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Auteurs, E-mail : Thys
Dernière Mise à jour : 17/12/2002

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.:: Interview de Bernard Hill et Brad Douriff, le Maître et le Serviteur, par CHUD ::.

Par Devin Faraci

A partir de maintenant et jusqu'à la sortie du Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours, CHUD va vous présenter des interviews des acteurs et des créateurs de ce qui pourrait bien être le meilleur film de l'année. Voici la septième partie.
Les Deux Tours amène la plupart de la communauté au pays de Rohan, domaine des Seigneurs des Chevaux, gouverné par le roi Théoden. Mais Théoden a été corrompu par les mots de son malveillant conseiller Grima Langue de Serpent, qui travaille pour Saroumane.
Bernard Hill, que vous connaissez sans doute dans le rôle du capitaine dans Titanic, nous offre une performance étonnante. Dans la vie réelle il était tellement plus terre à terre et moins royal. Brad Dourif, qui joue Langue de Serpent, arrive à nous donner beaucoup de l'intensité pour laquelle il est connu, même lorsqu'il est assis à une table ronde.

Q: L'union des membres du casting est désormais légendaire. En tant que nouveaux arrivants, avez-vous trouvé cela difficile à gérer ? Est-ce qu'il y a eu un processus d'initiation ?

Hill: Etes-vous déjà allé dans une école privée ? Ils vous mettent la tête dans les toilettes. Ils l'ont fait avec moi. Nous avons été intégrés immédiatement. Nous n'avons jamais ressenti que nous étions nouveaux ou arrivés plus tard. Nous sommes simplement arrivés à différents moments par rapport à d'autres personnes. Certains sont arrivés après nous et ont eu la même expérience.

Q: Est-ce que c'est le fait de Peter Jackson, ou la fonction de quelqu'un d'autre sur le plateau ?

Hill: Je me rends compte, sur tous les plateaux sur lesquels j'ai été, que le ton, le sentiment général, découle entièrement de la direction. C'est une théorie classique. Bien ou mal, tout découle du réalisateur.

Q: Pourquoi est-ce que Langue de Serpent se comporte-t-il ainsi ? Est-ce qu'il est corrompu par Saroumane de la même manière que Théoden ou est-il lui-même marqué par le mal ?

Hill: C'est une bonne question.
Dourif: Je pense qu'il doit être très difficile de résister à Saroumane s'il sait comment vous avoir. Langue de Serpent est quelqu'un de très corruptible. C'est certainement quelqu'un - en tout cas je l'ai joué comme quelqu'un - qui a été harcelé quand il était petit. Intelligent, capable de dire ce que les gens allaient faire avant qu'ils le fassent, ça lui a attiré des problèmes. C'est devenu une vraie qualité qu'il pouvait apporter à Théoden, parce que c'est ce qu'un roi a besoin de savoir, ce que les gens sont capable de faire, et de bons conseils sur la politique, qui est une lutte d'ego. Il était brillant là-dessus. Il fait partie de l'entourage de Théoden, mais pas de sa famille. Il n'en fera jamais partie. Il ne pourra jamais avoir ce dont il a vraiment besoin. Sarouman a vu ça et s'en est servit pour le corrompre.

Q: Qu'est-ce qui l'intéresse à propos d'Eowyn ? Est-ce que c'est juste sexuel ? Est-ce qu'il veut approcher le bien ou essaye-t-il de corrompre le bien ?

Dourif: Vous savez, l'envie est quelque chose qui n'a pas vraiment cette sorte de frontière, n'est-ce pas ? Où s'arrête le désir et où commence l'amour ? Et quand les gens désirent, que veulent-ils vraiment ? C'est comme chercher de l'or, vous ne cherchez pas vraiment un simple caillou, vous voyez ce que je veux dire ? Vous cherchez ce que ce caillou représente pour vous, et c'est différent pour tout le monde. Généralement on est tous très surpris, on découvre des choses qu'on ignorait sur nous-même. Alors, que veut-il ? Il veut Eowyn.

Q: Est-ce vous pouvez me parler du plaisir de travailler sur un film avec un modèle et un sujet qui importent et où ce genre de conversation peut trouver sa place ?

