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.:: Interview
de Fran Walsh et Philippa Boyens. ::.
Fran Walsh et Philippa Boyens
Scénaristes
Jeffrey Overstreet
: Comme vous avez
adapté cette histoire, je suspecte que
cela vous a traversé l'esprit qu'un mythe
tellement puissant de cultures s'entrechoquant
pourrait facilement être mal interprété
comme une allégorie politique. Avez-vous
dû modifier votre script pour éviter
que l'histoire soit interprétée
comme une allégorie flagrante de l'Ouest
littéral face à l'Est littéral
? Cela vous inquiétait-il que votre traitement
des différentes cultures et personnes et
événements à l'écran
pourraient faire écho aux événements
actuels de façon trop prononcée
?
Boyens : Vous avez absolument raison : c'est quelque
chose qui nous fait peur et qui nous inquiète.
On entend la phrase « la guerre est en marche
» -- ce qui est dans le livre, et que nous
avons changé en « l'espoir est en
marche » -- pas simplement à cause
de la guerre aujourd'hui, mais comme un sentiment.
qui est en fait également dans le livre
avec une phrase -- « L'espoir est en marche
». Mais comme un sentiment, cela fonctionnait
mieux en terme de narration, et cela résonnait
mieux en terme de public actuel.
Jeremy Landes
: Vous avez vraiment
inspiré de jeunes hommes.
Boyens : Oh mon dieu ! Qui ? Où
sont-ils ?
Walsh : (rires)
Jeremy Landes
: ... pour l'écriture.
Boyens : Ohhh. pour l'écriture.
(tout le monde rit de bon cur)
Jeremy Lands:
Y avait-il certaines
qualités que vous vouliez insuffler dans
votre écriture ? Vous avez écrit
beaucoup de personnages masculins.
Boyens : Nous avons toutes les
deux des fils. Une des choses que j'adore concernant
cette nouvelle génération de garçons
- sans aucun doute dans les cas de nos garçons
- c'est qu'ils sont plus doux et qu'il y a une
sensibilité, et ils peuvent adopter leur
propre film intérieur, tel que Le Seigneur
des Anneaux, juste autant qu'ils acceptent la
charge dans la bataille et Aragorn en train de
se battre et ce genre de choses. Et un personnage
comme Aragorn, interprété par Viggo
Mortensen, contribue certainement à ça.
Et il a aussi un fils. Et nous connaissons nos
garçons et nous les adorons, donc c'est
plus facile d'écrire. Mon fils s'appelle
Calum.
Walsh :
[Et le mien] Billy.
J'aimerais en entendre plus concernant
cette scène où Arwen prend la décision
qui fait qu'elle ne connaîtra jamais cet
enfant si elle ne reste pas [sur la Terre du Milieu].
Pouvez-vous nous donner une perspective féminine
sur cette scène ?
Walsh : Cela nous attirait qu'elle
ne soit pas simplement guidée par le besoin
de retourner avec son homme.
Boyens : C'est à nouveau
la mère en nous.
Walsh : ... et c'est une partie
de son histoire complète, qu'Eldarion hérite
en fait du règne. Mais oui, il y avait
des choses la guidant qui étaient autres
que la notion purement romantique de son besoin
d'être avec lui. C'est en rapport avec le
fait d'aller de l'avant.
Boyens : Elle pourrait ne pas
survivre. [Aragorn] pourrait ne pas survivre.
Même leur amour pourrait ne pas survivre
parce qu'ils seront tous les deux morts. Mais
cela continuera avec cet enfant - - et aussi qu'elle
ne connaîtra jamais ça, et elle voudrait
plutôt le savoir qu'en faire l'expérience.
Bob Smithouser
: Richard [Taylor] a dit qu'en fin de compte c'était
leur responsabilité de donner vie à
la vision de Peter et pas nécessairement
à celle de Tolkien. Heureusement, à
de nombreuses occasions il y avait de la synchronisation
entre les deux. Avez-vous tous senti cette tension
par rapport au fait de créer la vision
de Peter tout en travaillant avec le texte ?
