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De la classification des romans de fantasy

Par ThinkBecca, le mardi 15 mai 2012 à 14:06:16

DiagrammeParmi toutes les variantes existantes en fantasy, il est aussi question d'échelle.
De la petite histoire mettant en balance le destin de quelques personnes seulement à la quête épique destinée à sauver le monde en danger, quand ce n'est pas toute une série d'univers, on trouve de tout d'un roman à l'autre.
L'article traduit ci-dessous pour vous devrait vous permettre de vous faire une idée plus précise de la chose, que vous soyez d'accord ou pas avec la thèse exposée. Dans les deux cas, vous pouvez bien entendu réagir sur notre forum !

L'article

J’ai beaucoup réfléchi aux romans de fantasy se déroulant dans un Univers Secondaire, depuis un peu plus d’un an. Le besoin qu’a l’être humain de classer les choses, voire les trier dans des boîtes, ou au moins trouver une façon de les organiser est aussi vieux que l’écriture cunéiforme et a probablement précédé l’écriture elle-même. Nommer quelque chose, c’est le classer.
Aujourd’hui, je veux vous parler d’une proposition de classification des romans de Fantasy.


En juin 2011, Courtney Schafer a écrit un superbe article ici même, sur SF Signal, au sujet d’Epic et de l’Urban Fantasy, expliquant que son premier roman The Whitefire Crossing entre ou pas dans ce paradigme, et comment comprendre la fantasy et lui trouver un sens. Dans les commentaires de cet article, j’ai proposé un diagramme de Venn qui y fut beaucoup discuté.
Après avoir lu l’article de Courtney et avoir écouté certains podcasts de SF Signal à propos de la Sword and Sorcery, j’ai commencé à me faire une idée à partir de mon intérêt et ma connaissance des jeux de rôle et c’est une idée également évoquée dans l’article de Courtney : l’idée des « enjeux ».
Les enjeux sont ce sur quoi agissent les actions ou non-actions du protagonistes, ce qui arrive ou n’arrive pas, selon le succès ou l’échec de ces actions. En termes de jeu de rôle, les enjeux peuvent être liés à une simple phase de combat ou à une campagne entière. On peut aussi bien appliquer cette logique d’enjeux aux romans et nouvelles fantasy, et même en profiter pour trouver une méthode de classification des romans de fantasy. Comme je l’ai dit plus haut, il peut y avoir plusieurs enjeux en cours au même moment, mais on peut considérer les travaux de fantasy en fonction de l’ampleur de ces enjeux afin de se faire une idée de l’étendue du conflit dans un roman.
Par exemple, prenons Ill Met in Lankhmar, de Leiber. (Je vais donner dans le spoiler, mais si vous lisez de la Sword & Sorcery ou de la Fantasy, il faut VRAIMENT que vous le lisiez. Il a aussi gagné à la fois le prix Hugo et le prix Nebula de la meilleure nouvelle, si jamais vous n’étiez pas encore convaincus. Allez, lisez-le.) Ill Met In Lankhmar raconte raconte la rencontre de Fafhrd et du Grey Mouser dans l’endroit susnommé. Comme vous pouvez l’attendre de deux voleurs, ils ne se rencontrent pas dans une auberge, mais plutôt en essayant de voler la même victime. Ils se partagent le butin, apprennent à se connaître et finalement, s’encourageant l’un l’autre, se retrouvent à tenter une infiltration quasi impossible de la Guilde des Voleurs de Lankhmar, ce qui provoque une vengeance qui cause la mort de leurs amantes respectives. Ils s’en vont alors tuer le sorcier responsable de leur fin tragique. Les enjeux de toute l’œuvre sont uniquement centrés sur ces deux hommes, les gens qu’ils aiment et leur façon de gagner leur prochain repas. S’ils n’infiltrent pas à la Guilde des Voleurs ou s’ils ne vengent pas Ivrian et Vlana, rien de spécial ne se passera. Les enjeux sont faibles.

