Chers lecteurs du cycle du Voleur de la Reine, prenez tous vos acquis suite à la lecture des deux premiers tomes et jetez-les à la poubelle. Voilà.
Pour autant, ne fuyez surtout pas ce succulent troisième tome de ce cycle ô combien merveilleux ! Le Roi d’Attolie prouve, une fois de plus, tout le talent de l’autrice. Là où nous avions une forme de roman d’aventure dans le premier puis une joute d’intrigues politique dans le second… Ce troisième tome vire complètement de bord puis qu’il ne s’y passe pratiquement… rien. Alors que nous avions laissé la poudrière de ce Monde imaginaire au bord de l’explosion, n’attendez pas de ce troisième tome que les fils de l’intrigue avancent, si ce n’est un petit paragraphe sur les près de 300 pages.
Est-ce que la lecture est ennuyante pour autant ? Pas le moins du monde. Le Roi d’Attolie se dévore du premier jusqu’au dernier mot. Pourquoi ? Parce que l’autrice est une merveilleuse écrivaine qui continue de jouer de sa force principale, à savoir la maîtrise des dialogues entre les différents personnages. Comme à chaque tome, Megan Whalen Turnur nous offre un nouveau personnage – en l’occurrence Costis ici – dont la construction et l’évolution bluffe le lecteur tant celui-ci se révèle être au service du roman et de « l’intrigue » propre à ce tome. Costis, garde de la Reine, voit son destin chamboulé lorsque Gen – fraîchement couronné – décide de le prendre en tant que « garde exclusif ». A travers le regard de ce soldat, nous vivons sa propre incomprehension face à ce « roi » qui n’en est pas vraiment un et qui ne semble pas trouver sa place.
Le Roi d’Attolie est un huis-clos quasiment total dans un château. Les membres de la Cour, les suiveurs, les servantes et les gardes se côtoient et se tournent autour avec l’unique « but » de comprendre ce qu’est en train de devenir leur Royaume. On virevolte avec eux autour de la relation entre la Reine et ce nouveau Roi. Une relation qui se « cache », qui ne dit rien mais qui pèse sur tout le monde. Ce tome regorge de faux-semblants, de non-dits dans les dialogues qui en font toute sa saveur pour répondre à l’enjeu majeur de ce tome : Eugénidès, voleur d’Eddis ou Roi d’Attolie ?
Eugénidès se dévoile une fois de plus. Il est à l’image de ce roman et révèle toute la complexité de sa psychologie. Ce qui ne change pas, c’est le sentiment d’être face à un « héros » (ou encore anti-héros, parce qu’il est important d’insister là-dessus) comme on en rencontre rarement. Gen a tout pour plaire, tout comme il a tout pour donner envie de lui mettre une claque. Tel un voleur, il se cache et se dévoile à l’improviste tout en devant agir et avoir – maintenant – la grandeur d’un Roi. Au risque de se répéter, Gen est le petit con par excellence, mais qu’est-ce qu’on l’adore !
Vous l’aurez compris, Le Roi d’Attolie peut être vu comme une sorte de tome de transition. Pour autant, on ne s’ennuie pas grâce à la plume de l’autrice et sa capacité à profiter de ce répit dans l’intrigue générale pour développer ses personnages. Un tome complètement différent des autres mais qui permet de se rendre compte, une fois de plus, que Megan Whalen Turner a imaginé un monde et des personnages qui marqueront le paysage de la fantasy.
— Aerendhyl