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Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 14/12/2003

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.:: Interview avec Viggo Mortensen. ::.

 

Le 12 décembre 2003 – Pendant des années, Viggo Mortensen a travaillé progressivement à Hollywood en tant qu’acteur très respecté. Il avait joué dans des films populaires comme Carlito’s Way et Witness, pourtant son visage était principalement inconnu hors des cercles de critiques de film. Son visage était très mixte, ce qui était aussi un signe de ses capacités d’acteur, en essayant différents rôles. Après une gigantesque trilogie, Viggo Mortensen est bien près de la célébrité.

Mortensen lui-même admet que, au départ, son rôle dans la trilogie Le Seigneur des Anneaux était un peu un pari. Alors qu’il était honoré d’être choisi par le réalisateur Peter Jackson pour le rôle d’Aragorn, personne ne savait vraiment comment la trilogie serait reçue. Ils tournaient les trois films d’un coup. Le futur de la trilogie s’est en grande partie basé sur le succès du premier film.

Comme nous le savons maintenant, la trilogie Le Seigneur des Anneaux est bien sur le point de devenir la trilogie la plus couronnée de succès de toutes, autant d’une manière critique que commerciale. Comme Aragorn, Mortensen a donné une série d’interprétations qui vivront pour toujours dans la réputation de la culture pop. Comme le jeu d’acteur de Mortensen, le personnage d’Aragorn a grandi exponentiellement dans ces histoires. Dans le chapitre final, Le Retour du Roi, Aragorn est couronné en tant que nouveau roi.

Mortensen marche dans la pièce, l’air plutôt différent par rapport à son apparence dans Le Retour du Roi. Ses cheveux sont coupés très courts dans le style militaire. Il fait un grand sourire à la pièce remplie de journalistes l’attendant. « Il y a beaucoup de monde ici, » Mortensen rit. « C’est comme pour la création du film. »

Q : Elijah Wood dit que vous étiez constamment sa source d’inspiration pendant le film. Etiez-vous conscient que vous étiez aussi « inspirant » ?

VIGGO MORTENSEN : Je pense que ce que tout le monde a fait sur cette œuvre, en commençant par Peter (Jackson), mais également les gens qu’il a choisi, c’était une sacré épreuve, cela même si vous commenciez très énervé ou juste parce que c’était [la] tendance, juste pour s’occuper de soi-même, on finissait par prendre soin des autres autour de nous… On ne pouvait jamais vraiment voir la lumière au bout du tunnel, jusqu’à la fin… Et même quand on finissait le tournage principal, on savait qu’on reviendrait et Pete disait alors, de retour en 2000, « Ecoutez, si le film marche bien, alors j’aurai l’opportunité de revenir et d’en faire plus. » On ne savait pas à quel point ce serait bon et on ne savait pas exactement ce qu’il voulait dire… Donc cela a été très intense… Comme je plaisantais quand je suis arrivé, nous avançons et faisons le mieux possible et chacun l’a fait dans ce sens, et si quelqu’un était malade ou fatigué ou simplement en perte de vitesse, vous savez, voici ces réécritures ce matin à 5h. « J’avais quelque chose à l’esprit. J’ai pensé que je savais où nous en étions dans l’histoire, maintenant je n’en ai aucune idée. Qu’est-ce que cela signifie ? Je veux dire, à qui sont ces répliques, qu’est-ce que Pete essaie de faire ? » Vous savez, quelques fois Pete était à 50 miles ailleurs sur une autre chose… C’était vraiment un effort d’équipe, et je pense que Pete comptait sur les gens pour prendre soin d’eux et des autres quand il était là et quand il n’était pas là, parce que c’était un trop gros travail pour chacun. Vous savez, quand Aragorn dit au couronnement, « Ce jour n’est pas pour un homme, mais pour tous » l’expérience allait dans ce sens, c’était la seule manière dont on pouvait le faire et si cela allait fonctionner de cette manière, les gens allaient avoir cette attitude.

Q : S’ils ne l’avaient pas eue, que ce serait-il passé selon vous ?

MORTENSEN : On se serait haï les uns les autres. Cela aurait été horrible. Et je ne pense pas que les films auraient été très bons et on ne serait pas là en ce moment parce que le premier film aurait été un échec et que les deux autres seraient sortis sur vidéo.

Q : Mais dans ce cas particulier, pensez-vous que d’après les circonstances uniques, de tourner les trois d’un coup, c’était absolument crucial qu’il y ait une véritable communauté autant derrière les caméras que devant ?

