Difficile de rédiger la chronique d'un livre qui a su, à la fois, nous enjouer autant que nous décevoir.
Que mettre en avant ? Comment exprimer sa déception tout en essayant de donner l’envie pour les autres lecteurs de lui laisser sa chance ?
Camille Anssel fait le choix d’un récit à la première personne, nous mettant directement face au récit de sa protagoniste, pour le coup l'un des points positifs du roman. Le lecteur se retrouve projeter au cœur même de l'histoire, pour la vivre pleinement.
Lalie est un personnage "haut en couleur", ce genre d'héroïne qui marque parfois les esprits par son assurance et son franc-parler. L'autre point fort concerne l’imaginaire lui-même. Céleste, l’Empire et toutes les autres parties du monde prennent vie sous sa plume. On prend un certain plaisir à découvrir les différents lieux visités par les protagonistes du Cercle. L’univers est vivant, crédible et pleines de bonnes idées.
Il y a de bonnes idées comme le système de magie, sous la forme de télékinésie qui demande une rétribution fatiguant son utilisateur selon la puissance du « sort ». Certes, ce n’est pas nouveau mais le système semble crédible et bien amené.
Cependant, et c’est là que les défauts commencent, cette magie-là entre les mains de notre héroïne perd toute sa crédibilité. Lalie, novice en la matière, se découvre un don. Cela aurait pu être un excellent point de départ d’un roman d’initiation or, ici, nous retrouvons notre héroïne qui maîtrise assez rapidement cette forme de magie quitte à surpasser des pratiquants de longue date. On soupire devant ces scènes où elle se sort de situations désespérées par l’utilisation d’une telle puissance, sans souci de crédibilité.
Autre point noir, de fait d'un récit trop ambitieux : l’intrigue. Pleine de bonnes intentions, elle permet de mettre en avant des problématiques contemporaines. Mais – rejoignant la question de la toute-puissance de Lalie – le développement du Cercle vient faire vaciller la dimension réelle de la situation d’ensemble. Le roman s’adresse à un jeune lectorat, certes, mais tout va bien trop vite pour que l'on puisse prendre le résultat au sérieux.
Le livre souffre également de facilités scénaristiques que l’on peut tempérer par le fait qu’il s’agisse d'un premier roman. Malgré tout, certains rebondissements nous font légèrement sourire d’autant plus que le côté larmoyant de certaines scènes n’est pas vraiment crédible s vis-à-vis de certains personnages secondaires, tant ils demeurent sous-développés. Ainsi le final du roman, qui aurait pu nous surprendre, fait le choix le plus attendu au regard de ce qui précède, alors que l’auteur recherchait sans doute un effet « plop twist » qui ne fonctionne pas vraiment.
Pour terminer sur une note positive, malgré les défauts évoqués, il faut souligner le style. Incisif, il réussit à nous transporter dès les premiers mots Couplé à l’imaginaire de Camille Anssel, on peut espérer de belles choses pour l’avenir de cette auteur.
— Aerendhyl