Retour au SeuilLes Webmestres, etc...Page PrécédentePage SuivanteMettez ce site dans vos favorisLes Forums concernant le film, Tolkien, la Fantasy, etc...Venez chatter !Venez signer ou lire le livre d' orCe site vous plait ? Conseillez le à un ami !Section achat d' Elbakin.net
 

Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 17/08/2004

Retour Index Film

.:: Interview de Fran Walsh et Philippa Boyens. ::.

 

Fran Walsh et Philippa Boyens
Scénaristes

Jeffrey Overstreet : Comme vous avez adapté cette histoire, je suspecte que cela vous a traversé l'esprit qu'un mythe tellement puissant de cultures s'entrechoquant pourrait facilement être mal interprété comme une allégorie politique. Avez-vous dû modifier votre script pour éviter que l'histoire soit interprétée comme une allégorie flagrante de l'Ouest littéral face à l'Est littéral ? Cela vous inquiétait-il que votre traitement des différentes cultures et personnes et événements à l'écran pourraient faire écho aux événements actuels de façon trop prononcée ?


Boyens : Vous avez absolument raison : c'est quelque chose qui nous fait peur et qui nous inquiète. On entend la phrase « la guerre est en marche » -- ce qui est dans le livre, et que nous avons changé en « l'espoir est en marche » -- pas simplement à cause de la guerre aujourd'hui, mais comme un sentiment. qui est en fait également dans le livre avec une phrase -- « L'espoir est en marche ». Mais comme un sentiment, cela fonctionnait mieux en terme de narration, et cela résonnait mieux en terme de public actuel.

Jeremy Landes : Vous avez vraiment inspiré de jeunes hommes.

Boyens : Oh mon dieu ! Qui ? Où sont-ils ?

Walsh : (rires)

Jeremy Landes : ... pour l'écriture.

Boyens : Ohhh. pour l'écriture.

(tout le monde rit de bon cœur)

Jeremy Lands: Y avait-il certaines qualités que vous vouliez insuffler dans votre écriture ? Vous avez écrit beaucoup de personnages masculins.

Boyens : Nous avons toutes les deux des fils. Une des choses que j'adore concernant cette nouvelle génération de garçons - sans aucun doute dans les cas de nos garçons - c'est qu'ils sont plus doux et qu'il y a une sensibilité, et ils peuvent adopter leur propre film intérieur, tel que Le Seigneur des Anneaux, juste autant qu'ils acceptent la charge dans la bataille et Aragorn en train de se battre et ce genre de choses. Et un personnage comme Aragorn, interprété par Viggo Mortensen, contribue certainement à ça. Et il a aussi un fils. Et nous connaissons nos garçons et nous les adorons, donc c'est plus facile d'écrire. Mon fils s'appelle Calum.

Walsh :

[Et le mien] Billy.

J'aimerais en entendre plus concernant cette scène où Arwen prend la décision qui fait qu'elle ne connaîtra jamais cet enfant si elle ne reste pas [sur la Terre du Milieu]. Pouvez-vous nous donner une perspective féminine sur cette scène ?

Walsh : Cela nous attirait qu'elle ne soit pas simplement guidée par le besoin de retourner avec son homme.

Boyens : C'est à nouveau la mère en nous.

Walsh : ... et c'est une partie de son histoire complète, qu'Eldarion hérite en fait du règne. Mais oui, il y avait des choses la guidant qui étaient autres que la notion purement romantique de son besoin d'être avec lui. C'est en rapport avec le fait d'aller de l'avant.

Boyens : Elle pourrait ne pas survivre. [Aragorn] pourrait ne pas survivre. Même leur amour pourrait ne pas survivre parce qu'ils seront tous les deux morts. Mais cela continuera avec cet enfant - - et aussi qu'elle ne connaîtra jamais ça, et elle voudrait plutôt le savoir qu'en faire l'expérience.

Bob Smithouser : Richard [Taylor] a dit qu'en fin de compte c'était leur responsabilité de donner vie à la vision de Peter et pas nécessairement à celle de Tolkien. Heureusement, à de nombreuses occasions il y avait de la synchronisation entre les deux. Avez-vous tous senti cette tension par rapport au fait de créer la vision de Peter tout en travaillant avec le texte ?

Walsh : Je n'ai jamais senti d'énormes décalages entre la façon dont Peter voyait l'histoire et la façon dont je l'ai lue. Peut-être qu'il y a des différences énormes. En terme d'écriture de script, nous avons fait de grands changements. Quelques fois ils étaient adoptés et quelques fois ils ne l'étaient pas trop, mais je n'ai jamais eu l'impression que Peter donnait vie à quelque chose d'une manière qui était très différente de la façon dont je la percevais dans le livre ; Je n'ai pas ressenti cela.

Boyens : Non.

Walsh : Pas avec les Ents, ou avec Gollum ou avec quoique ce soit dans la façon dont les personnages étaient réalisés.

Boyens : Ca devait fonctionner en tant que film et c'est ce dont nous étions le plus conscient, n'est-ce pas ?

