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Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 20/12/2003

Retour Index Film

.:: Interview de John Noble ::.

 

La personnification de Denethor semble avoir suscité à la fois la controverse et la discussion chez les fans de Tolkien du monde entier. Mais John Noble est-il content du résultat et du Retour du Roi?

"Je pense que le film est une très bonne pièce cinématographique" dit-il. "Etant donné que l'on doit réduire le tout à 3h15 au maximum, il y a évidemment des choses qui seront développées comme dans les précédents. Mais je pense qu'ils ont fait un beau travail."
Le film est frais dans son esprit, il l'a vu la veille de l'interview - dans une réunion à Wellington avec la presse Néo-Zélandaise et Australienne la veille de la Première Mondiale.
"Quand je l'ai vu pour la première fois hier après-midi, dit-il, ça n'avait pas l'air d'un film long. Ca fait partie du génie de Peter Jackson."

Evidemment, il est conscient que son rôle a été diminué par rapport à ce qui a été filmé.
"Quand vous voyez qu'il y a des choses qui manquent - des choses sur lesquelles vous avez travaillé comme un malade - vous pensez "décevant". Mais quand j'ai vu le film, j'ai compris chaque choix que Peter a fait. Et j'ai pensé : Bien, dans le schéma global, il a fait les meilleur choix pour la version cinéma."

Et pour lui, le rôle est toujours crédible.
"Il est crédible pour moi, mais entre les lignes il y a des choses que le spectateur moyen...le spectateur moyen va avoir besoin de méchants. Et Denethor va être vu comme un méchant." admet-il. "Parce qu'il apparait de manière assez horrible."

Mon esprit revient sur quelque chose qu'il avait dit dans une interview il y a quelques mois à Canberra, et qui va au coeur du travail de Noble sur ce film.
"Bien sûr les enfant vont dire qu'il est une merde. Mais d'autres personnes pourront penser "Oh, mon Dieu." Elles seront émues sans savoir pourquoi, parce qu'elles auront envies de le haïr à cause de sa cruauté. Mais si elles rentrent dans sa tête et voient ce qui s'y passe. C'est horrible. Et sa relation avec David Wenham - et avec Billy."

Mais être apprécié n'a jamais été important.
"Je me fiche de savoir si les gens aiment Denethor ou pas. Mais je veux qu'ils pensent que c'est un personnage vrai, crédible. Et je veux que les étudiants en cinéma regardent ce personnage et disent qu'il a beaucoup de profondeur.
Si on pouvait laisser cette image, quand on a fait quelque chose de vraiment bien. Nous avons passé tellement de notre temps à faire des conneries. Bon, pas vraiment des conneries, mais on progresse lentement, en faisant des films pour la télévision et tout ça. C'est bien. Mais ce n'est rien à comparer de ce genre de choses.
C'est la chose la plus difficile que j'ai faite depuis longtemps. J'ai fait des pièces de théâtre très dures. Des choses vraiment difficiles. Le problème avec les films évidemment c'est que c'est réalisé sur une période de temps très longue. Sur scène, ça va plus vite. Alors qu'avec Denethor en particulier, ce n'était que des tournages de séquences. Ils aiment que vous fassiez la scène de votre mort en premier. J'ai dû alors remonter le temps pour m'y repérer. J'ai dû revenir en arrière, et en arrière, et en arrière...Alors, pourquoi en suis-je arrivé là?
Toutes les questions comme...Sur combien de temps est-ce que ça se déroule? Qu'est-ce qui nous amène jusque là?... Revenir en arrière était vraiment étrange...Et c'est mon boulot. Mais le public ne voit que des bribes de votre vie, votre vie a été une suite de hauts et de bas, ou autres. Et il faut être capable de prendre ça pour en faire quelque chose de continu, peu importe combien ces choses sont différentes.
C'est une profession pleine de défis. Je parlais...de la manière dont les limites sont franchies - et elles ont été franchi sur cette production. Et je suis très fier de Denethor. Très fier de ce qui s'est passé. Il...me bouleverse. Ici. vraiment. Mais j'en suis fier.
Si...dans votre vie vous faite une chose qui est votre meilleur travail...nous sommes chanceux d'avoir pu le faire. Je n'ai pas de doute sur le fait que je vais faire bien plus, mais ça - parce que c'était tellement dur - pour moi, sera toujours significatif."

