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Auteurs, E-mail : Gillossen
Dernière Mise à jour : 19/08/2001

Les articles. Provenant principalement de journaux de Nouvelle-Zélande, mais pas seulement. Il s'agit bien évidemment d'une sélection, pour ne retenir que le plus intéressant de ce qui peut paraître dans la presse, et non pas un enième article répétant ce que tout le monde sait déjà.

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.:: Article de Mad Movies n°134 ::.

Post-production

Par Rafik Djoumi

18/08/2001

Aussi créatif, épuisant ou exaltant soit-il, un tournage n'est rien de moins que la tentative d'obtention, plus ou moins chaotique, de prises éparses. Avec à leur disposition des milliers de kilomètres de rushes, de bouts de dialogues, d'effets sonores en pagaille, comme on en a rarement vu de mémoire d'homme (de quoi faire trois films tout de même), l'équipe de Jackson en est arrivée à un point crucial, celui où tout se décide, celui où il s'agit de transformer ces prises en film.…

....:: Post-production, le début de la fin ::..........

" 3 h 30 ! C'est environ la durée du rough cut qui a été récemment présenté au staff de New Line pour le premier épisode de la trilogie. La rumeur voudrait que les exécutifs, impressionnés, aient donné leur accord pour une durée finale de 3 heures. Mais étant donné que Jackson lui-même avait annoncé que cette partie n'excèderait pas les 2 h 30, cette information est à prendre au conditionnel. Si l'on en croit le producteur associé Rick Porras (qui a déjà supervisé la post-prod' de Fantômes contre fantômes, et s'était auparavant chargé du très complexe Contact), il reste un peu moins de 20% du métrage à finaliser. Le second épisode est bien avancé et le troisième en est au tiers. Car bien sûr, sur une entreprise aussi démesurée, il est hors de question de suivre servilement les étapes traditionnelles. Chaque département abat autant de travail que faire se peut, sans vraiment se soucier de l'avancée des départements adjacents. Ainsi, pendant que Jackson approuve ou rejette les effets visuels de WETA (et devant la maniaquerie du bonhomme, les rejets ont l'air fréquent), les opérateurs son créent déjà les pistes, la musique se compose aux States au fil des scènes montées, dialogues et effets sonores sont pré-mixés, tandis qu'ailleurs on s'occupe de l'étalonnage. A charge de Rick Porras d'assurer un minimum de cohérence entre ces disciplines surbookées. Et étant donné ses allers-retours constants entre les studios néo-zélandais et ceux de New Line aux USA, Porras a fini par concentrer ses heures de sommeil sur les 19 heures du vol Wellington-Los Angeles, une discipline qui commence d'ailleurs à avoir des effets proprement désastreux sur son jeune physique. Et encore, lui et le producteur Barrie Osborne ont aussi trouvé le temps de préparer des cassettes vidéo détaillant la prestation de chaque acteur, afin de donner le maximum d'informations aux divers studios de doublage qui ont débuté leur casting de par le monde. La dépression pourrait facilement le guetter, si Jackson n'était pas là lui-même pour donner l'exemple. Porras ne cache d'ailleurs pas son admiration pour la maitrise du moindre détail dont fait preuve le réalisateur : " Combien de fois l'ai-je entendu dans la salle de montage, au milieu de ces centaines d'heures de rushes, affirmer avec aplomb : " Je suis sûr d'avoir filmé ce plan sous tel angle ". On avait beau se persuader qu'il se trompait, on finissait immanquablement par mettre la main sur l'angle en question ". Mais cette maitrise de haute tenue n'aura pas empêché Jackson de réaliser sur le tard que certaines séquences fonctionnaient moins bien que prévu. Ainsi, au mois de mai dernier, l'acteur Ian McKellen confirmait sur son site officiel qu'il avait dû retourner en Nouvelle-Zélande pour refaire la séquence d'ouverture. Jackson venait de décider d'abandonner le prologue envisagé, et de revenir à la source du roman, en réintroduisant l'histoire d'Isildur et de Smeagol (futur Gollum) : " L'arrivée de Gandalf au village d'Hobbiton, pour les 111 ans de Bilbo, ouvre dorénavant le film, à la manière du livre. Mais cette partie a dû être étendue, d'où la nécessité de tourner de nouvelles scènes. "

....:: Le son ::..........

