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L'année fantasy 2026 des maisons d'édition - Gilles Dumay et Albin Michel Imaginaire

Après un passage à notre micro pas plus tard que le mois dernier, Gilles Dumay revient déjà dans les colonnes d'Elbakin.net pour, cette fois, répondre à nos traditionnelles questions !
Et nous n'allons pas vous faire attendre plus longtemps.


Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
J’ai trouvé l’année 2025 bizarre, mais en fait tout à fait dans la lignée du second semestre 2024. L’année a été compliquée pour moi, j’ai été beaucoup absent pour raisons de santé. J’ai fait le lancement du Sabre de Neige en grande partie à l’hôpital, ce qui est vraiment rude pour la pauvre Salomé Han qui n’avait pas signé pour ça. Bon, malgré ces déboires, elle est la meilleure vente de l’année (talonnée par Kritika H. Rao, mais il va y avoir du retour). Le Sabre de neige a beaucoup divisé, a beaucoup fait couler d’encre. Et tant mieux ! J’ai fini le second tome, il y a un moment et je trouve que Salomé tient ses promesses. Une vraie révélation, en ce qui me concerne.

Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marqué ?
J’avoue que la rocambolesque agonie et résurrection miraculeuse des Humanoïdes associés m’a particulièrement fasciné. Ils sont liquidés en France, ils se déclarent en faillite aux USA, mais annoncent de nouvelles parutions. Waouh, Herbert West réanimateur doit être consultant chez eux. Je ne vois que ça.
(J'ai failli parler d'IA, d'Harlequin et de traductions ; l'an prochain peut-être).

Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
ENORME ! Un festival ! Il y en a même où on ne l’attend pas, par exemple dans le roman d’Emilie Querbalec, Les Jardins du temps, qui se passe entièrement au Japon, d’Okinawa à Sapporo, de l'époque féodale à un futur relativement lointain.
Sinon, dans la fantasy chimiquement pure ou disons identifiée comme telle, vous lirez Le Sabre de nuit de Salomé Han, avec sa sorceresse punk avant l’heure (là où elle passe : à peu près tout trépasse). Kelly Link et sa fantasy balnéaire, The Book of love, récompensé par le prix du Los Angeles Times et finaliste du Nebula, sorte de Twin Peaks à résurrections multiples, au bord des falaises du Massachussetts. On rééditera Je suis fille de rage de Jean-Laurent Del Socorro en mai (mais c’est plutôt du fantastique). Et en juin, mes amis, en juin vous allez partir pour un voyage en méditerranée halluciné, avec Laurent Mantese à la plume. Après avoir raconté la vieillesse de Conan, il s’attaque au récit mythologique ultime : L’Odyssée. Dans une langue baroque et incantatoire qui m’a soufflé. On aime ou on déteste… moi j’adore. En septembre, je publierai le premier volume de la nouvelle série de Robert Jackson Bennett : Une larme de poison qui a eu le prix Hugo et le World Fantasy Award, excusez du peu. Tout le monde parle d’un Sherlock Holmes en fantasy, c’est plutôt un hommage à L’Homme aux orchidées de Rex Stout. Très gros lancement en perspective.

Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Je voudrais réussir tout ça, faire une bonne année (j’ai les cartouches pour, je crois) et évidemment ne laisser personne sur le bord de la route. Après, à titre personnel, je me suis mis un objectif assez haut sur le roman d’Emilie Querbalec, car je pense qu’il est temps qu’elle explose tout. Y’a un truc qui n’appartient qu’à elle dans ce qu’elle écrit, un truc qu'il faut défendre bec et ongles. C’est précieux. Et c’est typiquement pour entendre des voix comme la sienne que je fais ce métier.

Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière


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