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Les Sœurs hiver

ISBN : 978-221131414-5
Catégorie : Jeunesse
Auteur/Autrice : Jolan Chloé Bertrand (Proposer une Biographie)

Prix Elbakin.net 2022 - Meilleur roman fantasy jeunesse

Il y a très longtemps, il y avait deux hivers : la Grande, avec ses froids polaires et ses blizzards, et la Petite, avec ses glissades joyeuses et ses batailles de boules de neige. Mais depuis que la Petite a disparu, tout est détraqué au village de Brume ! Les adultes sont inquiets, plus personne ne rit aux bonnes farces d’Alfred et, surtout, les trolls passent leur temps à voler des objets, qu’ils emportent à tout jamais dans la taïga. Lorsque l’oncle d’Alfred se porte volontaire pour rapporter les objets volés et qu’il disparait sous ses yeux, avalé par la tempête, c’en est trop : il faut partir à sa recherche, coûte que coûte, braver les dangers de la forêt boréale, et affronter la Grande Hiver…

Critique

Par Luigi Brosse, le 12/02/2024

Ce qui frappe de prime abord avec Les Sœurs hiver, c’est cette magnifique illustration de couverture. Rarement, une image aura ainsi capturé l’entièreté d’un livre. Des différents protagonistes au décor nordique, difficile de ne pas avoir envie de tourner les premières pages. Et ravissement ! On découvre ensuite de nombreux autres dessins qui viennent ponctuer le récit, tous d’une grande qualité, tous à point nommé. Un roman aussi bien illustré, c’est rare et rien que cela mériterait de le conseiller comme valeur sûre à offrir. À noter que la version électronique est également très bien mise en page.
Mais l’ouvrage ne s’arrête pas en aussi bon chemin. Sans en révéler plus que le résumé, le roman livre une épopée très bien menée, pleines de rebondissements et de rencontres. On rit en compagnie des personnages, on frissonne également (de froid, comme de peur) et jamais on ne s’ennuie. Et tout cela reste à hauteur d’enfant, ce qui en fait une lecture parfaite dès 8 ans (pourquoi pas en co-lecture avec un adulte).
Jolan Bertrand fait également très bon usage de la matière dans laquelle il place son récit. De prime abord, c’est le folklore scandinave qui s’impose, avec notamment un aperçu du monde viking (et également sami, cette population nomade septentrionale) plutôt réaliste (point de casque à cornes et autres drakkars), soupoudré de quelques touches de mythologie. Le tout est utilisé à bon escient et de manière plutôt rigoureuse et respectueuse, ce qui ne gâche rien. Mais surtout, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec La Reine des neiges d’Andersen. Il y a énormément de motifs qui sont repris, mais habilement modifiés et détournés : Alfred cherchant à libérer son oncle de l’hiver, la Grande « transformée » en un être dur et indifférent, la demeure de la Grande qui évoque un palais de glace… C’est un magnifique hommage au conte originel, sous des habits résolument modernes.
Moderne, l’histoire l’est également du fait de la diversité des personnages mis en scène. Dès l’introduction, on comprend qu’il s’agit d’un point qui tient particulièrement à cœur à l’auteur, étant donné son histoire personnelle. L’ouvrage est résolument inclusif, en offrant un panel de circonstances qui permettent d’aborder le genre, le handicap ou bien encore la santé mentale. C’est fait de manière délicate et authentique, par petites touches et encore une fois parfaitement abordable par un jeune public. On décernera une mention spéciale à Alfred, qui est très loin du jeune héros classique, sans grande nuance. Tour à tour espiègle, introverti ou mélancolique, un peu trop entêté pour son bien et en même temps attaché à sa famille, Alfred est composé de multiples facettes qui aident à le rendre proche et attachant.
Ce qui nous amène à parler de l’un des thèmes principaux du roman : l’importance des liens (tout comme son ancêtre La Reine des neiges). On abordera ainsi ceux familiaux entre Alfred et son oncle ou entre les deux sœurs hiver, ceux d’amitié comme entre Alfred et Cheveux Violets, voire ceux sociétaux entre villageois. Cet entrelac de liens permet de questionner leurs rôles, ce qu’ils apportent et sur quelles valeurs ils reposent. On appréciera le vis-à-vis entre le « méchant » de l’histoire qui ravit la Petite hiver pour se divertir en sa compagnie, mais sans son consentement (de fait un lien vide) et au contraire la relation entre la Petite et la Grande, qui composent avec les particularités de chacune, créant ainsi un lien fort et profond. Mais on appréciera tout autant les nombreuses variations nuancées entre ses deux extrêmes, comme le fait que des personnages puissent être dans une relation positive d’un côté, mais être à l’origine de toxicité par ailleurs. Et même mieux, tout cela n’est pas figé ; on peut reconnaitre ses erreurs et agir pour changer un état de fait. Encore une fois, tout cela est écrit avec finesse et pourtant reste accessible à des enfants. Chapeau !
Que dire en conclusion ? Les Sœurs hiver est un beau coup de cœur, qui prouve, s’il le fallait encore, que la littérature enfant peut être brillante, subtile et magnifique. Respectueux du matériau d’origine, Jolan Bertrand n’en brise pas moins certains codes, avec bonheur et délicatesse pour livrer un roman intelligent qui saura plaire à tout lecteur.

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