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La Terre du Milieu ( suite et fin )

Sauron, Seigneur Ténébreux, l' avait forgé bien des années auparavant, au feu de Orodruin dans le pays de Mordor. Cet anneau était destiné à en contrôler d' autres, donnés aux peuples de la Terre du Milieu, mais il s' était longtemps trouvé dissimulé au regard fixe de l' Oeil de Sauron. A présent, ce dernier savait que l' Anneau Unique n' était plus perdu, et il le cherchait ardemment afin de l' utiliser une fois encore.

Sans savoir ce qui l' attendait, Frodon accepta d' emporter l' anneau au delà des frontières de la Comté. Il se fit accompagné de ses cousins Merry et pippin, de son jardinier Sam Sagace, et s' en alla par la même route que son oncle avait prise en engageant son aventure...

Le danger se manifesta bien vite à leur encontre, sur cette route à ciel ouvert; il prit la forme des Esprits Servants de l' Anneau, neuf esclaves noirs du Seigneur Ténébreux chevauchant des destriers puis de grands animaux volants aux ailes qu' ont eut dit de cuir.

Ils se heurtèrent à d' autres dangers inattendus. Dans la forêt antique, sur la berge d' une froide rivière, une étrange torpeur s' empara des voyageurs, qui se retrouvèrent pris au piège dans l' écorce craquelée et le fouillis de racines d' un arbre vénérable, le Vieil-Homme-Saule. Plus tard, dans les Hauts des Galgals à l' allure de spectre, tapi dans un vieux tertre funéraire au milieu de collines où des menhirs se dressaient indistincts, telles des dents ébréchées jaillies d' une mer de brume.

Chaque progression en Terre du Milieu s' accompagnait des rigueurs des éléments : brouillards et brumes, pluie et vent, blizzards et tempêtes orageuses, chaleur extrême suivie d' un froid glacial. Il s' y ajoutait les accidents d' un terrain qui imposait ses propres obstacles et dangers : marais, fondrières et fanges; rivière, lacs et rapides; pour finir, chaînes de montagnes infranchissables dont l' une, Monts Brumeux, avait constitué pour Bilbon et les nains une barrière insurmontable.


Cette épine dorsale rocheuse de la Terre du Milieu se révéla non moins pleine de dangers pour Frodon et ses acolytes. La neige en altitude les contraignit à rebrousser chemin, puis à emprunter sous terre un passage ténébreux qui se tortillait au long des tunnels de Moria, la vielle mines des nains profondément enfouie sous la montagne.

Ces chemins souterrains exigeaient, de ceux qui les suivaient, un courage pas ordinaire, tant pour traverser le dédale des mines que pour atteindre le Pont fatidique de Khazad-dûm. Ensuite, on abordait le passage de l' Antre d' Arachné, monstrueuse araignée qui partout avait tissé ses toiles; et enfin le chemin des Morts, habité par des fantômes et sinuant sous la Montagne Hantée. Chaque route de la Terre du Milieu était frappée de l' ombre terrifiante de Orodruin, dressé à l' horizon.

Leur itinéraire escaladait la colline puis se glissait sous terre, traversait des prairies à ciel ouvert, se poursuivait en longs sentiers ombragés traversant bois et forêts, tous appelés à jouer un rôle de grande importance dans les aventures de Frodon et de ses compagnons aussi bien que dans celle de Bilbon. Ils trouvèrent dans le superbe royaume boisé de Lothlorien un lieu hors du temps, où les Elfes vivaient sur des plates-formes ou flets, dans des branches de mallorns, arbres de haute futaie chargés de fleurs d' or.

Au coeur du Pays de Lothlorien ils visitèrent Caras Galadhon, la Cité des Arbres; et là, à l' ombre d' un nuage de feuilles, bien haut, environnés par les branches gigantesques de l' un des arbres les plus imposants de la Terre du Milieu, ils furent présentés à Seigneur Celeborn et Dame Galadriel.

