Ki-oon a lancé Ichi the Witch en France avec une sortie simultanée des deux premiers tomes et une campagne promotionnelle assez folle.
Cet énième shōnen en valait-il la chandelle ? Sur le plan comptable, visiblement, la réponse est oui, car il s'agit du meilleur lancement jamais enregistré par l'éditeur sur sa première semaine en librairie. Le point de départ est en apparence aussi convenu qu'aisé à appréhender : dans cet univers, les majiks sont des sortilèges vivants que seules les sorcières peuvent normalement traquer et capturer, jusqu’au jour où Ichi, grand gamin abandonné dans la forêt à 6 ans, ne vienne briser cette sacrosainte règle.
La série choisit donc un canevas très lisible tout en démarrant au quart de tour. Pas le temps de s'ennuyer ! Si Ichi possède certains traits du héros de shōnen classique (du genre à s'émerveiller en débarquant pour la première fois dans une grande ville, face à un adversaire fort, ce genre de choses…), il se révèle tout de même un peu moins naïf que la moyenne dans, plus direct, avec un rapport au danger et à la chasse qui donne au récit une tension un peu différente. Le manga joue beaucoup sur ce contraste entre un univers régi par des sorcières aux rites codifiés et ce garçon qui écoute avant tout son instinct.
Le deuxième point fort n'est autre que c’est le dessin de Shiro Usazaki. Le trait est agréable, les scènes d'action sont dynamiques et lisibles, et le design des majiks se révèlent à la fois fascinants et inquiétants (avec parfois un petit côté Pokémon sur le fond, puisqu'il faut tous les attraper). Le bestiaire magique a de la présence et donne du relief à l’univers dès les premiers volumes, sans noyer le lecteur sous des explications interminables.
Ces deux premiers volumes avancent vite, parfois très vite, mais sans donner l’impression de bâcler. Le rythme est nerveux, la mécanique de découverte est bien huilée, et le duo central (Ichi + la grande figure de sorcière qui l'encadre/affronte selon les moments) crée tout de suite une dynamique efficace. Il en découle pas mal d'humour (convenu la plupart du temps, mais efficace), ainsi qu'une certaine tension et assez de promesses pour avoir envie de voir où la série va réellement poser ses enjeux.
Tout n’est pas parfait pour autant. Pour l’instant, on reste sur un début plus "accrocheur" plus que profondément singulier. La série se distingue par son exécution, son énergie et visuel, mais pas encore par une grande rupture de ton ou de fond avec d'autres sagas. On pense à d'autres mangas récents comme Mashle ou même Kaiju n°8, et on tombe donc vite dans la comparaison pour le moment, plutôt que de considérer Ichi comme une œuvre phénomène à part. Les bases sont toutefois là ; il reste à voir si le récit saura transformer cette bonne première impression en trajectoire mémorable, avec des antagonistes, des ramifications et un souffle qui tiennent la route sur la durée. Et on espère aussi que les nombreux seconds rôles féminins - monde de sorcières oblige - ne seront pas condamnés à de la figuration, d'autant plus que Ichi the Witch est dessiné et scénarisé par deux femmes. Plusieurs paraissent déjà avoir de quoi déjà proposer plus, ce qui est un bon début.
En l'état, ce lancement demeure réussi. Ces deux tomes font ce qu'on attend d'une introduction : ils installent un univers, un héros identifiable, des promesses vite établies, et donnent envie d'ouvrir le volume suivant, prévu pour début avril chez nous (au Japon, la série en compte déjà 7).
En bref : pas de révolution, mais un très bon début de série, porté par un concept simple et efficace et un sens du rythme déjà bien en place.
— Gillossen