| .:: Interview de Sean Astin par CHUD
::. Par Devin Faraci A
partir de maintenant et jusqu'à la sortie du Seigneur des Anneaux :
Les Deux Tours, CHUD va vous présenter des interviews des acteurs et
des créateurs de ce qui pourrait bien être le meilleur film de l'année.
Voici la quatrième partie. On se souviendra toujours de Sean Astin pour
ses rôles dans les Goonies et dans Rudy, et maintenant en
tant que fidèle compagnon de Frodon, Samsagace Gamegie, dans Le Seigneur
des Anneaux. Une des choses que j'ai remarqué dans toutes les interviews
avec le casting et l'équipe du Seigneur des Anneaux c'est leur sincérité
- ça a l'air cliché, mais ces gens ont l'air de ne pas être
touchés par Hollywood et par le succès de La Communauté de
l'Anneau. Sean Astin a peut-être été le plus sincère
de tous les acteurs, il aime vraiment parler aux journalistes, se plaignant même
de ne pas avoir assez de temps pour leur répondre. Si l'on considère
le passé de sa famille à Hollywood (sa mère est Patty Duke
et son père est John Astin), c'est vraiment étonnant. ATTENTION
: cette interview contient des révélations sur Les Deux Tours
et sur la série télévisée Angel. Q:
Sam a vraiment la possibilité de s'affirmer dans Les Deux Tours.
Il passe d'un personnage réactif à un personnage actif. Comment
avez-vous approché ça ? Astin: Nous pensions
que nous allions filmer les scènes à peu près chronologiquement.
Mais après six semaines, quand nous étions dans une île du
sud, il y avait un jour où nous devions aller filmer sur la rivière
Anduin. Il a avait une rivière que le Département de Conservation
avait classée que nous pouvions utiliser. Il y avait un très fort
courant, comme la crue du siècle à Queenstown. Ca avait fait toutes
sortes de dégâts et cette portion de la rivière, qui était
celle où nous devions filmer, avait été emportée.
Alors, nous sommes allés à un hôtel de Ramada, il y avait
des rochers en polystyrène sur le court de tennis et nous avons commencé
à filmer une scène du troisième film ! Elijah et moi nous
sommes regardés ce matin-là, nous nous disions " Eh, nous ne
sommes pas encore prêt. ". Pour une raison ou pour une autre, pendant
le maquillage et avec la terreur extrême que nous ressentions, nous avons
trouvé un moyen de nous y mettre. Nous avons filmé une partie de
la scène, c'est-à-dire d'un seul point de vue, ce jour-là.
Puis nous avons fini de filmer l'autre point de vue de cette scène trois
mois plus tard. Je me rappelle avoir pensé " Wow, nous sommes tellement
meilleurs maintenant, est-ce qu'on peut revenir en arrière et refaire l'autre
point de vue ? " , " Non, c'est bon ! ". Les scènes
décident de la manière dont vous appréhendez le travail.
Le langage, la dynamique de l'intensité émotionnelle et intellectuelle
qui influent sur le trio Frodon, Sam et Gollum sont tellement irrésistibles
et intéressants que vous vous sentez obligés d'aller de l'avant
en tant qu'acteur quand vous êtes prêt à le jouer. C'était
super pour moi de pouvoir jouer un rôle plus actif, de pouvoir me mettre
en colère, de passer à travers ces phases émotionnelles de
frustration, de jalousie et de déception. Toutes ces choses qui ne font
pas vraiment partie de ce que le spectateur voit dans le premier film, où
il est une sorte de gardien constant et loyal, ce qui persiste, à un certain
niveau, dans les trois films. Mais avoir la possibilité de faire ça,
de me battre avec Gollum, a été fantastique pour moi. Q:
Qu'en est-il de la scène de combat avec Frodon, qui n'est pas dans le livre
et a été rajouté dans les scènes retournées
? C'est une scène pivot. Astin: Oui, j'ai du mal
à attendre pour voir la version longue du DVD, et voir s'ils ont mis plus
de cette scène, parce que nous avons tourné une scène de
bagarre bien PLUS violente et longue. La complexité émotionnelle
des personnages est tellement riche dans le livre qu'elle est très dure
à mettre en scène. C'est difficile d'expliquer ce qui se passe psychologiquement
avec certains personnages sans voix-off ou des personnages qui parle d'eux-mêmes
de manière philosophique, ce qui fiche en l'air la mise en scène.
