Fille de la gouvernante de la famille Frankenstein, Elisabeth a grandi à l'ombre d'une demeure prestigieuse sans jamais en faire partie. Vive et farouchement indépendante, elle tire parti de la position de sa mère pour intégrer une excellente école et s'improviser journaliste en herbe au sein de la gazette du collège. C'est là qu'elle se lie d’amitié avec Victor Frankenstein, héritier d’une famille aisée et brillant élève. Marqué à jamais par la disparition prématurée de sa mère, Victor canalise son obsession scientifique dans l'étude de la bioélectricité, profitant d’un concours pour mener des expériences de plus en plus ambitieuses. Jusqu’au jour où il donne accidentellement naissance à une créature composée de morceaux de cadavres dérobés au cimetière local. Face à ce colosse rejeté par tous, seule l'empathie d’Elisabeth permet d'envisager un véritable lien...
Avec cette adaptation, Vincent Kings s'attaque à un monument de la littérature gothique et réussit un exercice délicat. Sans trahir l’esprit du roman de Mary Shelley, il en propose une relecture résolument tournée vers la jeunesse, plus accessible et étonnamment moderne. Les thématiques fondamentales sont bien présentes : la responsabilité du créateur, le regard porté sur la différence, la solitude... Mais elles sont abordées avec une grande clarté et une volonté d’ouverture. Elisabeth s'impose comme une héroïne féministe avant l’heure, Victor apparaît à la fois brillant et fragile, miné par le deuil et par une confiance excessive en ses propres capacités, tandis que la Créature gagne en humanité quand on prend le temps de la regarder autrement. Les personnages secondaires, bien campés, apportent une vraie vitalité à l’ensemble, rendant la lecture particulièrement prenante.
Le dessin d’Hélène Lespagnard, qui peut sembler simple de prime abord, se révèle très efficace. Son trait met l'accent sur l’expressivité des corps et des visages, avec les émotions des uns et des autres en point de mire. Le choix de couleurs franches et marquées tranche avec les habituels gris et noirs associés à Frankenstein, mais fonctionne tout à fait dans cette nouvelle ambiance, apportant une identité visuelle forte et cohérente.
Ce Prométhée moderne n'a sans doute jamais aussi bien porté son surnom. En proposant une adaptation tout public, progressiste et inclusive du roman gothique le plus célèbre de la littérature, cet album parvient à ménager respect de l’œuvre originale et ambition, pour un résultat aussi pertinent qu'attachant.
— Myrgrim