" C'est aussi McKellen (décidément grande gueule) qui avoua le premier que la production réenregistrait une importante partie des dialogues, nécessitant le rapatriement d'un large pan du casting (à l'exception de Sean Bean, Christopher Lee et Viggo Mortensen, qui enregistrèrent à Londres). La rumeur prit des proportions inquiétantes, fleurant bon la catastrophe, alors que de l'aveu même du chef-opérateur son, Hammond Peek, tout ceci n'avait rien de particulier : " Avant même la fin du tournage, nous avions déjà enregistré environ 600 cassettes de 95 minutes. Ca vous donne une idée de la quantité de matériel que nous avons enregistré en extérieurs. Sur Fantômes contre fantômes, nous avions terminé avec 65% de prises utilisables et 35% à réenregistrer. Sur un film comme LOTR, nous espérions tout au mieux 20% de dialogues utilisables. Ce sont des films à la logistique énorme, avec des machines à vent et à fumée, des cottes de maille qui frottent sur les micros-cravates et qui, de plus, produisent de l'électricité statique et brouillent les signaux radios. Certains de nos plateaux se situaient sur des couloirs de vol. Les studios WETA à Miramar n'étaient pas insonorisés. Le site où nous avons construit Edoras voyait passer des vents de 160 km/h. Au bout de dix semaines de tournage, nous avons compris que nous n'aurions pas plus de 2% de prises-son satisfaisantes. Avec un tel budget et un tel timing, pas question de retourner les séquences d'autant que Peter Jackson aimer conserver l'atout de la post-synchro. Il sait qu'il aura la possibilité d'y revoir, à tête reposée, les détails ou les performances d'acteur. Je me souviens d'un jour où Sean Bean, dans la peau de Boromir, nous a livré une performance exceptionnelle qui a été couverte par les bruits d'avion et la machinerie. Ca m'a attristé, mais ce n'est la faute de personne. C'est la nature du projet qui veut ça ". Et comme prévu, Jackson fit grand cas de ce phénomène, puisqu'il en profita pour revoir avec tous les comédiens les prononciations des différentes langues (elfiques, nains, etc) et rapatria à l'occasion la " dialect-coach " Roisin Carty. A charge aujourd'hui, pour Hammond Peek, de donner une cohérence à cette masse d'infos sonores, tâche d'autant moins aisée que nombre de personnages ont été filmés séparément (créature ou Hobbits) et que Jackson veut donner une réelle profondeur à l'ambiance sonore, en adaptant parfaitement la résonance à la géographie (forêts, grottes etc). En voilà un qui n'a pas fini de compter ses nuits blanches. "

....:: Le musique ::..........

" Plus que tout autre poste, le choix du compositeur était, aux yeux des fans, des plus sensibles. Très régulièrement, le nom de James Horner revenait à la surface, pour la simple et bonne raison que, de Krull à Braveheart en passant par Willow, Horner a plus composé de " fantasy médiévale " que quiconque (exception faite de Basil Conan Poledouris, apparemment en préretraite). C'était mal comprendre les intentions de Jackson et lorsque ce dernier annonça le nom d'Howard Shore, il créa aussitôt se petite vague de protestations. Réputé jusqu'alors intimiste, Shore s'est surtout fait connaître pour sa longue collaboration avec David Cronenberg, ses penchants dépressifs (Seven, Le Silence des agneaux) ou ses expérimentations en tous genres (des impros du Saturday Night Live au jazz bédouin du Festin Nu). C'est en l'écoutant parler de sa musique que Jackson décida de l'engager. Car s'il est, à tort, considéré comme intellectuel, Shore a une approche résolument simple, voire pratique, de la musique de film. En cherchant à faire de LOTR, non pas une saga de fantasy, mais un film à caractère " historique ", Jackson entrevit chez Shore l'éventualité d'une musique à la fois terre à terre et plus orientée vers les personnages, en bref l'inverse de la " magic touch " d'Horner qu'espéraient certains fans. Qui plus est, Shore s'est récemment tourné vers des essais ouvertement mélodistes, qui se sont avérés surprenants pour ceux qui suivent sa carrière (voir notamment Dogma et The Yards). Le compositeur put, dès le début de l'année, commencer à élaborer ses thèmes et, dès le mois d'avril, enregistrait son premier morceau en vue des 26 minutes présentées à Cannes. Il s'agissait là de la séquence de la Moria où Shore, à la tête du New Zealand Symphony Orchestra, fit grand usage de chœurs masculins et de percussions massives (les fameux brrrm brrm de la Moria, pour ceux qui ont en mémoire le bouquin). L'enregistrement du score aura lieu fin août jusqu'à fin septembre avec le London Philarmonic Orchestra, auquel Shore adjoindra pas moins de 300 membres des Chœurs Maoris. A travers eux, il aura la charge délicate de réintégrer bon nombre de textes originaux de Tolkien en langues elfiques, naines, ainsi que la terrifiante langue des ténèbres. Enfin (et quelques-uns vont bondir en apprenant cela), il semblerait qu'Alanis Morissette et Axl Rose nous gratifieront d'un duo sur le générique final. Une goutte de promo dans un océan d'artistes. Forcément, ça choque ! "