Merry et Pippin - mais non Frodon - firent eux aussi connaissance avec une terre boisée, d' un genre toutefois bien different. Les arbres y possédaient une couleur verte produisant de très douces lueurs, des nuances de brun riches et des gris-noir unis. Il s' agissait de fangorn, immense forêt aux arbres revêtus de Lichen. Les jeunes Hobbits y firent la connaissance de Sylvebarbe, un Ent, silhouette hors du commun - quatorze pieds de haut - à l' allure de Trolls; sa peau semblait une écorce gris-vert et sa barbe touffue était faite de brindilles et de mousse.

Lothlorien et Fangorn était l' une et l' autre des havres; on s' y trouvait à l' abri des terreurs suscitées par la ténébreuse puissance de Sauron, comme à Fondcombe et aussi dans la demeure de Tom Bombadil, située à l' orée de la Vieille Forêt et dans laquelle les Hobbits épuisés furent invités à festoyer : beurre et pain blanc, crème et miel, fromage et baies mûres, le tout dégusté dans une vaste pièce basse de plafond, remplie de chandelles, de lampes suspendues et de larges coupes pleines de Lys. Dans ce décor trônait Baie d' Or la Belle, épouse de Tom Bombadil et fille du Roi du Fleuve.

Tom Bombadil était maître des bois, des eaux et des collines; aucun démon ne pouvait approcher de sa demeure. D' autres lieux ne jouissaient pas d' une telle protection et devaient assurer autrement leur défense. En grand nombre ils se fiaient, tel Edoras, à la topographie de la région. Le Château d' Or de Theoden, Roi de la Marche de Rohan, se dressait sur une colline isolée des Montagnes Blanches; une douve profonde et une muraille puissante surmontée d' une grille garnie d' épieux l' entouraient.

Au nord-ouest d' Edoras, on découvrait la colline-fortin du Gouffre de Helm. Ses murailles de pierre, hautes de vingt pieds, et sa tour altière le Fort de Cor, avaient été érigées sur un éperon rocheux, un saillant des falaises environnantes. Bien qu' assaillie par l' armée grouillante des Orques de Sauron, elle résista, et cette bataille reste marquée par d' innombrables faits d' armes héroïques.

Au sud s' élevait Minas Tirith, citadelle de Gondor aux murailles blanches, aux tours multiples. Érigée sur une colline jouxtant Mont Mindolluin, Minas Tirith était ceinte de sept murailles épaisses, dont la plus élevée courait sur un large affleurement pierreux, sa crête acérée se dressant, dans une courbe aussi élevée qu' étendue, à sept cents pieds au dessus des portails de la cité.

Assiégés par les forces de Sauron munies de catapultes, de tours et de béliers, ses grands portails furent enfoncés, et pourtant Minas Tirith ne tomba pas. Alors les armées de l' Ouistrenesse, bien que lourdement inférieures en nombre, engagèrent et gagnèrent la bataille des champs du Pelennor.

En contraste frappant avec ce palais, avec ses cités des peuples libres, se dressaient les grands bastions de ténèbres. Orthanc, place forte de Saroumane à Isengard, dent rocheuse aux lueurs noires entourée de pierre et bâtie face à l' ultime somment des Monts Brumeux, Barad-dûr, forteresse à l' incommensurable puissance du Seigneur Ténébreux, où s' amoncelaient les créneaux de pierre noire et dont le portail d' acier ne laissait jamais ressortir celui qui était entré.

Tels sont quelques-uns des lieux les plus extraordinaires où passèrent Bilbon et Frodon au cours de leur voyage à travers la Terre du Milieu. En quittant la Comté avec ses compagnons, au point de départ de leur grande aventure, il cita une chanson composée par Bilbon bien des années auparavant :

La route se poursuit sans fin
Descendant de la porte où elle commença.

Maintenant, loin en avant, la route s' étire

Et je la dois suivre, si je le puis,

La parcourant d' un pied avide,

Jusqu' à ce qu' elle rejoigne quelque voie plus grande

Où se joignent maints chemins et maintes courses.

Et vers quel lieu, alors ? Je ne saurais le dire.

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