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Auteurs, E-mail : Thys
Dernière Mise à jour : 18/12/2002

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.:: Interview de Andy Serkis par CHUD ::.

Par Devin Faraci

A partir de maintenant et jusqu'à la sortie du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, CHUD va vous présenter des interviews des acteurs et des créateurs de ce qui pourrait bien être le meilleur film de l'année. Voici la sixième partie.
Il y a beaucoup d'amour dans Les Deux Tours, mais là où j'en ai vraiment eu pour mon argent c'est avec Gollum. Fantastique création de pixels et de personnalité, Gollum est la première créature artificielle qui a du caractère. Il emporte toutes les scènes où il apparaît, et pas par des effets spéciaux tape à l'œil, mais par le brillant travail de l'acteur Andy Serkis.
Les Deux Tours est le premier grand rôle de Serkis et ironiquement on ne le voit jamais vraiment. Mais cela n'a pas empêché New Line de le proposer comme meilleur acteur dans la course aux Oscars.

Q: On parle de vous pour une nomination aux Oscars. Pensez-vous que c'est possible ?

Serkis: C'est assez gênant de commencer par ça. Mais je vais quand même vous dire, nous étions justement en train d'en parler, par exemple, John Hurt a été nominé malgré tout son maquillage pour The Elephant Man.

Q: Mais il était à l'écran. Les électeurs de l'Académie sont…bon, en fait ce sont de vieux pets. Etes-vous inquiété par le fait que vous ouvrez peut-être la voix de l'Oscar à un prochain personnage artificiel et que vous ne l'aurez peut-être pas vous-même ?

Serkis: Je vois ça comme un rôle d'acteur. J'ai crée la voix, l'aspect physique et ce n'est pas du latex qui est sur mon visage, ce sont des pixels. C'est comme porter des prothèses virtuelles.

Q: Est-ce que vous vous reconnaissez dans le personnage ?

Serkis: Oh, en grande partie. La totalité de la structure faciale du personnage est basée sur la mienne. Je suis passé par un long processus - et c'est la meilleure manière de faire, je vais vous parler de tout ça. C'est long, mais si vous me suivez ça va démystifier un petit peu tout ça.
Tout a commencé avec a vision de Gollum qu'avait Peter, il le voyait comme un personnage artificiel issu d'un autre monde, mais il voulait qu'il soit complètement déterminé par un acteur. Aucun d'entre nous ne savait comment il allait faire ça. Il voulait un acteur qui le joue émotionnellement, psychologiquement, physiquement, gérant tous ces aspects du personnage comme un acteur. Nous avons tourné jusqu'à la moindre des scènes d'une manière conventionnelle. Ca y était, il y avait toute l'énergie réciproque que vous ressentez en tant qu'acteur. C'est quelque chose qui n'avait jamais été fait auparavant, je veux dire vraiment, il ne s'agit pas de se tenir là, derrière une ligne, mais de jouer réellement. Nous avons toujours tourné deux versions - une version avec moi, et une version sans moi, nous avons laissé des vides pour le travail des animateurs. L'un de leur travail était de me couvrir, couche par couche, de mon personnage. Par exemple, tout ce qui est interactif, quand je porte un manteau, quand je sors Frodon de l'eau, quand je me bats sur les rochers, ils ont littéralement peint par-dessus tous les mouvements.
Dans la version où je ne suis pas là et où je fais la voix off, il y a un vide sur lequel ils agissent, et que je remplis ensuite, en post-production - ce que j'ai fait pendant toute cette année - dans le studio de capture des mouvements. Ca consiste à mettre des points de référence partout, les points sont liés les uns aux autres et couvrent tout ce qui est susceptible de bouger. Ces points sont filmés par des caméras et entrés dans des ordinateurs. Nous avions les clichés, les séquences de ce que nous avions tourné, avec un vide à l'endroit où je devais me trouver, avec Sean et Elijah regardant dans ma direction, et alors sur l'écran, je pouvais voir l'ordinateur en train de créer l'image de Gollum. Une forme très simplifiée qui bougeait en temps réel sur mes mouvements. Ca pouvait traduire des mouvements très infimes. Si je bougeais mon bras droit, la marionnette à l'écran bougeait son bras droit en même temps. J'ai refait toutes les scènes, en me mettant dans le vide, et en jouant sans Sean et Elijah.

