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Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 09/12/2003

Retour Index Film

.:: Interview de Peter Jackson. ::.

 

Le réalisateur le plus en vogue du monde parle de la création du dernier film « Le Seigneur des Anneaux », depuis le monde de Tolkien et de son futur travail avec le grand singe poilu.

8 décembre 2003 – Quand la rumeur d’un projet ayant pour but de porter à l’écran la bible du monde de la fantasy, la trilogie « Le Seigneur des Anneaux » de J.R.R. Tolkien, a commencé à circuler dans le cyberworld à la fin des années 90, d’autres rumeurs ont rapidement circulé pour savoir qui pourrait être impliqué. Quand le nom de Peter Jackson - un créateur de film Néo-zélandais avec quelques obscurs films à petit budget comme « The Frighteners », « Créatures Célestes » et « Braindead » - a été annoncé, la plupart des fans s’arrachaient les cheveux. Comment ce petit réalisateur, qui ne s’est jamais occupé d’un projet d’une telle envergure, pouvait rendre justice à cette trilogie sainte? Cela semblait impossible. Les trois dernières années, Peter Jackson a cloué le bec de nombreuses personnes et, par la même occasion, a fait tourner beaucoup de têtes. Le travail qu’il a accompli pour les trois films est simplement ahurissant. C’est difficile d’imaginer ces films dans les mains de n’importe quel autre réalisateur. « Le Seigneur des Anneaux » est quelque chose que les plus grands réalisateurs de Hollywood avaient considéré pendant des années comme un projet, mais cela semblait être une tâche presque impossible. Les livres font près de 1000 pages en tout. Il y a plus de 20 personnages principaux. La liste continue. Jackson continue de frapper fort avec le dernier épisode de la trilogie, Le Retour du Roi.

En étant assis et en parlant avec lui, il est difficile de ne pas être impressionné par l’accomplissement qu’il a réalisé avec cette trilogie. En trois petites années, Jackson a été catapulté d’une obscurité relative au premier rang des meilleurs réalisateurs de Hollywood. C’est comme si je parlais à Spielberg après qu’il vienne de réaliser « Les Dents de la Mer », sauf que « Le Seigneur des Anneaux » est en fait plus grand et plus célèbre. Jackson a su rester modeste. Il est courtois et a un doux parler. Il a son apparence habituelle (qui est aussi sa signature), habillé d’un short, d’un polo et de ses cheveux longs.

Q : Possédez-vous une paire de pantalons ?

PETER JACKSON : Oui, j’en ai une. Je la mettrai pour la première ce soir. Je porte [aussi] des chaussures aujourd’hui, ouais.

Q : Pouvez-vous nous parler de la première en Nouvelle-Zélande ?

JACKSON :La première en Nouvelle-Zélande était incroyable. 100'000 personnes et une grande parade de rue. J’avais l’impression que le pays entier était venu pour nous faire une grande fête, ce qui était vraiment gentil. C’était super parce qu’il n’y avait pas de brutalité. C’était juste un authentique élan national de fierté, ce qui est plutôt fort en fait.

Q : Pouvez-vous nous parler du fait de représenter la Nouvelle-Zélande ? Comment cela vous a-t-il affecté vous et votre famille ?

JACKSON : Cela devient toujours plus difficile d’avoir une vie normale ici, pour sûr. Je n’ai pas vraiment eu de vie pendant deux à trois ans parce que j’ai été trop occupé. Je dormais, me levais, partais au travail, travaillais, rentrais à la maison et dormais et passais autant de temps que possible avec les enfants à la maison, etc. J’en suis à un point où il est ardu de sortir faire du shopping et d’aller voir des films et faire des choses normales parce qu’il y a sans arrêt des gens qui viennent me voir. [Ils sont] toujours très agréables, toujours gentils et serviables, mais on ne peut pas être partout. Cela prend du temps pour aller où on veut. J’en suis conscient. Cela signifie simplement que je reste beaucoup plus à la maison. Je ne sais pas à quoi va ressembler ma vie dans le futur. Mais ça devient un peu difficile.

Q : Y a-t-il un moyen de résumer ce que cela signifie pour vous, en tant que créateur de film ?

