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Divines

Divines T01: Recueil angélique

Divines T01: Recueil angélique

Quand Eniale, l’ange, et Dewiela, la démone, ne sont pas occupées à se livrer bataille, elles s’unissent malgré elles pour toute sorte d’actions sur n...

Divines T02: Recueil diabolique

Divines T02: Recueil diabolique

Entre Eniale et Dewiela, la guerre est déclarée ! Rivales dans la chasse aux âmes ou aux nouvelles recrues, les deux amies semblent irréconciliables. ...

Chronique

Avec Divines, Kamome Shirahama dévoilant avant L'Atelier des sorciers une voix déjà singulière.
Publié au Japon à partir de 2012, puis arrivé en France quelques années plus tard, ce manga occupe une place à part dans sa bibliographie. Cette réédition luxueuse, avec son grand format, ses pages couleur et sa couverture cartonnée, tombe donc à point nommé pour remettre en lumière un titre parfois éclipsé par le succès planétaire de Coco et de ses camarades.
Le point de départ est volontairement paradoxal. Un ange, Eniale, et une démone, Dewiela, arpentent le monde des humains pour répondre aux prières de ces derniers, chacune à leur manière. Là où l'on s'attendrait à une opposition franche entre le Bien et le Mal, l'autrice préfère jouer sur le décalage et l'ironie. Eniale n'est pas un parangon de vertu et Dewiela n’a rien d'un monstre malveillant. Toutes deux sont prises entre leur fonction symbolique et leurs désirs personnels, leurs caprices, parfois même leurs petites obsessions. Il en naît une galerie de situations à la fois drôles, absurdes et parfois plus mélancoliques qu'il n'y paraît.
La relation entre Eniale et Dewiela constitue de fait le cœur du manga. Fondée sur une opposition de principe mais aussi sur une forme d'attirance et de dépendance mutuelle, elle donne lieu à des échanges savoureux et à une dynamique qui porte l'ensemble du récit. C'est précisément dans cet entre-deux que Divines trouve sa force, en interrogeant de façon ludique mais sincère la responsabilité, le libre arbitre et le regard que l’on porte sur autrui.
La structure du manga, en revanche, pourra diviser. Divines est composé d'une succession de récits relativement courts, parfois trop, qui fonctionnent comme des variations autour du même principe. Chaque chapitre propose une situation nouvelle, une prière à exaucer, un humain à sauver ou à maudire, sans vraiment s'inscrire dans un arc narratif de longue haleine (après tout, cette réédition en deux tomes est basée sur l'originale qui n'en faisait que trois). Cette approche donne à l'histoire un rythme vif et une grande variété de tons, mais elle peut aussi laisser une impression de frustration, certaines histoires semblant se conclure presque trop vite, comme si l’on n’avait fait qu’effleurer leur potentiel. Clairement, on est davantage dans la vignette que dans la fresque.
Sur le plan visuel, il est déjà difficile de ne pas reconnaître la patte de Shirahama. Le trait est fin, extrêmement détaillé, avec un goût prononcé pour les motifs, les costumes et les détails architecturaux. On retrouve cette élégance qui fera la renommée de L’Atelier des sorciers. La nouvelle édition met particulièrement bien en valeur ce travail, et l’on prend un réel plaisir à redécouvrir certaines planches.
Sans avoir l’ampleur ni la densité narrative de ses œuvres ultérieures, Divines n’en demeure pas moins une lecture précieuse pour qui s'intéresse au parcours de Kamome Shirahama. On y voit déjà se dessiner son goût pour les personnages ambigus, pour les systèmes symboliques détournés et pour une fantasy plutôt introspective. Malgré des récits parfois trop brefs pour leur propre bien, l’ensemble dégage une identité forte et une sensibilité très affirmée. 

Gillossen

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