Walsh : Je n'ai jamais senti d'énormes
décalages entre la façon dont Peter
voyait l'histoire et la façon dont je l'ai
lue. Peut-être qu'il y a des différences
énormes. En terme d'écriture de
script, nous avons fait de grands changements.
Quelques fois ils étaient adoptés
et quelques fois ils ne l'étaient pas trop,
mais je n'ai jamais eu l'impression que Peter
donnait vie à quelque chose d'une manière
qui était très différente
de la façon dont je la percevais dans le
livre ; Je n'ai pas ressenti cela.
Boyens : Non.
Walsh : Pas avec les Ents, ou
avec Gollum ou avec quoique ce soit dans la façon
dont les personnages étaient réalisés.
Boyens : Ca devait fonctionner
en tant que film et c'est ce dont nous étions
le plus conscient, n'est-ce pas ?
Walsh : Je pense que le seul plus
grand défi du livre était indubitablement
l'il -- qui fonctionne facilement dans le
livre -- c'est l'Oeil Maléfique, psychique,
et c'est puissant. Mais en termes de sa dramatisation
visuelle, quel cauchemar ! Je veux dire, c'est
un globe oculaire enflammé, l'il
sans paupières.
Nous plaisantions à propos de ce qui était
en-dessous, vous savez. Dans le prologue Sauron
marche dans son armure complète, cette
large silhouette en armure, et nous avions cette
idée que sous la visière se trouvait
un gros globe oculaire. [rires] Il était
difficile d'investir cet oeil de la terreur et
de l'horreur nécessaires, et du sens profond
d'omnipotence dont il avait besoin. Je ne sais
pas s'il y avait une manière de faire ça,
mais c'était notre seule plus grande difficulté.
Parlez de votre perspective du
processus d'écriture à l'égard
de ceux qui ont lu le livre et à ceux qui
l'ont rencontré pour la première
fois à travers le film. Il semble y avoir
une large dissonance entre ceux qui l'ont lu et
ceux qui ne l'ont pas lu. Certains de ceux qui
ne l'ont pas lu trouvaient le film trop long,
et ceux qui l'ont lu pensaient que certaines choses
étaient omises.
Walsh : Nous avons toujours eu
comme but principal de rendre ces livres -- de
les réaliser pour l'écran comme
un divertissement attrayant. C'est notre boulot,
de les faire traduire. Je suppose que nous avons
échoué si cela dure trop longtemps
à la fin. Mais nous avons toujours placé
le public du cinéma avant le public du
livre à cet égard, parce que les
lecteurs du livre ont le livre et ce sera toujours
ainsi. Et pourtant nous avons évidemment
essayé de l'honorer autant que nous pouvions
avec ce paramètre. Cela a toujours été,
pour nous, un défi d'essayer de remplir
au moins certaines des attentes qui venaient de
fans du livre mais de ne pas surcharger le film
au point où les gens qui ne sont pas familier
avec le livre ne puissent pas entrer dans l'expérience
de l'histoire.
La fin était difficile pour nous. C'était
très difficile parce que nous ne concluions
pas un seul film, mais trois. Nous avions également
le sentiment qu'on devait ces moments à
ces personnages, qu'Aragorn et Arwen, lorsqu'ils
se retrouvent. Vous avez besoin de voir ça
et d'être avec eux. Vous avez besoin d'aller
dans la Comté. Et en fait vous avez aussi
besoin de renvoyer Frodon, comme une conclusion
pour lui.
Donc c'est devenu « Que pouvons-nous omettre
? » Eh bien, on ne peut rien omettre de
tout ça ! Et on avait également
besoin de voir Sam et Rosie, ensemble. On avait
besoin de donner cette conclusion [aux personnages].
Boyens : L'anneau est détruit.
et vous pouvez dire « Fin de l'histoire
! » Mais Frodon est aussi détruit.