Q: C'est un rôle qui a l'air très athlétique, est-ce que vous avez dû vous entraîner pour le jouer ?

Serkis: En tant qu'acteur j'ai tendance à jouer des rôles physiques. Cet aspect était présent. Je fais de l'escalade, ce qui a été incroyablement utile. J'ai fait un peu de danse. Dans Topsy Turvy je joue un chorégraphe, j'ai dû m'entraîner pendant quelques mois pour le faire. Il y a donc une combinaison de différentes choses, mais le plus gros du travail a été fait sur place. J'ai eu beaucoup à faire sur sa manière de bouger, je l'ai fait en m'inspirant de la douleur qui est en lui. Je voulais trouver cette sorte de d'usure et de fatigue dans son corps, et ce que la capture des mouvements peut rendre à l'inverse d'une animation, où c'est éludé. Avec la capture de mouvement vous pouvez juste glisser un peu et c'est réaliste. Ca donne ce niveau supplémentaire de réalité. C'est très subtil. Si vous rampez, ce que fait Gollum, si vous grimpez sur un rocher, un animateur ne va penser à tout mettre, alors qu'un acteur donne une sorte de poids, et il réagit mieux à son environnement.
En plus, je l'ai joué en tant que fanatique. Il est torturé et brisé par sa dépendance par rapport à l'anneau. L'anneau l'a laissé, et il est resté avec ce désir et cette envie irrésistible, la volonté de l'avoir à tous prix. C'est un menteur compulsif, il a la pathologie des drogués.

Q: Dans votre esprit est-il un seul ou deux personnages ?

Serkis: Il est un seul personnage mais sa personnalité a plusieurs aspects. C'est comme être schizophrène et savoir qu'on l'est. Je veux dire, nous le sommes tous un peu, il y a beaucoup de petites facettes à notre personnalité qui ressortent de temps en temps dans notre vie. Vous savez, mettez-vous derrière la roue d'une voiture, dans le trafique et vous êtes Gollum, et quand vous êtes chez vous avec vos enfants de deux ans, vous êtes Sméagol. C'est quelque chose que je ressens fortement, du point de vue du public. Vous allez passer pas mal de temps avec ce type, vous devez penser qu'il n'est pas simplement un scélérat, vous devez penser que c'est un être humain qui est torturé.

Q: Est-ce que faire la voix a été dur pour votre gorge ?

Serkis: J'ai l'habitude. Mes cordes vocales sont en pièces maintenant. C'est venu d'un désir de savoir où se cache sa douleur. Gollum s'appelle Gollum à cause des sons qu'il fait. C'est une contraction de sa gorge, et je voulais que cette contraction soit comme une sorte de mémoire. C'est la mémoire du moment où il a tué son cousin pour avoir l'anneau. J'ai commencé à penser ça de manière animale, parce que Tolkien le décrit avec une terminologie animale. Je ne sais pas si vous avez des chats mais quand ils ont des poils dans la gorge, tout leur corps est convulsé (j'ai fait une série de sons similaires qui apparaissent dans les sons de Gollum).

Q: Quand vous regardez à l'écran et que vous voyez Gollum, est-ce que vous vous voyez ?

Serkis: Tout à fait. Je pense que les gens qui me connaissent vont me reconnaître parce qu'il y a toutes mes expressions. Ma femme va me voir. C'est modélisé sur mon visage.

Q: Quel rôle Gollum joue-t-il dans ces films ?

