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Reaper's Gale

Tome 7 du cycle : Le Livre malazéen des glorieux défunts
ISBN : 978-055381316-6
Catégorie : Aucune
Auteur : Steven Erikson

Rien ne va plus dans l’Empire Letherii. Rhulad Sengar, l’Empereur aux Mille Morts, sombre dans la folie, alors que L’Errant, autrefois un dieu visionnaire, ne voit plus le futur. Et les courtisans véreux qui se sont autoproclamés conseillers de l’Empereur semblent bien décidés à déclarer une guerre ouverte aux royaumes voisins.
Au large, la grande flotte Edur approche progressivement de Letheras. A son bord se trouvent Karsa Orlong et Icarium, des champions choisis pour croiser le fer avec l’Empereur en personne.
Mais un petit groupe de fugitifs tente de s’échapper. Parmi eux, Fear Sengar cherche à récupérer l’âme de Scabandari Bloodeye car avec son aide il pourra mettre fin à la folie de son peuple, les Tiste Edur, et sauver son frère, l’Empereur. Cependant, Silchas Ruin, le frère d’Anomander Rake, voyage aussi avec eux. Il porte sur son dos les cicatrices des lames de Scabandari et compte bien se venger.

Critique

Par Merwin Tonnel, le 11/04/2011

Steven Erikson est un génie.
Si elle transparaissait dans les critiques des précédents tomes du Livre malazéen des glorieux défunts, cette affirmation s’impose d’elle-même après la lecture de Reaper’s Gale, septième opus de cette immense saga. Pour tout vous dire, c’est encore tremblant et sous le choc que j’écris ces lignes.
On le savait, l’ambition de Steven Erikson est démesurée. C’est une des grandes forces de son cycle. Mais quand les différentes intrigues commencent à se recouper, que certaines se résolvent et que d’autres gagnent encore en profondeur, l’adjectif « vertigineux » devient le seul terme capable de qualifier la vision de l’auteur.
Imaginez des dieux se déclarant la guerre sur trois continents différents et une multitude de mondes magiques, des peuples luttant les uns contre les autres depuis des centaines de milliers d’années, une civilisation que l’on pensait éteinte qui refait surface, d’anciennes forces cherchant à reprendre le contrôle du monde et des armées gigantesques traversant les océans et vous aurez une idée… d’un dixième de ce que propose Reaper’s Gale.
Ainsi, pendant plus de 1250 pages, Erikson nous promène de conflits en conflits, de mystères en mystères et de complots en complots, sans jamais nous perdre un instant. Rien que cela est une performance en soi.
Mais n’attribuer la puissance du Livre malazéen qu’à l’immensité de son univers serait amoindrir les nombreuses autres qualités de l’auteur. Parce que c’est bien un auteur dont il est ici question, et non un simple amateur racontant ses parties de jeux de rôle. Steven Erikson a le sens de la formule et ce don très rare de rendre une scène épique en quelques mots. Une phrase, pas plus, et l’arrivée d’Icarium à Letheras ou le débarquement malazéen deviennent des moments d’anthologie, capables de donner la chair de poule au lecteur, le tout accompagné d’un petit juron d’admiration.
Et comme si cela ne suffisait pas, Erikson est à l’aise dans tous les registres. L’humour, tout d’abord, qu’il serait dommage d’oublier tant il est efficace dans ce monde sombre et sans concession : de l’absurde des dialogues entre Tehol et Bugg au cynisme des marines malazéens, en passant par la bêtise alcoolique d’Hellian qui a du mal à cerner son caporaux (ou ses caporal, au choix) et le premier degré pragmatique de Karsa Orlong, les rires francs fusent. Les scènes de bataille, ensuite, à la fois épiques, très bien décrites et très dynamiques. Mais surtout – surtout ! – c’est dans la tragédie que l’auteur déroule tout son savoir-faire. Dans les 300 dernières pages, les larmes coulent à flots, et ce ne sont pas seulement celles des personnages, malmenés sans pitié. La plume d’Erikson, en parfaite adéquation avec l’ambiance apocalyptique de ses romans, retranscrit à merveille le sens du sacrifice et la douleur du deuil, la futilité et la bassesse des ambitions personnelles, l’enchaînement terrible des évènements qui ne peut se terminer qu’en un drame que l’on imagine jusqu’au dernier moment pouvoir éviter. Et lorsque, enfin, l’auteur nous laisse le temps de respirer, on se retrouve, pantelant, à contempler un champ de ruines, une dévastation physique et psychologique. On voudrait que les choses se déroulent autrement, on voudrait que les personnages trouvent enfin le repos de l’esprit qu’ils méritent, mais en même temps, ce champ de ruines est si beau. Si tristement beau.
Tout cela ne vous suffit pas ? Et si l’on vous disait qu’à ce scénario éblouissant, Steven Erikson y ajoute un deuxième niveau de lecture ? Ce n’est pas nouveau, l’auteur aime développer dans chacun de ses romans un thème fort, une réflexion philosophique personnelle. Memories of Ice traitait du rapport à la chair, House of Chains de l’emprisonnement de l’identité (par le poids des responsabilités ou des réputations), Midnight Tides de l’esclavagisme,… Reaper’s Gale, quant à lui, axe son récit autour du thème de la trahison et de la vengeance, les deux faces d’une même pièce. Comment peut vivre un peuple dont l’histoire même commence par une trahison de la part de son dieu tutélaire ? Doit-il chercher la rédemption ou se venger ? A l’inverse, quel pouvoir reste-t-il à un dieu trahi par ses adeptes ? Enfin, à quelles extrémités peut être poussée une âme trompée ?
A toutes ces questions, et plus, Erikson apporte ses propres réponses à travers les opinions et les aventures de sa mosaïque de personnages, disséminant ces réflexions au milieu de son récit. Loin d’alourdir et de ralentir l’histoire, ce procédé offre une profondeur supplémentaire à l’œuvre de l’auteur. Une profondeur qui fait basculer le Livre malazéen des glorieux défunts du camp des excellentes lectures à celui des incontournables.
La conclusion, tout comme l’introduction, s’impose d’elle-même. Lorsque l’on a ri aux éclats et que l’on a pleuré à chaudes larmes en l’espace de quelques pages, lorsque l’on s’est surpris à veiller jusqu’à des heures avancées de la nuit, lorsque l’on a vibré avec les personnages et lorsque l’on sait que cet univers nous hantera encore longtemps, une seule pensée vient à l’esprit en tournant la dernière page de Reaper’s Gale.
Steven Erikson est un génie.

9.0/10

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