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Auteurs, E-mail : Thys
Dernière Mise à jour : 10/01/2003

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.:: Gimli contre Langue de Serpent et Théoden ::.

Toutes les histoires que l'on peut lire sont des paraboles. Vous pourriez prendre au hasard n'importe quelle histoire de William S. Burroughs à son apogée, déchirer n'importe quelle page d'une imprimante en train de s'étouffer à l'intersection de Google et de Joseph Campbell, ou prendre au mot la pièce légendaire pleine de singes qui inspire une pièce pleine de machines à écrire et arracher quelque sens de ce qui pourrait en sortir. Vous n'auriez sans doute pas eu besoin de l'arracher si violemment. C'est dans notre nature d'essayer de trouver un sens aux choses. Surtout un sens narratif, qu'il y ait eu un sens au départ ou non, nous nous rattachons aux modèles que nous connaissons - introduction, intrigue, fin ; cause et conséquences - et nous voyons si nous pouvons les appliquer au puzzle que nous avons devant nous.
L'histoire la plus raisonnable, et qu'y a-t-il de plus, l'engagement émotionnel le plus intense, l'impulsion la plus forte, si nous devons être accrochés, nous allons vouloir savoir pourquoi, et nous aimons être accrochés. Les livres et les films qui se vendent le mieux sont encore ceux qui adhèrent le mieux aux structures narratives traditionnelles. Nous nous autorisons un peu plus de liberté, un peu plus de caprice quand il s'agit de regarder des peintures ou d'écouter la radio. Mais quand les lumières s'éteignent, nous voulons plus que tout de fraîches variations sur les formules que nous connaissons déjà très, très bien. Dans le monde de la poésie, The Waste Land était nouveau pour sa désolation d'entre-deux guerres, mais il a été lu et est toujours lu pour les rimes et les rythmes familiers de TS Eliot à peine dissimulés dans ces vers, pour l'ancienne cadence et ce point de vu conservateur qui se cache derrière ce qui est sensé être une facture radicale avec tout ce qui s'est fait auparavant.
Eliot, cela dit, n'est pas un biais accidentel dans une introduction a des interviews concernant Les Deux Tours. Ce n'est pas simplement qu'un vers où l'autre peut venir à l'esprit en regardant l'interprétation de Peter Jackson de cette histoire - Le vent/Traverses les terres brunes, silencieux./Les nymphes sont parties. - mais aussi les thèmes communs à Eliot et JRR Tolkien, tous deux Anglais (Tolkien de naissance, Eliot par choix), tous deux ébranlés par des guerres comme on n'en avait jamais vu auparavant, tous deux convaincus que cette guerre va être suivit par le long déclin de quelque chose qu'ils détesteraient voir s'en aller.
Mais il y une énorme différence. Les deux étaient des universitaires, mais Eliot est resté un auteur lu par d'autres universitaires alors que Tolkien est devenu l'un des auteurs en langue anglaise les plus lus. Dans un merveilleux article pour Wired il y a un peu plus d'un an, Erik Davis essayait d'expliquer pourquoi ceci est arrivé, pourquoi lire Le Seigneur des Anneaux est devenu un rite de passage presque universel :

L'une les choses que la plupart des critiques ne comprennent pas est que Le Seigneur des Anneaux est plus qu'une histoire. C'est un portail vers la Terre du Milieu de Tolkien, le monde imaginaire le plus accompli de toute l'histoire du fantastique. Pour des millions de lecteurs contemporains, la Terre du Milieu assume la fonction que l'Eden a eut pour les hommes du commun, ou celle de l'Enfer de Dante pour l'élite littéraire : c'est devenu une carte collective d'un univers moral, un fabuleux paysage qui, dans ses détails et dans sa profondeur, flotte juste à la limite des territoires que nous connaissons…Comme les écrivains d'aujourd'hui et les designers de jeux vidéos, Tolkien savait qu'un monde réussi n'était pas une totale liberté dans la fantaisie, mais le produit de détails consistants et d'une technique intelligente - ce qu'il a décrit comme une " ruse elfique " apte à s'opposer aux sceptiques " qu'ils soient designer ou spectateur ".

