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La Guilde des Hobbits de la Comté comportait
donc cinq membres. Bagend était celui qui avait le plus
d' influence. Il prit comme conseiller Aldalorn qui
décidément réservait beaucoup de surprises. En effet,
il se trouvait que le père de Bagend, Pimperle, était
le frère d' Aldorn, le père d' Aldalorn. Aldalorn et
Bagend sont donc cousins ! De plus, on ne sait de Bagend
que peu de choses et le peu de choses que l' on sait
de lui n' est pas en son avantage. En effet, Bagend
n' est pas son vrai nom, ce n' est en fait qu' un voile
pour cacher, nous le supposons, une partie de son passé.
Un jour que tous
les membres de la Guilde se promenaient, Cieflink posa
cette question :
"- Que diriez-vous d' explorer la forêt ? Je n' en puis
plus d' attendre. L' Ombre tombe, certes, mais au lieu
de l' attendre sagement au fond de notre Comté natale,
pourquoi ne pas l' affronter ? Je considère toujours
que la meilleure défense, c' est l' attaque ! N' êtes-vous
pas d' accord avec moi ?"
"-Si !" répondirent en coeur Tristelune et Tilde. "La
peur nous voile l' esprit et nous empêche de penser
clairement. Nous ne devons pas nous laisser impressionner
par l' Ombre. Après tout, nos ancêtres ont su la combattre
et ont du braver milles difficultés, accomplir milles
prouesses pour enfin répandre la lumière. Nous nous
devons de les honorer. Agissons ! Et que la Lumière
soit !" Sur ce, Tristelune et Cieflink acquiescèrent
avidement.
"- La peur nous voile l' esprit. C' est un fait accompli.
Mais vouloir combattre la peur, ce n' est pas vouloir
à tout pris effectuer ce qu' elle proscrit. Aller dans
la forêt serait une véritable folie ! Nous ne sommes
que cinq Hobbits ! Et même avec nos formidables qualités
et notre volonté sans failles, nous ne pouvons raisonnablement
pénétrer dans ce qui sera sans aucun doutes notre tombeau
! L' honneur veut que nous combattions mais la Raison,
elle, nous en empêche et braver la raison, c' est devenir
fou ! Non, nous n' irons pas dans la forêt !" répondit
violemment Bagend et se retournant vers Aldalorn pour
recevoir quelque soutien de sa part.
"- S' il est vrai qu' entrer dans la forêt serait déraisonnable,
nous ne pouvons décemment rester à Creux de Crique indéfiniment.
Dans la vie, il faut savoir prendre des risques. Ne
pas en prendre, ce serait accepter de vivre dans l'
inconnue. la connaissance, nous la devons parce que
nous l' avons cherché. L' action même de chercher implique
une prise de risque, même si elle est calculée. Aller
dans la forêt, c' est peut être aller à l' encontre
de beaucoup d' ennuis mais c' est aussi, et surtout,
un moyen d' en connaître plus sur l' ennemi. Je suis
donc du même avis que Cieflink. Mais considérant mon
amitié pour toi et ma Raison, nous ne partirons pas
seul et sans plan. Qu' en penses-tu, Bagend ?"
"- Tu me déçois beaucoup Aldalorn. Je n' aurais jamais
cru çà de toi... Enfin, puisque tout le monde est bien
décidé à y aller. Je me dois de m' y astreindre. Mais,
je vous préviens, je ne serai en aucun cas responsable
de ce qui va se passer. A ce sujet, je dois vous dire
que j' ai pris contact avec Sylvadoc, une bonne connaissance
et réputé pour ses conseils avisés. Il vit au côté de
Tom dans la forêt et pourrai nous apporter son aide.
Il doit nous rejoindre mais est pour l' instant assez
occupé et ne pourra donc nous aider dans notre quête.
Je pense que lui, en tous cas, aurait été de mon avis..."
Sur ce, Ils se dirigèrent donc vers
leurs maisons respectives pour préparer leur visite
aux arbres de la forêt. C' est alors que quelques jours
plus tard, avec toujours aucune nouvelle de Sylvadoc,
qu' ils entreprirent leur traversée de la Forêt. Les
premiers jours se passèrent relativement bien. Ils ne
décelèrent aucun problèmes et Aldalorn avait assez bien
préparé l' expédition. Deux poneys étaient affectés
à la nourriture, chaque Hobbit portait de quoi se camoufler,
se battre et dormir. Ils marchaient l' un après l' autre,
Bagend, de par sa qualité de rôdeur, en tête, en éclaireur
et Aldalorn en queue ayant bien en main son fidèle arc.
