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Hommage à J.R.R. Tolkien
Conférence
se déroulant le 31/01/2004 à la BNF
Ouverture de
Thierry Grillet
Vincent Ferré
- Pourquoi lire Tolkien ?
Ce titre, comme l'a
fait remarquer Vincent lui-même, était
provisoire et pas tout à fait approprié,
puisqu'il s'agissait plutôt ici de faire le point
sur le statut que possèdent les textes de Tolkien,
et sur l'histoire de Tolkien en France depuis 1973 (date
de parution du SDA).
- Julien Gracq est un
des premiers auteurs français à avoir
évoqué Tolkien, et pris position en sa
faveur. Dans "En lisant en écrivant"
(en 1980), il écrit : "Enigmatique et irritant
pour l'esprit le cas de ces écrivains que la
librairie a imposé à la littérature"
et cite Tolkien parmi ces auteurs dont le succès
populaire précède la reconnaissance des
professionnels de la littérature.
- Un chiffre important
: 86 % des lecteurs de littérature générale
ont lu un livre de fantasy en 2003. Pourtant, Tolkien
n’a été publié en France
qu’en 1969, date de la première traduction
de Bilbo en français (soit 20 ans après
la première traduction en suédois).
Il y avait déjà des éditions japonaises,
polonaises, espagnoles, etc...
==> 1970 marque un tournant en France : un recueil
qui parle d'auteurs anglo-saxons non traduits en Français
est publié chez Christian Bourgois, Admirations,
par Jacques Bergier : l’éditeur découvre
Le Seigneur des Anneaux et confie la traduction à
Francis Ledoux, le traducteur de Bilbo.
==> En 1972-73, le SDA paraît en France chez
Christian Bourgois. Le 4ème tome (les appendices)
sera publié en 1986. En 1973, le Tome 1 a reçu
le titre de meilleur livre étranger
C'est le début d'un programme de publications
chez Christian Bourgois, destiné à rattraper
le retard de la traduction en France. Mais Christian
Bourgois a des difficultés à trouver des
traducteurs.
La publication de Faërie, en 1974, permettait d'avoir
accès à l'art poétique de Tolkien,
et de comprendre le rapport entre la création
de ses personnages et sa recherche universitaire, puis
sont parus les Contes et Légendes Inachevés,
Le Silmarillion.
Mais arrêt des traductions par manque de traducteurs.
2ème vague de traductions dans les années
90 avec Peintures et aquarelles, Les Livres des Contes
Perdus (2 premiers tomes des History Of Middle Earth)
traduits par Adam Tolkien, le fils de Christopher. 3ème
vague depuis 2002 avec la seconde édition de
Faërie (complétée par « le
retour de Beothnoth »et une introduction à
Tom Bombadil) et les tomes 3, 4 et 5 des HOME qui sont
actuellement en cours de traduction.
- Tolkien était
avant tout un universitaire, auteur notamment d'un lexique
de moyen anglais. De nombreux médiévistes
lisent et aiment Tolkien. Une douzaine de thèses
ont été publiées entre 1980 et
2003. Il faut attendre 2001 pour qu'un 1er texte centré
sur le SDA paraisse (notamment la Feuille de la compagnie).
- Ce retard des recherches
est à mettre en parallèle avec le problème
sur l'image de Tolkien dans les médias. Les journalistes
parlent d'un "auteur peu connu", redisent
toujours les mêmes erreurs à son sujet,
certains dictionnaires commettent des erreurs sur sa
date de naissance, l’orthographe de son prénom
...
De manière générale, les trois
erreurs récurrentes que l'on trouve à
propos de Tolkien sont les suivantes :
==> Son oeuvre est considérée comme
une littérature de jeunesse. Or, il n'y a pas
forcément de frontière fixe entre la littérature
de jeunesse et la littérature pour adulte, mais
dans l'esprit de Tolkien le SDA est une oeuvre pour
adultes.
==> La qualification "fantasy" n'est pas
rentrée dans les moeurs. On la confond avec le
fantastique. (distinction faite par Tzvetan Todorov
: dans le fantastique, les faits peuvent trouver leur
explication soit dans le rationnel, soit dans le surnaturel.
Il y a toujours une hésitation entre les deux.
Dans le merveilleux (donc dans la fantasy), l'explication
est ... merveilleuse, la présence de créatures
chimériques par exemple n'est pas remise en cause.)
==> L'oeuvre souffre d'une accusation récurrente
de racisme.
- Mais depuis 2001,
le film de Peter Jackson a attiré de nouveaux
lecteurs et a permis de se détacher un peu de
l’image du jeu de rôle tout en relançant
l’intérêt du public et de l’édition.
[Au cours de cette intervention,
quelques extraits du DVD de Baylie nous ont été
montrés pour illustrer Tolkien conteur, sa manière
de concevoir ses langages et le manque d’intérêt
porté à la traduction française
du sous-titrage (je vous laisse imaginer le grondement
désapprobateur de la salle)]
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