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Table ronde : les genres et sous-genres de la fantasy

Par ThinkBecca, le lundi 12 septembre 2011 à 15:03:16

Locus OnlineEn juillet dernier, Locus Online a mis en ligne le compte rendu d'une table ronde autour d'un thème assez récurrent dans le petit monde de la fantasy : la classification en genre et sous-genres des romans.
Alors, qu'est-ce qui différencie la sword and sorcery de l'epic fantasy ? La paranormal romance (le nom anglais de la bit-lit, qui est une invention française, rappelons-le) et l'urban fantasy sont-elles vraiment deux mêmes choses ? Et surtout : le lecteur se fie-t-il vraiment à cette classification pour ses choix de lectures ?
Pour avoir l'avis d'auteurs comme Gardner Dozois ou N.K. Jemisin, nous vous invitons à lire notre traduction de l'article ci-dessous et, si l'envie vous en dit, n'hésitez pas à prolonger la réflexion sur le forum.

L'article en question

Karen Burnham

Cette table ronde fait suite à la discussion que nous avons eue il y a deux semaines, sur les livres que nous recommandons aux fans de George R. R. Martin. La conversation s’est éloignée de titres en particulier pour parler des différents types de fiction que nous connaissons. Ça veut dire quoi, que des fans de X aiment aussi Y ? Pourquoi X personnes qui parlent d’un même livre peuvent lui attribuer X + N caractéristiques différentes ? Et quelle est cette fichue différence entre la paranormal romance et l’urban fantasy, hein ?
Dans la suite, vous trouverez les opinions de Stefan Dziemianowicz, Cat Rambo, Gardner Dozois, Cecelia Holland, Paul Witcover et N. K. Jemisin.

Stefan Dziemianowicz

La notion même de « genre » ne vous fait-elle pas penser à un ensemble de thèmes, de tropes (je viens vraiment d’utiliser ce mot ?), d’éléments et de symboles qui sont repris régulièrement dans toutes les histoires, bien que ce ne soit pas toujours dans le même ordre ou la même logique ?
Je sais que durant l’ère des magazines pulp, une multitude de magazines de fiction « détective » publiait quasiment les mêmes histoires, écrites par les mêmes auteurs avec des titres légèrement différents. On ne trouvait pas beaucoup d’originalité, car les éditeurs trouvaient que ce qui se ressemblait se vendait bien.

Cat Rambo

J’ajouterais que si je devais recommander de la fantasy à quelqu’un qui apprécie G.R.R. Martin, je lui demanderais d’abord ce qu’il a aimé dans ces œuvres. Quelqu’un qui me répond « les intrigues politiques » mériterait un autre conseil qu’une personne qui serait complètement fou des histoires de dragons.

Gardner Dozois

On dirait qu’il y a une frontière très floue entre l’epic fantasy et la sword and sorcery. Y a-t-il une différence ? La distinction entre l’epic fantasy et la high fantasy est également un peu vague. G.R.R. Martin lui-même appartient-il à la high fantasy ?

Cecelia Holland

Mon problème avec ça est que je ne sais pas si les lecteurs savent vraiment pourquoi ils aiment un livre (les critiques sur Amazon tendent à confirmer cette impression). Et même si les éditeurs croient que quand un lecteur aime A et que A ressemble à B, alors il aimera aussi B, on sait tous au plus profond de nous (parce que c’est la manière dont nous lisons) qu’on veut quelque chose qu’on n’a jamais lu auparavant. Quelque chose qui nous surprenne, qui nous ébahisse. Par exemple, Reindeer Moon d’ Elizabeth Marshall Thomas qui appartient à la fantasy mais pas épique, ou The Worm Ouroboros d’Eric Rücker Eddison. Les lecteurs ne sont pas une audience. Ils sont des chercheurs actifs qui utilisent des histoires pour mettre en valeur leur propre quête.

Stefan Dziemianowicz

Je ne voudrais pas sortir du cadre de cette discussion, mais ça me rappelle que j’ai récemment discuté avec un fan qui ne comprenait pas qu’un journaliste fasse une critique d’un roman de Charlaine Harris pour un journal célèbre, sans mentionner le terme « urban fantasy », ce qui m’a poussé à lui rappeler qu’en dehors du genre (ou même au sein de celui-ci), il existe des sous-genres, des sous-sous-genres qui ont peu de sens pour la plupart des lecteurs.

Paul Witcover

Dans L’Encyclopédie de la Fantasy : « En 1961 Michael Moorcok a souhaité trouver un terme qui décrive le sous-genre de la fantasy racontant les histoires de héros musclés en conflit violent avec toute une variété de méchants : magiciens imbus de pouvoir, sorcières, esprits malins et autres créatures dont les pouvoirs sont d’origine surnaturelle – contrairement à ceux du héros. Fritz Lieber a suggéré « sword and sorcery », et c’est resté. »
Cette définition poursuit en comparant la sword and sorcery avec la mode de l’heroic fantasy, à propos de laquelle John Clute dit : Il y a peut-être une réelle différence entre l’heroic fantasy et la sword and sorcery, mais personne ne l’a encore trouvée.
Bien sûr, ça remonte à un certain temps.

