| .:: Interview de John Rhys Davies
par CHUD ::. Par Devin Faraci A
partir de maintenant et jusqu'à la sortie du Seigneur des Anneaux :
Les Deux Tours, CHUD va vous présenter des interviews des acteurs et
des créateurs de ce qui pourrait bien être le meilleur film de l'année.
Voici la troisième partie. John Rhys-Davies est bien connu pour ses
nombreux rôles, dont un dans Indiana Jones, mais on ne prend pas
beaucoup de risques en affirmant que sa prestation en tant que Gimli le nain dans
Le Seigneur des Anneaux sera l'une des plus mémorables. Dans Les
Deux Tours, Davies joue un double rôle en tant que Gimli et en faisant
la voix du vieil Ent, Sylvebarbe, un arbre qui marche. Davies est arrivé
pour l'interview en s'aidant d'une canne, plus mince que je ne l'avais jamais
vu. Il s'est immédiatement lancé dans le récit de ses mésaventures. Davies:
J'étais en train de tourner La Femme Mousquetaire en Croatie. Les
enfants des Mousquetaires ont grandi et ils sont tous devenus Mousquetaires à
leur tour, même Valentine, qui est la fille de D'Artagnan. Ils s'attirent
des problèmes à Paris et la vieille garde vient à leur secours.
Depardieu joue le malveillant Cardinal Mazarin, la merveilleuse Nastassja Kinski
joue Lady Bolton. Michael Yorke joue D'Artagnan! J'ai été appelé
sur le plateau et on m'a dit " Attend John, on fixe la grue avec un harnais
de sécurité. Alors attend une seconde. " Soudain il y a eu
ce " Whoooooaaaaaaaa!" A partir d'une certaine hauteur ça transcende
le langage. Vous réalisez simplement que quelque chose est en train de
tomber quelque part. Instinctivement j'ai levé mes mains parce que je portais
ce gros chapeau de Mousquetaire. Je me rendais compte que quelque chose tombait
quelque part, j'espérais que ce n'était pas une lampe sur ma tête
et alors que je levais mes mains, ce mur qui était à trois pieds
de moi - il était haut de douze pieds - qui faisait deux pieds de large,
et il était épais et toutes ces choses
il était entouré
de six ou huit rangées de tuiles Méditerranéennes. L'une
d'elle m'a heurté ici (il montre un endroit rasé de son crâne,
juste au-dessus de son front). Vous devez reconnaître que la coupe de cheveux
n'est pas classique ! Ca m'a scalpé à travers le chapeau, et si
vous aviez vu ça dix-sept jours plus tôt vous auriez vu une bonne
partie de mon crâne à nu. Q: C'est arrivé
il y a dix-sept jours?! Davies: Oui. Ca m'a frappé
; heureusement comme j'avais mon armure j'ai pu passer à travers. Ca m'a
frappé par derrière. Je suis tombé sur le sol et j'ai entendu
mon avant-bras casser, c'était comme un crayon qui se casse. J'étais
étendu là, sous le mur, et normalement - je jouais une scène
de voiture une fois et la remorque a glissé et j'ai été coincé
par la voiture - il y a toujours une possibilité d'esquive qui entre en
jeu. Vous pouvez toujours vous tourner juste assez pour pouvoir respirer à
nouveau. Là Il n'y avait pas d'esquive possible, il a fallu trente gars
pour soulever ce mur et me libérer. Quand ils ont eu fini je leur ai demandé
" Ne me bougez pas ! Ne me bougez pas ! " j'avais du sang qui coulait
de ma tête et j'étais sûre de m'être cassé le
bassin. Je n'arrivais pas à croire, étant donné la douleur
que je ressentais dans mon dos, que je ne m'étais pas cassé la colonne.
Ces gars ont tenu ce mur pendant les vingt-huit minutes qu'il a fallu à
l'ambulance pour arriver. C'est l'une des choses les plus incroyables que j'ai
vu. C'était tellement primitif. Soudain les chasseurs se regroupent autour
de quelqu'un qui est coincé sous un mammouth, essayant de le soulever.
