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Auteurs, E-mail : Thys
Dernière Mise à jour : 12/12/2002

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.:: Interview d'Howard Shore par CHUD ::.

Par Devin Faraci

A partir de maintenant et jusqu'à la sortie du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, CHUD va vous présenter des interviews des acteurs et des réalisateurs de ce qui sera peut-être le meilleur film de l'année.
Howard Shore a gagné un Oscar bien mérité pour avoir composé la musique du Seigneur des Anneaux : La Communauté de l'anneau. La musique qu'il a composée pour les Deux Tours est construite sur les thèmes initiés dans le premier film et y ajoute de nouveaux thèmes, très obsédants. J'ai écouté le CD non-stop pendant les deux derniers jours.
Le jour de la première des Deux Tours, Shore a été le premier que nous avons interviewé. Il portait des gants de conduite et a ôté seulement le droit alors qu'il s'asseyait.

Q: Avez-vous écrit la musique des trois films à la fois, ou les avez-vous écrites l'une après l'autre ? Comment avez-vous approché le problème ?

Shore: Vous approchez ça comme une entité, car c'est un seul et même film en fin de compte. L'an prochain nous pourrons voir une version de neuf heures de ce film. Alors, vous gardez le tout à l'esprit quand vous écrivez. Mais chaque année nous faisons un acte. J'ai tout juste commencé le dernier acte, l'acte trois.

Q: Quel impact ont eu les versions longues sur vous ?

Shore: C'est fascinant n'est-ce pas ? J'ai approché ça comme un nouveau film. Je me suis assis et je l'ai regardé avec Peter comme si c'était totalement nouveau. J'ai réalisé qu'il y avait ces autres morceaux que j'avais écrits pour l'autre film, et j'ai du les reformer en un nouvel enregistrement. Pour le DVD de La Communauté j'ai fait autant d'enregistrements que pour un film en entier à cause des quarante-cinq ou cinquante minutes de nouvelle musique. Même si quelques-unes venaient du film, j'ai dû enregistrer les introductions et les conclusions pour relier le tout. Vous ne pouvez pas juste enregistrer une nouvelle séquence de cinq secondes, vous devez enregistrer à nouveau toute la séquence qui va avec. L'autre problème est que techniquement c'est très difficile. Imaginez en photographie, pour utiliser une analogie à l'enregistrement, si vous regardez une photo, dans quelques scènes c'est comme essayer de rajouter des personnages dans la photo, ou d'agrandir la photo. Alors il faut refaire la lumière, la redresser, c'est techniquement assez dur de lui donner un aspect semblable. Le DVD de La Communauté représente cinq jours de nouveaux enregistrements, ce qui est à peu près pareil que sur un film entier.

Q: Etre nominé aux Oscars n'est pas nouveau pour vous…

Shore: C'est totalement nouveau!

Q: Vous n'aviez jamais été nominé?

Shore: Non. Les gens pensent que si, et me parle comme si j'étais habitué à ça, mais pas du tout. J'étais assis dans cette salle, c'était la première fois que j'y étais et c'était une nuit étonnante. Franchement, j'étais heureux rien qu'à l'idée d'être là.

Q: Qu'est-ce que ça fait quand vous entendez appeler votre nom?

Shore: Vous n'arrivez pas à le croire. A cet instant, vous passez en mode automatique. C'est un moment magique. C'est merveilleux d'être assis là, et d'entendre votre nom ! Vous avez toujours un regard d'enfant, alors vous voyez ça du point de vue du public, parce que les caméras sont orientées de telle manière que vous n'avez jamais la possibilité de le voir d'un autre point de vu. Et puis il y a ce signe qui commence à clignoter, vous disant de vous lever.

Q: Aviez-vous préparé un discours?

Shore: Oui, mais ce n'est jamais assez long. Ils vous disent que vous avez tant de secondes, je pense que je les ai eues mais ils ont dû y inclure le chemin jusqu'à la scène parce que la lumière a commencé à briller dès que j'y suis arrivé.

Q: Qu'est-ce que ça fait d'avoir gagné un Oscar?

Shore: Après l'Oscar je suis revenu à Londres pour faire l'enregistrement du DVD et j'ai remarqué un changement dans l'orchestre, dans les chœurs et chez tout le monde. Tout d'un coup tout le monde travaillait sur la partition qui avait eu l'Oscar. Beaucoup de gens ont travaillé sur cette partition. Je veux dire, je l'ai écrite, orchestrée et conduite, mais il y a littéralement des centaines de personnes qui travaillent sur la musique du Seigneur des Anneaux. Rien que les musiciens sont deux cents, et il y a sûrement cinquante ou soixante personnes derrière la scène, aidant : les mixeurs, les ingénieurs, les éditeurs, les copistes. C'est une large production. Je me suis senti très fier de ce groupe. Ils jouaient soudain mieux, ils chantaient mieux, et le niveau même de la production s'est élevé à la plus haute qualité, parce que c'était maintenant le vainqueur de l'Oscar. Et je pense que c'est inhabituel de gagner un Oscar pour une musique et de continuer à l'enregistrer. C'est l'aspect curieux de la chose. Historiquement, ça n'est jamais arrivé.

Q: Quand avez-vous commencé à travailler sur la partition ? Avez-vous débuté avec un montage brut du film, avec le scénario, avec Peter Jackson?

