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Auteurs, E-mail : Gillossen
Dernière Mise à jour : 03/01/2003

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.:: Interview de Christopher Lee ::.

Vous avez fait un terrible come-back…

Non! Ce n'est pas un come-back! Où pensez-vous que je sois parti!? (Rire de toute l'équipe)

Ok, donc j'ai un cousin qui a 22 ans, et qui m'a dit " Christopher Lee. Il était très célèbre n'est-ce pas ? "

Ouais, ouais, ouais. Merci de me le rappeler. Je connais un acteur dont je ne citerais pas le nom, mais il est toujours vivant, quelqu'un est venu le voir et lui a dit " Est-ce que vous ne seriez pas… ? ", vous savez, en citant son nom, et il a répondu " Et bien, je pense que c'est moi ! ". Non, je sais de quoi vous voulez parler, mais ce n'est pas un come-back. Vous savez ce que c'est ? C'est un nouveau barreau sur l'échelle, une nouvelle flèche à tirer, chaque acteur, chaque vrai acteur, a, je pense, l'ambition pas tant d'être connu ou riche, parce que ce n'est pas ça, mais d'être aussi bon qu'on peut dans tout ce qu'on fait, pour distraire le public partout dans le monde, et pour laisser une trace. La carrière de tout le monde - c'est la même chose pour vous, et aussi pour moi et pour tout le monde - a ses hauts et ses bas. Ils peuvent être mentaux, ils peuvent être physiques, ils peuvent être professionnels, ils peuvent être personnels, nous en avons tous. J'ai fait des films que je n'aurai pas du faire, j'ai fait des films que je ne voulais pas vraiment faire, j'ai été obligé de les faire, comme beaucoup des films Hammer, les trois ou quatre derniers Dracula, je les ai refusés, j'ai dit que je ne voulais pas les faire parce qu'ils gâchaient le personnage, ils n'utilisaient plus du tout la vision de l'auteur. Mais j'ai été obligé de les faire parce que le patron de Hammer m'a appelé à chaque fois pour dire la même chose " Il faut que tu le fasses. ", je lui disais " Non, je ne le ferai pas. ", il me disait " Si, tu le feras, il faut que tu le fasses. ", je demandais " Pourquoi ? " et il me disait " Parce que j'ai déjà vendu le film à un distributeur américain avec toi dans le rôle. ". Avant même de m'avoir demandé, c'était assez désagréable, mais ce qu'il me disait après était " Penses à toutes ces personnes que tu vas mettre au chômage si tu ne le fais pas. ".

Mon Dieu.

