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#1 27/10/2014 20:05:45

Tybalt
Elbakinien d'Or
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Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

On avait découvert Andrus Kivirähk en France avec le très bon L'Homme qui savait la langue des serpents (dont on parlait ici sur le forum), paru en 2013, qui a remporté le Grand Prix de l'Imaginaire 2014 dans la catégorie "roman étranger". Le Tripode a désormais traduit (paru il y a quelques semaines) un deuxième roman du même auteur : Les Groseilles de novembre. Je l'ai lu et apprécié, alors j'ouvre un sujet à part entière pour vous en parler.

http://le-tripode.net/media/couvertures/xles-groseilles-de-novembre_2.pagespeed.ic.i4lOY1FY_K.jpg

Le quatrième de couverture a écrit:

Les Groseilles de novembre

Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013, Prix de l'Imaginaire 2014 du roman étranger) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains. Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village au Moyen-Âge où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, partout, chaque jour, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles de la vie. À la fois hilarant et cruel, farce moyenâgeuse et chronique fantastique, Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Les groseilles de novembre, ce sont celles que les villageois emportent jusqu'à la croisée des chemins afin de tromper le Vieux Païen, comprenez le Diable, lorsque celui-ci leur demande de signer avec trois gouttes de sang les pactes qu'ils vont passer avec lui. Au lieu de sang, ils verseront quelques gouttes de jus de groseille. Grâce à ce jeu dangereux avec les puissances surnaturelles, plus d'un villageois peut améliorer son maigre train de vie, par exemple en obtenant du diable qu'il insuffle une âme à un kratt, un petit serviteur construit de bric et de broc avec des ustensiles domestiques et quelques branches, et qui peut ensuite accomplir toutes sortes de petites tâches à votre service, par exemple en allant chiper un gigot chez le voisin, une chope d'alcool à l'auberge ou quelques pièces d'or au manoir.

C'est la chronique du quotidien d'un village dans une Estonie médiévale un peu rêvée, avant la conquête du pays par les chevaliers teutons. Un chapitre par jour pour suivre, pendant tout un mois de novembre à la météo particulièrement pourrie, les habitants de ce village ordinaire qui, finalement, ne l'est pas tant que ça.

Il y a les gens du manoir, au service du baron, et puis il y a les gens plus modestes, comme Raagu Reïn, qui exècre le manoir et ne manque pas une occasion d'en dire du mal. Il y a les gens à peu près sages et intelligents, comme le régisseur Hans, le vieux granger avec sa pipe ou encore la sorcière, une femme qui a une queue au derrière et qui vit en bordure du village, prête à rendre service aux gens dans le besoin avec ses herbes, ses potions et ses trucs. Il y a les brutes comme Endel, et l'idiot du village, Jaan, dont tout le monde se moque à partir du jour où il mange du savon sans savoir ce que c'est. Il y a le pasteur Moosel, rempart spirituel de la communauté, mais pas exactement le plus futé du lot. Et il y a des gens cupides, avares, menteurs et trompeurs, c'est-à-dire un peu tout le monde, à commencer par les deux vieux Imbi et Ärni, toujours à l'affût d'une occasion de chapardage.

Le surnaturel, la magie et la sorcellerie imprègnent chaque journée de la vie de ces villageois : le Diable et les démons aux formes très variées, mais aussi toutes sortes d'autres créatures comme les sucelaits qui s'en prennent aux vaches, ou les effrayantes chaussefroides, sans compter les feux follets, les ondines, et bien sûr les "simples" loups. Face à ces multiples voisins plus ou moins étranges et dangereux, chacun ne peut compter que sur sa prudence et sa ruse. Personne ne résiste à l'envie de se frotter au surnaturel, car c'est l'occasion rêvée d'arrondir ses fins de mois et d'accomplir quelques désirs plus ou moins avouables. Mais en cas d'échec ou d'imprévu, les conséquences peuvent être douloureuses voire mortelles, et les imprévus surgissent très souvent. C'est un monde étonnant et angoissant où tout, vraiment, peut arriver sans prévenir.