C'est là que nos élans naturels reprennent le dessus, nous voulons voir à travers, fixer les choses et ne pas comprendre uniquement l'histoire racontée par Tolkien, mais aussi cette étonnante, persistante popularité. Si c'est un " univers moral " dont on parle ici, où plusieurs millions de personnes ont pénétré, à quoi ressemble le code moral qui s'y applique ? N'essayer même pas de dénombrer les tentatives de réponse à cette question, ne serait-ce que dans les dernières semaines, David Brin a affirmé que ce code serait très Romantique avec un grand R, passéiste et opposé à la technologie (on y voit l'ombre d'Eliot à nouveau, en dépit de toute sa Modernité avec un grand M), ou il y a encore Stephen Shapiro soutenant que Le Seigneur des Anneaux est " une histoire épique basée sur le racisme ".

On peut lire le livre comme une vision idéale de la Grande-Bretagne…Il y a un village idéal et pur qui est menacé par de nouvelles technologies et des groupes qui arrivent. Je pense que le film a joué là-dessus en appliquant un code de couleur aux personnages d'une manière assez morne. Par exemple, la communauté est dépeinte comme pseudo-arienne, très blanche, et il y a cette idée que c'est un groupe qui disparaît à cause de la venue des autres, les groupes ethniques malveillants. Les Orcs sont une foule noire…Pour les fans des films aujourd'hui, cette vieille anxiété raciste amorce une peur et une haine actuelle de l'Islam qui supporte une guerre-croisade en Moyen-Orient.

Hum. Pensons que d'autres ont pu voir la Communauté comme n'importe quoi sauf pseudo-arienne, et plutôt un exemple admirable de mélange des races s'unissant pour mener un travail à bien. Au mieux des exemples comme celui-ci montrent combien d'interprétations différentes du même texte il peut y avoir. Ca serait assez drôle finalement si ça signifiait que nous laissons tous des milliers d'interprétations fleurir et que nous les laissions comme ça. Mais quelques-unes des interprétations sont plus justes que d'autres. Repensez aux années 80 quand le système de défense contre les missiles complètement fou de Ronald Reagan a commencé à être connu sous le nom de système "Star Wars". L'implication était claire : si l'Amérique pouvait faire un film si formidable et innovant, elle pouvait aussi envoyer des armes nucléaires dans l'espace et ça aurait eu un résultat aussi spectaculaire et heureux.
Quand La Communauté de l'Anneau a été diffusée dans les cinémas deux mois après le 11 septembre, nombreux sont ceux qui se sont demandés si l'Amérique était prête à fuir la réalité alors qu'elle venait de se réveiller dans le chaos et, il s'est avéré que l'Amérique et une bonne partie du monde l'étaient. Nous avons étreint ce premier chapitre de la trilogie à hauteur d'un billion de dollars. A la même période l'année suivante, avant la sortie des Deux Tours, beaucoup de ces mêmes voix prévoyaient que ce chapitre infernal, filmé à travers le destin, l'obscurité et, plus que tout, la guerre, s'accorderait d'une manière assez sarcastique avec l'état d'esprit du public remonté pour le second chapitre de la guerre du Golfe.
Mais est-ce que ce film de guerre peut être laissé sans ressemblance avec le modèle de notre propre guerre imminente ? John Rhys-Davies, qui joue Gimli le nain et la voix de Sylvebarbe, pense que oui. Honnêtement, en tant qu'éditeur à GreenCine, je dois dire que c'est presque physiquement douloureux de lire ses interprétations. Bien sûr, vous n'êtes pas obligés de le faire. Mais en y repensant, un petit peu des deux, un petit souvenir de la mentalité qui nous a donné une interprétation si simple et captivante du monde et de la manière dont il marche avec la phrase " axe du mal " ne peut pas être une mauvaise chose. Après tout nous avons des forums de discussion où les gens peuvent donner libre cours à un avis ou l'autre. Et à côté de ça nous mettons en relation les commentaires de Rhys-Davies avec ceux de Brad Dourif et de Bernard Hill, qui jouent, respectivement, Grima Langue de Serpent et Théoden, roi de Rohan, et qui voient assez clairement le découpage net du monde Rhys-Davies avec un regard plus sensible aux multiples couches de gris entre le blanc pur et le noir pur.
La relation que fait Rhys-Davies entre la cause Palestinienne et les but d'Al-Quaida, quelques jours après que Arafat ait à nouveau dénoncé Ben Laden, est particulièrement fausse et, réthoriquement, tombe dans la même catégorie que son affirmation selon laquelle aucun occidental ne s'est jamais fait exploser dans une mosquée. Peut-être que c'est parce que l'Ouest a une aviation qui peut larguer des bombes anonymement et après diffuser sur CNN une victoire abstraite, sans corps. Il devrait être évident que ce sont des moyens simplement indisponibles aux oppressés, mais Rhys-Davies nous rappelle qu'on ne peut pas invoquer l'évidence trop souvent.