Walsh : Je pense que le seul plus grand défi du livre était indubitablement l'Œil -- qui fonctionne facilement dans le livre -- c'est l'Oeil Maléfique, psychique, et c'est puissant. Mais en termes de sa dramatisation visuelle, quel cauchemar ! Je veux dire, c'est un globe oculaire enflammé, l'œil sans paupières.
Nous plaisantions à propos de ce qui était en-dessous, vous savez. Dans le prologue Sauron marche dans son armure complète, cette large silhouette en armure, et nous avions cette idée que sous la visière se trouvait un gros globe oculaire. [rires] Il était difficile d'investir cet oeil de la terreur et de l'horreur nécessaires, et du sens profond d'omnipotence dont il avait besoin. Je ne sais pas s'il y avait une manière de faire ça, mais c'était notre seule plus grande difficulté.

Parlez de votre perspective du processus d'écriture à l'égard de ceux qui ont lu le livre et à ceux qui l'ont rencontré pour la première fois à travers le film. Il semble y avoir une large dissonance entre ceux qui l'ont lu et ceux qui ne l'ont pas lu. Certains de ceux qui ne l'ont pas lu trouvaient le film trop long, et ceux qui l'ont lu pensaient que certaines choses étaient omises.

Walsh : Nous avons toujours eu comme but principal de rendre ces livres -- de les réaliser pour l'écran comme un divertissement attrayant. C'est notre boulot, de les faire traduire. Je suppose que nous avons échoué si cela dure trop longtemps à la fin. Mais nous avons toujours placé le public du cinéma avant le public du livre à cet égard, parce que les lecteurs du livre ont le livre et ce sera toujours ainsi. Et pourtant nous avons évidemment essayé de l'honorer autant que nous pouvions avec ce paramètre. Cela a toujours été, pour nous, un défi d'essayer de remplir au moins certaines des attentes qui venaient de fans du livre mais de ne pas surcharger le film au point où les gens qui ne sont pas familier avec le livre ne puissent pas entrer dans l'expérience de l'histoire.
La fin était difficile pour nous. C'était très difficile parce que nous ne concluions pas un seul film, mais trois. Nous avions également le sentiment qu'on devait ces moments à ces personnages, qu'Aragorn et Arwen, lorsqu'ils se retrouvent. Vous avez besoin de voir ça et d'être avec eux. Vous avez besoin d'aller dans la Comté. Et en fait vous avez aussi besoin de renvoyer Frodon, comme une conclusion pour lui.
Donc c'est devenu « Que pouvons-nous omettre ? » Eh bien, on ne peut rien omettre de tout ça ! Et on avait également besoin de voir Sam et Rosie, ensemble. On avait besoin de donner cette conclusion [aux personnages].

Boyens : L'anneau est détruit. et vous pouvez dire « Fin de l'histoire ! » Mais Frodon est aussi détruit. Et ceci est la fin de l'histoire.

Walsh : Je pense que cela défie peut-être aussi votre sentiment par rapport à la façon dont les films devraient se terminer. Vous êtes habitués au grand point culminant explosif et puis il y a une petite conclusion supplémentaire, pendant peut-être deux ou trois minutes, et c'est terminé. Vous vous levez déjà de votre siège après l'explosion du monde et vous êtes dehors, vous savez. Et pourtant nous avions douze minutes [ou plus] de matière, et ce n'est pas fait normalement et je sais. J'était très consciente, tout le temps quand nous le faisions.

Boyens : Elle était très inquiète par rapport à ça.

Walsh : Nous avons eu cette grande discussion. C'était terrible.

Boyens : Peu importe ! Ca m'est égal. Si des gens sont avec ces personnages, ils les adoreront, ou ils iront là-bas. Même des gens qui pensent, eh bien que c'était une [fin] de trop, je le comprends, je peux y être sensible. Mais c'est le film.

Walsh : Je pense que c'est frustrant si vous êtes dans le public et que vous pensez, eh bien est-ce que c'est fini maintenant ? Est-ce que je... Oh non. Et il y a une autre. C'est difficile.

Boyens : Elle était tellement inquiète. C'est cependant ainsi, c'est le film. C'est la façon dont fonctionne le film. C'est ce que ces films m'ont appris, ils trouveront leur propre niveau et ils trouveront un endroit où ils fonctionnent. Finalement la personne pour qui cela devait fonctionner, c'était Peter. Et cela a fonctionné pour lui. Cela a fonctionné pour beaucoup d'entre nous. Et il a fait le film qu'il voulait voir. Le film est comme ça.

Walsh : En y venant avec des yeux neufs, vous avez une attente concernant la façon dont les films se résolvent eux-mêmes. Ce n'est pas traditionnel.

Boyens : Cela aurait même pu durer plus longtemps, parce que Peter va encore plus modifier le film.

Walsh : A la fin, c'est ainsi, et c'est ce qui arrive dans le film.

Andrew Coffin : Pouvez-vous parler de vos sentiments concernant le bien et le mal et comment cela se déroule dans ce que vous avez apporté au film et ce que Tolkien a apporté aux histoires ?