MORTENSEN : Ouais, je le pense, définitivement. Et beaucoup de ceci avait à faire avec le livre ; cela avait un lien avec les idées de l’histoire de Tolkien… Ce n’était pas par accident que l’on avait des membres de l’équipe qui feuilletaient le livre pensivement, ou des acteurs sortant une copie cornée du Seigneur des Anneaux et disaient ‘Oh, c’est vrai, et cela est en relation avec ceci. » C’est parce qu’on est intéressé, c’est parce que l’histoire nous a touché, comme pour les publics, qu’ils soient Japonais ou Argentins ou Américains. Ils regardent l’histoire et la rapportent à leurs propres vies. En d’autres termes, peu importe combien on a de créatures volantes ou d’oreilles pointues ou de magiciens ou d’incroyable paysage. Il y a quelque chose de très humain dans le cœur de l’histoire. [C’est] faillible, fragile… Et on peut s’y rapporter, on peut se rapporter à l’effort fait pour travailler ensemble. L’idée dans l’histoire de compassion, de regarder ce que nous avons en commun plutôt que de chercher ce qui semble différent chez nous, c’est quelque chose que j’ai vu se refléter sur ceux parmi nous qui travaillaient là-dessus. C’était intéressant. C’était presque comme cette leçon de Tolkien et de la vie, dans laquelle on peut lire tous les livres qu’on veut. On peut étudier autant qu’on veut, se rapporter à des films de samouraïs ou à sa tante Martha. On peut lier n’importe quel type de situation de la vie ou de l’histoire à ce récit.

Q : Comment décompressez-vous après avoir fait un film comme celui-ci, sur lequel vous avez travaillé pendant 16 mois ?

MORTENSEN : Demandez-moi en juin, parce que c’est probablement à ce moment-là que j’aurai décompressé.

Q : Avez-vous toujours l’impression d’être stressé ?

MORTENSEN : Oh ouais, et on le sera pendant encore un moment. On ira tous au Japon en janvier, et à part ça on fera des interview, de la promotion et on aidera à faire ce qui sera, je suis sûr un autre très bon film, la version longue de ce film. Donc ce n’est pas vraiment fini pour l’instant, et quoiqu’il en soit, je ne suis pas pressé.

Q : Est-ce que l’expérience vous a inspiré pour en écrire un poème ?

MORTENSEN : Pas spécialement, bien que j’aie écrit des poèmes alors que j’y étais et pendant l’expérience j’ai pris des photos, et j’ai pu en partager la plupart la dernière semaine en Nouvelle-Zélande… Parce qu’une des choses que je ressens, c’est que les fêtes pendant la semaine comme pour la première mondiale et tous les événements qui nous ont amené à ça, c’était comme une récompense. C’était, oui, une fête pour Peter Jackson, vraiment, dans sa ville natale, mais c’était une fête pour les Néo-zélandais et pour les Wellingtoniens qui, après tout, ne nous ont pas seulement soutenus moralement depuis le début, avant que n’importe qui dans le monde ne sache qu’on tournait le film ou qu’il serait populaire. Ils croyaient plus, je pense, que Peter ou que ce qui aurait pu nous faire arrêter… Ils nous ont soutenus financièrement. Je ne peux pas imaginer des contribuables Européens ou Américains disant « Ouais, nous paierons x dollars. » Chaque citoyen de Nouvelle-Zélande a payé une taxe, sans quoi les films n’auraient pas été faits. Et les gens n’en parlent pas beaucoup, mais le contribuable Néo-zélandais a payé pour une partie de ces films.

Q : De quelle manière ?

MORTENSEN : L’argent ! Leurs taxes étaient utilisées.

Q : La taxe Le Seigneur des Anneaux ? [Rires] En fait ils finançaient le tournage du film ? Parlons-nous de taxes d’impôts ?

MORTENSEN : Ouais, des taxes d’impôts, mais aussi littéralement pour les fêtes dans la semaine et pour le ré-aménagement du cinéma principal de Wellington, qui ont été payés par les Wellingtoniens et les Néo-zélandais. Directement.

Q : Ont-ils reçu quelque chose pour ça ?

MORTENSEN : Je ne crois pas, et c’est ça la véritable noblesse là-dedans.

Q : Ont-ils eu quelque chose en échange ?

MORTENSEN : Je pense que l’échange, je suppose, c’est le tourisme et le respect. Donc c’est l’échange. Je suppose que si vous êtes un pêcheur passionné en Nouvelle-Zélande, vous serez probablement un peu inquiet, parce que vous aviez l’habitude d’être sur une rivière de 3 miles et de ne voir personne pendant trois jours, et maintenant…

Q : Pouvez-vous parler de la toute dernière scène que vous avez tournée et de ce que vous vous souvenez ?

MORTENSEN : La toute dernière fois où j’ai porté mon costume, comme avec beaucoup de scènes, je courais. C’était une scène qui sera probablement sur la version longue, c’est un ajout au Chemin des Morts où je parle aux morts et puis ils se déchaînent tous. Et puis on voit que l’on a réussi à ce que l’armée vienne avec nous. Mais il y a plein d’autres choses qui se passent. Dans une de ces séquences, je ne veux pas vous en parler avant que vous l’ayez vu, mais il y a un grand tumulte et Legolas, Gimli et Aragorn se sauvent à toutes jambes. En vérité, on était sur une plate-forme élevée qui faisait à peu près cette largeur [il indique seulement quelques pieds] et nous sprintions et prétendions sauter par-dessus tous ces obstacles et puis il y avait juste l’écran vert partout. Et quand on voit cette scène il y a toutes ces hordes d’armées des morts et d’autres choses dont je ne parlerai plus. Donc il s’agissait juste de nous en train de courir sur une sorte de plate-forme élevée.