John Rhys-Davies : Tolkien s'est opposé très vigoureusement au fait que l'on tente d'appliquer une traduction simple à ça. Quand les gens ont dit que c'était une parabole à l'ascension d'Hitler, il a été catégorique et à dit que ça n'était absolument pas ça. Ca n'avait certainement rien à voir avec ça.
Mais je pense que l'une des choses dont ça parle est qu'à un certain moment de l'histoire, la civilisation relève un défi. Et si l'on n'y fait pas face avec courage et qu'on ne prend pas les bonnes décisions, nous pouvons perdre notre civilisation. Vous voyez, sa vie est merveilleusement sans épreuve. C'est simplement un enseignant brillant, qui rencontre le succès, aimé de ses élèves, publié. Il était à Oxford. Il avait des amis qui l'aimaient et l'adoraient. La partie sombre de sa vie s'est déroulée auparavant. Il était capitaine dans l'armée Anglaise lors de la première bataille de la Somme, l'armée Anglaise a perdu 20 000 hommes. Tués. Multipliez ça par, quoi, quatre ou cinq pour les blessés. L'armée Allemande avait souffert les mêmes pertes.
Vous ne vivez pas cette épreuve sans vous poser des questions. Vous vous demandez : Qu'est-ce qui est important et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Tolkien est certain de l'existence du bien et du mal. Il est absolument sûr que nous pouvons choisir de nous asservir si nous n'y prêtons pas attention. N'oubliez pas : les Orcs étaient autrefois des Elfes. Ils ont été dégradés. Ils sont devenus déformés parce qu'ils ont succombés au mal. Et dans un sens, les Elfes représentent les qualités spirituelles.
Je pense qu'il y a une résonance particulière de Tolkien de nos jours. Je pense que, dans un sens, notre civilisation doit relever un défi. Je pense que la crise que nous subissons est bien plus profonde que nous ne sommes prêts à l'admettre. Et il me semble, pour être vraiment honnête avec vous, vos collègues, les analystes politiques ne nous rendent pas un service en ce moment. Parce qu'il y a une sur-simplification de cet anti-américanisme qui ne nous permet pas de vraiment comprendre la crise dans laquelle nous sommes.
Mon cauchemar est le suivant : Qu'est-il arrivé à ces Bouddhas en Afghanistan ? Si nous ne répondons pas à cette question, quelqu'un va abattre, dans les 70 ans à venir, un marteau sur la Pietà. Le David. Et ils vont piller, ils vont brûler les représentations artistiques du Louvre, partout. Nous allons perdre la civilisation occidentale si nous abordons mal cette crise. Je pense que cette crise est aussi sérieuse que ça. Nous devons trouver un moyen de contenir le fondamentalisme. Nous devons espérer que l'Islam trouve un nouvel Imam avec assez d'autorité pour moderniser l'Islam. C'est la chose la plus dure et la plus difficile de toutes.
Toutes les normes de combat sont balayées par de très petits groupes de gens. A la fin, vous pouvez vaincre ce genre de terreur mais le défi pour nous va être d'y arriver sans perdre nos valeurs.
Je crois en la civilisation occidentale. Je suis pour la vieille culture des hommes blancs. Je crois que nous sommes les héritiers d'Athènes. Nous avons beaucoup de choses à apprendre de la civilisation orientale. Mais la poursuite du bonheur, l'idée de liberté individuelle, le droit à la libre opinion intellectuelle, ce sont tous des bénéfices qui découlent particulièrement de la civilisation occidentale. Je détesterais perdre ça. Ce serait un désastre pour le monde si nous perdions ça.
C'est, je pense, le défi. Si vous lisez ce que le chef du Hamas a dit - " Il n'y a rien que vous pouvez nous donner que nous voulions. Nous voulons vous éliminer. " - c'est un niveau de refus de la discussion que nous, en tant que libéraux, ne pouvons comprendre. Nous croyons toujours, " Tu as un reproche à me faire ? C'est que j'ai dû faire quelque chose de travers, asseyons-nous et discutons-en. On va essayer de s'arranger. Si tu as une plainte raisonnable à émettre, on va pouvoir s'arranger. ". Qu'est-ce qui se passe quand vous traitez avec des gens qui disent " Ce n'est pas quelque chose que vous avez fait. C'est juste que tout ce que vous faites est mauvais. ".