Il y avait un silence absolu. Ces gars merveilleux, grands, habiles et forts qui
faisaient partie de l'équipe, tous couverts de poussière, quelques-uns
en costumes et d'autres éclaboussés par un peu de mon sang. Ils
étaient tous dans ces positions, en train de soulever, dans un silence
absolu jusqu'à ce qu'il y ait ce moment d'interrogation, ce grognement,
l'un d'entre eux qui s'en va et un autre qui prend sa place. C'était vraiment
la preuve de ce dont les hommes sont capables. Le courage de la tribu. Le courage
des chasseurs. Il est glorieux d'être un humain, je peux vous le dire. Q:
Vous devez vous être senti mortel brusquement. Davies:
Vous vous sentez certainement mortel. Vous passez à travers tout ce cycle
: d'abord le choc ; vous survivez trois jours à l'hôpital sans autre
souvenir que des pointes de douleur occasionnelles. Mais quand je suis rentré
à l'hôtel, mes collègues acteurs me rendaient visite tout
le temps, et le réalisateur Chris Cazenove est venu et m'a dit " John,
je n'arrive pas à le croire. Un moment tu étais debout en train
d'être photographié par une femme avec ses deux petits enfants. Je
me suis tourné et une minute plus tard le mur était sur toi. Et
j'ai pensé 'Bon Dieu, il y a des enfants là-dessous.' ". C'est
le moment où j'ai vraiment réalisé et j'ai éclaté
en sanglots. Je pensais à ces enfants. Ils se tenaient là juste
une minute avant. Pour être honnête avec vous, j'ai de la chance d'être
coriace. Et comme j'ai une poitrine comme un tonneau, ça a soutenu le mur.
Q: Alors, qu'avez-vous eu finalement ? Davies:
Et bien, j'ai le dos assez bien amoché. Rien de cassé à part
ça (il remonte sa manche et montre son avant-bras cassé, il n'a
pas de plâtre. Quand il bouge son poignet on peut voir où c'est cassé.
C'est moche.), mais regardez ça. Ca fait à peine plus de deux semaine,
et regardez cette mobilité. J'aurai le bras en écharpe pour la première
; je ne veux pas être bousculé par les gens. Et puis j'ai été
scalpé. Si l'une des tuiles m'avait frappé là (il montre
son nez) ou là (il montre son front), ça en aurait été
fait de moi. Q: A quoi ressemble un hôpital croate
? Davies: Ca ressemble à une usine soviétique
des années 50. Les radiateurs fuient et tout ce genre de trucs. MAIS -
si vous êtes blessé, prenez une place, en dehors des guerres civiles.
Ils ont beaucoup d'expérience avec les blessures, ils font en un mois ce
que la plupart des chirurgiens feraient en deux ou trois ans. Tous les médecins
à qui j'ai montré les radios m'ont dit " Beau travail, qui
vous a fait ça ? ", je n'ai jamais eu de plâtre. Je vais vous
dire, il y a deux semaine, j'ai passé un jour entier à me faire
apprendre par une infirmière comment sortir de mon lit. C'était
mon seul horizon. C'est une chose tellement extraordinaire de revenir d'un point
où l'on a été limité au point de se dire " Comment
faire pour réduire la douleur de telle sorte que je puisse sortir de mon
lit et aller à la salle de bain tout seul ? ". Je me rappelle, une
fois j'ai eu un accident d'avion au Zimbabwe, et le docteur, quand il a eu rapiécé
ma jambe, a dit " Nous avons fait ce que nous avons pu avec la jambe ",
j'ai dit " Est-ce que je vais boiter pour le restant de mes jours ? ",
et il m'a dit " Non, je pense que vous allez marcher normalement mais vous
ne courrez plus jamais un mile en quatre minute. ". Q:
Pourquoi le mur est-il tombé ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Davies:
L'affaire est entre les mains de la justice ! En gros, il ne devrait pas être
permis de construire un plateau qui s'écroule et met la vie des acteurs
en danger. C'est une des règles. Je pense que j'ai le droit de le dire.