Et ceci est la fin de l'histoire.
Walsh : Je pense que cela défie
peut-être aussi votre sentiment par rapport
à la façon dont les films devraient
se terminer. Vous êtes habitués au
grand point culminant explosif et puis il y a
une petite conclusion supplémentaire, pendant
peut-être deux ou trois minutes, et c'est
terminé. Vous vous levez déjà
de votre siège après l'explosion
du monde et vous êtes dehors, vous savez.
Et pourtant nous avions douze minutes [ou plus]
de matière, et ce n'est pas fait normalement
et je sais. J'était très consciente,
tout le temps quand nous le faisions.
Boyens : Elle était très
inquiète par rapport à ça.
Walsh : Nous avons eu cette grande
discussion. C'était terrible.
Boyens : Peu importe ! Ca m'est
égal. Si des gens sont avec ces personnages,
ils les adoreront, ou ils iront là-bas.
Même des gens qui pensent, eh bien que c'était
une [fin] de trop, je le comprends, je peux y
être sensible. Mais c'est le film.
Walsh : Je pense que c'est frustrant
si vous êtes dans le public et que vous
pensez, eh bien est-ce que c'est fini maintenant
? Est-ce que je... Oh non. Et il y a une autre.
C'est difficile.
Boyens : Elle était tellement
inquiète. C'est cependant ainsi, c'est
le film. C'est la façon dont fonctionne
le film. C'est ce que ces films m'ont appris,
ils trouveront leur propre niveau et ils trouveront
un endroit où ils fonctionnent. Finalement
la personne pour qui cela devait fonctionner,
c'était Peter. Et cela a fonctionné
pour lui. Cela a fonctionné pour beaucoup
d'entre nous. Et il a fait le film qu'il voulait
voir. Le film est comme ça.
Walsh : En y venant avec des yeux
neufs, vous avez une attente concernant la façon
dont les films se résolvent eux-mêmes.
Ce n'est pas traditionnel.
Boyens : Cela aurait même
pu durer plus longtemps, parce que Peter va encore
plus modifier le film.
Walsh : A la fin, c'est ainsi,
et c'est ce qui arrive dans le film.
Andrew Coffin : Pouvez-vous parler
de vos sentiments concernant le bien et le mal
et comment cela se déroule dans ce que
vous avez apporté au film et ce que Tolkien
a apporté aux histoires ?
Walsh : Je pense que les histoires
nous offrent le réconfort que nous vivons
dans un univers moral, que ce soit ou non, vous
savez... Qui peut dire ? Le monde semble être
un lieu plutôt amoral, gouverné par
quelque chose d'arbitraire et non-fondé
sur une sorte de grand sentiment sous-jacent de
décence. Quelques fois vous devez vous
poser la question.
Quoiqu'il en soit, la foi de Tolkien se rapporte
au troisième livre. C'est sans aucun doute
la foi de la qualité durable des hommes
qui l'emportera. La foi que même ceux qui
nous quittent trop tôt ou qui sont perdus
dans la guerre ou qui meurent jeune - et Frodon
représente certainement tout cela - ils
vont ailleurs, ils ne tombent pas simplement dans
le néant. Ils transitent ailleurs. La foi
que nous pouvons tous être meilleur que
ce que nous sommes.
Il a pris cela de sa propre expérience
de guerre et de ses profondes croyances chrétiennes.
Ces idées dans le livre, nous avons tenté
autant que possible de les investir dans le film.
Leurs valeurs, elles vous donnent un sentiment
d'espoir, que ce n'est pas du chaos, que ce n'est
pas arbitraire, que ce n'est pas sans fin. J'adore
la narration pour ces raisons, parce que tant
de choses diminuent alors que nous nous dirigeons
vers ce nouveau siècle. Il y a tant de
cynisme et un tel manque de système de
rituel et de croyance pour gouverner quoique ce
soit. J'aime les histoires pour cela parce qu'elles
l'offrent encore.