Il y a un argument de l'autre côté qui dit que leur guerre a été menée pour sauver leur civilisation. Pour nous empêcher de la détruire.

Il y a un énorme impact de l'Ouest sur la civilisation Arabe. Mais je ne vois pas, par exemple, des fanatiques avec des bombes autour de leur poitrine qui vont faire exploser des mosquées. Il n'y a pas un jour qui passe sans qu'une synagogue ou une église quelque part dans le monde soit attaquée. Pas une semaine sans. Nous nous en accommodons et nous usons de faux-fuyants, et c'est aussi bien, dans un sens, parce que nous voulons être raisonnables. Parce que nous croyons qu'il y a assez de place pour nous tous pour que nous vivions avec des points de vues et des opinions radicalement différentes. Mais finalement, notre civilisation doit relever un défi. Pensez aux Bouddhas. Pensez à ce que nous pourrions perdre.
Je ne vois pas l'Ouest détruire franchement quelque chose d'Islamique. Rien du tout. Les Américains ont de gros intérêt en Arabie Saoudite et ils gèrent leur pays de la manière qu'ils l'entendent. Maintenant, si vous voulez expulser tous les Américains d'Arabie Saoudite, c'est parfait pour moi. C'est négociable ? Si l'Arabie Saoudite voulait vraiment ça, c'est ce qui arriverait. Mais il y a un refus de la discussion de la part d'un des protagonistes.
Les gens parlent toujours de George Bush et de sa satanée guerre contre l'Iraq. C'est ma peur : ce n'est pas tellement à propos des armes nucléaires, pourtant, il y a des raisons de penser que dans cinq ou six ans, il aura 60 sortes de petites armes atomiques.
Il est possible qu'on puisse trouver des gens pour s'infecter eux-mêmes (pour une attaque biologique ?). Il n'y a pas de différence entre un homme qui s'attache une ceinture d'explosifs sur la poitrine et un homme qui s'infecterait avec quelque chose de ce genre. Alors disons que vous prenez cette méchante version du virus pox que les Russes ont et que nous pensons qu'il a été apporté en Iraq dans les années 80. Disons qu'il a été modifié pour être plus virulent. Disons que vous avez 20 ou 30 personnes, ce que vous pouvez réussir - si vous pouvez trouver 20 personnes pour piloter des avions dans les tours, 20 ou 30 personnes semblent un chiffre raisonnable. Ils acceptent de s'infecter et d'aller dans un certain nombre de villes aux Etats-Unis. Combien de temps va-t-il se passer entre le moment où ça se déclare et le moment où vous ne pouvez plus le contrôler ? Quels moyens faut-il avoir ? A quel moment votre défense intérieure est-elle submergée ? Qu'est-ce que vous faites alors si elle lâche vraiment ? Vous ne pouvez pas contrôler la crise à San Francisco. Parce que tant de personnes sont contaminées et tant s'enfuient que vous ne pouvez plus les contenir.
C'est ce qui donne des nuits blanches aux gens du Pentagone et de la Maison Blanche. Parce que vous pouvez avoir à vous résoudre à utiliser des armes nucléaires sur vos propres villes pour contenir ça. Et vous voyez, ce qui est fantastique, en termes de quarantaine, c'est que les nations occidentales appliqueraient la quarantaine envers vous. Aussitôt qu'il se passe quelque chose de ce genre aux Etats-Unis, aucun avion n'entrera en Europe. Aucun avion n'entrera en Afrique du Sud en provenance des Etats-Unis. L'Occident vous mettra en quarantaine.
Et si vous mettez les Américains en dehors de l'équation, si vous pouvez mettre le Grand Satan en dehors de l'équation, ça doit être possible, et en fait, il doit être possible de briser le reste de l'alliance occidentale. C'est fantaisiste, c'est ambitieux, mais, si votre intention est de tuer ou de convertir les infidèles, alors tant pis, c'est possible. Si vous être assez intelligent et assez solide.