JACKSON : C’est le dernier film qui fait que vous me posez la question, n’est-ce pas ? Chaque fois qu’on fait un film, c’est parce qu’on veut que les gens le voient et l’apprécient… Chaque fois qu’on commence un film il y a toujours un niveau de surexcitation parce qu’on a envie de le voir [dans sa forme finale]. C’est pourquoi on est déterminé. La trilogie est surtout basée sur le troisième film. Pourquoi faire un des autres ? Les deux films existent parce qu’on est en train d’atteindre ce troisième chapitre. C’est celui qui définit les deux précédents, et les place dans le contexte. Jusqu’à maintenant, ils n’avaient pas eu de contexte. La Communauté était le commencement, Les Deux Tours était le complexe chapitre intermédiaire que tout le monde a décrit et maintenant il y a le troisième film. Soudainement, tout a un contexte. C’est la solution du problème. Il a également une fin. Un sens fort pour la fin. C’est aussi difficile pour les acteurs parce qu’ils ressentent de l’émotion en voyant le film parce qu’il est riche en émotions. Le film se termine et il représente en quelque sorte la fin de toutes nos quêtes. Nous sommes tous devenus amis sur ce projet. Tout se termine en même temps, à la fois à l’écran et hors de l’écran. C’est tout ce que j’avais espéré. J’espérais que cela serait triste, que cela saisirait une part de la tristesse du livre, mais de la tristesse qui n’est pas décourageante. C’est juste triste, mais on est heureux qu’ils accomplissent ce qu’ils ont mis en place pour le faire ; mais il y avait un prix à payer.

Q : Voyez-vous toujours Frodon et sa quête avec l’anneau comme une métaphore de votre propre quête pour terminer la tâche décourageante de cette trilogie ?

JACKSON : Ouais, je n’y pensais pas dans ces termes-là, mais je peux voir les comparaisons. Ca a pris 14 mois à Frodon pour atteindre la Montagne du Destin. Cela nous a pris 7 ans et heureusement il n’y avait pas de trolls qui nous poursuivaient. Des producteurs peut-être, mais pas des trolls.

Q : Que vous est-il arrivé le dernier jour ? Est-ce que quelqu’un a fait quelque chose de spécial pour vous ?

JACKSON : Ils ont fait quelque chose pour moi, ce qui était vraiment touchant. C’était une grande surprise. De retour en mai et juin, quand nous faisions des reshoots, et que nous avions la plupart des acteurs pour quelques jours de tournage, chacun à des moments différents parce qu’on tournait différentes scènes, et il y avait genre 15 adieux à faire. Pour chaque acteur c’était émouvant parce que c’était soit le dernier jour d’Elijah ou celui de Liv ou de Ian ou de Viggo et nous passions la journée à tourner. Nous avions notre liste de tournage et nous sommes arrivés à la dernière prise et nous n’avons pas dit, ‘C’est la dernière prise.’ C’était implicite et nous l’avons mis en place et je disais, ‘coupez’ et ils attendaient. Est-ce que je disais, ‘Faisons une autre prise’ ou est-ce que je disais, ‘Vérifiez la prise’, et si j’avais dit de vérifier la prise, c’était la porte qui claquait, et j’avais ce que je voulais et je disais, vérifions la prise. Nous devions passer par là quinze fois par jour. C’était une période traumatisante de tournage en fait. Nous faisions une fête et un petit film pour chaque personne qui avait fini. Ce qu’ils ont fait pour moi, ils ont attendu jusqu’à la toute dernière fête pour le faire. Bien entendu, la plupart des acteurs étaient déjà partis parce qu’ils avaient fini plus tôt. Au moment de la toute dernière fête, il n’y avait pas beaucoup de monde à part l’équipe. Puis ils m’ont parodié. Ils avaient un peu de musique des Beatles et ils ont fait un montage. ‘You Gotta Carry That Weight’. Pour la plupart des acteurs, nous avons essayé de leur donner un support qui était égal à leurs personnages. Dans la plupart des cas c’était une épée pour les gars. Pour Liv, nous lui avons donné une robe et ses oreilles. J’ai incarné des personnages secondaires. Le personnage que j’incarnais dans La Communauté de l’Anneau, dans la rue de Bree, et qui mangeait une carotte. Donc ils m’ont donné une carotte encadrée. Je pensais, ‘Viggo avait une épée. Pourquoi n’en ai-je pas une ?’ J’aurais voulu être un personnage avec une épée. Ce n’était pas le cas, donc j’ai reçu une carotte.

Q : Parlez-nous de l’absence de Saroumane.