L'Homme qui savait la langue des serpents développait une intrigue très suivie et très cohérente centrée sur un petit nombre de personnages, et décrivait la décrépitude annoncée d'un monde merveilleux des origines dont on entrevoyait la grandeur au moment de sa disparition. Dans Les Groseilles de novembre, nous sommes toujours plongés jusqu'au cou dans la mythologie estonienne, où nous croisons un surnaturel à la fois familier (le Diable et le merveilleux chrétien, certains personnages de contes très proches de nos contes d'Europe de l'Ouest) et souvent exotique (les kratts et bien d'autres créatures ou croyances sont inconnus sous nos latitudes).
Et cette fois, le roman ne recherche pas une intrigue grandiose et bien suivie : il lance toutes sortes de fils qui, au début, peuvent donner l'impression d'une série de sketches décousus, mais qui s'organisent à mesure que les personnages interagissent et que leurs (més)aventures respectives s'entrecroisent. La période couverte, un mois dans un village parmi d'autres, cherche à faire imaginer une tranche de vie d'un monde paysan rêvé, où les plaisirs et les malheurs se succèdent comme dans un roman picaresque et où le dénouement ne bouleversera pas le monde entier, mais réserve tout de même aux personnages son lot de surprises bonnes et mauvaises.
L'humour léger ou (plus souvent) grinçant voire noir alterne avec des situations inquiétantes, effrayantes ou franchement horribles, entrecoupées de moments de calme précaire. Les désirs et les frustrations, les disputes, les arnaques, les mensonges, les bagarres et les accidents, les retournements de situation brutaux pour le meilleur et pour le pire, le tout sous un ciel presque toujours grisâtre, pluvieux ou neigeux, bâtissent une atmosphère étrange, un mélange curieux de tragi-comédie sociale et de poésie fragile, qui fait penser à une rencontre entre les contes d'Andersen ou d'Isaac Bachevis Singer et un esprit pas si éloigné de la littérature russe (je pense à l'agitation dérisoire des personnages du Révisor de Gogol). Le tout dans une logique qui relève vraiment de la fantasy : le rassemblement de multiples inspirations puisées dans les contes, les légendes et le folklore au service de l'élaboration d'un univers romanesque cohérent et haut en couleurs, qui se dévoile à nous par les yeux de toute une série de personnages.

Un peu surpris au début par la différence de ton et de rythme avec L'Homme qui savait la langue des serpents, j'ai tout de même très vite apprécié cet univers qui me donne très envie de découvrir de plus prè les contes et légendes dont s'est inspiré Kivirähk, et j'ai dévoré les chapitres à une vitesse exponentielle. J'espère que ce livre aura le même succès mérité, et que nous aurons d'autres occasions de lire Kivirähk en français à l'avenir !

Dernière modification par Tybalt (27/10/2014 22:50:17)

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#2 28/10/2014 15:54:41

Aslan
Souverain de Narnia
Lieu: Narnia
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]


Ô Homme, dit Aslan, voici Cair Paravel aux quatre trônes, et sur l'un d'eux tu dois siéger en tant que roi.

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#3 28/10/2014 19:56:03

indy620
Barbare
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Assurément un auteur à suivre ,merci pour cette critique , je m'y mettrai après l'Homme qui savait la langue des serpents .


En cours : Loredan KJ PArker

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#4 29/10/2014 15:44:42

Asavar
Une rumeur strasbourgeoise dit qu'il est mort...
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Si tu aimes "L'homme qui savait la langue des serpents", tu vas adorer "Les groseilles de Novembre".
J'ai adoré que chaque chapitre corresponde à un jour du mois de novembre. Et, même si je me répète, les personnages sont vraiment super bien trouvés et développés.


War never changes

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#5 27/05/2016 19:28:15

K.
Féru de mauvais genres
Lieu: Lisière de Brocéliande.
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Une plongée originale, drôle et prenante dans la vie quotidienne d'un village estonien. Les chapitres, récits courts de journées de novembre, se lisent à une vitesse surprenante incitant le lecteur à tourner page après page pour suivre des villageois dont l'auteur sait avec talent montrer les travers et aspirations, le tout dans une ambiance que l'on pourrait qualifier de réalisme magique bien que la fantasy y soit plus présente que chez Kourouma ou Garcia Marquez. L'univers est dépaysant pour un européen de l'ouest, la plume, de qualité, est au service d'un rythme alerte et dépeint un folklore insolite où vivent, désirent et meurent des personnages attachants multipliant actions si déraisonnables et pourtant si cohérentes.

Je ne pourrais à mon avis mieux le vendre que ne le fait Asavar dont je rejoins totalement les propos et ne puis qu'inciter vivement tout Elbakinien à tenter une expérience qui le sortira des sentiers battus.


Ma bibliothèque en SF et Fantasy

« Cet hiver sera mon dernier. Pourvu que je me baigne dans le sang des Bolton avant de mourir. Je veux le sentir m’éclabousser la face quand ma hache mordra profondément dans un crâne de Bolton. Je veux le lécher sur mes lèvres, et mourir avec ce goût sur ma langue. »
Le Grand Quartaut.

