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L'année fantasy 2026 des maisons d'édition - Les Editions L'Atalante et Eva Sinanian

Cette année, c'est Eva Sinanian qui prend le relais de Mireille Rivalland et répond donc à nos questions pour les éditions L'Atalante, l'une des maisons les plus connues et respectées du petit monde de l'Imaginaire francophone.
Sans plus attendre, nos traditionnelles questions, et surtout ses réponses !


Alors que 2025 s'est achevée, quel serait votre premier bilan, à chaud, concernant votre maison ou même la situation globale en Imaginaire ?
À réception de vos questions, nous n’étions que joie, mais au moment d’y répondre, nul besoin de vous cacher que nous terminons l’année 2025 endeuillés.
Nous venons de perdre Pierre Bordage, qui laisse un immense vide pour la SF en général et pour L’Atalante en particulier. Auteur et acteur crucial de notre maison, il était sociétaire de la SCOP, un ami pour beaucoup, et plus encore. La liste de tous les endroits où il nous manquera n’en finirait pas, mais nous savons que ce sera au quotidien.
Cette année, nous avons eu la joie de remettre en avant sa trilogie culte des « Guerriers du Silence » dans notre nouvelle collection Neptune, ainsi qu’un recueil de ses nouvelles au printemps, Nouvelles vagues.
Comme pour Orchéron l’an passé, nous avons prévu une belle édition reliée d’un de ses grands romans, Les Dames blanches, en janvier 2026, avec une date d’office qui tombe – magnifique hasard – pour son anniversaire. Ce livre, où la question du deuil est importante, résonnera autrement.

Sur l’année écoulée, y a-t-il un événement, une évolution structurelle ou une décision éditoriale qui vous a particulièrement marquée ?
Même si le moment est douloureux, il ne faut pas nier pour autant les moments réjouissants de 2025, qui ont été nombreux !
L’année s’est montrée particulièrement riche puisque nous y lancions notre nouvelle collection de poche, Neptune. Fruit d’un travail collectif de longue haleine et portée par les magnifiques illustrations de Førtifem, elle semble avoir jeté l’ancre dans bien des librairies qui la portent avec enthousiasme. S’y trouvent déjà des œuvres emblématiques de Pierre Bordage, Andreas Eschbach ou Guy Gavriel Kay, accompagnés de Martine Desjardins pour un succès plus récent. Et bien d’autres à venir en 2026 !
Côté Dentelle du Cygne, une de fiertés de l’année est – vous l’aurez peut-être deviné – la publication de Petit, Grand : le Parlement des fées de John Crowley. Un classique du genre, publié en anglais en 1981, ici dans une retraduction intégrale de Patrick Couton. Nous avons fait des choix de fabrication à la hauteur de ce grand texte de fantasy et de littérature : reliure, toilage, papier… tout y a été réfléchi en détail. Un travail de longue haleine et de passion, pour cet auteur dont nous chérissons l’œuvre.
Du côté des francophones, nous avons eu la joie de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire pour L’Ost Céleste d’Olivier Paquet. Quant au joyeux roman punk de Philippe Battaglia, La Dernière Tentation de Judas, qui a épuisé son premier tirage, il se distingue d’ores et déjà par son prix Utopiales, le tout nouveau prix Gargantua et le prix International du Roman Gay : affaire à suivre – oui, la réimpression arrive !
Pour finir en beauté : Mireille Rivalland a reçu durant les Utopiales le Prix Extraordinaire 2025 consacrant toutes ses activités professionnelles autant que bénévoles envers la science-fiction ! Pour la citer : « Les surprises, c’est pas ma came, mais de celle-là je me suis remise bien vite, et pour le meilleur ! » Mireille fait valoir ses droits à la retraite en 2026 tout en restant sociétaire de la SCOP : plus de temps libre et moins de responsabilités, « c’est extra » ! Pour préparer la suite côté salariés, c’est donc moi, Eva Sinanian, qui ai rejoint L’Atalante et son équipe éditoriale à l’automne, pour travailler de concert avec Mireille jusqu’à ce changement. Une transmission réjouissante à bien des égards !