JACKSON : La séquence de Saroumane, qui dure sept minutes, et qui se trouve à la fin des Deux Tours [le livre], a toujours été dans Les Deux Tours. Cela n’a jamais été dans Le Retour du Roi. La scène n’a jamais été dans le script. C’était une scène que nous avons tournée pour Les Deux Tours et quand nous avons terminé ce film l’année passée, nous avons alors essayé la scène, mais nous pensions que ça ne collait pas, par rapport à la profondeur de la fin du film, et ensuite ce qu’on voulait c’était sortir du film aussi vite que possible, parce que les gens étaient restés pendant déjà trois heures et on voulait juste le terminer. On avait quelques scènes de Gollum que nous devions ajouter à la fin du film, donc cela ne semblait pas être le bon moment pour les sept minutes du retour à Isengard. Ensuite j’ai pensé qu’il serait possible de la placer au début du Retour du Roi, donc nous l’avons gardée pour cette raison. Nous ne l’avons pas mise dans le DVD des Deux Tours, qui représentait un endroit possible, mais on avait l’impression qu’il y avait un potentiel pour que cela soit au début du Retour du Roi. C’était dans le film alors que nous faisions différents montages pendant l’année. Nous avions un montage de 4h15 du Retour du Roi avec tout ce que nous avions tourné mais c’était trop long. J’avais l’impression que l’impact émotionnel du film était brisé, c’était juste trop long. Donc on a commencé à arranger le film et la scène de Saroumane faisait partie des nombreuses scènes que nous avons supprimées. Evidemment, une heure du film a été coupée de la version cinéma pour diminuer la longueur. Pour moi la longueur était liée à l’impact émotionnel des 20-30 dernières minutes et je voulais que ce soit aussi fort que possible. Plus le film était long, moins il avait de force, parce qu’on avait l’impression d’être resté trop longtemps et cela perdait de l’effet.

Q : Pouvez-vous éclaircir la manière dont vous avez appris à Christopher Lee qu’il ne serait pas dans la version cinéma du Retour du Roi ?

JACKSON : Tout ce que j’ai lu sur le Net est complètement faux. J’ai lu qu’il l’avait appris sur un site Internet, ce qui est complètement faux. Il y a eu eu des appels téléphoniques, des fax. Il est « satisfait », mais il a un site web de fans qui ont commencé une pétition, qui, je crois, n’est pas nécessairement dans son plus grand intérêt. Je ne pense pas que Christopher ait lancé ça. Je pense que c’était juste les fans. Cela a juste apporté beaucoup de publicité qu’il n’aime pas vraiment de toute façon, mais ses fans se battent et cela apporte beaucoup de publicité inutile. Mais la scène est super et elle sera sur le DVD et tout le monde aura la chance de la voir. C’est une bonne scène et au moins elle complètera l’histoire au niveau des trois films.

Q : Parlez-nous des versions longues.

JACKSON : Les versions longues sont intéressantes parce que je les fais vraiment pour les fans. Pour moi chaque fois que j’ajoute une scène, je casse le rythme. On travaille très soigneusement sur les versions cinéma. On a passé une année entière pour essayer d’obtenir le meilleur montage. Je fais les versions longues parce qu’on a 30-40 minutes de séquences qui intéressent les fans du livre. C’est généralement lié à quelque chose qui est dans le livre. C’est une partie légitime de l’adaptation du Seigneur des Anneaux et on peut soit la perdre pour toujours ou la mettre dans une version longue. Donc j’ai fait ces scènes supplémentaires en pensant que les gens aimeraient les voir. Mais je suis conscient que chaque fois que j’ajoutais quelque chose le rythme de la scène était plus lent. A chaque fois j’ai l’impression de gâcher le film, mais je le fais parce que les gens veulent le voir et ils le verront chez eux. Le DVD a une dynamique différente. On peut le regarder sur deux nuits ou le mettre sur pause pour prendre une tasse de thé. Le contenu total du DVD semble avoir un besoin différent ou un niveau d’engagement du public. Et puis je lis ces critiques qui disent que c’est bien mieux que les versions cinéma. Et je me dis, ‘Oh mon Dieu !’ La grande question est, si on prend cette version de 3h40 des Deux Tours et qu’on l’avait diffusée dans les cinémas, qu’est-ce que les gens en auraient pensé ? Tout le monde l’aurait critiquée pour être trop longue. Pourtant sur vidéo, ils pensent que c’est mieux. Je trouve ça fascinant parce que c’est nouveau. C’est un développement complètement différent dans la création de film, cela en raison de la nouvelle technologie et de la manière dont les DVD se mettent en place. Les coffrets pour les fans, les documentaires, c’est intéressant. Je ne sais pas exactement quelles sont les règles.

 

Q : Comment définissez-vous la longueur des versions longues ?