Q: On peut penser que le tournage du Seigneur des Anneaux
a été bien plus dur. Une blessure pendant ce tournage ? Davies:
Rien. Je veux dire qu'il y a toujours des ecchymoses, des coups et des choses
qui ne vont pas. Surtout quand vous faites les combats. Ca arrive toujours à
la fin de Ia journée, quand vous l'avez fait plein de fois, que vos muscles
sont fatigués et qu'il vous reste une prise à faire. La maîtrise
de vous-même baisse légèrement. Je crois que Viggo a eu une
dent cassée. Vous ne pouvez pas empêcher ces choses, ça fait
partie du tournage. Mais au total, surtout nous qui sommes plus âgés,
nous avons pas mal bourlingué et vu des choses stupides arriver, nous sommes
fatigué de ça. Maintenant la première chose c'est de savoir
si tout est sécurisé, comment est-ce qu'on peut le rendre le tout
plus facile pour nous ? Ce qui importe c'est de quoi ça à l'air
et pas de savoir si ça met nos vies en danger. Mais tourner c'est comme
l'agriculture, c'est un vieux et dangereux métier. Beaucoup d'accidents
arrivent dans une ferme, et beaucoup de choses moches peuvent arriver sur un plateau
aussi. Q: Est-ce que c'est plus facile de faire juste la
voix ? Davies: Vous savez quoi ? Non. Quand Peter Jackson
est venu me demander " Veux-tu faire la voix de Sylvebarbe aussi ? ",
j'ai répondu " Bien sûr, oui, absolument. ". Mais j'ai
moins dormi avec Sylvebarbe qu'avec Gimli. Quand vous lisez le livre, vous voyez
de quoi Gimli a l'air et si vous êtes un acteur, vous réalisez qu'il
vous suffit de vous calquer là-dessus. Prenez la voix. Prenez la manière
de marcher. Prenez l'allure. Prenez le visage agressif. Et faites-le. C'est le
travail normal de construction que fait un acteur quand il compose un rôle
bien écrit. Sylvebarbe est différent parce que vous ne pouvez
le jouer comme il est écrit. Il est très lent : " Maintenant
.jeunes
hobbits
.ne soyez
pas
.trop pressés.
". Faites ça et le film est mort. Alors ce qu'il faut faire c'est
trouver une manière de suggérer la lenteur et l'ancienneté,
mais en même temps de ne pas perdre l'énorme colère qui est
en lui également. Nous nous sommes donnés cette limite : nous voulions
faire tout ce que nous pouvions avec une voix humaine, mais nous ne voulions pas
utiliser plus que la voix humaine. Nous ne voulions pas créer synthétiquement
quelque chose en partant de rien. Nous avons vraiment passé trois, quatre,
cinq semaines a expérimenter. Nous faisions toutes les voix que nous pouvions.
Vous vous rappelez le merveilleux Jack Hawkins? Vous vous rappelez quand il a
perdu sa voix à cause du cancer, il a dû apprendre à parler
en rotant quelques mots. C'est comme ça qu'il communiquait. Vous comprenez
ce que je veux dire. Q: Bonjour à tous. Davies:
Oui, très bien ! Q: Je parle comme ça. Davies:
Nous avons même utilisé ça. Une chose à ce propos -
un arbre n'a pas de poumons, alors il devrait être possible de parler en
inspirant aussi bien qu'en expirant. C'est fou d'essayer et de penser à
la manière dont vous allez pouvoir faire de telles choses. Je me réveillais
la nuit en pensant " Je ne sais pas comment faire ça. ". Vous
essayez tant de choses. Je n'ai pas encore vu le film, mais je pense que ce que
nous avons fini par faire était la chose la plus simple que nous ayons
trouvé. Q: Avez-vous des enfants qui viennent vous
voir dans la rue ? Une nouvelle génération de fans ? Davies:
Non. Il faudrait être bête pour attendre ça ? Trente ans à
essayer d'être reconnu et vous fondez vos espoirs sur trois films dans lequel
vous disparaissez sous les prothèses. Ma carrière touche à
sa fin. Tout ce qu'on pourrait m'offrir de plus maintenant c'est de jouer un nain
en bretelle dans un film porno allemand. Ca, ce serait une vraie insulte n'est-ce
pas ? Q: Parlez-nous de Highbinders. Qu'est-ce que
c'est? Davies: Je joue un petit rôle dans un film de
l'extraordinaire Jackie Chan - Jackie est l'un des grands comédiens physique
de notre époque. J'ai beaucoup d'admiration et de respect pour lui. Je
l'ai bousculé à Cannes et la seule chose que j'ai réussi
à lui dire c'est " Vous êtes le Buster Keaton de notre époque.