La nuit pointait le bout de son nez
et la fatigue se faisait sentir. Bagend ordonna donc
la halte, ce que personne ne mettait en doute ! Aldalorn
se posta au sommet d' une colline ayant bien en ligne
de mire le groupe d' Hobbit, Bagend inspecta les environs
tandis que Tristelune, Tilde et Cieflink préparaient
le repas. Les Hobbits entendirent bon nombre de bruits,
de craquements de branches ou des mouvements dans les
fourrées mais cela n' entretenait pas leur peur, au
contraire car le Silence dans une forêt n' est jamais
synonyme de bonnes choses.
Vers le milieu de la nuit, là où les
étoiles sont les plus brillantes et la température la
plus basse, le Silence se fut pour le plus grand malheur
des Hobbits sentir. Silence total, plus aucun bruit,
aucun bruissement dans les fourrées, pas une branche
ne craquelait, non juste le silence qui, paradoxalement,
retenait l' écoute absolue des Hobbits. Et d' un coup
d' un seul, un ouargue énorme trompa le silence et traversa
le camp, embarquant avec lui un poney. Puis un deuxième,
un troisième et finalement un quatrième qui reçut, lui,
une flèche des plus acérées de la part d' Aldalorn.
S' en suivit, un cri affreux, des bruits stridents de
flèches, des aboiements monstrueux et enfin de nouveau
le silence bercé par le bruit des mâchoires des ouargues...
Aldalorn n' est plus.
Bagend, alors pris de furie, se rua
vers les ouargues et armé de sa dague et d' une bonne
dose de courage, pourfendit deux d' entre eux pour malheureusement
finir sous le joug du plus gros qui s' avéra être le
chef de cette meute. Bagend se défendait du mieux qu'
il pouvait et failli perdre plus d' une fois la vie
mais il y tenait à sa vie et elle serait difficile à
prendre. C' est alors que les trois compères, Tristelune,
Cieflink et Tilde se ruèrent à leur tour affronter le
ouargue et dans toute leur splendeur réussirent à délivrer
Bagend des griffes de ce monstre. Se retournant de nouveau
pour finir d' achever le ouargue qu' ils chancelèrent
à la vue de l' absence de celui ci. Le ouargue avait
disparu comme une ombre au milieu de la nuit.
Bagend était grièvement blessé, sa
vue se faisait trouble et pouvait à peine marcher. L'
unique son qu' il pouvait escompter entendre était le
son de sa respiration. Mais dans un regain d' activité,
il put se cacher sous un amas de branches et attendre
une fin de plus en plus pesante.
Ne restait que Tristelune, Tilde et
Cieflink. Aux aguets, ils sursautaient à chaque menue
bruit. Scrutant les alentours, ils étaient à la recherche
du ouargue disparu. Soudain, les trois Hobbits furent
comme frappés de mutisme. Ils étaient incapable d' effectuer
le moindre geste. Haletant, ils regardaient la cime
de l' arbre qui leur faisait face. Eux en bas, lui en
haut. Loin au dessus d' eux, se trouvait le ouargue
ou plutôt ses yeux, deux yeux injectés de sang brillant
dans la nuit comme deux lames fraîchement affûtées.
D' un seul coup, le ouargue bondit en direction des
Hobbits, toutes griffes dehors, et la gueule grande
ouverte. Les crocs ressemblaient à deux crochets étincelant
et à leur base de la bave dégoulinait. Mais les trois
Hobbits firent volte face et esquivèrent le ouargue.
Mais loin de l' affronter, ils s' enfuirent dans les
bois tentant d' échapper à la bête. Celle ci, se remettant
de sa chute, commença à les poursuivre mais décela dans
l' air comme une odeur de chaire fraîche, c' était Bagend.
Le ouargue, se laissant guider par son odorat, approchait
vivement de l' amas de branches quand soudain il tombât
par terre, raide mort, sa tête détaché du reste de son
corps. Et dans la nuit, se tenait Sylvadoc, une dague
à la main, tachée de sang.
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