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Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 09/02/2004

Les articles. Provenant principalement de journaux de Nouvelle-Zélande, mais pas seulement. Il s'agit bien évidemment d'une sélection, pour ne retenir que le plus intéressant de ce qui peut paraître dans la presse, et non pas un enième article répétant ce que tout le monde sait déjà.

Retour Index Film

.:: Article de Newsweek : "La table ronde des Oscars" ::.

Le 24 Janvier, nous avons réuni cinq super réalisateurs pour parler de films prometteurs, de studios exaspérants, de rêves d’enfance, et des cauchemars du piratage. David Ansen et Jeff Giles étaient assis sur les chaises des interviewers.
Dès le début de la conversation entre cinq des plus formidables réalisateurs de cette année, l’auteur/réalisateur de « Cold Moutain », Anthony Minghella, signale l’absurdité de parler du « Retour du Roi » et de « Lost in Translation » dans la même phrase. L’un, bien entendu, est énorme, l’autre est minimaliste. Mais les deux films sont indiscutablement les produits d’une vision singulière de leurs réalisateurs. L’un est pris d’un livre, et l’autre est basé sur l’idée originale de Sofia Coppola. Mais le triomphe de l’aventure épique de Peter Jackson vient du fait que celle-ci n’est pas moins un projet personnel que la rencontre inspirée et autobiographique de Coppola. Ces films sont leurs réalisateurs.
Il n’y a pas si longtemps que les gens se moquaient de la notion de réalisateur/artiste visionnaire ou « auteur ». En effet, la création de film est une forme d’art, mais de nos jours, personne ne se doute sérieusement que lorsqu’un grand film sort, c’est grâce aux yeux et à l’esprit de l’homme ou de la femme qui est derrière la caméra.
C’est révélateur et hautement inhabituel que trois des films nominés la semaine passée pour un Oscar du meilleur film – « Seabiscuit » de Gary Ross, « Le Retour du Roi » de Jackson et « Master and Commander » de Peter Weir – n’aient reçu aucune nomination pour leurs acteurs. Les trois films ont un casting exceptionnel, mais le message était clair. Les réalisateurs sont devenus les stars ultimes. Eastwood était le seul à la table ronde de NEWSWEEK qui n’était pas également son propre scénariste, mais le sombre et déchirant « Mystic River » n’en est pas moins son œuvre. Sa signature est sur chaque image.

A la table ronde, Minghella et Eastwood avaient tous deux une certaine majesté. Mais c’est là que s’arrêtaient les similitudes. Les films d’Eastwood, comme lui, suivent une certaine modestie, et ne sont jamais hâtifs. Minghella combine la douleur et le désir, le lyrisme et le destin tragique. Coppola, petite et adorable, était la plus timide du groupe. Elle est observatrice, et c’est ce qui rend unique l’intime et méticuleux « Lost in Translation ». Ross, extraverti, passionné, une vraie star du cinéma, décrit avec la plus brillante, la plus optimiste palette du groupe : son touchant « Seabiscuit » invite le public avec une grande poignée de main. Jackson, ébouriffé, aimable, mais très concentré, a été invité à enlever ses chaussures pour la prise de photos – le fait d’être déchaussé est son état naturel – et il ne les a pas remises. Ces dessous de pieds étaient sales et endurcis. L’homme qui a passé des années à faire la trilogie « Le Seigneur des Anneaux » est une sorte de combinaison entre un ours et un gnome. Extrait d’une rencontre entre grands esprits :

Newsweek : Cette année le timing est un peu inhabituel parce qu’on fait cette table ronde avant que les nominations soient annoncées.

Clint Eastwood : Cela sera vraiment embarrassant si aucun d’entre nous est nominé. [Rires]

N : Cette année, les Oscars ont été déplacés d’un mois à l’avance, en partie pour raccourcir la saison des récompenses et pour rendre vos vies un peu moins folles.

Eastwood : Je ne remarque pas de différence. La dernière fois que j’étais impliqué, c’était en 1993. Cela semblait hérétique, mais chaque année, il semblait y avoir de plus en plus d’événements – des jours de plus de 24 heures.

Sofia Coppola : Bientôt ça s’emballera. Ca va exploser.

Anthony Minghella : C’est une partie étrange du processus. Juste en regardant cette table, et en voyant les styles de films que nous avons fait cette année, comment pourriez-vous, pourquoi voudriez-vous les comparer ? Comment pouvez-vous parler du « Seigneur des Anneaux » et de « Lost in Translation » dans la même phrase ? Ce sont tous deux de magnifiques œuvres. Mais ils n’ont presque pas de liens, mis à part le fait qu’ils soient tous deux sur les écrans de cinéma.

Peter Jackson : C’est comme l’appropriation des films par une culture. Si on veut être un sprinter Olympique quand on est un enfant, on est convaincu qu’il faut battre les autres. Avec les réalisateurs, c’est presque l’opposé, parce que ça concerne la collaboration. Et pourtant les gens aiment mélanger et manipuler cela comme un événement sportif.