Le fantasy d’univers secondaire de Martha Wells dans The Cloud Roads est d’une certaine manière plus vaste que le seul destin de la Lune, puisque la présence du protagoniste et ses actions ont des répercussions non seulement sur lui-même mais également sur toute sa famille adoptive de la Cour Indigo.
Ensuite, examinons une œuvre avec des enjeux encore plus grands : The Whitefire Crossing, de Courtney Schafer. Si le sujet principal du roman tourne autour des péripéties de Dev et Kiran, on se rend compte que certains éléments de l’intrigue influent sur l’avenir de la ville de Ninavel. Le succès ou l’échec des actions de la paire de personnage ont dans ce cas des enjeux qui sont à l’échelle d’une cité-état, même s’ils n’en sont pas pleinement conscients au début. Ils ont des enjeux personnels, mais également de plus vastes enjeux qui reposent sur leurs actions. Une narration bien construite sur la base d’intrigues secondaires a cette propriété.
Un peu plus haut dans la chaîne alimentaire, on trouve ce que Jo Walton appelle la Kingdom Fantasy. Les enjeux s’élèvent à l’échelle d’un duché, d’un royaume. Tout un tas d’œuvres fantasy se classent dans cette catégorie, avec toutes sortes de nuances et de variations. Je pourrais citer tout un tas de sagas de ce genre, et vous aussi. The Emperor’s Knife se trouve dans le haut du classement de cette catégorie puise que c’est le destin d’un grand Empire qui est en jeu.
Encore plus vaste que la Kingdom Fantasy, il y a la World Fantasy. La World Fantasy correspond aux œuvres où le destin d’un bon morceau du monde, voire du monde entier, repose sur les actions ou inactions des protagonistes. C’est la fantasy à grande échelle de Tolkien, Martin et Jordan, et de tous ceux qui travaillent le même type d’œuvres. Le nouveau roman d’Elizabeth Bear, Range Of Ghosts, semble se classer dans cette catégorie également puisqu’il semble que le destin d’un certain nombre de royaumes est en jeu. Pouvez-vous trouver un enjeu plus vaste encore que celui d’un univers entier ? Je parie que oui !
Au-delà de la World Fantasy se trouve la Cosmic Fantasy. Dans ce cas, ce n’est pas le destin d’un monde qui est en jeu, mais plutôt le destin de plusieurs mondes. Parfois, c’est la viabilité de toute réalité, un multivers entiers qui est en jeu. Certains des travaux de Moorcock dans son cycle du Champion Eternel, avec la bataille entre la Loi et le Chaos, atteignent ce niveau, tout comme certains tomes de la série des Chroniques d’Ambre de Roger Zelazny. On pourrait également citer La Tapisserie de Fionavar, de Guy Gavriel Kay.
Alors, le « score d’enjeu de Weimer » est une échelle logarithmique du plus vaste enjeu présent dans l’œuvre de fantasy. J’utilise une échelle logarithmique pour montrer l’immense évolution du conflit et de ses enjeux. Un Score Weimer compris entre 1 et 3 correspond en général à des romans présentant de faibles enjeux. Ceux-ci vont du personnel au destin d’une ville, au maximum. Un score de 4 à 6 correspond à de la Kingdom Fantasy. De 7 à 9, c’est une fantasy de niveau univers. Le destin d’un monde est en jeu. Au-delà de 9, on tombe dans les enjeux de multivers entiers, les plus grandes fresques et enjeux que l’on puisse imaginer.

En general, la Sword & Sorcery et ce que Anne Lyle et Courtney Schafer appellent l’« adventure fantasy » correspond aux scores les plus faibles et l’epic fantasy se trouve dans les scores les plus élevés. Elles se croisent aux alentours de la Kingdom Fantasy et se chevauchent largement. C’est là que mon premier diagramme intervient. La Sword and Sorcery finit par disparaître mais l’ « impression » de Sword & Sorcery peut se retrouver dans des univers que l’on qualifierait normalement d’ « epic fantasy ». De même on trouve des histoires de petits enjeux mais ayant un ton épique malgré leur échelle. Je pense que l’Urban Fantasy devrait se situer sur Terre, mais ça peut varier. Quoi qu’il arrive, ce type de fantasy a un Score Weimer faible.
Les séries peuvent accroître le champ des enjeux au fur et à mesure de leur progression. C’est à mon avis un ingrédient essentiel lorsqu’on étend une narration. Prenez la série Cairn de Jon Sprunk. Shadow’s Son a des enjeux relativement restreints, au mieux le destin de la cité d’Othir à la fin. Shadow’s Lure s’étend à l’échelle d’un Royaume, et joue avec un univers plus large. Ce que Cairn et Josey font ou ne font pas ont des répercussions sur le destin des nations. (Je n’ai pas lu Shadow’s Master, le troisième et dernier roman. Je ne sais donc pas si Sprunk va encore plus loin sur l’échelle de Weimer dans sa série.)
On pourrait même considérer que le maître, J.R.R. Tolkien, progresse lui aussi sur l’échelle de Weimer au fil de ses travaux. Prenez Bilbo le Hobbit : pour la plus grande part du roman, il s’agit de la petite histoire de douze nains et d’un Hobbit essayant de voler le trésor d’un dragon. A la fin de l’histoire, le score s’accroît jusqu’à atteindre la Bataille des Cinq Armées. Et bien sûr, le Seigneur des Anneaux fait grandement évoluer les choses jusqu’au niveau de la World Fantasy.
Et comme Godel nous l’a appris, aucun système logique n’est jamais complet. Je ne sais pas dans quelle catégorie je placerais, mettons, Cold Magic ou Cold Fire, de Kate Elliott. Cela ressemble à une histoire qui ne touche qu’elle et les siens, mais l’échelle n’est pas aussi restreinte que dans Ill Met in Lankhmar. Il y a des évènements plus importants. Les romans Elizabeth Willey écrits dans les années 90 ont une échelle de Cosmic Fantasy, mais une histoire dont les enjeux s’élèvent plutôt au niveau d’un royaume ou d’un monde. En tous cas, les enjeux sont importants, quelle que soit l’échelle d’un roman. Quels sont les enjeux du roman que vous lisez ? Quels sont les enjeux de ce que vous écrivez ? A quel point les personnages sont-ils conscients de ces enjeux ?

Article originel.


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