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.:: Article
de Mad Movies n°134 ::.
Post-production
Par Rafik
Djoumi
18/08/2001
Aussi créatif, épuisant
ou exaltant soit-il, un tournage n'est rien de
moins que la tentative d'obtention, plus ou moins
chaotique, de prises éparses. Avec à leur disposition
des milliers de kilomètres de rushes, de bouts
de dialogues, d'effets sonores en pagaille, comme
on en a rarement vu de mémoire d'homme (de quoi
faire trois films tout de même), l'équipe de Jackson
en est arrivée à un point crucial, celui où tout
se décide, celui où il s'agit de transformer ces
prises en film.…
....:: Post-production,
le début de la fin ::..........
" 3 h 30 ! C'est
environ la durée du rough cut qui a été récemment
présenté au staff de New Line pour le premier
épisode de la trilogie. La rumeur voudrait que
les exécutifs, impressionnés, aient donné leur
accord pour une durée finale de 3 heures. Mais
étant donné que Jackson lui-même avait annoncé
que cette partie n'excèderait pas les 2 h 30,
cette information est à prendre au conditionnel.
Si l'on en croit le producteur associé Rick Porras
(qui a déjà supervisé la post-prod' de Fantômes
contre fantômes, et s'était auparavant chargé
du très complexe Contact), il reste un peu moins
de 20% du métrage à finaliser. Le second épisode
est bien avancé et le troisième en est au tiers.
Car bien sûr, sur une entreprise aussi démesurée,
il est hors de question de suivre servilement
les étapes traditionnelles. Chaque département
abat autant de travail que faire se peut, sans
vraiment se soucier de l'avancée des départements
adjacents. Ainsi, pendant que Jackson approuve
ou rejette les effets visuels de WETA (et devant
la maniaquerie du bonhomme, les rejets ont l'air
fréquent), les opérateurs son créent déjà les
pistes, la musique se compose aux States au fil
des scènes montées, dialogues et effets sonores
sont pré-mixés, tandis qu'ailleurs on s'occupe
de l'étalonnage. A charge de Rick Porras d'assurer
un minimum de cohérence entre ces disciplines
surbookées. Et étant donné ses allers-retours
constants entre les studios néo-zélandais et ceux
de New Line aux USA, Porras a fini par concentrer
ses heures de sommeil sur les 19 heures du vol
Wellington-Los Angeles, une discipline qui commence
d'ailleurs à avoir des effets proprement désastreux
sur son jeune physique. Et encore, lui et le producteur
Barrie Osborne ont aussi trouvé le temps de préparer
des cassettes vidéo détaillant la prestation de
chaque acteur, afin de donner le maximum d'informations
aux divers studios de doublage qui ont débuté
leur casting de par le monde. La dépression pourrait
facilement le guetter, si Jackson n'était pas
là lui-même pour donner l'exemple. Porras ne cache
d'ailleurs pas son admiration pour la maitrise
du moindre détail dont fait preuve le réalisateur
: " Combien de fois l'ai-je entendu dans la salle
de montage, au milieu de ces centaines d'heures
de rushes, affirmer avec aplomb : " Je suis sûr
d'avoir filmé ce plan sous tel angle ". On avait
beau se persuader qu'il se trompait, on finissait
immanquablement par mettre la main sur l'angle
en question ". Mais cette maitrise de haute tenue
n'aura pas empêché Jackson de réaliser sur le
tard que certaines séquences fonctionnaient moins
bien que prévu. Ainsi, au mois de mai dernier,
l'acteur Ian McKellen confirmait sur son site
officiel qu'il avait dû retourner en Nouvelle-Zélande
pour refaire la séquence d'ouverture. Jackson
venait de décider d'abandonner le prologue envisagé,
et de revenir à la source du roman, en réintroduisant
l'histoire d'Isildur et de Smeagol (futur Gollum)
: " L'arrivée de Gandalf au village d'Hobbiton,
pour les 111 ans de Bilbo, ouvre dorénavant le
film, à la manière du livre. Mais cette partie
a dû être étendue, d'où la nécessité de tourner
de nouvelles scènes. "
....:: Le son
::..........
" C'est aussi McKellen
(décidément grande gueule) qui avoua le premier
que la production réenregistrait une importante
partie des dialogues, nécessitant le rapatriement
d'un large pan du casting (à l'exception de Sean
Bean, Christopher Lee et Viggo Mortensen, qui
enregistrèrent à Londres). La rumeur prit des
proportions inquiétantes, fleurant bon la catastrophe,
alors que de l'aveu même du chef-opérateur son,
Hammond Peek, tout ceci n'avait rien de particulier
: " Avant même la fin du tournage, nous avions
déjà enregistré environ 600 cassettes de 95 minutes.