Walsh : Je pense que les histoires nous offrent le réconfort que nous vivons dans un univers moral, que ce soit ou non, vous savez... Qui peut dire ? Le monde semble être un lieu plutôt amoral, gouverné par quelque chose d'arbitraire et non-fondé sur une sorte de grand sentiment sous-jacent de décence. Quelques fois vous devez vous poser la question.
Quoiqu'il en soit, la foi de Tolkien se rapporte au troisième livre. C'est sans aucun doute la foi de la qualité durable des hommes qui l'emportera. La foi que même ceux qui nous quittent trop tôt ou qui sont perdus dans la guerre ou qui meurent jeune - et Frodon représente certainement tout cela - ils vont ailleurs, ils ne tombent pas simplement dans le néant. Ils transitent ailleurs. La foi que nous pouvons tous être meilleur que ce que nous sommes.
Il a pris cela de sa propre expérience de guerre et de ses profondes croyances chrétiennes. Ces idées dans le livre, nous avons tenté autant que possible de les investir dans le film. Leurs valeurs, elles vous donnent un sentiment d'espoir, que ce n'est pas du chaos, que ce n'est pas arbitraire, que ce n'est pas sans fin. J'adore la narration pour ces raisons, parce que tant de choses diminuent alors que nous nous dirigeons vers ce nouveau siècle. Il y a tant de cynisme et un tel manque de système de rituel et de croyance pour gouverner quoique ce soit. J'aime les histoires pour cela parce qu'elles l'offrent encore.

Pensez-vous qu'il y a quelque chose dans les êtres humains qui dit que les choses ne sont pas arbitraires ? Quelque chose qui est une raison pour laquelle nous établissons un lien avec une histoire, qui dit à un niveau plus profond qu'il y a une fin ?

Walsh : Je pense que ça concerne le pouvoir durable du bien, que nous le sentons en nous-même lorsque nous le percevons chez les autres avec des petits actes chaque jour chez d'autres personnes. Et cela vous donne une raison d'espérer qu'il y a une signification pour nous tous en tant que race, en tant qu'humanité, que nous évoluons et nous nous améliorons plutôt que de nous diminuer nous-même à travers la haine et la cruauté. Nous avons besoin de croire ça. Nous avons besoin d'avoir un sentiment de préparation.

Steven D. Greydanus : Malgré l'élément de bonté dans l'humanité, une des choses significatives concernant l'histoire, c'est que Frodon échoue finalement. Et pourtant Frodon est sauvé du destin d'Isildur et Gollum, par providence, chance, destin, quoi que vous vouliez lui attribuer. Qu'est-ce que cela nous dit alors que nous luttons avec nos propres démons, et comment cela est-il lié au principe qui se présente pour ceux luttant avec dépendance - l'idée d'un plus grand pouvoir ?


Boyens : C'est amusant, parce que la dépendance est quelque chose dont nous nous sommes beaucoup servi pour Gollum, l'idée du junkie. Et pour Frodon, à cet instant, absolument. C'était la même chose. Et une des choses que Tolkien avait compris parce qu'il était un "humaniste". c'est que nous sommes tous fragiles, et nous avons tous la capacité en nous d'échouer à n'importe quel niveau. La foi exige de nous de croire en une plus grande puissance.
Gandalf dit très tôt dans le livre « L'Anneau est venu à Bilbon et à cet instant quelque chose d'autre était en marche. » Pas la conception de son créateur, ce pouvoir maléfique, mais une autre puissance était en marche.
Donc, soit vous croyez à cela ou non, soit vous choisissez d'y croire ou non. En fait c'était une combinaison. Frodon s'est traîné lui-même jusqu'à ce point, et a échoué. Et une autre puissance est intervenue. Et finalement il s'abandonne à cette puissance à la fin du film, qui est un des plus beaux moments du film. Quand Frodon se tourne et sourit. C'est sa rédemption.

Fran, Andy [Serkis] a parlé de vous, Fran, comme la « gardienne de Gollum » et il a dit « qu'elle a un esprit extraordinaire et je pense qu'elle s'est inspirée de sa propre vie. »

[rires]

Est-ce que vous parlez de vous-même en disant « nous » ?

[encore plus de rires]

Walsh : J'ai aimé Gollum. Il est ma dynamique familiale. Je n'ai pas eu de problèmes de dépendance de drogue. Mais j'ai eu un passé familial à problèmes. Je comprends complètement comment il fonctionne parce que, il est mon père. Il y a des éléments de ma propre parenté et de mes frères et sœurs et de moi-même. Je comprends le parent-persécuteur et je comprends l'enfant qui veut plaire à ses parents mais qui veut également être libre de ce conflit. Et aussi le côté pathétique de Sméagol contre la rage de Gollum. Et Gollum est curieusement protecteur - à la fin, quand Sméagol est blessé. Il est en colère. Il est en colère parce que son enfant a été blessé. Donc c' est un personnage brisé, mais pourtant je me suis inspiré de mon propre passé familial pour le raconter, et je pense que c'est probablement commun pour beaucoup de personnes. Donc je crois que c'est la raison pour laquelle il touche à une corde familiale. Les gens le comprennent.



-> Article originel