Je pense que Peter est un adepte, un vrai puriste, autant qu'il est possible d'être
fan du livre, mais il n'en est pas esclave. Il est très confiant sur le
fait que c'est une adaptation du livre. Je pense qu'ils, je veux dire Peter,
Fran Walsh et Phillipa Boyens, voulaient aussi que ce soit une sorte de réponse
aux événements mondiaux. Le premier film est sorti quelques mois
après les attaques du 11 septembre et tout ça ; le déploiement
américain en Afghanistan, le début des problèmes avec l'Irak
et tout le reste, je pense qu'ils voulaient faire écho à ces questions.
Le film était un mariage si étonnant d'un moment dans le temps et
d'une sorte d'histoire politique et culturelle dans laquelle il est sorti. Un
film dans lequel le but, l'intention du réalisateur était de faire
quelque chose de nouveau, d'original, de porter la réalisation à
un niveau supérieur. Quand vous pensez aux 500 jours consacrés à
la photo des miniatures - 500 jours où il y avait un réalisateur
de classe mondiale en train de filmer des maquettes. Et puis ces centaines d'animateurs
travaillants pendant des années. Je sais que de nombreux films font des
choses similaires, mais je pense que le niveau de créativité et
le fait que le studio soit prêt à laisser Peter décider du
processus de création de la manière qu'il voulait est unique. Je
pense que le fait que tout ça corresponde à un moment particulier
l'an dernier est spécial. Q: Peter dit que le thème
de la guerre, comme dans le livre de Tolkien, ne fait pas volontairement écho
aux événements contemporains (cf. l'interview de Peter Jackson du
18 novembre). Avez-vous un sentiment différent? Astin:
Je pense la même chose de Peter quand il dit ça que de Tolkien lorsqu'il
avait ce discours dans ses lettres disant que son livre n'était pas une
allégorie. Tolkien est inflexible dans ses lettres en disant que ce n'est
pas une allégorie de la Seconde Guerre Mondiale, que Sauron n'est pas Hitler.
Quand j'ai lu ça, je ne l'ai pas cru. J'ai pensé " Il s'est
battu pendant la Première Guerre Mondiale. Il a écrit des chapitres
du livre et les a envoyés à son fils qui était dans les tranchées
pendant la Seconde Guerre Mondiale, comment est-ce que ça pourrait ne pas
être Hitler ? ". Mais je pense finalement que j'ai mûri, en quelques
sortes, pour accepter que ce que Tolkien voulait dire est que ses thèmes
parlent à des personnes différentes de différentes époques
pour différentes raisons. Si c'est une analogie directe, c'est trop limité,
ça ne permet pas à la mythologie qui était son projet d'être
créée. Il voulait créer une mythologie pour les Anglais.
Q: N'a-t-il pas dit qu'il pouvait être vrai qu'il
ait suggéré des événements contemporains mais que
ce n'était quand même pas une allégorie ? Astin:
Oui, je pense que Peter ressent la même chose. Je ne pense pas que Peter
voulait s'enliser dans des détails politiques précis. Vous savez,
ce que j'ai tendance à dire c'est " Il y a des choses bien dans ce
monde et ça vaut le coup de les défendre. ". Qu'est-ce que
ça veut vraiment dire ? Comment est-ce que vous pouvez extrapoler à
partir de ça et l'appliquer ? Je suis américain. Je suis un patriote.