N : Les médias adorent transformer les Oscars en course de chevaux, mais les studios le font aussi. Gary, la campagne d’Universal pour « Seabiscuit » a été plutôt intensive. Cela doit être gratifiant d’avoir du support.

Gary Ross : Et bien, ouais. C’était leur décision. Mais ce n’est en fait pas si différent des autres campagnes. Tous ces films ont fait beaucoup de publicité. « Seabiscuit » est sorti il y a un moment. Donc je suppose que certaines personnes ont pris la décision de se souvenir du film, parce que tous ces autres films ont des énormes campagnes de publicité dans leur version actuelle. Bien sûr, je suis content que les gens se souviennent du film.

N : Parlons des raisons pour lesquelles vous êtes devenus des réalisateurs.

Jackson : Je faisais souvent des films sur Super 8 quand j’avais environ 7 ans, ce qui était un résultat du visionnage de « Thunderbirds », une série TV britannique. [A Minghella] Vous êtes la seule personne à cette table, qui connaît la magie de « Thunderbirds ».

Minghella : En ce moment précis, la version cinéma de « Thunderbirds » passe en avant-première quelque part à Londres

Jackson : C’est vrai ? Wow. Donc je faisais ces petits films en Super 8. Puis, quand j’avais environ 9 ans, j’ai vu « King Kong », et cela m’a tellement excité que j’ai commencé à faire mon propre remake le jour suivant. J’ai construit un modèle en carton de l’Empire State Building. Et j’ai créé un petit King Kong avec du fil de fer et de la fourrure du manteau de ma mère – et je l’ai toujours, en fait.

Eastwood : Vous aviez donc fait la moitié du travail. [Rires]

Jackson : C’est juste. Mais au final, presque rien n’a été fait. J’ai réalisé qu’à 9 ans, un remake de « King Kong » était un peu ambitieux.

N : Sofia, votre père est un réalisateur, évidemment, donc vous avez grandi dans une atmosphère créative.

Coppola : J’ai toujours été là, sur les plateaux de tournage de mon papa, et cela semblait toujours amusant. Et il est tellement enthousiaste avec les films. C’est dur d’être sur un plateau de tournage et de voir tout le monde faire des trucs et de ne pas vouloir en faire autant.

N : Vous avez dit que vos meilleurs souvenirs d’enfance sont les moments passés sur le plateau d’ « Apocalypse Now ». Cela semble un peu étrange.

Coppola : J’ai passé des super moments. Je n’avais pas idée qu’il pouvait y avoir des problèmes. Je montais dans les hélicoptères, et le département des costumes préparait des trucs pour mes poupées.

N : Est-il venu sur vos plateaux ?

Coppola : Il n’est pas venu au Japon pour « Lost in Translation », mais il est venu pour « The Virgin Suicides ». Il s’est assis, et a parlé aux figurants, vous voyez ? Il est simplement venu pendant quelques jours, et c’était ok. C’était un peu distrayant.

N : Gary, vous avez fait plusieurs choses avant de devenir un réalisateur.

Ross : Ouais, j’étais toujours en train de tourner autour de ce métier. Je veux dire, j’ai fait des études d’interprétation avec Stella Adler quand je suis sorti du collège. Elle était évidemment une femme remarquable. Et puis j’ai écrit deux romans, mais j’étais insatiable et j’ai commencé par obtenir plus d’argent pour écrire des films. Je me suis en quelque sorte entraîné avec tous les films que j’ai écrits. Pour « Big » et « Dave » j’étais sur le plateau chaque jour. Lorsque je réalisais « Pleasantville », j’avais été sur des plateaux de tournage depuis un bon moment.

N : A quel point était-ce difficile de mettre sur pied vos films ? Clint, la Warner ne voulait faire « Mystic River » que si vous mainteniez un petit budget.

Eastwood : Vous voulez connaître le manque d’enthousiasme du studio ?

N : Oui, tout à fait.

Eastwood : J’ai eu une longue relation avec la Warner Bros. pendant des années, et je leur ai amené le projet. Ils étaient très coopératifs pour acheter celui-ci, mais quand le moment est venu de le faire, ils ont dit, « Vous savez, on peut le faire – mais si vous voulez l’apporter ailleurs, vous pouvez. »

N : Ce qui n’était pas de bon augure.

Eastwood : Donc je l’ai emmené ailleurs. Nous l’avons pris et l’avons montré à quelques personnes. Un studio avait eu un succès incroyable avec un personnage de BD, et ils nous ont dit, « Et bien, on cherche quelque chose qui est plus dans ce style. » Donc finalement je suis retourné vers la Warner et j’ai dit, « Je le ferai pour ce que vous appelez un budget maximal, et je renoncerai à mon salaire pour le faire. Mais je ne veux pas duper les acteurs, parce qu’ils ont travaillé dur pour en arriver là. » Donc ça c’est passé de cette manière. Finalement, la Warner l’a fait. Pendant qu’on créait le film, ils préparaient la sortie des films « Matrix ». C’était notre allié d’une certaine façon, parce qu’ils étaient tellement intéressés par ce dernier, que nous avons quitté Boston et personne ne savait qu’on y était. Après, lorsque je suis revenu, j’ai fait le montage du film, et j’ai dit, « Le voilà. » Je ne sais pas s’ils l’ont aimé jusqu’à ce que quelqu’un le leur dise. [Rires] La Warner avait l’impression qu’il s’agissait d’un thème sombre. Ils avaient peut-être raison. Ce film aurait facilement pu être un échec. Le marché d’aujourd’hui est un marché si infantile. Tout est porté vers les jeunes de 14, 15, 16 et 17 ans.