Serkis: C'est un personnage qui représente tous les hommes en quelques sortes, il est le mauvais côté de tous les hommes. Dans le sens où Frodon devient le héros, il est inextricablement lié à Frodon. Comme dit Gandalf, un jour Gollum va jouer un grand rôle dans le destin de l'anneau. Frodon a besoin de le comprendre, parce que Gollum est comme un homme en phase terminale, et Frodon voit que c'est là qu'il va lui aussi. Ils deviennent très intimement liés. Il est comme un ange déchu, un personnage comme Lucifer. Et en termes plus bibliques, Caïn et Abel, il a tué son frère et il est en quelques sortes rejeté du Paradis. Son côté sombre est comme l'autre côté de Frodon.

Q: Nous avons entendu parler d'un petit film que vous avez fait où Gollum est interviewé ?

Serkis: Oui, nous l'avons fait cette année, je suis impatient de le voir. C'était comme une interview. Ils sont en train de parler de la préparation quotidienne de Gollum pour travailler, et alors le téléphone sonne, c'est son agent qui lui propose un programme de télé réalité. Et puis Jar Jar appelle, et Gollum lui dit (il prend la voix de Gollum) " Eh, Jar Jar, comment ça va ? ", et puis Dobby arrive, il dit qu'il a auditionné pour le rôle de Dobby mais qu'il n'avait pas d'assez grandes oreilles.

Q: Connaissiez-vous le personnage avant de commencer le film ?

Serkis: Oui, j'ai lu Bilbo le hobbit quand j'étais enfant. Je me rappelle qu'il était très mystérieux, les énigmes dans le noir. Il était une sorte de créature maigre. Mais je n'avais pas lu Le Seigneur des Anneaux. A l'origine, le premier coup de téléphone que j'ai eu de mon agent était " Andy, est-ce que tu veux faire cette voix pendant trois semaines en Nouvelle-Zélande ? ", ça s'est passé comme ça. Je me suis dit " Mon Dieu, ça a l'air drôlement ennuyeux, qu'est-ce que peut faire un acteur pour avoir un rôle décent ? ". Et bien sûr c'était Gollum.

Q: Quand avez-vous vu Gollum ? Quand avez-vous su à quoi il allait ressembler ?

Serkis: En fait, ça a évolué au cours du temps. Tout son visage est désormais comme le mien. J'ai demandé que sa peau ait l'air d'avoir été mise en lambeaux. J'ai dit " Il rampe tout le temps, vous devez voir l'usure et la fatigue de son corps, vous devez voir les cals sur ses genoux et ses coudes. J'ai été influencé par les dessins d'Allan Lee. Ils avaient l'aspect conceptuel avant que je commence le tournage. Il y avait toutes sortes de prototypes pour son apparence, mais comme je l'ai dit ils ont évolués avec moi pour ce qui est du physique et de la voix.

Q: Peter vous a dit clairement que vous n'apparaîtriez pas à l'écran.

Serkis: Exact. Excepter la transformation mais ça n'était même pas prévu au début.

Q: Est-ce que votre fierté en a souffert ?

Serkis: L'une des choses que vous faites en tant qu'acteur c'est de vous immerger dans le rôle, vous devez assumer de vous approprier le personnage. Quand vous travaillez de cette manière, il y a beaucoup de collaboration, quarante animateurs ont travaillé dessus. Ca ne vient pas juste de moi - même si ça vient de moi en partie - c'est traité par d'autres personnes, et pas juste le réalisateur. Ca a été ma préoccupation principale. Mais ça a été une grande leçon, parce que j'ai appris énormément sur l'animation, la capture des mouvements.

Q: En parlant de la transformation, elle était sensée être l'origine de Gollum dans le film, mais elle a été coupée. Est-ce que ça vous ennuie ?

Serkis: Si je ne savais pas que ça va être dans le troisième film, ça m'ennuierait. Il faut me voir à l'écran, me transformant en Gollum. Il tue Déagol et alors il y a cette descente dans la folie, vous le voyez devenir de plus en plus décrépi jusqu'à ce qu'il arrive à Gollum. Quand Peter et Fran m'ont dit que ça n'allait pas être dans ce film ils ont pensé que ça serait mieux dans le troisième. Dans un sens c'est assez bien. C'est un peu comme si ça allait être une grosse révélation.