Je crois en mon pays, je supporte mon président sans me soucier de mes
propres opinions politiques. Je veux vivre dans un pays sûr, dans un monde
sûr. Je ne suis pas au courant de tout ce que savent les dirigeants. Comment
je me sens à ce propos ? Comment est-ce que nous pouvons savoir ? Je ne
sais vraiment pas quoi en penser. Tout ce que je sais maintenant c'est que la
scène de bataille au gouffre de Helm est si réaliste et elle fait
tellement d'effet que ce n'est pas de la violence pour la violence, ce n'est pas
cavalier. Il y a de la poésie dans le film. Le langage est riche, et les
idées sont traitées sérieusement. L'enjeu, le prix de la
guerre, les pertes potentielles sont assez palpables dans le film pour que ça
ne semble pas engagé de manière irréfléchie dans les
problèmes de notre époque. Que ce soit conscient ou non, ils
n'ont pas écrit ce dialogue - Peter, Fran et Phillipa n'ont pas inventé
cet aspect du dialogue - jusqu'à juin de cette année. Alors je ne
sais pas s'ils faisaient particulièrement un commentaire ou s'ils répondaient
organiquement, émotionnellement, finalement ils ont eu cette créativité,
je ne suis pas certain. Mais pour moi, l'une des choses que j'aime en regardant
West Wing est cet Aaron Sorkin et l'équipe d'écrivains, d'acteurs
dans ce show qui semblent toujours en train de se battre, semaines après
semaines, avec des idées. Ils sont réactifs avec le monde réel.
Bien plus réactif que la télévision ne l'a jamais été
jusque là, d'après moi. J'aime ça, même dans un film
de 370 millions de dollars sur lequel ils ont travaillé pendant des années,
sur un certain plan les réalisateurs peuvent être réactifs
ou s'engager. Quand les films ont été faits ils ne pensaient pas
à ça. Les gens disaient " Le Seigneur des Anneaux va
être un tel succès ", quand on filmait en 1999 ou 2000. Et je
disais " Vous ne pouvez jamais savoir. ". J'ai produit une pièce
à Los Angeles que nous avons dû arrêter parce qu'il y a eut
des émeutes. Quand vous signez votre contrat il y a des clauses de force
majeure qui évoquent des inondations, la peste, les actes de Dieu. Vous
ne pensez presque pas que ça peut arriver quand vous signez votre contrat,
mais tout peut arriver. Je dirai ça aux gens. Alors, le 11 septembre,
quand cette tragédie a frappé, j'étais prêt à
faire quelque chose avec le Seigneur des Anneaux ce jour là j'en
suis sûr, et je sais qu'Elijah était à New York, il était
sur un vol revenant de New York. Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce
que ça signifie pour les victimes, qu'est-ce que ça signifie pour
nous tous ? Qu'est-ce que ça signifie le fait que je passe deux ans et
demie et ma carrière est semblable - je ne sais plus si c'était
une heure ou cinq heures après que j'ai commencé à penser
ça - mais, " Wow, je suis si reconnaissant et fier de faire partie
d'un film qui va avoir de la valeur, encore plus de crédit, au regard de
cette tragédie, même plus qu'il n'en aurait eu avant cette tragédie.
". Q: Vous aviez une belle carrière avant Le
Seigneur des Anneaux. Est-ce que le succès incroyable du film vous
affecte ? Qu'est-ce qui a changé, si quelque chose a changé ? Astin:
J'ai perdu 35 pounds. J'ai eu un bébé, qui a maintenant quatre mois.
Q: 35 pounds! Astin: Parlez-en à
ma femme ! Q: Garçon ou fille ? Astin:
Encore une fille. Je ne sais pas comment faire un garçon. J'aurai 5 filles.