.:: Brad Dourif en tant que Langue de Serpent et Bernard Hill en tant que Théoden ::.

Brad Dourif : L'une des choses que Tolkien a faites c'est ça : il a personnalisé le mal. Je pense que le grand voyage spirituel de chaque être humain est d'affronter ce dont il a peur. Vous le résolvez ou vous vous destinez à l'expérimenter comme le destin, comme Carl Jung a dit un jour.

A un moment dans le film, vous utilisez le mot " war-mongering. "

Brad Dourif : Oui.

Pour moi, ça renforce la comparaison que je faisais dans mon esprit entre le roi et George Bush, de la manière dont certains jours, il semble décidé à aller dans une direction, et d'autres jours, dans l'autre direction.

Bernard Hill : C'est une répartition. Mais autant que Ben Laden représente le mal pour une certaine partie de la société, comme Saddam Hussein, pour une autre partie de la société c'est George Bush qui représente le mal. La manière dont vous voyez le mal est une question de perspective. C'est comme la manière dont vous voyez les tords à la fin d'un mariage. Ca dépend de votre perspective. Nous avons tous ces éléments en nous. La chose que nous devons reconnaître, je pense, est que nous ne pouvons avoir le bien sans le mal. Ca fait partie de la nature humaine, de notre développement, nous développons les deux en même temps à l'intérieur de nous-mêmes.
Après la Seconde Guerre Mondiale, nous avons pensé que nous avions éliminé le mal du monde. Ce n'était pas le cas. D'autres maux se cachaient dans d'autres endroits. Et maintenant ils se dévoilent en force.

Brad Dourif : Il y a une différence, aussi, entre le mal politique qui vient - il y a un livre de Elaine Pagels à ce sujet - quand ça commence à être calme, et tout change, il y a cette idée politique qu'un homme est possédé ou est une part du diable. Quand vous tuez une personne dans ces conditions, vous ne tuez pas un être humain. Vous tuez le diable. C'est le genre de discours à propos du diable qu'on voit aujourd'hui. Dans notre pays, nous avons des groupes religieux extrémistes, et ils sont très dangereux. Ils sont très forts pour déshumaniser les gens, pour les faire apparaître comme s'ils n'étaient plus vraiment des gens.
Mais ce n'est pas Tolkien. Ce n'est pas ce livre. Sauron est le mal. Je veux dire, il l'est vraiment - il n'a même pas de corps ! Il a un œil sur le sommet de sa tour qui scrute partout et il est un pouvoir qui vient, un murmure, qui affaiblit une partie de nous-mêmes.
Alors, il y a des choses quand nous parlons du mal qui sont du domaine du langage. Ca n'est pas réel. Regardez, je pense que Ben Laden est fou, et je pense qu'il a fait quelque chose de terrible, mais je ne pense pas qu'il soit le mal. Ce que je veux dire c'est que : je ne pense pas que le mal soit entré en Ben Laden et que si nous le tuons, nous tuons le diable. Je ne crois pas ça du tout.