Quelle place pour la fantasy dans votre programme 2026 ?
Ce sera une année un peu plus SF que la précédente, mais nous aurons une nouveauté de fantasy qui est un immense coup de cœur, à paraître tout début février. Un magnifique roman indien, Les Sœurs démentes d’Esi, de Tashan Mehta, traduite par Mathilde Montier. Nous savons qu’il a déjà été décrit sur Elbakin comme « une expérience de lecture déroutante et fascinante à la fois. »
Voyez plutôt : un monde magique et hypnotique, une plume saisissante, le tout se déroulant au cœur d’une baleine cosmique où vivent deux sœurs, Laleh et Myung.
Séparées par leurs envies d’explorer les chambres-mondes de cette baleine-univers pour l’une, de découvrir ce qui existe au-dehors pour l’autre, leurs chemins nous montrent toute la magie qui peut résider dans le vertige de la folie autant que dans la force de la sororité. Le récit s’émaille de documents issus des Archives de babel, qui nous apportent un peu plus de contexte sur la Grande Wisa et sa baleine. Bref, un roman qui nous a conquis dès sa superbe couverture et dont nous avons hâte de rencontrer l’autrice.
Toujours en février, nous poursuivons la publication des « Archives des Collines-Chantantes » de Nghi Vo avec Les Épouses de la Haute-Colline. Dans ce nouveau récit, l’archiviste Chih s’embarque pour une mission un peu différente de son habituelle collecte : accompagner une jeune fille à la rencontre de son futur époux, dont le domaine regorge de mystères. Un cinquième volume qui cache, sous les faux-semblants les plus délicats, un conte gothique, sanglant et cruel.
Au printemps nous publierons Reine démone qui fait suite à Roi sorcier, toujours dans une traduction de Mathilde Montier. Avec tout son talent, celle que nous publions pour sa fantasy comme sa SF depuis 25 ans propose des personnages aussi vifs et chaotiques que les événements auxquels ils font face, dans deux temporalités narratives. Sans trop en dévoiler – au cas où vous n’auriez pas encore lu le premier opus –, nous vous conseillons vivement la rencontre avec le démon Kaiisteron, son amie sorcière Ziede ainsi que Tahren, l’épouse de cette dernière.
Enfin, juste avant l’été, nous vous proposerons une novella de K.J. Parker se déroulant dans le même univers que Le Démon de Maître Prosper, traduite par Michel Pagel. Cette fois nous cheminons avec un ancien Duc des Enfers, ayant trouvé l’activité la plus passionnante à ses yeux : perturber en permanence les rituels des habitants d’un monastère. Les détourner, ne serait-ce qu’un tout petit peu, mais en permanence de leurs vœux est un délice. Jusqu’au jour où un sadique exorciste vient, par hasard, mettre fin à sa joie. Un texte délicieusement sardonique, comme son prédécesseur.
Côté Neptune, nous sommes heureux de proposer en ce début d’année un roman antique d’Ursula K. Le Guin – le dernier qu’elle a publié – intitulé Lavinia. Une réécriture de l’Énéide avec une femme au cœur de cette histoire qui exprime enfin sa voix. Et c’est aussi dans ce petit format que nous republions la trilogie des Magiciens de Lev Grossman chère à notre cœur : magie, université et mondes aussi cruels qu’enchanteurs, tout un programme. C’est d’ailleurs très amusant de les voir arriver en poche : j’avais travaillé sur leurs premières publications lors de mes précédents passages à L’Atalante ! Une belle boucle temporelle.

Enfin, quel sera votre plus grand défi pour cette nouvelle année ?
Simplement, et avec enthousiasme malgré tout : survivre !


Propos recueillis et mis en forme par Emmanuel Chastellière




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