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Souhaiteriez-vous que la science-fiction soit plus littéraire ?

Par Palinka, le jeudi 25 septembre 2008 à 13:02:08

Astounding StoriesUn auteur s'est posé la question de savoir ce qui changerait dans la science-fiction et la fantasy si elles devenaient plus littéraires, et si cela plairait aux lecteurs. Découvrez tout cela dans notre traduction intégrale, ci-dessous.
Et vous ? Souhaiteriez-vous vraiment que la science-fiction devienne plus littéraire ?

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L'article traduit

Souhaitez-vous réellement que les livres de science-fiction deviennent plus littéraires ?

Quand l’institution littéraire commencera-t-elle à prendre la science-fiction plus au sérieux ? Tout le monde se pose la question, de Michael Chabon à David Hartwell. Mais la plupart des lecteurs eux-mêmes seraient-ils réellement plus heureux si la science-fiction devenait un genre plus littéraire ? Voici ce qui, selon nous, pourrait changer dans la science-fiction si elle avait des prétentions plus littéraires.

Pour ma part, je ne suis pas d’accord avec Michael Chabon lorsqu’il prétend qu’il n’y a aucune différence entre la fiction littéraire et la fiction de genre. J’ai passé suffisamment de temps sur la scène littéraire (enfin sur une scène littéraire) pour comprendre qu’il existe une écriture littéraire particulière. Elle a ses propres clichés, ses propres attentes, et ses propres sujets. Vous ne prenez pas le New Yorker, et encore moins un petit journal littéraire dont le titre contient le mot critique, pour lire la même chose que chez Asimov. C’est ridicule.

En même temps, il n’y a pas qu’une seule institution littéraire avec un seul point de vue. Il y a deux ans, le New York Times Book Review a demandé à 125 critiques et auteurs quel était le meilleur roman de ces vingt-cinq dernières années. Le vainqueur, Beloved de Toni Morrison, n’a obtenu que 15 votes. Les autres titres sélectionnés n’ont pour la plupart reçu qu’une poignée de votes, ce qui signifie que personne n’a pu se mettre d’accord sur la meilleure œuvre. De plus, les livres de la liste n’avaient aucun dénominateur commun, et les écrivains médiocres et ennuyeux comme John Updike étaient surreprésentés. (Mon héros, Donald Hall, passe tout un chapitre dans son manuel fondateur sur l’écriture Writing Well (Ndt : Bien écrire) à expliquer sans pitié et de manière irréfutable pourquoi John Updike est vraiment un mauvais auteur, phrase par phrase).

Et c’est ça, le truc : les œuvres les plus littéraires du monde littéraire n’ont jamais vraiment un grand retentissement en dehors de leur cercle fermé. Il y a des tas d’auteurs qui sont des superstars littéraires dans un certain contexte mais dont on ne lira jamais le profil dans Entertainment Weekly ou de critiques de leurs œuvres dans le NYTBR, pas plus que pour n’importe quel auteur de science-fiction publié en poche. En fait, de ce point de vue, le monde littéraire est très semblable à celui de la SF. Il y a des stars de la littérature qui ne sortent jamais de leur ghetto littéraire, et d’autres qui y arrivent et deviennent grand public. Il y a des gens que le Quinnipiac Review rêverait de publier mais dont vous n’entendrez jamais parler.

On peut dire en quelque sorte que dans le passé, le terme littéraire faisait référence aux œuvres qui, quel que soit leur genre, avaient passé l’épreuve du temps et acquis le statut de classiques. Mais de nos jours, littéraire fait référence à un type d’écriture particulier. C’est un genre à part entière, tout comme la science-fiction.

Il est clair que littéraire ne signifie pas forcément bon. C’est la description d’une manière d’écrire qui peut être bonne. Mais un texte peut être littéraire sans être particulièrement bon, tout comme il peut y avoir de bons textes qui ne sont pas particulièrement littéraires.

Prenons un exemple concret. J’ai récemment fait une critique de Multireal de David Louis Edelman ainsi que, quelque temps plus tôt, de The Stone Gods de Jeanette Winterson, l’ex coqueluche littéraire. Il ne fait aucun doute pour moi que le roman d’Edelman est un bien meilleur livre que The Stone Gods, qui est un roman très imparfait. Pourtant, The Stone Gods est un millier de fois plus littéraire que Multireal. The Stone Gods possède de grandes qualités, comme une prose magistrale et poétique, une expérimentation habile de la narration, une bonne couche d’ironie sur les vies des personnages principaux, une histoire qui fait des bonds dans le temps et reprend les mêmes thèmes et les mêmes personnages dans des cadres différents. Multireal, au contraire, raconte une histoire compliquée de manière assez linéaire. Son roman précédent, Infoquake, contient un grand retour en arrière qui occupe près du tiers du livre, et il y a quelques séquences de rêve par-ci par-là. Mais ce n’est pas aussi artistique.

Evidemment, certains auteurs de SF de nos jours sont littéraires. Kim Stanley Robinson, par exemple, ou Geoff Ryman. Carhullan Army/Daughters Of The North de Sarah Hall, qui vient de recevoir le Tiptree Award, est très littéraire. Beaucoup de snobs littéraires parlent maintenant de Samuel R. Delany avec le même enthousiasme qu’ils réservent à Raymond Carver ou Alice Munroe.

