utopiales portant sur la thématique « Coder / décoder ».

Je voue depuis quelques années un amour quasi immodéré pour ce festival de science-fiction mais force est de constater que le festival a été victime de son succès et que l’organisation n’a pas été à la hauteur. 100 000 visiteurs se sont rendus aux Utopiales cette année ! C’est un très bon signe pour la démocratisation de la science-fiction mais cela pose un problème épineux, celui de la capacité d’accueil du festival. De nombreux festivaliers se sont plaints, et à raison, de ne presque plus pouvoir circuler dans les allées et de devoir faire la queue pendant des heures pour espérer voir un film ou une conférence.

Face à cette affluence record, on peut s’interroger sur le manque de communication sur les réseaux sociaux et dans le festival pour informer les festivaliers de l’organisation d’une distribution de tickets pour pouvoir accéder aux salles Tardis et Tschaï, ainsi que pour la projection du très attendu Weathering with you. Sans parler des séances de dédicace organisées dans la librairie qui était littéralement invivable à certaines heures à cause des files d’attente qui pouvaient s’étendre jusqu’au milieu du hall.

Il faut toutefois souligner la patience et la gentillesse des bénévoles face à ce manque d’organisation et à la tension que cela a pu engendrer chez certains festivaliers. Espérons que le staff saura tirer des conclusions de cette 20e édition pour nous permettre de profiter de nouveau de ce moment culturel et convivial.

Je vous livre à présent mes impressions sur les films et les conférences qui m’ont le plus marqué et intéressé cette année.

Le serpent blanc, Amp Wong

« Métamorphosée en femme, Blanca, démon du Serpent blanc, devient amnésique. Avec l’aide de Xuan, par ailleurs chasseur de serpents, elle va tenter de retrouver la mémoire. Mais l’aventure se complique quand Blanca et Xuan tombent peu à peu amoureux l’un de l’autre... »

Ce film poétique nous propose une nouvelle adaptation de la légende du serpent blanc, un des mythes les plus célèbres de la culture asiatique. L’histoire reste classique (parcours initiatique et histoire d’amour impossible), mais on est directement happé par son ambiance, sa musique et ses paysages sublimes. En effet, la direction artistique est particulièrement bluffante, les visuels sont incroyables et les scènes d’actions sont rythmées et fluides, mélangeant à merveille arts martiaux et magie. Les protagonistes sont très attachants et dotés d’un fort caractère, quant aux personnages secondaires, ils ne sont pas en reste, on pense notamment au démon renard dont on ne comprend jamais les véritables intentions.

En résumé, un très beau moment d’évasion.

Weathering with you, Makoto Shinkai

«Jeune lycéen, Hodaka fuit son île pour rejoindre Tokyo. Sans argent ni emploi, il tente de survivre dans la jungle urbaine et trouve un poste dans une revue dédiée au paranormal. Un phénomène météorologique extrême touche alors le Japon, exposé à de constantes pluies. Hodaka est dépêché pour enquêter sur l'existence de prêtresses du temps. Peu convaincu par cette légende, il change soudainement d'avis lorsqu'il croise la jeune Hina… »

A peine trois mois après sa sortie, Weathering with you s’est propulsé au 5e rang des plus gros succès du cinéma d’animation au Japon. Pour son sixième long-métrage, Makoto Shinkai nous fait réfléchir sur les conséquences inquiétantes des changements climatiques du Japon, et par extension du monde. Conséquences que devront supporter les nouvelles générations représentées par Hodaka et Hina. Les visuels, tout comme la musique, sont magnifiques et empreints de poésie. Et malgré la dureté de son propos, le réalisateur nous offre en conclusion une touche d’espoir sur la capacité de résilience de l’espèce humaine face au changement.

La littérature jeunesse a-t-elle ses codes ?

Invités : Silène Edgar (Lune rousse, Les lettres volées, 14-14, Pour un sourire de Milad ...), Ange (Les trois lunes de Tanjor, La geste des Chevaliers Dragons, Toutes les vies de Benjamin …), Victor Dixen (Phobos, Cogito …)

La littérature jeunesse fait son apparition au XIXe siècle et couvre un champ très vaste. C’est un terme générique qui désigne la littérature destinée au moins de 18 ans mais qui touche dans les faits un public plus large.

Pour les auteurs jeunesse présents à cette table ronde, il est très stimulant de changer de tranche d’âge à laquelle on s’adresse car le rapport au monde sera différent ; les enfants sont beaucoup plus malléables et ont plus d’imagination ; quant aux adolescents, ils sont attirés par des thèmes plus sombres (la colère, le suicide, la peur …) que les adultes estiment souvent trop durs pour eux. Les auteurs cherchent à faire vivre une expérience à leurs lecteurs, une catharsis pour leurs peurs et leurs angoisses, sans faire de la pédagogie en leur délivrant certains messages.

Aujourd’hui, les thématiques du genre, de la diversité et de l’identité sexuelle sont de plus en plus abordées sans pour autant devenir le propos central du roman. Ange a évoqué sa réflexion sur le genre de ses personnages et le poids des stéréotypes, elle a repensé ses personnages pour qu’ils ne tombent pas dans la caricature.

Information 3 : Le contrôle de l’information

Alain Damasio (La zone du dehors, La horde du Contrevent, Les Furtifs …), Robin Cousin (Le profil de Jean Melville, Des milliards de miroirs …), Olivier Ertzscheid (maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes)

Le fantasme du contrôle absolu de l’information pour contrôler les masses est devenu un des enjeux du politique car cela lui offrirait la possibilité de cerner, voire d’annihiler, les mouvements sociaux. Selon Damasio, aujourd’hui nous vivons davantage dans la société du Meilleur des mondes que dans celle de 1984, les individus sont contrôlés par leurs émotions et sont au centre de leur propre asservissement. On nous a mis à disposition des outils qui vont alimenter notre aliénation et tout ce que l’on fait sur les réseaux pourra servir à nous manipuler.

Même en étant conscient de cet état de fait pour le moins terrifiant, il est très difficile de réussir à s’en détacher car cela touche au désir et provoque donc une forme d’addiction parfois très forte. Tout est fait pour activer les mécanismes de la dépendance. L’utilisateur garde le choix d’utiliser ou non ces outils mais tout est fait pour le pousser à le faire de son propre chef.

Les multinationales ont recourt à la captologie ; la science de l’économie de l’attention. Les conséquences peuvent être dangereuses car cela provoque un ensemble de pathologies telles que la segmentation de l’attention et la modification du rapport aux choses et aux gens (Twitter qui pousse ses utilisateurs au clash par exemple). Cela va transformer notre vision du monde et nos comportements. Tout est fait pour aller à la facilité et nous empêcher de réfléchir.

Heureusement pour nous, les romans de SF nous proposent des modalités de révolte, à l’image de La zone du dehors de Damasio, ou plus récemment des Furtifs ! L’auteur nous enjoint à recréer du lien entre les gens et à repenser nos modes de vie pour lutter face à ces mécanismes d’auto-asservissement. La table ronde s’est achevée sur une question très pertinente du public : « la décroissance programmée des ressources ne va-t-elle pas apporter la diminution forcée de ces méthodes de contrôle ? ». A méditer …

Par Elwing Lasgalen.

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