" Il a réussi à me trouver un petit rôle dans Highbinders. Q:
Quel genre de film est-ce? Davies: C'est un film d'action,
eh, je pourrai vous le dire mais je serai probablement puni. C'est un film d'action
mais il y a beaucoup d'éléments fantasy. Il y a quelque chose de
surnaturel là-dedans. Q: Qu'est-ce que vous jouez? Davies:
Je joue un policier d'Interpol, son supérieur. Q:
Dans les Deux Tours Gimli est très comique. Connaissiez-vous cet
aspect ? Davies: Quand vous êtes un acteur vous devez
regarder attentivement le script. Je me rappelle quand j'ai fait Shogûn,
mon rôle était d'être un moteur pour Richard Chamberlain. Il
jouait un héros passif, ajouté au fait qu'il jouait entouré
d'acteurs dont l'anglais n'était pas la langue maternelle. Donc tout
a
été
très
lentement.
Mon rôle était d'arriver dans les scènes et de redoubler d'énergie,
de mâcher le décors - maintenant je suis devenu une partie du décors
- de transmettre une énergie explosive pour qu'il puisse sous-jouer et
prendre son temps. Si j'y mettais assez d'énergie ça suffirait pour
ses deux ou trois scènes suivantes, et il pourrait manuvrer. Et
avec Gimli, la deuxième partie est tellement tendue tout le temps. Il n'y
a pas l'humour ou la gentillesse du premier, c'est de l'action, de l'action, de
l'action, et vous ne pouvez pas avoir que ça durant trois heures. Vous
devez construire ça et le stabiliser, construire et stabiliser. Il semble
naturel d'utiliser Gimli, qui représente la terre si vous voulez, comme
un fil lumineux pour essayer d'alléger la tension. Et cela vient naturellement
de son extraordinaire et merveilleux personnage. Donc nous avons pris quelques
libertés, mais vous comprenez que Tolkien n'a pas écrit le script
d'un film. Il a écrit une fiction impossible, incroyable, et imaginaire,
qu'il ne pensait pas être adaptée un jour. Donc si vous essayez vous
devez prendre quelques libertés. Mais vous êtes en sécurité
avec Peter Jackson parce que c'est le fan suprême.
Il aime ça. Même chose avec Sylvebarbe. Parce que ce rôle peut
être si risible - un arbre qui marche, qui parle ? On voit ça dans
les Disney ! - vous courrez le risque de détruire le film si vous
ne le faites pas bien. D'un autre côté, la solution de facilité
est de couper ces scènes. " Nous avions tellement de matériel
qu'il ne nous restait plus qu'à choisir. ". Mais quelle déception
pour les lecteurs. Et l'un des grands hommages au réalisateur est d'avoir
relevé ces défis. Ceux qui prennent le risque de se planter, devraient
être encore plus récompensés. Je pense que nous avons
fait un chef-d'uvre. Je pense que Peter Jackson a fait un chef-d'uvre.
Quand vous verrez ces films tous ensembles vous allez les regarder comme une des
plus grandes uvres épiques de tous les temps. |