Retour la veille de la première à Wellington, John défend l'honneur de Denethor contre un journaliste radio qui se moque de la manière bizarre dont il brûle son fils alors que "sa forteresse est assiégée".
John glousse alors qu'il répond "Ne dites rien de mal sur Dénéthor, je l'adore."
Puis il continue plus sérieusement. "C'est un personnage étonnant. Il est probablement le plus proche du Roi Lear, que je rêve toujours de jouer. J'ai joué Gloucester, mais je n'ai pas encore fait Lear. Et je comprends totalement ce qui se passe, il y a un déclic, vous commencez juste à faire les mauvais choix, la paranoia s'installe.
Je pense que les gens vont le voir comme un méchant, mais je pense que quand ces films seront étudiés - et ils le seront - les gens auront une perception différente de lui. Ils verront son humanité.

A priori les gens pourront avoir du mal à trouver l'humanité dans un personnage dans un tel état de désespoir, qui - dès qu'on le rencontre - semble totalement prisonnier de sa propre douleur. John dit qu'il n'en sort jamais totalement, même quand son fils revient d'Osgiliath cribblé de flèches.
"Je ne pense pas qu'il réalise qu'il a été stupide jusqu'à ce qu'il porte le regard sur son fils. Jusqu'à ce moment, il est egocentrique.
N'est-ce pas la chose la plus difficile au monde? demande John. Vous avez deux lignes pour vous amender : "Faramir, mon fils".
J'ai beaucoup pensé à ça. C'est le moment de l'expiation. C'est un vrai défi de trouver - alors que vous brûlez - exactement ce moment, "Faramir, mon fils". Mais encore une fois, pour les spectateurs, c'est efficace.
C'est une scène très émouvante - juste avant il se lève et est jeté à bas du bûcher par Gandalf, il se relève et il a ce regard "Non, ne me prenez pas mon fils." C'est l'agonie."

Je me demande s'il veut dire que c'est l'agonie à regarder, pour le personnage ou de jouer ces extrémités émotionelles et physiques. Encore une fois, mon esprit revient sur un commentaire qu'il a fait à Canberra.
"Il y a une ligne splendide au bucher funéraire - il dit quelque chose comme...il regarde par terre et dit : Pourquoi les fous volent-ils? Je pense que c'est ce qu'il dit.
'Laissez-le brûlez, car brûler nous devons.'
C'est une ligne incroyablement deséspérée sur laquelle il sort. Désolée. Le fond de son âme. Et oui, c'est exigent. Vraiment difficile de trouver la crédibilité là-dedans.

L'un des moments les plus terribles du film est pour beaucoup le moment où Billy Boyd chante pour Denethor. De retour à Wellington, John mentionne que même lui a trouvé difficile de garder sa constance pour cette scène.
"Quand Billy chante cette chanson, vous pensez 'Oh mon Dieu, c'est si beau.' Mais quand je jouais...je commençais à pleurer...c'était si beau.
C'était si poignant d'avoir le contre-poid de ces trois images de Denethor, Faramir et Pippin."

Il déborde d'éloge pour cette scène.
"Je pense que je vous ai déjà dit que je me rendais compte alors que l'on filmait que ça allait être l'une des grandes scènes du film. Je pense que nous avons bien réussi.

Et si vous vous demandez ce qu'il mangeait - ça n'était pas du poulet.
"C'était de la caille ou quelque chose comme ça, dit John. C'était très exotique."

John doit partir mais il ajoute quelque mots avant de nous quitter.
"C'est une histoire étonnante, dit-il. Une histoire étonnante d'espoir. Et je pense que la raison de son succès n'a pas tellement de rapport avec ce que nous avons fait, mais avec ce qui a inspiré à Tolkien...cette énorme métaphore.
Créer ce roman est stupéfiant. Et c'est pourquoi je regrette certaines lignes qui ne sont pas dans le film - parce que c'était impossible. Profond. Aussi profond que la sagesse de Tolkien ait été."


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