Qu’est-ce que cela donnerait si les romans et les histoires de science-fiction devenaient plus littéraires ? Cela ne les rendrait pas forcément meilleures, ni plus respectables. Mais voici une petite sélection au hasard, et peut-être erronée, de ce que nous aurions si la science-fiction devenait plus littéraire :

  1. Plus d’ambigüité. Un de mes amis plaisantait toujours en disant que les histoires courtes du New Yorker devaient finir avec un moment ambigu d’éclaircissement. On ne sait pas trop ce qui vient de se passer, et rien n’a vraiment été résolu, mais d’une certaine manière, on se sent mieux, ou moins bien, à propos de toute l’histoire maintenant qu’elle est terminée. Oh, et il y a une tasse à thé. N’est-elle pas étincelante ? Alors laissez tomber les explications, en fait, moins on comprend ce qui s’est passé, mieux c’est.
  2. Un style plus sophistiqué. La plupart des romans et des histoires de science-fiction utilisent la langue comme un outil pour faire avancer l’histoire. Elles sont généralement écrites de manière pratique mais pas brillante. Il y a souvent trop d’adverbes, trop de phrases passives, et une utilisation abusive du verbe être. Dans les œuvres littéraires, en revanche, on est obsédé par le style de la prose. Chaque phrase doit étinceler comme la lumière du soleil entre les orteils d’un babouin dans la jungle. Il y a environ deux ans, je me suis inscrit sur les listes d’envoi de certaines des plus importantes maisons d’édition littéraires, et je recevais une vingtaine de livres par mois. J’en lisais autant que possible, et l’écriture était souvent assez agréable, même lorsque l’histoire ne me laissait pas d’autre impression. Les universités débordent de personnes formées à créer de la prose bonsaï.
  3. Des paragraphes qui commencent par des chiffres. Je ne sais pas d’où vient cette manie, peut-être de la poésie, mais je le vois toujours énormément, surtout dans les histoires courtes. A l’origine, c’était des listes, ou des faux memos, mais je pense que ce n’est plus le cas maintenant. Mais les chiffres sont toujours là.
  4. Des héros moins héroïques. Regardez les choses de cette manière. Pourquoi Hamlet est-elle la pièce de Shakespeare sur laquelle on écrit le plus ? Ce n’est pas parce qu’elle est bonne. En fait, c’est une pièce assez moyenne, il lui manque l’ingéniosité de Comme il vous plaira ou le poids des pièces écossaises. Plusieurs autres pièces de Shakespeare, y compris La Tempête sont mieux écrites. Les acteurs adorent Hamlet parce que le rôle principal leur donne l’occasion de s’amuser en faisant de l’esbroufe et en jouant à la manière de Richard Burbage. Mais les critiques adorent Hamlet parce que le personnage principal fait un piètre héros. Il ne peut pas lacer ses bottes sans se tourmenter à ce sujet pendant des heures, et il est horrifié par sa propre mortalité exactement de la manière dont un vrai héros n’est pas censé l’être. Alors au revoir héros de science-fiction qui servent à fuir la réalité, bonjour voyageurs angoissés !
  5. Parlez-nous un peu de la tasse à thé. Elle est ébréchée sur un côté, mais d’une certaine manière, le frottement de tous ces doigts l’ont usée. Alors la partie ébréchée a l’air presque polie, comme si celui qui l’a fabriquée l’avait ébréchée lui-même puis polie. Il y a une tâche à la base l’on pourrait frotter même avec des brosses métalliques sans rien y changer. Il y a un motif de fleurs que vous n’aviez plus remarqué depuis longtemps.
  6. La fétichisation d’un certain type de personnes. Les gens plaisantent souvent au sujet de l’histoire littéraire qui tourne autour du malaise de la vie dans les banlieues résidentielles américaines, mais ça reste assez vrai. Durant l’année que j’ai passée à lire des piles de livres littéraires, j’ai lu des tonnes de livres très semblables sur le fait de grandir avec une nounou, ou être une maman entraîneur de l’équipe de foot ou un papa qui travaille beaucoup. Pour diverses raisons, beaucoup de romans littéraires commencent avec un enterrement, qui pousse un(e) trentenaire ou quadragénaire qui réussit dans la vie à se tourner à nouveau vers sa famille et à déterrer les secrets de son enfance. (Pensez à Sweet Home Alabama mais en moins mignon.) En termes de science-fiction, cela donnerait lieu à d’autres histoires sur des cadres moyens faisant la navette entre les ponts inférieurs d’un vaisseau spatial en se demandant si c’est tout ce que la vie a à offrir.
  7. Pourquoi est-ce qu’on se sent mal ? Une partie des fictions littéraires les plus intéressantes que j’ai lues récemment distillent un certain malaise. De l’angoisse, ou peut-être la colère. Je pense aux trucs du genre de ceux de Gary Amdahl. Des histoires de gens qui se sentent mal ou sont furieux pour des raisons qu’ils ne peuvent pas expliquer et qu’on comprend encore moins quand ils le font. La science-fiction a fait beaucoup de chemin depuis l’époque où elle devait présenter des personnages joyeux et compétents sans problème émotionnel. Mais elle reste la littérature qui résout les problèmes, et ne fait pas plonger dans la dépression.

On peut donc dire faites attention à ce que vous souhaitez. Comme je l’ai dit précédemment, certaines œuvres de science-fiction sont tout aussi littéraires que n’importe quel texte publié dans le New Yorker, mais je ne voudrais pas que tous les auteurs de science-fiction en fassent leur objectif.

J’aime la fiction littéraire, principalement pour des raisons différentes de celles qui me font aimer la science-fiction. Il y a des vérités que l’on ne peut dire qu’en jouant avec les mots ou en cherchant dans un brouillard intentionnel. La meilleure fiction littéraire est à la fois habile et palpitante, elle vous met face à l’ennui, l’horreur et la splendeur de la vie en vous forçant à voir les choses plus ou moins clairement que ce à quoi vous êtes habitué. Les meilleures œuvres de science-fiction, par opposition, parlent d’idées brillantes, d’expériences de pensées, d’avenir hypothétique ou permettent de s’évader quelque temps. Et il n’y a rien de mal à cela.

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