Q : Et qu’avez-vous reçu ? Je sais qu’ils ont fait une grande cérémonie chaque fois que quelqu’un avait fini.

MORTENSEN : On m’a donné l’épée de rôdeur, pas l’épée reforgée, mais celle que j’ai utilisée le premier jour de tournage en octobre 99, qui était vraiment bien endommagée et dont j’ai pris soin et que j’ai utilisée d’un bout à l’autre. Mais la meilleure chose que j’ai reçue était ce dont nous parlions avant, c’est cette amitié avec ces gens… Le souvenir d’être en Nouvelle-Zélande et raconter une nouvelle fois l’histoire avec Peter. C’est la chose que j’ai reçue, dont je me souviendrai le plus…

Q : Quelle est la version définitive de chacun de ces films pour vous ? Est-ce que ça deviendra la version longue ?

MORTENSEN : Je n’ai pas vu le troisième, mais ce sera probablement le cas. Et ça l’est définitivement pour les deux premiers.

Q : Voyez-vous une quelconque différence ces jours entre le monde du DVD et du cinéma, parce que ce film a établi une sorte de synergie entre les deux qui est unique ?

MORTENSEN : Ce que je pense, c’est qu’une des choses les plus intelligentes qu’on ait faite… c’est d’avoir repris la même équipe et utilisé le même compositeur pour mettre en musique le contenu supplémentaire et pour le montage. Ce ne sont pas que des scènes supplémentaires. Par exemple, il y a des scènes dans Le Retour du Roi où on a qu’une partie de la séquence. Typiquement ce qu’a fait Pete est de mettre le reste de la scène. Donc il a remis de la matière dans ces scènes et la fait sans coutures. Donc ce sont vraiment des nouveaux films, nouveaux et améliorés ou des versions longues, et ce ne sont pas seulement un tas de « Appuyez sur ce bouton, observez cette scène, » ou quoique ce soit d’autre. C’était intelligent parce qu’elles peuvent fonctionner toutes seules et les gens peuvent juger par eux-mêmes. Je pense que jusqu’à maintenant, je ne sais pas si ce sera le cas pour le troisième, mais pour les deux premiers, si je devais faire un choix je regarderais la version longue à chaque fois. Et je crois et j’espère que dans cinq ans, comme dans cinquante ans, la version longue sera celle que les gens regarderont.

Q : Le plus grand personnage, en particulier pour Les Deux Tours, reçoit une vraie profondeur dans certaines scènes supplémentaires.

MORTENSEN : Dans le premier film on apprend à connaître qui il est, et qui sont les autres. Je pense qu’il y a deux fois plus concernant mon personnage sur la première version longue…. Quand on voit le contenu supplémentaire, on comprend mieux qui sont les Elfes, on comprend mieux Galadriel dans le deuxième, on comprend bien mieux Faramir dans la version longue, on découvre très bien Denethor, parce qu’on le voit avant qu’il ait perdu l’esprit. C’est un salaud, mais il n’est pas fou. On voit cette force familiale, on revoit Boromir et c’est toujours super de voir Sean Bean. Avez-vous vu ça ? La force de cette famille, je veux dire que c’est ma scène favorite dans Les Deux Tours. Pour moi c’est la plus intéressante en terme d’écriture, d’interprétation et ce que ça signifie pour Faramir, Denethor, au personnage de Miranda, Eowyn, et comment cela met en place ce qui va se passer, ce qui est l’ère des hommes. Cela inaugure le couronnement d’Aragorn, toutes ces choses prennent plus de sens

Q : Comment cela vous a-t-il affecté que Peter Jackson travaille hors du système de Hollywood pour ainsi dire, et tourne tout en Nouvelle-Zélande ? Comment cela a-t-il contribué à l’intégrité artistique du film ?

MORTENSEN : Ce n’était pas simplement le fait de tourner hors de Hollywood, c’était en particulier parce qu’on tournait en Nouvelle-Zélande… Ici on voit de nouvelles choses, visuellement c’était important de tourner là-bas, mais en terme d’esprit de l’histoire de Tolkien et de ce que nous essayions de faire, l’équipe Néo-zélandaise et le fait d’être dans ce pays, cela a fait une énorme différence, parce que j’ai l’impression que ces gens, je veux dire, il y a de bonnes et de mauvaises personnes ici comme partout, mais ils sont familiarisés au fait de travailler ensemble et d’apprécier l'harmonie… C’est simplement la manière dont ils font leur business là-bas, c’est la façon de travailler des gens. C’est la façon qu’ils ont de coopérer en tant que familles et en tant que communautés. Et ils donnaient, peu importe la qualité des effets spéciaux, et le côté fantastique et étrange des magiciens, hobbits, elfes, oreilles pointues, châteaux et quoique ce soit d’autre, sans cet élément, qui est derrière et au-delà des parties verbales de l’histoire, ce sentiment d’effort de groupe et de sacrifice pour le bien de l’unité que l’on ressent dans ces films…



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