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Katabasis

Pas de couverture

Résumé

Catabase, nom féminin, du grec ancien katábasis : descente du héros aux Enfers.

Alice Law a tout donné pour réussir : son énergie, son temps et sa santé mentale. Doctorante en magie analytique à Cambridge, son unique objectif est d'être titularisée et légitimer ainsi son talent de magicienne. Seul obstacle dans son parcours, son directeur de thèse, l'éminent Jacob Grimes, meurt dans un accident aux circonstances douteuses.
De ce postulat découle une solution logique : Alice doit descendre en Enfer retrouver celui dont son destin dépend. Mais elle n'est pas seule à entreprendre ce voyage. Son plus grand rival, Peter Murdoch, le génie flegmatique, décide de l'accompagner dans sa descente.
Alliés de longue date ou concurrents en puissance, les deux étudiants devront mettre de côté leurs différends s'ils veulent venir à bout des Huit Cours de l'Enfer. Car en ce lieu hanté par les Ombres, les secrets des uns deviennent les hymnes de douleur des autres.

Caractéristiques

Auteur(s): R.F. Kuang
Traducteur(s): Michel Pagel
Type: Roman
ISBN: 9782378769178
Titre original: Katabasis

Chronique

Avec Katabasis, R.F. Kuang signe sans doute son roman le moins facile d'accès, mais aussi l'un des plus révélateurs de ce qu'elle cherche à construire depuis maintenant plusieurs livres. Il ne faut pas s'attendre ici à une descente aux enfers conçue comme un grand morceau de bravoure ou une succession de coups d'éclats. Ce qui intéresse Kuang est ailleurs.
L'enfer, chez elle, ne constitue pas un décor. Le lecteur se retrouve plutôt face à une mise en scène destinée à pousser à leur terme les logiques de domination et de dépendance qui existaient déjà bien avant que ses personnages ne basculent de l'autre côté. On peut en tout cas saluer la cohérence du projet, sa noirceur, et la manière dont il s'empare de l'université et de ses violences pour en tirer son véritable moteur romanesque. Mais on reste malheureusement aussi un peu à l'écart, spectatrice ou spectateur d'un texte trop soucieux de commenter ce qu'il raconte plutôt que de nous faire vivre cette histoire.
Une chose est sûre, Kuang ne cherche jamais vraiment à adoucir son propos. Elle préfère insister encore et encore, avec les risques que cela implique pour notre "confort". Cela se révèle parfois fort frappant, via une ambiance poisseuse, qui colle parfaitement au sujet. Mais on peut aussi trouver le tout (trop) aride pour son propre bien.
Babel semblait déjà dans la démonstration, mais il offrait un souffle qui rendait la lecture nettement plus digeste. Katabasis, lui, ne se dévoile pas ainsi. Si de fait, cette approche sombre a de quoi évoquer une mise à nu plus mature dans son approche de la part de l'autrice, tout le monde n'acceptera pas cette sensation d'étoffer sous une prose qui multiplie les détours.
En prime, Kuang ne se facilite pas la tâche du côté de ses personnages ! Ils ne sont pas là pour être aimés, encore moins pour servir de guides à cette traversée. Alice, Peter & Co sont abîmés, âpres, enfermés dans des rapports de pouvoir et de domination qui les rendent souvent pénibles, parfois même franchement rebutants. Là encore, le roman gagne en cohérence ce qu'il perd en adhésion immédiate. Evidemment, ces protagonistes sont imparfaits donc crédibles, mais qu'en est-il du "dosage" dans l'optique de cette démarche, si l'on tient tout de même à s'attacher à eux un minimum ?
Reste alors l’essentiel : malgré ses défauts, ou à cause d'eux d'ailleurs, Katabasis n’a rien d’un roman passe-partout (sans mauvais jeu de mots !). Même quand le livre nous agace, on se rend bien compte du pourquoi et de ce que cela soulève. 
S'il ne s'agit pas du livre le plus "fédérateur" de R.F. Kuang et si, dès sa sortie en langue anglaise, il a divisé, voire déçu une partie de ses innombrables "fans",  il faut louer sa volonté - et sa capacité - de bousculer.  

Gillossen