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Hommage à J.R.R. Tolkien
Conférence
se déroulant le 31/01/2004 à la BNF
Léo Carruthers
- L’influence de la littérature médiéval
anglaise sur Tolkien
Leo Carruthers commence
par cette citation tirée du film, quand Eowyn
présente la coupe à Aragorn : "Westu
Hal", qui en vieil anglais signifie "Hail
to thee", c'est-à-dire "salut à
toi". Toute cette scène, y compris les mots,
est tirée directement d'un poème en vieil
anglais. C'est un clin d'oeil de la part de Peter Jackson
au fait que, pour Tolkien, ce qui comptait c'était
l'aventure des mots : son imagination y trouvait sa
source fécondatrice. Il a consacré sa
vie à l'étude des langues anciennes et
de leur évolution. D'ailleurs, il a rédigé
lui-même des textes en vieil anglais, il savait
parfaitement comment évoluait une langue. Tolkien
avait commencé à créer l'elfique
quand il était adolescent, à partir de
deux langues qui l'ont fasciné, à cause
de leur beauté et leur musicalité, ainsi
que de leur étrangeté : le finnois (qui
n'est pas une langue indo-européenne) et le gallois
(langue indo-européenne mais celtique). La langue
est venue avant le roman lui-même : il s'est demandé
après l'avoir créée quel type d'êtres
pouvait parler cette langue. Il a commencé en
1916, et à sa mort, en 1973, il n'avait toujours
pas fini. C'était d'ailleurs une des raisons
pour lesquelles il ne se sentait pas prêt à
publier Le Silmarillion.
Tolkien était incompris : pourquoi "perdait-il
son temps" à inventer des langues, à
créer la Terre du Milieu, alors qu'il aurait
pu écrire des tas de choses sur les langues réelles
? Il croyait que quand un auteur crée une oeuvre,
il participait de la création divine.
Il fallait que sa création soit logique, que
tous les détails tiennent, et reconnaissait le
SDA comme une séquelle du Silmarillion, non du
Hobbit.
Toute langue vivante
est en constante évolution, sinon c’est
une langue morte. Pour faire évoluer les langues
qu’il avait créées, Tolkien a donc
imaginé les êtres qui pouvaient les parler,
les Elfes. Si Tolkien n’avait pas été
philologue, il n’y aurait jamais eu de Terre du
Milieu.
Tolkien a été
très marqué par Beowulf, le plus grand
poème de la première partie du Moyen Age
dans toutes les langues germaniques. Il a été
rédigé en vieil anglais. Il existe dans
un manuscrit unique qui a été redécouvert,
publié et traduit au 19ème (mais Tolkien
pouvait le lire tel quel).
Ce texte est derrière le Seigneur des Anneaux
: c'est une histoire de lutte entre le bien (Beowulf,
le héros) et le mal (des monstres, des dragons).
La mort du dragon, tué par Beowulf, est d'ailleurs
reprise exactement dans le Hobbit, quand Bilbo vole
le trésor de Smaug (le vol de la coupe existe
de la même façon dans les deux textes).
De même, dans le SDA, la lutte entre Shelob et
les hobbits est calquée sur la mort du dragon,
lors de la double attaque de Beowulf et de son cousin.
On peut également faire le parallèle avec
la mort du Roi-Sorcier, tué par Eowyn et Merry.
Remarques diverses
Pour les auteurs de
Fantasy, il est difficile de s’affranchir de l’influence
de Tolkien (d’autant que le lecteur fait des raccourcis
qui n’existe pas : la trilogie de la Moïra
de Loevenbruck n’est pas inspirée par la
Moria), sauf à puiser dans le folklore français.
Par ailleurs, Loevenbruck a regretté ne pas avoir
eu de professeurs avec lesquels parler de Fantasy quand
il poursuivait ses études (et a reconnu qu’il
serait aujourd’hui moins doué au flipper).
Concernant les traductions, Alain Névant concède
qu’il n’y a pas de consensus général
(il y aura toujours des mécontents quelle que
soit la solution retenue), tout dépend du feeling
du traducteur.
Pour le regard des media sur la Fantasy, c’est
le même reproche que pour les jeux de rôle
: nuisible pour la société, pas sérieux,
déforme l’imagination de la jeunesse …
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