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#6 01/06/2016 14:19:29

Gillossen
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Mais on n'a pas de chronique pour celui-là ? ohmywhistling


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#7 01/06/2016 14:46:13

Flykillerman
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Si whistling


Vosne Romanée 1er Cru Cros Parantoux - Clos de la Roche - Chambertin Clos de Bèze - Chevalier-Montrachet - Chambolle Musigny 1er Cru les Amoureuses: VIVE LA BOURGOGNE !

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#8 04/06/2016 14:08:20

Gillossen
Spécialiste en résurrection
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Ah, la malédiction des liens chroniques qui ne sont pas ajoutés dans le premier message du sujet ! ohmy


Can I Interest You In A Comfy London Apartment At 221B Baker St.?

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#9 28/11/2017 00:37:01

Tzeentch
Magique
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Adaptation cinématographique pour les Groseilles de novembre : http://www.bozar.be/fr/activities/13259 … ner-sarnet

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#10 28/11/2017 07:22:38

No'wens
Rêveuse de mondes
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Messages: 1254

Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Ah, c'est un auteur que je me suis juré de découvrir à force d'en lire de bonnes critiques ici, et cette adaptation ravive mon intérêt ! Par quoi conseilleriez-vous de commencer ? Les Groseilles de Novembre ou L'homme qui savait la langue des serpents ?


"POURQUOI, demanda-t-il, EST-CE QUE VOUS VOUS BALADEZ AVEC UN CANARD SUR LA TETE ?
_ Quel canard ?
_ AH. PARDON."

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#11 28/11/2017 11:25:41

Druss
Elbakinien d'Argent
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Je trouve L'Homme qui savait la langue des serpents bien meilleur et plus facile d'accès pour entrer dans l'univers de Kivirähk.

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#12 28/11/2017 14:44:28

No'wens
Rêveuse de mondes
Lieu: Réunion
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Ok, merci. Je m'y pencherai quand ma PAL aura (un peu) diminué. smile


"POURQUOI, demanda-t-il, EST-CE QUE VOUS VOUS BALADEZ AVEC UN CANARD SUR LA TETE ?
_ Quel canard ?
_ AH. PARDON."

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#13 28/11/2017 23:23:55

Tybalt
Elbakinien d'Or
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

J'ai beaucoup aimé ces deux romans, mais je pense aussi que L'homme qui savait la langue des serpents constitue une meilleure porte d'entrée dans l'univers de Kivirähk smile

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#14 29/11/2017 13:42:01

justi
Istar
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Je viens de constater qu'un film a été tiré de ce bouquin. Il fait actuellement le tour des festivals. J'espère qu'il est aussi  bon que le roman.

Pour ceux que ça intéresse (moi je le tracke) :  http://www.imdb.com/title/tt6164502/

(edit : j'avais pas vu que c'était déjà mentionné ci-dessus smile )

Dernière modification par justi (29/11/2017 13:43:17)

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#15 24/09/2018 21:18:11

Lÿr
Pierre philosophale
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Et merci aux citations du jour qui remettent en avant de petits chef-d'oeuvre d'originalité smile

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#16 02/05/2019 17:45:04

Tzeentch
Magique
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Désormais en poche, toujours chez Le Tripode. smile

https://products-images.di-static.com/image/andrus-kivirahk-les-groseilles-de-novembre/9782370552020-200x303-1.jpg

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#17 02/05/2019 20:46:22

Tybalt
Elbakinien d'Or
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Très bonne nouvelle ! J'espère que cette réédition à petit prix et hautement trimballable contribuera à faire découvrir le livre à un lectorat encore plus large smile

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#18 03/05/2019 12:36:31

Gillossen
Spécialiste en résurrection
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]


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#19 03/05/2019 18:27:06

Kaellis
Petit cauchemar ambulant
Lieu: Nancy
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Je sens que je vais craquer...


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#20 23/01/2020 20:32:17

Nakor
Ta'veren
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Re: Critique ! [Les Groseilles de novembre - Andrus Kivirähk]

Quelle joie de retrouver cette plume tordante ! Ce n'est pas sans rappeler Pratchett en effet, et l'univers est ici particulièrement déjanté, quoiqu'assez sombre. Le récit ne se cantonne pas au conte, il approfondit l'héritage culturel difficile. Les personnages sont habilement dessinés, on tombe immédiatement sous le charme; l'utilisation du folklore estonien assure un beau dépaysement.

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