Shore: Je fais beaucoup de recherches sur tous les films sur lesquels je travaille. Si c'est Crash, j'étudie JG Ballard, si c'est Naked Lunch j'étudie William Burroughs. J'étudie la période et/ou le réalisateur avec je travaille aussi. Je suis un fanatique de la recherche. Je n'écris pas avant que je sente que j'ai fini ma recherche. Je dois m'imprégner complètement avant de sentir que je peux créer quelque chose. Pour Le Seigneur des Anneaux c'était une grosse quantité de recherche, comme vous pouvez l'imaginer. Je veux dire, Tolkien a passé douze ans à écrire Le Seigneur des Anneaux. C'est considéré comme le monde fantasy le plus complexe jamais créé. Alors, pour écrire l'équivalent musical de ça, vous pouvez imaginer le travail que ça représente. Je m'y suis simplement pris très systématiquement. Mes deux buts étaient ce qui a influencé Tolkien et qui a été influencé par Tolkien depuis qu'il a écrit ça. Et ça m'a pris quatre ou cinq mois. Et puis beaucoup de relecture du texte. Ayant fait ça, j'ai entrepris d'écrire, mais vous savez, écrire une partition de cette taille, de dix heures, vous devez appréhender la structure du tout, mais vous travaillez réellement sur un morceau à la fois, vous travaillez sur de très petits éléments du tout. Aussi longtemps que je me suis concentré sur quelque chose de petit, quelques morceaux à la fois, une scène, trois secondes du film, ça a été. Quand j'ai commencé à penser au film en lui-même, mon cerveau n'a pas pu tout gérer.

Q: L'une des choses que vous voyez avec des films à cette échelle c'est la sur-écriture.

Shore: Oui. C'est avoir de la musique dans le film qui n'a pas besoin d'être là. Quand je travaillais avec Peter, nous ne travaillions pas de cette manière. Nous avions tous les deux une idée claire de ce que nous essayions de faire. Ce n'est pas juste le problème de quelqu'un disant " Mettons de la musique là ! ". Nous avons travaillé de manière très proche, bien plus proche que je n'avais jamais travaillé avec aucun autre réalisateur.

Q: Même Cronenberg?

Shore: Oui, même Cronenberg. Fran Walsh et Peter Jackson m'ont invité sur le projet en tant qu'écrivain. Ils sont les scénaristes avec Phillipa Boyens, et je suis devenu le quatrième de l'équipe d'écriture parce que je faisais cette sorte d'expression et j'utilisais beaucoup le langage de Tolkien. Très tôt, deux choses sont devenues claires : l'une était qu'il fallait incorporer les langages de Tolkien dans le film, et que l'une des manières de faire ça était la poésie et les chants. Ca n'était pas dans le montage, et c'est l'une des premières choses que j'ai remarqué en voyant la Communauté. J'ai dit " Il nous manque toutes ces belles poésies et chansons, comment allons-nous pouvoir les remettre dedans ? " Ca me semble évident maintenant, mais la manière de le faire était d'utiliser les langages de Tolkien - il y en a cinq dans la Communauté - pour les incorporer dans la musique et les remettre dans le film de cette manière. En faisant ça vous donnez bien plus de profondeur au monde. Comme en Lothlorien. Pas la peine de comprendre le Quenya, qui est le langage des Elfes, mais vous l'entendez quand vous êtes en Lothlorien, et ça fait partie de ce monde. Les paroles ont été traduites par un érudit du e Tolkien. Les prononciations correctes ont été faites par un linguiste Irlandais, qui a enseigné aux chœurs - le chœur des adultes, celui des enfants et les solistes - comment chanter en Quenya, en Sindarin, en Andunaic, en Nain et dans le Noir Parler. Dans Les Deux Tours, nous avons utilisé du vieil anglais, parce que ça se passe en Rohan, dans le monde des Hommes. Tolkien a basé cette culture sur l'ancienne culture Finlandaise, alors nous avons utilisé les langages nordiques. Quand vous êtes à Edoras et au gouffre de Helm, vous entendez du vieil anglais comme faisant partie de leur culture. Nous essayons de remettre le texte écrit dans les films à travers le musique.
Et si je peux, c'est l'autre idée qui devient alors apparente, j'essaye de rendre la structure d'un opéra. C'est un opéra en trois actes, utilisant le texte de Tolkien. Ca ressemble vraiment à un opéra - une symphonie dans la fosse d'orchestre, un chœur mixte sur la scène, un chœur d'enfants, des solistes.

Q: Très Wagnérien.

Shore: Oui. Alors j'ai commencé à voir l'opéra comme un guide pour créer la musique du Seigneur des Anneaux et ça m'a aidé à comprendre la forme de ce gros travail. Parce que si vous écrivez une musique de dix heures, où allez vous chercher la structure ? Seuls les opéras conviennent. Et c'est seulement dans les plus grands opéras que vous pouvez trouver la forme qui s'applique au Seigneur des Anneaux. Et ça m'a amené à une autre chose, qui est de créer le contexte d'un opéra, mais à l'inverse de ce qui se passe quand vous allez à l'opéra. Parce que la musique est créée d'abord dans un opéra, tout tourne autour d'elle. Quand vous allez à l'opéra, la musique commence et le rideau se lève, ça commence, quelle que soit la lumière, elle est déterminée par la musique, parce que la partition vient d'abord. Dans un film, vous ne pouvez pas faire ça, je ne pouvais écrire les partitions, les donner à Peter et dire " Maintenant, tu peux faire le film. " J'ai du écrire plus tard. Mais vous voulez la même impression que quand vous allez à l'opéra, la manière dont tout marche, dont la lumière est faite, dont bougent les acteurs, dont sont dits les dialogues. Le rythme, le sentiment d'un opéra est crée dans la musique. J'essaye de créer ça après le film.