C'est du chantage bien sûr, c'est la raison pour laquelle j'ai voulu si peu des films que j'ai fait. On me disait " Si tu ne dis pas oui, 100, 120 ou 130 personnes vont se retrouver au chômage. ", évidemment, je ne voulais pas être responsable de ça. C'est une vieille histoire. En fait, la vie de chaque personne passe par des étapes, heureusement la plupart des hommes les réussissent, parfois ils ne réussissent pas, mais heureusement la plupart y arrivent.
Boris Karloff, dont vous avez du entendre parler et qui était un de mes amis proches, un acteur merveilleux, m'a dit un jour - parce qu'il était acteur longtemps avant que je fasse le premier Frankenstein - qu'il doutait. Comme tout le monde, je pense. Il n'était pas reconnu et tout ça, il m'a dit " Regarde, et n'oublie jamais " - parce que j'ai fait trois films avec lui, et en fait, il vivait à côté de chez moi à Londres - " N'oublie jamais ça, pour nous les acteurs, le plus important est de laisser une trace de notre vivant et qu'on se rappelle de nous après notre mort. ".
Maintenant, ce qui m'est arrivé c'est ça, je pense, à un certain degré, j'ai laissé une trace en quelques sortes. Ca n'a pas d'importance de quelle manière on laisse une trace, du moment que le public l'a aimé. Les producteurs et les studios ont fait autre chose, et ça n'a pas d'importance. Parfois vous êtes heureux de le faire, parfois vous pensez, mon Dieu, j'ai fait ça avant. Ca s'applique à la plupart des acteurs, et j'insiste, les vrais acteurs. Vous continuez à travailler simplement, vous continuez à apprendre, vous continuer à relever le défi, chaque film devrait être un challenge, si vous le remportez et que les gens l'aiment, vous criez victoire. C'est juste un nouveau pas…vers le haut….de l'échelle. La question est de savoir jusqu'où vous irez, parce que si vous allez au plus, plus, plus, plus haut, d'où irez-vous à partir de là ? Donc j'ai laissé une trace à travers les années d'une manière ou d'une autre. Et il y a toujours eu un nouveau pas pour monter l'échelle métaphorique. Le premier grand pas a été quand j'ai fait un film en 1970, The Private Life of Sherlock Holmes. Il y en a eu beaucoup après, comme James Bond, l'Homme au Pistolet d'Or, Les Trois Mousquetaires, Les Quatre Mousquetaires et des choses comme ça, et ça nous amène à la fin des années 70. J'étais en Amérique, présentant Saturday Night Live. J'ai fait un film avec Steven Spielberg. J'ai fais beaucoup de comédies. J'ai continué à monter l'échelle, pas avec un grand film qui a fait un énorme succès, mais j'ai continué à travailler. On peut dire que j'ai continué à laisser une trace.
Puis je suis retourné en Angleterre en 1985, en étant Européen j'ai retrouvé mes racines, je suis devenu bien plus sélectif dans ce que j'ai fait, je le suis toujours, donc je n'ai plus autant travaillé. Mais les choses que j'ai faites sont des choses que je voulais faire, et elles ont eu assez de succès, pas comme celui-ci bien sûr.
Et puis, j'ai eu cette période, qui a commencé il y a deux ans, peut-être plus. Tim Burton. Sleepy Hollow. Johnny Depp. C'est un acteur que j'admire beaucoup et que j'aime beaucoup en tant que personne. Ca a été une sorte de grand saut sur l'échelle de travailler avec Tim Burton. Toutes ces personnes me disant la même chose " Nous avons été élevés avec vous. " " Quand nous étions jeunes… " Spielberg, De Palma, Scorsese, Coppola, ils m'ont tous dit ça. Lucas. Ils l'ont tous dit. Tous les gens à qui vous pouvez penser l'ont dit " Nous avons été élevés avec vous. Quand nous étions jeunes, et nous ne vous avons pas oublié. ". Laisser une trace, vous voyez ? Et si c'est quelque chose qu'ils aiment ? Fantastique. Vous ne pensez pas qu'un jour quelqu'un va dire, un grand réalisateur va dire " Oh, je me rappelle de lui. Il est toujours là ? Super. Je voudrais l'avoir dans un film. "
Ca peut être cinq minutes, cinq jours, cinq semaines ou cinq mois, ça n'a pas d'importance, c'est une contribution que vous apportez à l'histoire. Dans Sleepy Hollow, je suis à l'écran pendant quatre ou cinq minutes, ça n'a pas d'importance, il voulait que je le fasse, comme une faveur, je l'ai fait. Et soudain, est apparu le Seigneur des Anneaux, ça a été une expérience extraordinaire pour nous tous. Et à nouveau, pour moi, un autre pas. Et puis Star Wars. Un autre pas. Et puis le dernier de la trilogie, Le Retour du Roi l'an prochain. Un autre pas. Parce que se sont tous des pas vers l'avant. Et puis le prochain Star Wars que je vais faire (il touche du bois), si Dieu le veut, en juin ou juillet en Australie, et tout ce qui va se passer jusque là.
Ce qui va se passer d'ici là ce ne sont pas des films au budget de 100 millions de dollars ou plus. Ca ne va pas se passer pour aucun des films qu'on m'a offerts, l'un coûte 10 millions, l'autre 15 ou 20 millions, un autre 30 ou 40 millions, ce qui de nos jours est insignifiant.

Et Harry Potter ?

Je ne sais pas où ça en est cette histoire de Harry Potter. Vous avez lu quelque chose là-dessus?

Hum-hum.