Je suis plus qu'heureux d'avoir des filles. Je joue dans une série
télévisée à Vancouver qui s'appelle Jeremiah,
avec Luke Perry et Malcolm Jamal Warner. Q: Comment est-ce
arrivé et quel est votre personnage ? Astin: Je joue
M. Smith, qui est à la fois un prophète pas très spirituel
et une sorte de fou Shakespearien, vous ne savez pas lequel des deux. Il prétend
que Dieu lui parle, et il semble en savoir bien plus qu'il ne devrait. C'est un
rôle marrant à jouer. C'est arrivé parce que mon nom était
sur une liste à la MGM, et je suis sûr qu'il était plus haut
qu'avant dans la liste après le succès du Seigneur des Anneaux,
et on m'a proposé ça. J'ai regardé beaucoup d'épisodes
de la première saison, et j'ai lu le script, et regardé le salaire,
et j'ai pensé à ma famille, et j'ai vu quel était l'engagement
dans le temps et j'ai dit oui. J'ai eu le comics, c'est basé sur un comics
allemand, j'ai rencontré Joe Straczynski, le créateur du show qui
travaille sur Babylon 5 et j'ai pensé que je pouvais laisser cet
homme devenir mon " marionnettiste " pendant 15 épisodes. Il
avait l'air d'être un homme intrigué, intéressé, qui
avait quelque chose à dire, alors ça vaut la peine de continuer
à me plier à sa vision des choses pour 15 épisodes. Q:
Combien d'épisodes y a-t-il par saison dans cette série ? Astin:
Quinze. Je pense que je suis dans 13 sur les 15. Je ne suis pas dans l'épisode
qu'ils tournent actuellement parce que je suis ici, et je n'étais pas dans
l'épisode trois semaines avant parce que je réalisais Angel. Q:
Quel épisode ? Astin: Cet épisode d'Angel
s'appelle " Soulless " (" sans âme "). J'ai ressenti
ça comme un accomplissement ! Je roulais dans les locaux de la Paramount
et j'étais un réalisateur. Quand nous sommes allés là-bas
avant j'ai vu cette énorme file de camions, la tente de restauration, j'ai
regardé l'ardoise et il était écrit " Réalisateur
Sean Astin ", et je me suis dit " Wow, c'est cool. ". Mais
c'était dur ! C'était un peu plus dur que ce que je pensais. C'est
un défit très spécial de réaliser un épisode
d'une série télévisée. J'avais eu la chance, juste
après Le Seigneur des Anneaux, d'observer Alex Graves sur West Wing
pendant une semaine, Alan Ball sur Six Feet Under pendant une semaine,
et Richard Lewis sur CSI. Alors, je suis juste resté là sur
le plateau regardant le travail de ces réalisateurs, et essayant d'apprendre
le savoir-faire, pour peut-être essayer de m'immiscer. C'est vraiment unique.
Ce n'est pas comme ce que Peter Jackson était capable de faire pour créer
sa propre vision. Il faut synthétiser 37 attitudes et personnalités
différentes. Ca m'a évoqué Green Mile, rappelez-vous
Michael Clark Duncan, quand il a aspiré le cancer en dehors de quelqu'un
et l'a fait disparaître. Je devais aspirer tous ces sentiments contradictoires
en dehors de tous ces gens différents, faire table rase, et leur permettre
de faire leur travail. C'était un défi fascinant, et je cherche
à en faire plus. Q: Comment était cet épisode
à tourner ? Astin: C'est un bon épisode. Je
suis nerveux à l'idée d'en parler parce que ce n'est pas une des
séries les plus populaires, elle est assez bas dans les classements, mais
elle a des fans très fidèles sur Internet et ils veulent savoir
ce qui va se passer. C'était un épisode super, où l'on parle
principalement d'Angel. Q: Quand est-ce que cet épisode
va être diffusé ? Astin: En février
je pense. Q: Alors pensez-vous que vous allez à nouveau
réaliser ? Astin: A un certain niveau, oui. Les choses
sont vraiment clinquantes pour moi en ce moment, je passe du bon temps. Un producteur
m'a dit " Tu es vraiment au sommet de beaucoup de montagnes en ce moment.
". Je sais qu'il va arriver un moment où tout ça va décliner,
je pense que je serais prêt à me reposer un peu quand on en sera
là, mais je vais faire ce que j'ai envie de faire. Je veux vraiment porter
un film, avoir le premier rôle. Je ne veux pas être juste l'ami ou
le gros type. J'étais déterminé à perdre du poids
avant de faire de la publicité, comme ça quand je suis dans des
émissions, dans des magazines ou des choses de ce style, et que les producteurs
me voient, ils peuvent penser à moi comme premier rôle. C'est quelque
chose que j'aimerai être. Q: Dans Rudy vous
aviez le premier rôle. Astin: Vous voyez, il y a des
précédents ! |