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Hommage à J.R.R. Tolkien
Conférence
se déroulant le 31/01/2004 à la BNF
Alain Névant
- Qu’est ce que la fantasy ?
Alain Névant
a commencé par dire qu'il aurait du mal à
nous donner une définition de la fantasy en une
demi-heure, puisque cela fait 12 ans qu'il travaille
dessus et qu'il n'était toujours pas arrivé
à la définir.
La fantasy, au sens premier, reflète ce que nous
sommes : c'est une chose qui nous fait aller de l'avant,
qui nous fait progresser, qui nous fait dire «
et si je faisais ci, et si je faisais ça »
: il y a un phénomène de projection.
Sartre est cité : "l'acte d'imagination
est un acte magique".
En fait, la fantasy est hermétique à toute
définition. La fantasy, c'est le plaisir d'être.
Et dans ce cadre, le mal consiste à renier l'existence.
"La fantasy est une forme de fiction qui provoque
l'émerveillement". C'est la littérature
de l'évasion par excellence. Plusieurs critiques,
notamment le critique français Joseph anglais,
disent que le problème de la fantasy, c'est qu'elle
est "fourre-tout". On ne peut pas la cloisonner.
Si on essaie de le faire, elle s'échappe.
Revenons à l'étymologie du terme : dans
le dictionnaire, cela viendrait des mots grecs "fantasia",
qui renvoie à la musicalité (inspiration
des Muses). Mais on peut également le renvoyer
au terme "fantasma", qui évoque l'idée
de projection, de rendre visible (représentation
interne). Ces termes se traduisent en latin par "imagination"
(lien avec l’imaginaire).
Deux formes de fantasy
sont possibles:
==> Celle qui présente un autre monde (secondaire),
basé sur d’ « anciens textes »,
chroniques, archives ...
==> Celle qui présente notre monde, comme
Homère, ou Beowulf.
L'utilisation du référent médiéval
en fantasy est due au souci de réalisme qui régit
les oeuvres.
William Blake est le maître de la Fantasy romantique.
Sa philosophie se fondait sur une opposition entre l'imagination
et la raison, à laquelle il ne faut pas succomber.
La notion de temporalité est importante. Dans
le genre fantastique, la cassure intervient pendant
le récit avec qu’en fantasy, la cassure
débute avant et se poursuit pendant et après
le récit. Il y a en plus une intervention du
merveilleux, que l’histoire se déroule
dans notre monde ou dans un monde imaginaire.
La fantasy est le besoin de toucher au divin, à
ce qui va nous transcender (exemple d’Indiana
Jones : simple professeur d’archéologie
qui se retrouve à la recherche de l’Arche
d’Alliance ou du Graal…).
Au 19ème, c'est
la montée du courant réaliste (Balzac,
Zola) qui bride l’imaginaire, avec une volonté
de la part des éditeurs de se lancer dans une
littérature différente de la littérature
passée. Par conséquent, des auteurs comme
Kipling, ou Carroll, se retrouvent "le bec dans
l'eau", et sont cantonnés à une soi-disant
littérature de jeunesse. A la fin du 19ème,
c'est le début du déclin de la littérature
d'aventures.
Howard et Lovecraft font un retour volontaire à
la littérature d'aventure par le biais du feuilleton,
plus pratique pour les auteurs au début du 20ème
siècle.
Il faut faire la distinction entre la fantasy en tant
que genre littéraire et les différents
labels d’édition qui existent : la classification
(dark-fantasy, high-fantasy, light-fantasy, etc …)
sert essentiellement à dire au lecteur : «
tu as aimé tel livre, donc tu aimeras ça
». La high-fantasy correspond à l'imaginaire
maximum (Tolkien). Par opposition à celle-là
: la low-fantasy (exemple : dans Harry Potter, le monde
réel est présent, on prend un train pour
aller dans l'autre monde).
Tolkien a mis la barre très haut : en 1800 pages,
il y a tout. Impossible de faire plus riche (le marché
éditorial ne le permet même pas) : il y
a une dynamique d'usine, c'est une question de rapidité
: il faut produire du bouquin.
Question : Que pensez-vous
de la qualité des traductions ?
Réponse d’Anne
Besson : C’est un problème, mais cela dépend
aussi de la qualité de la version originale (le
style n’est pas toujours très recherché
car les auteurs doivent produire beaucoup en peu de
temps). En fonction des maisons d’édition,
le temps accordé à la traduction peut
également être variable.
Ensuite quelqu'un a
demandé pourquoi la fantasy lui avait amené
à lire plus, lui avait donné l'envie de
lire. Réponse d'Alain Névant : la Fantasy,
c'est l'émotion
Question : Pourquoi
est ce que j’aime la fantasy ?
Réponse d’Alain
Névant : A cause des émotions que cela
procure, qui rapprochent des joies de l’enfance,
émotions que l’on veut revivre en relisant
encore et encore de la fantasy : il y a un travail sur
les humeurs, les sentiments. On veut revivre les émotions
à l'état brut, encore, encore et encore.
C'est une littérature d'espoir.
Question : Pourquoi
la production est-elle majoritairement anglo-saxonne,
pourquoi la fantasy n'a-t-elle pas pris en France?
Réponse de Leo
Carruthers : Dans les pays nordiques, il y a une tradition
ancienne d'oralité, et une attirance pour les
légendes, les mondes inconnus, l'invisible. Mais
la parole écrite, qui consiste à extérioriser
les pensées, a provoqué un décalage
entre le système de pensée des peuples
nordiques et des peuples du sud. (cf. "La Germanie",
de Tacite -1er siècle après JC-, où
il fait la différence entre les peuples lettrés
et les non lettrés).
Dernière remarque
: le mot Fantasy disparaît au 16ème siècle,
il est remplacé par "fantastique".
D'un point de vue purement éditorial, la fantasy
est le genre qui produit le plus depuis 30 ans. Pourtant
le terme n'est toujours pas dans le dictionnaire (==>
pas attesté comme genre littéraire).
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