| .:: Interview de Bernard Hill et
Brad Douriff, le Maître et le Serviteur, par CHUD ::. Par
Devin Faraci A partir de maintenant et jusqu'à
la sortie du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, CHUD va vous
présenter des interviews des acteurs et des créateurs de ce qui
pourrait bien être le meilleur film de l'année. Voici la septième
partie. Les Deux Tours amène la plupart de la communauté au
pays de Rohan, domaine des Seigneurs des Chevaux, gouverné par le roi Théoden.
Mais Théoden a été corrompu par les mots de son malveillant
conseiller Grima Langue de Serpent, qui travaille pour Saroumane. Bernard
Hill, que vous connaissez sans doute dans le rôle du capitaine dans Titanic,
nous offre une performance étonnante. Dans la vie réelle il était
tellement plus terre à terre et moins royal. Brad Dourif, qui joue Langue
de Serpent, arrive à nous donner beaucoup de l'intensité pour laquelle
il est connu, même lorsqu'il est assis à une table ronde. Q:
L'union des membres du casting est désormais légendaire. En tant
que nouveaux arrivants, avez-vous trouvé cela difficile à gérer
? Est-ce qu'il y a eu un processus d'initiation ? Hill:
Etes-vous déjà allé dans une école privée ?
Ils vous mettent la tête dans les toilettes. Ils l'ont fait avec moi. Nous
avons été intégrés immédiatement. Nous n'avons
jamais ressenti que nous étions nouveaux ou arrivés plus tard. Nous
sommes simplement arrivés à différents moments par rapport
à d'autres personnes. Certains sont arrivés après nous et
ont eu la même expérience. Q: Est-ce que c'est
le fait de Peter Jackson, ou la fonction de quelqu'un d'autre sur le plateau ?
Hill: Je me rends compte, sur tous les plateaux sur lesquels
j'ai été, que le ton, le sentiment général, découle
entièrement de la direction. C'est une théorie classique. Bien ou
mal, tout découle du réalisateur. Q: Pourquoi
est-ce que Langue de Serpent se comporte-t-il ainsi ? Est-ce qu'il est corrompu
par Saroumane de la même manière que Théoden ou est-il lui-même
marqué par le mal ? Hill: C'est une bonne question. Dourif:
Je pense qu'il doit être très difficile de résister à
Saroumane s'il sait comment vous avoir. Langue de Serpent est quelqu'un de très
corruptible. C'est certainement quelqu'un - en tout cas je l'ai joué comme
quelqu'un - qui a été harcelé quand il était petit.
Intelligent, capable de dire ce que les gens allaient faire avant qu'ils le fassent,
ça lui a attiré des problèmes. C'est devenu une vraie qualité
qu'il pouvait apporter à Théoden, parce que c'est ce qu'un roi a
besoin de savoir, ce que les gens sont capable de faire, et de bons conseils sur
la politique, qui est une lutte d'ego. Il était brillant là-dessus.
Il fait partie de l'entourage de Théoden, mais pas de sa famille. Il n'en
fera jamais partie. Il ne pourra jamais avoir ce dont il a vraiment besoin. Sarouman
a vu ça et s'en est servit pour le corrompre. Q:
Qu'est-ce qui l'intéresse à propos d'Eowyn ? Est-ce que c'est juste
sexuel ? Est-ce qu'il veut approcher le bien ou essaye-t-il de corrompre le bien
? Dourif: Vous savez, l'envie est quelque chose qui n'a
pas vraiment cette sorte de frontière, n'est-ce pas ? Où s'arrête
le désir et où commence l'amour ? Et quand les gens désirent,
que veulent-ils vraiment ? C'est comme chercher de l'or, vous ne cherchez pas
vraiment un simple caillou, vous voyez ce que je veux dire ? Vous cherchez ce
que ce caillou représente pour vous, et c'est différent pour tout
le monde. Généralement on est tous très surpris, on découvre
des choses qu'on ignorait sur nous-même. Alors, que veut-il ? Il veut Eowyn. Q:
Est-ce vous pouvez me parler du plaisir de travailler sur un film avec un modèle
et un sujet qui importent et où ce genre de conversation peut trouver sa
place ? Hill: C'est parfois étrange. On parle de
Sarouman, le mal conquérant, de ses motivations, du roi Lear et de toutes
ces choses. Et alors vous réalisez que c'est très vague, primitif
et que ces métaphores sont inappropriées par rapport à ce
que le film essaye de dire. Vous vous livrez dans le processus dans lequel se
trouvent les messages et la motivation qui font le film. Vous utilisez ce genre
d'images et de métaphores pour vous exprimer. Ce dont parle le film est
la manière dont le mal se répand, corromps tous les aspects, toutes
les fibres du tissu de la société. Et du fait que ça a toujours
été ainsi et que ça le sera toujours. C'est plus révélateur
maintenant, parce que quand nous l'avons fait, c'était avant les atroces
événements du 11 septembre. Quand le premier film est sorti tout
ça était déjà arrivé. Ca a atteint des proportions
plus énormes que personne n'aurait pu imaginer. Juste les proportions.