Hill: C'est parfois étrange. On parle de Sarouman, le mal conquérant, de ses motivations, du roi Lear et de toutes ces choses. Et alors vous réalisez que c'est très vague, primitif et que ces métaphores sont inappropriées par rapport à ce que le film essaye de dire. Vous vous livrez dans le processus dans lequel se trouvent les messages et la motivation qui font le film. Vous utilisez ce genre d'images et de métaphores pour vous exprimer. Ce dont parle le film est la manière dont le mal se répand, corromps tous les aspects, toutes les fibres du tissu de la société. Et du fait que ça a toujours été ainsi et que ça le sera toujours. C'est plus révélateur maintenant, parce que quand nous l'avons fait, c'était avant les atroces événements du 11 septembre. Quand le premier film est sorti tout ça était déjà arrivé. Ca a atteint des proportions plus énormes que personne n'aurait pu imaginer. Juste les proportions. On ne peut pas faire de comparaison, ça a juste atteint ça de la manière la plus énorme. Ca traitait toujours de la manière de surmonter notre peur du mal. Je sais que c'était l'une des théories de Brad aussi - nous avons tellement appris l'un de l'autre en faisant des interviews ensemble ! Vous pouvez affronter votre peur du mal, comme vous affronter votre peur des aiguilles ou des cafards

Q: Vous pourriez aller encore plus loin et utiliser cette peur pour dire " faisons la guerre. "

Hill: Et bien, nous sommes en guerre. La manière dont nous sommes en guerre est inédite. La chose que nous combattons, le sujet de la guerre, ce n'est pas l'Irak et les champs de pétroles, c'est la manière dont le mal est toujours présent dans notre société, et qu'il ne s'en ira jamais. Vous ne pouvez avoir le bien sans avoir le mal. Mais l'histoire de sa révélation, que nous avons essayé, dans une faible tentative, de porter à l'écran, est la tentative d'une personne pour réunir nombre de différentes fables qui ont le même sujet de la manière dont elles ont été formées, élaboré dans des sociétés antérieures. Ce sont les légendes Scandinaves, Celtiques, les mythes de Shakespeare, c'est pourquoi nous faisons la comparaison. C'est assez superficiel en fait parce que ce dont nous parlons est en chacun de nous. Nous sommes responsables du mal qui est autour de nous.

Q: Mais c'est pourquoi ce n'est pas vraiment une faible tentative.

Hill: Pour montrer ce que le mal peut faire, bien sûr que c'est faible. Ca n'atteint pas le degré de mal des atrocités que nous pouvons voir tous les jours. Le fait qu'il y ait des enfants qui meurent toutes les secondes parce que personne n'a voulu se donner le mal de mettre un peu d'argent dans une enveloppe et de l'envoyer pour les aider. Parce que les gouvernements ne veulent pas changer la manière dont ils voient les pauvres et les déshérités de leur propre pays. Je ne parle pas des zones les plus déshéritées du monde, je parle de sociétés comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Il y a des gens qui meurent de la pauvreté dans ces deux pays.

Q: C'est une tentative extraordinaire pour traiter et être aux prises avec des sujets importants…

Hill: C'est vrai, c'est pourquoi il est étrange de parler de ça en ces termes. Parce que c'est une tentative insignifiante pour expliquer quelque chose qui ne nécessite pas d'explication dans les faits actuels.
Dourif: D'un autre côté, pourquoi une histoire sur le bien et le mal doit-elle être primitive et proche du mythe ? Parce que quand on raconte l'histoire on l'affronte. Ca a un prix, cela rend les choses claires - par exemple, jouer Langue de Serpent met en exergue le tragique de la situation des gens qui vivent dans la peur. Plutôt que d'affronter quelque chose que je crains, je préfère me rendre à elle, je suis pathétique. Par exemple, je suis un acteur, je ne suis jamais en sécurité, je ne sais pas quel va être mon prochain contrat, je ne sais pas comment je vais gagner de l'argent après. Je pourrai faire les cents pas et me sentir terrifié par ça, " Je ne travaillerai plus jamais ", et je l'ai déjà fait. Ou alors je peux avoir un peu foi dans le fait que tout vient en son temps, et que je ferai ce que j'ai à faire, j'irai à mon travail avec un peu de foi et de courage. Et après, je pourrai apprendre ça aux enfants qui vivent avec moi. Ce sont les choix que nous avons tous.
Une partie de ce film traite de l'environnement. Nous sommes assis là tout en sachant, tout en sentant, que nous ne faisons pas ce que nous devrions pour la planète. Je sais qu'il y a de l'herbe verte à Long Island toute l'année maintenant. C'est le réchauffement de la planète. C'est très réel, c'est effrayant, et nous ne faisons rien pour l'empêcher. C'est quelque chose dont nous devons faire l'expérience dans cette histoire parce que nous nous sentons impuissants. Mais nous ne le sommes pas ! Nous ne sommes pas impuissants. Nous pouvons faire quelque chose si nous le voulons. Je crois qu'un jour nous finirons par agir.

Q: Est-ce que tout ça était au premier plan quand vous faisiez les films, ou est-ce quelque chose que vous avez découvert plus tard ? Est-ce que Peter Jackson a renforcé l'impression auprès du casting que vous délivriez un message important ?