D’autres définitions :

  • High fantasy : Fantasy située dans d’autres univers, en particulier des mondes parallèles et qui traite de ce qui affecte la destinée de ces mondes.
  • Epic fantasy : Toute histoire de fantasy se déroulant à grande échelle, et qui parle de construire ou de tenir jusqu’au bout la défense d’un royaume pourrait être qualifiée d’epic fantasy. Malheureusement, ce terme a été galvaudé par les éditeurs, qui l’ont utilisé pour parler de sagas d’heroic fantasy en plusieurs tomes. Du coup il a perdu de son utilité, dit Clute.

Gardner Dozois

On pourrait aussi faire la distinction entre l’urban fantasy et la paranormal romance, ça aurait un sens. Le ton n’est pas le même.

Stefan Dziemianowicz

C’est l’erreur qu’ont fait les éditeurs avec les fictions d’horreur dans les années 80 et 90. La popularité de Stephen King auprès du grand public a été interprétée par ces éditeurs comme une envie du public de lire de l’horreur. Ils ont inondé le marché d’une foule de romans d’horreur, pour combler cette soif qu’ils avaient perçue. Mais plus tard, ils ont réalisé que la plupart des lecteurs appréciaient Stephen King parce qu’ils aimaient son style, mais n’avaient aucune envie de lire de la fiction d’horreur écrite par d’autres auteurs.

Gardner Dozois

Parfois – et même souvent – il vaut mieux dire “je n’ai pas accroché” plutôt que d’essayer d’expliquer pourquoi. Ça peut être très difficile à expliquer, même quand c’est clair pour soi-même.

Stefan Dziemianowicz

On essaie toujours de tout disséquer. Cette année, Tachyon Books a publié deux anthologies, l’une d’urban horror éditée par Joe Lansdale, et une d’urban fantasy éditée par Peter S. Beagle et Joe Lansdale. Les deux sont remplies d’histoires excellentes, mais je suis sûr que nombreux parmi vous trouveraient que ces histoires ne correspondent pas au thème qu’ils ont voulu donner aux anthologies. D’autre part, Otto Penzer sort cette année une anthologie « zombie », avec beaucoup d’histoires qui ne font même pas apparaître de zombies au sens moderne du terme. J’ai presque envie de croire que ces livres ont pour but secret de faire exploser nos idées reçues sur les genres.

Gardner Dozois

A ce que je sais, Charlaine Harris, Carrie Vaughn et les autres écrivent de la paranormal romance, alors que De Lint et Lindholm donnent dans l’urban fantasy. Mais récemment, et malheureusement, la paranormal romance a commencé à être qualifiée d’urban fantasy et je pense que c’est une erreur. De Lint et Lindholm ont des inspirations qui remontent à Fritz Leiber et au magazine Unknown, alors que Harris et Vaughn ont d’autres sources. Personne ne va lire des livres de chacun de ces auteurs et penser qu’ils écrivent la même chose : le ton est très différent.
Cette distinction ne changera rien pour les fans de Charlaine Harris, bien sûr, ils qualifieront ses œuvres d’urban fantasy s’ils en ont envie.

Stefan Dziemianowicz

Faisons un compromis, appelons la fiction de Harris de la paranormal urbance.

N. K. Jemisin

Juste pour poursuivre sur ce sujet : la paranormal romance et l’urban fantasy (la plus récente, je l’appelle la version « modifiée » de l’urban fantasy « moderne » américaine, ce qui est trompeur puisque le genre plus ancien est toujours publié, il ne se vend simplement plus aussi bien) sont en fait deux sous-genres très différents, ce n’est pas du tout la même chose.
L’un est venu des éditeurs de romance, l’autre est venue des éditeurs de fantasy et d’une certaine manière de l’ancienne version de l’urban fantasy. La première suit les codes de la romance (la fin du genre « et ils vécurent heureux…», par exemple) tandis que l’autre suit les codes de la fantasy (peut-être un happy ending, peut-être qu’un rocher tombe et tue tout le monde, peut-être aucune histoire d’amour). Mais l’important, c’est que les fans ne les considèrent pas comme identiques. Sincèrement, les seuls à tout mettre dans le même panier, ce sont les fans de science-fiction et autres personnes étrangères à la fantasy, dont la plupart n’en ont jamais lu beaucoup.

Gardner Dozois

La plupart des gros bestsellers sont de la paranormal romance, mais je classerais Terry Pratchett sous la bannière de l’ancienne urban fantasy, avec une inspiration clairement tirée de l’époque Unknown (ce qu’il a admis lorsque j’ai eu l’occasion de l’interviewer), tout comme Neil Gaiman. Et leurs romans se vendent plutôt bien. G.R.R. Martin, qui vend plutôt bien aussi puisqu’on tient une table ronde à son sujet, n’appartient à aucun des sous-genres, mais je pense qu’il a plus d’affinités avec l’ancien style de l’urban fantasy qu’avec les travaux récents classés dans l’urban fantasy ou la paranormal romance.

Cecelia Holland

Mais la phrase “on veut quelque chose qu’on a jamais lu” semble vouloir dire qu’on veut toujours du changement, un roman qui sorte de nulle part et qui nous laisse pantois. Ce qui explique peut-être pourquoi les éditeurs se sentent tellement en danger.


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