On ne peut pas faire de comparaison, ça a juste atteint ça de la
manière la plus énorme. Ca traitait toujours de la manière
de surmonter notre peur du mal. Je sais que c'était l'une des théories
de Brad aussi - nous avons tellement appris l'un de l'autre en faisant des interviews
ensemble ! Vous pouvez affronter votre peur du mal, comme vous affronter votre
peur des aiguilles ou des cafards Q: Vous pourriez aller
encore plus loin et utiliser cette peur pour dire " faisons la guerre. "
Hill: Et bien, nous sommes en guerre. La manière
dont nous sommes en guerre est inédite. La chose que nous combattons, le
sujet de la guerre, ce n'est pas l'Irak et les champs de pétroles, c'est
la manière dont le mal est toujours présent dans notre société,
et qu'il ne s'en ira jamais. Vous ne pouvez avoir le bien sans avoir le mal. Mais
l'histoire de sa révélation, que nous avons essayé, dans
une faible tentative, de porter à l'écran, est la tentative d'une
personne pour réunir nombre de différentes fables qui ont le même
sujet de la manière dont elles ont été formées, élaboré
dans des sociétés antérieures. Ce sont les légendes
Scandinaves, Celtiques, les mythes de Shakespeare, c'est pourquoi nous faisons
la comparaison. C'est assez superficiel en fait parce que ce dont nous parlons
est en chacun de nous. Nous sommes responsables du mal qui est autour de nous.
Q: Mais c'est pourquoi ce n'est pas vraiment une faible
tentative. Hill: Pour montrer ce que le mal peut faire,
bien sûr que c'est faible. Ca n'atteint pas le degré de mal des atrocités
que nous pouvons voir tous les jours. Le fait qu'il y ait des enfants qui meurent
toutes les secondes parce que personne n'a voulu se donner le mal de mettre un
peu d'argent dans une enveloppe et de l'envoyer pour les aider. Parce que les
gouvernements ne veulent pas changer la manière dont ils voient les pauvres
et les déshérités de leur propre pays. Je ne parle pas des
zones les plus déshéritées du monde, je parle de sociétés
comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Il y a des gens qui meurent de la pauvreté
dans ces deux pays. Q: C'est une tentative extraordinaire
pour traiter et être aux prises avec des sujets importants
Hill:
C'est vrai, c'est pourquoi il est étrange de parler de ça en ces
termes. Parce que c'est une tentative insignifiante pour expliquer quelque chose
qui ne nécessite pas d'explication dans les faits actuels. Dourif:
D'un autre côté, pourquoi une histoire sur le bien et le mal doit-elle
être primitive et proche du mythe ? Parce que quand on raconte l'histoire
on l'affronte. Ca a un prix, cela rend les choses claires - par exemple, jouer
Langue de Serpent met en exergue le tragique de la situation des gens qui vivent
dans la peur. Plutôt que d'affronter quelque chose que je crains, je préfère
me rendre à elle, je suis pathétique. Par exemple, je suis un acteur,
je ne suis jamais en sécurité, je ne sais pas quel va être
mon prochain contrat, je ne sais pas comment je vais gagner de l'argent après.
Je pourrai faire les cents pas et me sentir terrifié par ça, "
Je ne travaillerai plus jamais ", et je l'ai déjà fait. Ou
alors je peux avoir un peu foi dans le fait que tout vient en son temps, et que
je ferai ce que j'ai à faire, j'irai à mon travail avec un peu de
foi et de courage. Et après, je pourrai apprendre ça aux enfants
qui vivent avec moi. Ce sont les choix que nous avons tous. Une partie de
ce film traite de l'environnement. Nous sommes assis là tout en sachant,
tout en sentant, que nous ne faisons pas ce que nous devrions pour la planète.
Je sais qu'il y a de l'herbe verte à Long Island toute l'année maintenant.
C'est le réchauffement de la planète. C'est très réel,
c'est effrayant, et nous ne faisons rien pour l'empêcher. C'est quelque
chose dont nous devons faire l'expérience dans cette histoire parce que
nous nous sentons impuissants. Mais nous ne le sommes pas ! Nous ne sommes pas
impuissants. Nous pouvons faire quelque chose si nous le voulons. Je crois qu'un
jour nous finirons par agir. Q: Est-ce que tout ça
était au premier plan quand vous faisiez les films, ou est-ce quelque chose
que vous avez découvert plus tard ? Est-ce que Peter Jackson a renforcé
l'impression auprès du casting que vous délivriez un message important
? Dourif: Vous délivrez toujours un message important.