JACKSON : J’ai lu des critiques nous concernant, mais je ne sais pas exactement quelle est la réponse. Je ne sais pas ce que veulent les gens donc je ne sais pas quelle est la critique. Si les gens disent, ‘Pourquoi on ne peut pas avoir un coffret avec la version cinéma et la version longue ?’ Je ne suis pas sûr de ce qu’ils veulent, parce que si on le fait, ça va coûter plus cher. Si on sort un coffret 4-DVD, et qu’on veut aussi la version cinéma et les autres choses, ce sera un coffret 6-DVD et vous aurez un tel coffret. Ce que nous essayons de faire c’est d’être intentionnellement de bonnes personnes. On a sorti la version cinéma pour les gens qui veulent juste le film dans leur collection. C’est fait avec un disque contenant des bonus spéciaux, donc ils ont cela et la version cinéma, et c’est aussi bon marché que possible. Et puis nous pensons que les seules personnes qui voudront avoir les six heures de documentaires sont des aficionados et ils seront probablement heureux qu’on leur donne une version alternative du film. Si tout ce que vous voulez c’est la version cinéma alors c’est la seule que vous achèterez. Si vous voulez tout, vous l’aurez.

Q : Quelle est la version définitive de ces films ?

JACKSON : Les versions cinéma sont les versions définitives. Je vois les versions longues comme une innovation pour les fans qui veulent vraiment voir des bonus.

Q : Vous avez atteint la réputation d’un réalisateur travaillant hors du système Hollywood.

JACKSON : Je n’ai pas de sentiment anti-Hollywood. Je suis juste un Néo-zélandais. Je suis né en Nouvelle-Zélande et c’est là que se trouve ma maison, et ma famille va à l’école là-bas. Mon intérêt est de rester dans ma patrie et de faire des films. Je n’ai vraiment pas envie d’aller dans un autre pays pour travailler. Je ne pense pas que Le Seigneur des Anneaux » aurait pu être fait ailleurs, pour des raisons budgétaires. Nous avons réussi à le faire à un prix raisonnable. Et bien, ce n’était pas totalement bon marché. Nous avons réussi à le faire avec moins d’argent que cela aurait coûté en Europe. Je ne connais pas le coût total des films, mais chacun a coûté dans les 130 millions de dollars, si on fait une moyenne. On vit dans un monde avec des budgets de 200 millions de dollars. Si Le Retour du Roi n’était pas un film de 200 millions de dollars, je ne sais pas ce que cela aurait donné. Il y a six ou sept films actuellement en production de 200 millions de dollars. Les studios admettront cela. On a dépensé notre argent et nous savons combien ça a coûté. C’était bien inférieur à 200 millions de dollars. Cela a dû être meilleur marché de 50-60 millions de dollars [de les tourner en Nouvelle-Zélande]

Q : Pourquoi faites-vous King Kong ?

JACKSON : C’est un seul film. N’importe quel film « unique » semble maintenant très attirant. Kong est un projet que l’on a commencé en 1996, avant Les Anneaux. Nous avons travaillé sur Kong pendant 8 mois. Univeral était inquiet à propos de Mighty Joe Young et Godzilla, qui étaient en production au même moment, donc ils ont « tiré la prise » pour Kong. Heureusement, nous avions mis en place Le Seigneur des Anneaux avec Miramax à ce moment donc nous avons pu démarrer directement ce projet. Mais cela a toujours été un business incomplet pour nous. Ca a toujours été un projet que je voulais faire parce que je suis un grand fan du premier. C’est mon film favori.

Q : Pourquoi le refaire ?

JACKSON : Il y a une raison légitime pour le refaire maintenant, parce que je crois que la jeune génération, les adolescents, c’est la première génération qui ne s’intéresse pas aux films en noir et blanc. Notre génération a grandi avec des films classiques et on a regardé des films en noir et blanc à la TV ou ailleurs, mais si maintenant on essaie de mettre un enfant en face d’un film en noir et blanc, il ne veut pas en entendre parler, spécialement quelque chose d’aussi démodé que le Kong de 1933, avec les dialogues et les interprétations, etc. On a atteint un point où King Kong ne sera plus regardé par les jeunes enfants. C’est fini. C’est une bonne époque à reproduire avec la technologie et on essaie de conserver le cœur du film original. Nous gardons la mise en scène des années 30.

Q : Andy Serkis incarnera King Kong ?

JACKSON : Nous n’avons rien finalisé pour l’instant. Cela m’intéresserait que quelqu’un représente Kong, pour être sa « moitié » sur le plateau.

Q : Y aura-t-il d’autres acteurs de la distribution du Seigneur des Anneaux dans le film ?

JACKSON : Je ne suis pas sûr parce qu’on a pas encore écrit le script. J’adorerais faire comme Scorsese, quand il utilise le même groupe d’acteurs d’un film à un autre parce que ces acteurs sont si fantastiques, alors si ce n’est pas pour Kong, j’espère pour plus tard. J’adorerais re-travailler avec eux, peu importe le temps que ça prend. Ca serait super.




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