Je n'en sais rien. Il y a sûrement quelque chose sur Internet. Sans doute. Ca j'en suis sûr, parce que personne ne m'a jamais rien demandé. Richard Harris est mort. Trois ou quatre jours après sa mort - je crois que j'étais à Vienne, je recevais une récompense de Mikhail Gorbachev. La récompense pour la totalité de ma carrière. Quand on parle de " totalité de carrière " ça donne toujours l'impression que vous êtes mort depuis 150 ans et qu'ils veulent se rappeler de vous. Laissez-moi vous rappeler que lorsqu'on a demandé à Vincent Price ce qu'il voulait graver sur sa tombe il a dit " I'll be back. ". Bon, je n'en suis pas encore là, j'espère, mais après avoir reçu cette réponse je suis allé en Allemagne, et puis je suis rentré en Angleterre et il y avait cette rumeur sur Internet, c'est arrivé sur mon site web évidemment, des gens me posaient des questions, puis c'est arrivé à la radio, puis à la télévision, dans des émissions de télévision - où je n'étais pas. Puis c'est arrivé dans la presse " Il va jouer le rôle de Richard Harris ! ", et bien sûr tout le monde me demandait " C'est vrai ? ", et je répondais " Non. ", " Que voulez-vous dire par ce n'est pas vrai ? ". J'ai dit " Attendez, un homme vient de mourir il y a quelques jours, je pense qu'il est de très mauvais goût de discuter de ce genre de choses. ". Quand il a été enterré quelques semaines plus tard, il était toujours inapproprié de parlé de ça. Parce que j'ai dû alors répondre à cette question, je pense que les gens ne m'ont pas cru, ils ont du penser que j'avais passé un contrat en secret. Tout ce que je peux dire c'est que personne ne m'a jamais demandé de jouer ce rôle avant que Harris ne le joue, et personne ne me l'a encore demandé aujourd'hui. Personne. Ce n'est qu'une rumeur. S'ils me l'avaient demandé, j'aurai probablement dit " Oui " et j'aurai été très content. Mais ils ne l'ont pas fait, c'est ça qui est important, ce n'est pas une bonne chose quand ce genre de rumeur démarre, vous savez. Ca devient totalement hors de contrôle, c'est embarrassant pour moi et mon agent devient dingue, le téléphone n'arrête pas de sonner. Le Times a écrit là-dessus, le Times de Londres, pour l'amour de Dieu, a écrit " Il y a trois ans, bien sûr, Christopher Lee s'est vu offrir le rôle et l'a refusé. ", c'est totalement faux, on ne me l'a jamais offert, jamais. C'est la fin de cette histoire.

Ces grosses productions dont vous parlez…quels effets ont-elles dans votre vie quotidienne ?

Aucun.

Personne ne vient vous voir et dit…

Oh si, ça, tout le temps. Ils sont de plus en plus jeunes…(rire) La chose la plus importante de mon point de vue d'acteur, à part le fait d'être dans ces films merveilleux et d'avoir le privilège d'y prendre part - parce que c'est un privilège, particulièrement pour Le Seigneur des Anneaux - personne n'a jamais vu un film pareil - jamais ! J'ai toujours rêvé que peut-être il pourrait être fait et que peut-être je pourrai être dedans, et voilà…C'est arrivé. Mais la chose la plus importante, je pense que c'est, c'est mon avis personnel, qu'il y a des gens plus vieux que moi qui se rappellent des films. Puis il y a la génération suivante qui se rappelle des vidéos, et puis la prochaine génération qui se rappelle des DVD, et maintenant il y a la génération qui va au cinéma et qui regarde les DVD après - de 99 à 9 ans. Ce sont toutes les générations. Bien sûr, pour moi, en tant qu'acteur, c'est la chose la plus importante que vous pouvez imaginer.

C'est peut-être une autre rumeur, mais on dit que dans le dernier film, la destruction de la Comté a été coupée.

Je ne peux pas faire de commentaire là-dessus pour deux raisons. La première c'est que j'ai signé un contrat de confidentialité, disant que nous ne parlerions jamais de ces films avant qu'ils ne sortent. La deuxième c'est que je ne sais pas. Mais à propos de la confidentialité, j'ai du faire la même chose avec Star Wars avant qu'il ne sorte. L'offre pour le script de Star Wars - quand nous faisions le film - sur le marché était de 150 000 dollars. Quelques-uns ont essayé de le vendre et ils sont maintenant en prison. Pour ce qui est du Seigneur des Anneaux notre nom est sur chaque page. Mais pour Star Wars, il y a un petit bout de métal dans chaque page pour la tracer.

Vraiment ?

Oh, oui. Oh, oui, parce qu'il faut que ça reste secret. Vous ne voulez pas donner la réponse à tout le monde. La seule chose que je peux vous dire maintenant que vous avez vu le film, les gens me l'ont demandé pendant un an - je ne l'ai pas su avant juillet ou août et je l'ai gardé secret depuis - c'est que vous devez avoir noté que rien ne m'arrive à la fin du second film. Ce que vous pouvez en déduire ? Peut-être que je suis dans le troisième !