Ca vous donne une idée de la quantité de matériel
que nous avons enregistré en extérieurs. Sur Fantômes
contre fantômes, nous avions terminé avec 65%
de prises utilisables et 35% à réenregistrer.
Sur un film comme LOTR, nous espérions tout au
mieux 20% de dialogues utilisables. Ce sont des
films à la logistique énorme, avec des machines
à vent et à fumée, des cottes de maille qui frottent
sur les micros-cravates et qui, de plus, produisent
de l'électricité statique et brouillent les signaux
radios. Certains de nos plateaux se situaient
sur des couloirs de vol. Les studios WETA à Miramar
n'étaient pas insonorisés. Le site où nous avons
construit Edoras voyait passer des vents de 160
km/h. Au bout de dix semaines de tournage, nous
avons compris que nous n'aurions pas plus de 2%
de prises-son satisfaisantes. Avec un tel budget
et un tel timing, pas question de retourner les
séquences d'autant que Peter Jackson aimer conserver
l'atout de la post-synchro. Il sait qu'il aura
la possibilité d'y revoir, à tête reposée, les
détails ou les performances d'acteur. Je me souviens
d'un jour où Sean Bean, dans la peau de Boromir,
nous a livré une performance exceptionnelle qui
a été couverte par les bruits d'avion et la machinerie.
Ca m'a attristé, mais ce n'est la faute de personne.
C'est la nature du projet qui veut ça ". Et comme
prévu, Jackson fit grand cas de ce phénomène,
puisqu'il en profita pour revoir avec tous les
comédiens les prononciations des différentes langues
(elfiques, nains, etc) et rapatria à l'occasion
la " dialect-coach " Roisin Carty. A charge aujourd'hui,
pour Hammond Peek, de donner une cohérence à cette
masse d'infos sonores, tâche d'autant moins aisée
que nombre de personnages ont été filmés séparément
(créature ou Hobbits) et que Jackson veut donner
une réelle profondeur à l'ambiance sonore, en
adaptant parfaitement la résonance à la géographie
(forêts, grottes etc). En voilà un qui n'a pas
fini de compter ses nuits blanches. "
....:: Le musique
::..........
" Plus que tout
autre poste, le choix du compositeur était, aux
yeux des fans, des plus sensibles. Très régulièrement,
le nom de James Horner revenait à la surface,
pour la simple et bonne raison que, de Krull à
Braveheart en passant par Willow, Horner a plus
composé de " fantasy médiévale " que quiconque
(exception faite de Basil Conan Poledouris, apparemment
en préretraite). C'était mal comprendre les intentions
de Jackson et lorsque ce dernier annonça le nom
d'Howard Shore, il créa aussitôt se petite vague
de protestations. Réputé jusqu'alors intimiste,
Shore s'est surtout fait connaître pour sa longue
collaboration avec David Cronenberg, ses penchants
dépressifs (Seven, Le Silence des agneaux) ou
ses expérimentations en tous genres (des impros
du Saturday Night Live au jazz bédouin du Festin
Nu). C'est en l'écoutant parler de sa musique
que Jackson décida de l'engager. Car s'il est,
à tort, considéré comme intellectuel, Shore a
une approche résolument simple, voire pratique,
de la musique de film. En cherchant à faire de
LOTR, non pas une saga de fantasy, mais un film
à caractère " historique ", Jackson entrevit chez
Shore l'éventualité d'une musique à la fois terre
à terre et plus orientée vers les personnages,
en bref l'inverse de la " magic touch " d'Horner
qu'espéraient certains fans. Qui plus est, Shore
s'est récemment tourné vers des essais ouvertement
mélodistes, qui se sont avérés surprenants pour
ceux qui suivent sa carrière (voir notamment Dogma
et The Yards). Le compositeur put, dès le début
de l'année, commencer à élaborer ses thèmes et,
dès le mois d'avril, enregistrait son premier
morceau en vue des 26 minutes présentées à Cannes.
Il s'agissait là de la séquence de la Moria où
Shore, à la tête du New Zealand Symphony Orchestra,
fit grand usage de chœurs masculins et de percussions
massives (les fameux brrrm brrm de la Moria, pour
ceux qui ont en mémoire le bouquin). L'enregistrement
du score aura lieu fin août jusqu'à fin septembre
avec le London Philarmonic Orchestra, auquel Shore
adjoindra pas moins de 300 membres des Chœurs
Maoris. A travers eux, il aura la charge délicate
de réintégrer bon nombre de textes originaux de
Tolkien en langues elfiques, naines, ainsi que
la terrifiante langue des ténèbres. Enfin (et
quelques-uns vont bondir en apprenant cela), il
semblerait qu'Alanis Morissette et Axl Rose nous
gratifieront d'un duo sur le générique final.
Une goutte de promo dans un océan d'artistes.
Forcément, ça choque ! "
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