Si vous faites quelque chose en tant qu'acteur, il doit y avoir une vraie signification
humaine derrière. Ca doit être universel, ça doit être
compris par tous les publics. A chaque fois que vous commencez à prendre
connaissance de votre personnage - et nous avons tous eu des discussions avec
Fran et Philippa - c'est à cet instant que vous comprenez ce qui nous anime
et ce qui nous rend humain. Hill: Oui, nous faisons la même chose. Je
pense que les histoires doivent être racontées. Je pense que nous
devons utiliser les métaphores parce que je pense que c'est le seul moyen
de parler de choses que nous ne pouvons pas aborder autrement. Les gens ont besoin
d'un placebo, ils ont besoin de la pilule de sucre, ils ont besoin qu'on leur
dise ça arrive parce que ça arrive, et vous les faites rire. Et
pendant qu'ils rient vous leur faites avaler la pilule. Q:
D'un point de vue d'acteur vous avez l'une des scènes les plus difficiles
du film, quand on voit la malédiction se lever et Théoden devenir
plus jeune. Hill: J'ai eu l'aide d'une technologie informatique
performante. Je n'avais jamais vu un morphing si bien fait auparavant. Q:
Vous avez tout de même fait un gros travail d'acteur. En fait, je ne peux
pas dire ce qui était des effets spéciaux et ce qui était
votre jeu d'acteur. Hill: N'est-ce pas fantastique ? Si
vous sortiez en disant " Quel super morphing ". Vous vous rappelez ce
film The Passenger ? Avec Jack Nicholson? Tout le monde disait " Quel
plan magnifique à la fin ! ", c'est n'importe quoi. Vous voyez ce
que je veux dire ? Vous ne devriez même pas faire attention à ça.
C'était trop élaboré. Il y a un danger si vous allez trop
loin. Q: Qu'est-ce qu'on vous a demandé pour cette
scène ? Hill: Beaucoup de choses. Nous l'avons faite
de nombreuses fois. Je ne me rappelle pas si je l'ai fait avec ou sans maquillage,
ou à moitié maquillé, ou quand nous sommes allés ailleurs
pour l'image digitale. Je suis complètement perdu parce qu'ils m'ont donné
un écran pour fixer mon regard et je ne pouvais pas voir l'écran
à cause des lumières. Et ils voulaient que je le fasse à
l'envers ! Ils m'ont dit " C'est plus facile d'aller du jeune au vieux. ".
Allons donc. Comment est-ce que je pouvais faire ça ? Ca a pris longtemps.
Ca m'a inspiré beaucoup de respect pour la création de Gollum. Tous
les jours j'allais sur le plateau et Peter avait un moniteur où il y avait
juste Andy Serkis et son équipe. Q: Bernard, avez-vous
été aussi surpris que moi de voir que tant de vos scènes
soient dans le montage final ? Vous êtes plus ou moins le troisième
acteur et vous avez ces grands moments dramatiques - le rajeunissement, les moments
de doutes au gouffre de Helm - ce qui est assez inhabituel pour un film d'Hollywood
et auraient du être les premières scènes à être
coupées ? Hill: Croyez-moi je remercie Peter Jackson
pour tout ça. Je remercie sa foi en ce que nous avons fait et parce qu'il
a réussi à faire que ce ne soit pas uniquement un film d'action,
à garder les caractéristiques, l'aspect humain de l'histoire, les
éléments primordiaux. C'est ce qui va faire que les gens vont venir
le voir plus que le premier, parce que c'est l'arrivée du monde des Hommes.
Vous pouvez traiter des thèmes qui ne sont pas de la fantasy pure, qui
sont métaphoriques, allégoriques. Vous pouvez rendre attachants
des personnages comme Langue de Serpent, et le développement de Théoden
est essentiel, parce qu'il parle de la tentative des hommes pour vaincre ce mal
- je redeviens assez étrange, comme Tolkien - vous pouvez créer
un monde autour d'une idée et rendre ce monde crédible, les gens
vont comprendre cette idée parce que le monde est crée. J'ai
fait un film il y a deux ans avec Peter Greenaway intitulé Drowning
By Numbers, et partout pendant le film il y avait un nombre, de un à
cent. Je lui ai demandé après " Pourquoi ? ", et il m'a
dit " C'est une affaire de producteur et le producteur ne peut rien laisser
transparaître. ". Je pense que tous les films devraient être
comme ça. J'ai dit un jour merci à Peter et il m'a répondu
" Je ne peux pas te dire combien ça a été dur, et je
ne peux pas te dire combien il a fallu se battre pour ce film. ". En fait,
nous combattons le mal sous de nombreuses formes ! |