Est-ce que vous pensez que ce film a pris un tout autre sens, une nouveau sens ? Il y a aussi cette nostalgie des bons rois, des bons patriarches, qui font le bien des gens. Est-ce que ça n'est pas politique ?

Brad Dourif : Et Kennedy ? Cette idée ne quittera jamais aucune culture. Nous voulons tous qu'un Bon Roi arrive. Notre père, l'homme que nous regardons et qui nous fait nous sentir une partie de quelque chose de bon et noble.

Mais il semble qu'il n'y ait personne pour le moment pour remplir ce rôle.

Brad Dourif : Et ce n'est pas si étrange. Je pense que c'est l'une des choses qui est très différentes dans l'époque que nous vivons. Il semble qu'il y ait un besoin de tout ce qui a l'air héroïque, prendre quelque chose d'insignifiant et le prendre en photo, écrire à son sujet et finalement le détruire. Je veux dire que je ne veux vraiment pas savoir avec qui dort le Président des Etats-Unis. Je suis désolé, je n'ai aucun intérêt à savoir ça. Et je suis assez en colère - encore - en tant qu'américain, d'avoir eu ça en face de moi. Je me fiche de savoir avec qui il dort.

Bernard Hill : Il ne dort plus avec Monica Lewinsky.

Brad Dourif : Je m'en fiche. Je sais exactement tout ce qu'il lui a fait et je m'en fiche.

Mais est-il plus difficile de jouer un gentil ou un méchant ?

Brad Dourif : Je pense que l'effort de Bernard pour jouer un personnage qui est, franchement, plus flateur que Langue de Serpent, et lui insuffler tant d'humanité était nécessaire parce que le Rohan est important. Il y a cette idée mythique du roi. Comment est-ce que vous jouez le roi Arthur ? Je ne vois pas le roi Arthur en moi. Je ne sais pas comment faire ça. Jouer un roi et le rendre humain est probablement bien plus difficile que jouer quelqu'un qui transpire la méchanceté au regard de tout un chacun. Je n'ai pas eu besoin de prendre quoi que ce soit de moi parce que j'ai vraiment travaillé dur dessus, vous savez ? Je suis très fier de ce que j'ai fait. Mais j'admire vraiment ce que Bernard a fait.

Bernard Hill : Quand nous avons eu le scénario, on nous a tous demandé de travailler avec les auteurs, Fran Walsh et Philippa Boyens. Nous avons eu cette stricte adaptation du livre très condensée. Avec tout le timing enlevé, les broutilles enlevées, les tangentes et la sur-écriture enlevées. Ils l'avaient réduit, et c'est à partir de ça que nous avons raccordé les scènes, les idées déshydratées que nous avons réhydratées avec nos propres impressions de la manière dont nous voyions ça. C'est finalement devenu le script, après différents procédés. Nous avions les pages avec ces impressions et nous les renvoyions avec plus de notes et elles revenaient, etc. Quand ça a été fini, ça passait à Pete, il le retouchait et ça donnait ce que nous utilisions le jour suivant.
Dans ce processus, nous parlions du personnage, tous, pour savoir dans quelle direction devait aller le personnage, et savoir où le thème général impliquant nos personnages devait aller. L'une des choses auxquelles j'ai fait très attention était que je ne crois pas que les rois soient des rois justes. Ils sont aussi des humains. Ils ont un rôle à jouer à leur position également. Quelques-uns le font, d'autres ne le font pas. Je pense que notre famille royale se débat avec ça à travers les procédés Anglais. Ils se battent avec leur côté humain, leur capacité à être pères et mères. C'est une lutte à cause du système qui les domine. Ils font les choses royales très, très bien. C'est pourquoi nous trouvons très dur de nous lasser d'eux.

Brad Dourif : Non pas qu'il ait une opinion sur le sujet.

Bernard Hill : (Rire) Je parle de " nous " comme une nation, bien sûr, parce que je recherche toujours la chevalerie comme tout le monde.