Dourif: Vous délivrez toujours un message important. Si vous faites quelque chose en tant qu'acteur, il doit y avoir une vraie signification humaine derrière. Ca doit être universel, ça doit être compris par tous les publics. A chaque fois que vous commencez à prendre connaissance de votre personnage - et nous avons tous eu des discussions avec Fran et Philippa - c'est à cet instant que vous comprenez ce qui nous anime et ce qui nous rend humain.
Hill: Oui, nous faisons la même chose. Je pense que les histoires doivent être racontées. Je pense que nous devons utiliser les métaphores parce que je pense que c'est le seul moyen de parler de choses que nous ne pouvons pas aborder autrement. Les gens ont besoin d'un placebo, ils ont besoin de la pilule de sucre, ils ont besoin qu'on leur dise ça arrive parce que ça arrive, et vous les faites rire. Et pendant qu'ils rient vous leur faites avaler la pilule.

Q: D'un point de vue d'acteur vous avez l'une des scènes les plus difficiles du film, quand on voit la malédiction se lever et Théoden devenir plus jeune.

Hill: J'ai eu l'aide d'une technologie informatique performante. Je n'avais jamais vu un morphing si bien fait auparavant.

Q: Vous avez tout de même fait un gros travail d'acteur. En fait, je ne peux pas dire ce qui était des effets spéciaux et ce qui était votre jeu d'acteur.

Hill: N'est-ce pas fantastique ? Si vous sortiez en disant " Quel super morphing ". Vous vous rappelez ce film The Passenger ? Avec Jack Nicholson? Tout le monde disait " Quel plan magnifique à la fin ! ", c'est n'importe quoi. Vous voyez ce que je veux dire ? Vous ne devriez même pas faire attention à ça. C'était trop élaboré. Il y a un danger si vous allez trop loin.

Q: Qu'est-ce qu'on vous a demandé pour cette scène ?

Hill: Beaucoup de choses. Nous l'avons faite de nombreuses fois. Je ne me rappelle pas si je l'ai fait avec ou sans maquillage, ou à moitié maquillé, ou quand nous sommes allés ailleurs pour l'image digitale. Je suis complètement perdu parce qu'ils m'ont donné un écran pour fixer mon regard et je ne pouvais pas voir l'écran à cause des lumières. Et ils voulaient que je le fasse à l'envers ! Ils m'ont dit " C'est plus facile d'aller du jeune au vieux. ". Allons donc. Comment est-ce que je pouvais faire ça ? Ca a pris longtemps. Ca m'a inspiré beaucoup de respect pour la création de Gollum. Tous les jours j'allais sur le plateau et Peter avait un moniteur où il y avait juste Andy Serkis et son équipe.

Q: Bernard, avez-vous été aussi surpris que moi de voir que tant de vos scènes soient dans le montage final ? Vous êtes plus ou moins le troisième acteur et vous avez ces grands moments dramatiques - le rajeunissement, les moments de doutes au gouffre de Helm - ce qui est assez inhabituel pour un film d'Hollywood et auraient du être les premières scènes à être coupées ?

Hill: Croyez-moi je remercie Peter Jackson pour tout ça. Je remercie sa foi en ce que nous avons fait et parce qu'il a réussi à faire que ce ne soit pas uniquement un film d'action, à garder les caractéristiques, l'aspect humain de l'histoire, les éléments primordiaux. C'est ce qui va faire que les gens vont venir le voir plus que le premier, parce que c'est l'arrivée du monde des Hommes. Vous pouvez traiter des thèmes qui ne sont pas de la fantasy pure, qui sont métaphoriques, allégoriques. Vous pouvez rendre attachants des personnages comme Langue de Serpent, et le développement de Théoden est essentiel, parce qu'il parle de la tentative des hommes pour vaincre ce mal - je redeviens assez étrange, comme Tolkien - vous pouvez créer un monde autour d'une idée et rendre ce monde crédible, les gens vont comprendre cette idée parce que le monde est crée.
J'ai fait un film il y a deux ans avec Peter Greenaway intitulé Drowning By Numbers, et partout pendant le film il y avait un nombre, de un à cent. Je lui ai demandé après " Pourquoi ? ", et il m'a dit " C'est une affaire de producteur et le producteur ne peut rien laisser transparaître. ". Je pense que tous les films devraient être comme ça.
J'ai dit un jour merci à Peter et il m'a répondu " Je ne peux pas te dire combien ça a été dur, et je ne peux pas te dire combien il a fallu se battre pour ce film. ". En fait, nous combattons le mal sous de nombreuses formes !