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L'année fantasy 2026 des maisons d'édition - David Meulemans et Aux Forges de Vulcain

Deuxième entretien de notre rubrique annuelle, avec cette fois David Meulemans.
On ne présente plus les Forges de Vulcain, n'est-ce pas ? Voici en tout cas ses réponses, concernant cette année 2025 désormais derrière nous et surtout 2026.
Le tout en fantasy !


Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
Pour ce qui est des forges, l’année 2025 est une très belle année. Nous avons fait moins de titres qu’en 2024, mais ils ont davantage rencontré leur public. Cela me convainc qu’il faut poursuivre ainsi : travailler en permanence à faire moins de titres, mais trouver les moyens de mieux les accompagner, en termes de production comme de commercialisation. Notre propre équipe s’est un peu étoffée. Nous restons une petite bande d’aventuriers mais, avec le temps, nous trouvons des camarades nouveaux, qui sont à la fois jeunes et passionnés. Sur l’imaginaire, l’année a vu la montée de l’intérêt pour l’horreur. Cela s’est beaucoup senti dans les propositions que les éditeurs et agents étrangers nous ont adressées. Beaucoup d’horreur, plus littéraire que commerciale, et beaucoup d’horreur écrite par des femmes qui emploient ce genre pour parler de leur genre, des injustices qu’il subit. Cela s’est vu aussi dans les ventes continues des textes de Rivers Solomon et Sue Rainsford, par exemple. L’imaginaire se porte bien. On sent que de plus en plus de libraires, de journalistes, cherchent à soutenir ce genre.

Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
Le retour de l’horreur m’intéresse beaucoup. J’ai l’impression que c’est le croisement entre une visée industrielle de trouver un nouveau relais de croissance pour la vente de fiction, et une démarche sincère d’autrices et d’auteurs. Nous verrons bien ce que cela donne. J’ai aussi été déçu, mais pas complètement étonné par la décision d’un groupe de recourir de manière industrielle à la traduction par IA – cela m’a donné envie de soutenir davantage les traducteurs et traductrices. Je suis en train de regarder comment les mettre davantage en valeur, surtout que les forges ont la chance de régulièrement travailler avec de très bons traducteurs et traductrices. Je suis un peu déçu, mais pas étonné, par le succès des auteurs d’extrême-droite. C’est bien que tous les livres existent et soient disponibles à la commande. Mais est-ce nécessaire de les prendre en pile ? Je ne suis pas certain que ce soit une grande idée. Parallèlement, des librairies ont été attaquées, taguées, leurs vitrines abîmées. Et les pouvoirs publics ont été assez mous dans leur réponse. Soyons honnête : le secteur du livre est peu subventionné, et le peu de subvention est une mutualisation qui est au bénéfice de tous et toutes. Mais, dans le passé, à défaut de sous, le secteur recevait des louanges, ce n’est même plus le cas. La lecture, les livres, les salons, les librairies sont souvent perçues par les politiques comme des adversaires, voire des ennemis. Cela n’est pas rassurant.

Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Nous aurons en 2026 plus de publications en imaginaire, mais, comme bien souvent, ce seront des titres qu’on pourrait appeler des transfictions : des textes qui empruntent à plusieurs genres littéraires. Nous ouvrirons l’année avec le nouveau Eric Pessan, On ne verra pas les fleurs le long de la route, qui mêle Fahrenheit 451, La Route et l’Oulipo. Guillaume Chamanadjian reviendra avec de la SF pugnace et énervée. Julia Colin reviendra avec un récit fantastique. Et nous ferons entrer dans le catalogue la langue coréenne avec un texte pop et politique de Park Seolyeon, que l’on pourrait qualifier de fantasy urbaine.
Notre actualité en fantasy pure, ce sera l’accompagnement des intégrales de la Tour de garde, en librairie, en salon, avec notamment la sortie, fin février, d’un recueil d’essais universitaires publiés en partenariat avec l’université de Rennes 2. Et d’autres nouvelles sont à venir autour de ce cycle, qui s’impose peu à peu comme une référence.

Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Nous essayons, chaque année, d’améliorer les forges tout en restant fidèles à ce qui fait la maison : l’artisanat, l’amitié, le travail de la marge. Nous avons beaucoup appris en travaillant sur les intégrales de la Tout de garde, donc nous allons essayer désormais d’introduire davantage de travail graphique dans nos livres, en travaillant notamment avec des illustrateurs et illustratrices pour agrémenter nos textes d’illustrations intérieures. Nous allons aussi essayer de baisser le prix de nos livres. Je crois que la lecture doit rester le loisir le plus accessible et, quand c’est possible, je pense qu’il faut que les grands formats soient à moins de vingt euros. Nous allons faire entrer deux nouvelles langues dans notre catalogue : le coréen et le tchèque. Mais, de manière générale, pas de révolution en 2026, plutôt une année consacrée à améliorer ce qui existe : faire de meilleurs livres, et mieux les diffuser.

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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