Pensez-vous qu'il y a quelque
chose dans les êtres humains qui dit que
les choses ne sont pas arbitraires ? Quelque chose
qui est une raison pour laquelle nous établissons
un lien avec une histoire, qui dit à un
niveau plus profond qu'il y a une fin ?
Walsh : Je pense que ça
concerne le pouvoir durable du bien, que nous
le sentons en nous-même lorsque nous le
percevons chez les autres avec des petits actes
chaque jour chez d'autres personnes. Et cela vous
donne une raison d'espérer qu'il y a une
signification pour nous tous en tant que race,
en tant qu'humanité, que nous évoluons
et nous nous améliorons plutôt que
de nous diminuer nous-même à travers
la haine et la cruauté. Nous avons besoin
de croire ça. Nous avons besoin d'avoir
un sentiment de préparation.
Steven D.
Greydanus : Malgré l'élément
de bonté dans l'humanité, une des
choses significatives concernant l'histoire, c'est
que Frodon échoue finalement. Et pourtant
Frodon est sauvé du destin d'Isildur et
Gollum, par providence, chance, destin, quoi que
vous vouliez lui attribuer. Qu'est-ce que cela
nous dit alors que nous luttons avec nos propres
démons, et comment cela est-il lié
au principe qui se présente pour ceux luttant
avec dépendance - l'idée d'un plus
grand pouvoir ?
Boyens : C'est amusant, parce que la dépendance
est quelque chose dont nous nous sommes beaucoup
servi pour Gollum, l'idée du junkie. Et
pour Frodon, à cet instant, absolument.
C'était la même chose. Et une des
choses que Tolkien avait compris parce qu'il était
un "humaniste". c'est que nous sommes
tous fragiles, et nous avons tous la capacité
en nous d'échouer à n'importe quel
niveau. La foi exige de nous de croire en une
plus grande puissance.
Gandalf dit très tôt dans le livre
« L'Anneau est venu à Bilbon et à
cet instant quelque chose d'autre était
en marche. » Pas la conception de son créateur,
ce pouvoir maléfique, mais une autre puissance
était en marche.
Donc, soit vous croyez à cela ou non, soit
vous choisissez d'y croire ou non. En fait c'était
une combinaison. Frodon s'est traîné
lui-même jusqu'à ce point, et a échoué.
Et une autre puissance est intervenue. Et finalement
il s'abandonne à cette puissance à
la fin du film, qui est un des plus beaux moments
du film. Quand Frodon se tourne et sourit. C'est
sa rédemption.
Fran, Andy
[Serkis] a parlé de vous, Fran, comme la
« gardienne de Gollum » et il a dit
« qu'elle a un esprit extraordinaire et
je pense qu'elle s'est inspirée de sa propre
vie. »
[rires]
Est-ce que vous parlez de vous-même
en disant « nous » ?
[encore plus de rires]
Walsh : J'ai
aimé Gollum. Il est ma dynamique familiale.
Je n'ai pas eu de problèmes de dépendance
de drogue. Mais j'ai eu un passé familial
à problèmes. Je comprends complètement
comment il fonctionne parce que, il est mon père.
Il y a des éléments de ma propre
parenté et de mes frères et surs
et de moi-même. Je comprends le parent-persécuteur
et je comprends l'enfant qui veut plaire à
ses parents mais qui veut également être
libre de ce conflit. Et aussi le côté
pathétique de Sméagol contre la
rage de Gollum. Et Gollum est curieusement protecteur
- à la fin, quand Sméagol est blessé.
Il est en colère. Il est en colère
parce que son enfant a été blessé.
Donc c' est un personnage brisé, mais pourtant
je me suis inspiré de mon propre passé
familial pour le raconter, et je pense que c'est
probablement commun pour beaucoup de personnes.
Donc je crois que c'est la raison pour laquelle
il touche à une corde familiale. Les gens
le comprennent.
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