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Kull le roi atlante

ISBN : 978-235294411-9
Catégorie : Aucune
Auteur : Robert E. Howard

- Tue-le ! siffla le Picte. D’un bond, Kull se jeta dans la pièce. Tu pivota sur ses talons, mais la vitesse aveuglante de cette attaque ne lui laissa aucune chance de se défendre ou de contre-attaquer. Tu tomba à la renverse, l’épée du roi saillant entre ses épaules. Kull se pencha au-dessus du cadavre, puis il lâcha la poignée de son arme et recula craintivement, ébranlé et pris de vertige. Sous ses yeux, le visage de Tu s’altéra étrangement et devint irréel ; ses traits se mêlèrent et se confondirent d’une manière qui semblait impossible. Puis, tel un masque de brume qui se dissipe, le visage disparut soudain, pour être remplacé par quelque chose qui le fixait de ses yeux immobiles… Une monstrueuse tête de serpent !
- Valka ! haleta Kull, des gouttes de sueur venant perler à son front. Valka !
- Reprends ton épée, seigneur roi, dit Brule. Notre tâche n’est pas achevée.

Critique

Par John Doe, le 22/08/2010

Kull est souvent présenté comme un brouillon du personnage le plus célèbre de Howard, Conan. Après tout, le premier récit mettant en scène le célèbre barbare, Le Phénix sur l’épée, n’est il pas une simple réécriture d’une nouvelle de Kull, Par cette hache je règne ?
Vision erronée au demeurant ; comme le précise Steve Tompkins dans son introduction, il convient plutôt de considérer les écrits de ce tout jeune auteur à l’époque (22 ans), “non comme un faux départ, mais comme ses fondations”.
Kull, tout comme Conan quelques années (ou milliers d’années !) plus tard, est un roi barbare dominant le principal royaume de l’époque (l’Aquilonie pour le Cimmérien, la Valusie pour l’Atlante). Et à l’exception de la très intéressante nouvelle Exilé d’Atlantide, qui nous montre un Kull pas encore roi - mais qui est déjà un déraciné, trait commun à plusieurs autres personnages de Howard (Conan, Solomon Kane, Cormac…)  - les autres nouvelles nous présenteront exclusivement un Kull ayant satisfait son ambition de devenir roi.
Mais devenir et être roi sont deux choses très différentes, comme Kull le découvrira à ses dépens. Sombres complots et noirs pouvoirs tournent autour de la Valusie, et Kull semble être le seul - ironie suprême, un barbare protégeant la civilisation ! - à pouvoir défendre le royaume de Valusie contre les dangers qui pèsent sur elle.
Point de mythe du sauveur toutefois chez Howard : s’il est un rempart indispensable, il ne lutte pas seul. Son meilleur ami et allié, Brule le Tueur à la Lance, est un Picte qui est souvent meilleur juge des situations que Kull lui même.
A ce titre, Brule est bien plus qu’un simple faire valoir, comme le lecteur peut s’en rendre compte à la lecture du Royaume des chimères, la première des trois nouvelles consacrées à Kull qui parurent du vivant de leur auteur. Mettant en scène le peuple des hommes serpents, son ambiance fantastique est des plus réussies, et compte assurément parmi les meilleurs textes de Howard.
La deuxième nouvelle, Les Miroirs de Tuzun Thune, plus contemplative, ouvre sur des perspectives nouvelles et démontre une nouvelle fois la variété de l’imagination de son auteur et aura sans aucun doute fortement marqué K.E. Wagner et son Kane. La chute de la nouvelle nous montre un Kull interrogatif et empli de doutes, bien loin de l’image du roc inébranlable et monolithique qu’il donne à voir aux yeux du monde.
La dernière des trois nouvelles, Les Rois de la nuit, qui figurait déjà dans le recueil consacré à Bran Mak Morn, met en scène Kull des millénaires plus tard, sorti temporairement de son époque pour y livrer une bataille aux proportions dantesques.
Trois nouvelles très réussies, auxquelles il convient d’ajouter dix textes inédits, de longueur variable et qui n’ont pas pour la plupart la finition des trois précédents. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils sont sans intérêt, bien au contraire. Mais il faut garder à l’esprit que, s’agissant de textes n’ayant jamais été publiés, leur auteur se sentait (à raison) libre de les réécrire, de les « vampiriser » en quelque sorte, ce qui explique les répétitions et redondances de certains.
Sans procéder à une fastidieuse énumération, citons néanmoins Par cette hache je règne, une excellente nouvelle qui n’a pas à rougir de la version qu’Howard en tirera quelques années plus tard. Écrite dans la même veine, Les Épées du royaume pourpre est un bon texte, qui reprend une partie des idées du précédent mais qui démontre tout le sens du rythme de l’écriture d’Howard.
Mentionnons également Le Chat et le crâne : si la première moitié n’est pas très convaincante, la seconde, au ton tout à fait prenant, est en revanche d’un niveau très supérieur.
Le livre est riche en appendices (brouillons, textes fragmentaires,…) qui permettront au lecteur curieux d’approfondir sa connaissance de l’univers du Texan et la postface de Patrice Louinet, riche en renseignements sur la genèse des récits de Kull, est comme d’habitude un régal de lecture.
Il convient également de mentionner Justin Sweet, auteur de la couverture et des illustrations intérieures qui apportent un vrai plus à l’ensemble.
Sans doute (un peu) moins indispensable que les précédents ouvrages de la collection Howard, ce huitième volume n’est pourtant nullement anodin. Caractéristique du pessimisme de l’auteur, avec son héros austère à la fois si proche et si lointain de Conan, Kull le roi Atlante devait ouvrir la voie à une nouvelle manière d’appréhender la fantasy, à la fois pour Howard lui même… et ceux qui devaient suivre !
Pour conclure, je laisserai la parole à Howard lui même : “Il pensait que nous étions un rêve, et nous pensions qu’il était un fantôme. Assurément, la vie n’est qu’une toile, tissée de fantômes, de rêves et d’illusions, et je suis d’avis que le royaume qui est né en ce jour des épées et du carnage dans cette vallée n’est guère plus tangible que l’écume des vagues sur la mer étincelante.”
Nous sommes bien loin de l’image du colosse ripailleur, amateur de jolies femmes et ne jurant que par ses muscles, ne trouvez vous pas ?

8.0/10

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