N : Anthony, vos trois derniers films ont tous été plutôt sombres.

Minghella : Je me rappelle d’une récente interview pour « Le Patient Anglais ». Des gens du studio étaient en coulisses, et après ils sont venus et ont dit, « Vous ne devez plus jamais réutiliser le mot drame ».

Eastwood : Pensez-vous que les studios interprétaient le drame comme une comédie qui ne fonctionne pas ? [Rires]

N : Anthony, vous avez dit, « Si j’avais mon propre studio, je ne ferais jamais un de mes films ». Expliquez, s’il-vous-plait.

Minghella : [Rires] Et bien, c’est simplement le fait d’avoir fait trois films que personne ne voulait faire, en particulier. Même quand j’essayais de vendre « Le Patient Anglais, ». Je suis allé de studio en studio avec mon petit sac rempli de photos et d’images de lieux, et puis j’essayais de décrire le film, vous voyez ? « Un homme sur un lit en train de raconter des histoires à une infirmière française ». Et tout le monde observait froidement. Ou [pour « Le Talentueux Mr. Ripley »] « un homme commence à commettre des meurtres, et il n’est jamais pris et cela concerne l’expiation ». Ce ne sont pas des histoires particulièrement attrayantes, si on ne les juge que sur un aspect de divertissement. Les films qui m’intéressent sont pour des adultes.

N : Il semble que Hollywood veut toujours sortir les films sérieux en décembre. Universal a pris un risque en sortant « Seabiscuit » en été – en terme de récompenses, au moins.

Ross : Ouais, c’est vrai, mais je veux dire, cela aurait été un peu hypocrite d’avoir un film populaire et puis de le garder pour décembre, juste dans le but d’obtenir une récompense.

Eastwood : « Unforgiven » est sorti le 12 août. Personne ne s’est jamais attendu à ce qu’il gagne quoique ce soit – jusqu’à ce que les L.A. Film Critics le remarque en octobre. Soudainement, tout le monde disait, « Qu’est-ce qu’on fait ? » et supprimait les publicités.

Ross : Ouais, en fait, [le directeur] Bob Daly m’a rassuré concernant la date de sortie en disant, « Nous avons sorti ‘Unforgiven’ le 12 août. Ne vous inquiétez pas, ça va aller. »

N : Sofia, vous avez financé « Lost in Translation » indépendamment, donc vous n’aviez pas de studio auquel répondre. Est-ce exact ?

Coppola : Ouais. J’ai écrit le script, et je voulais conserver un budget vraiment réduit donc je n’avais pas de chef – et je n’aurais pas eu le montage final si je l’avais amené dans un studio. Donc la chose idéale était de partir au Japon avec Bill Murray et notre équipe et que personne ne regarde les journaux. Ainsi nous avons fait des ventes à l’étranger et avons gagné plus l’argent.

Eastwood : Vous ne l’avez jamais montré à un grand studio ?

Coppola : Non.

Eastwood : J’arrive à imaginer les regards mauvais. [Rires]

N : Bill Murray est connu pour ne pas donner de réponse facilement. Auriez-vous vraiment complètement abandonné « Lost in Translation » s’il n’avait pas dit oui pour le rôle ?

Coppola : Ouais. Quand j’écrivais le film, j’imaginais Bill Murray. Finalement, je lui ai donné le script, et il a accepté de le faire, mais nous n’avons jamais eu de contrat. C’était une semaine avant le tournage au Japon. J’espérais que Bill Murray se montrerait, parce qu’on avait pas de plan de secours.

Eastwood : Un acteur japonais aurait joué le rôle.

Coppola : Exact. Avec un maquillage pour les yeux.

N : Peter, Miramax devait initialement faire « Le Seigneur des Anneaux », mais leur société mère, Disney, n’acceptait pas le budget. Miramax vous a donné la chance de vendre le film ailleurs et de leur rembourser l’argent qu’ils avaient dépensé, mais les perspectives n’étaient pas bonnes.

Jackson : Personne ne pensait que ça allait arriver. Harvey [Weinstein] avait placé, vous savez, 10 ou 12 millions de dollars pour le faire. Lui et Bob [Weinstein] devaient avoir 5 pour-cent. Ils devaient avoir le crédit du producteur-exécutif, et ils voulaient que tout leur argent soit payé en quatre semaines. Parce qu’on avait travaillé avec Miramax pendant 18 mois, nous avions beaucoup de contenus visuels. Alors nous avons décidé de faire un petit film, qui, rétrospectivement, sont probablement les 30 minutes les plus importantes que j’aie jamais filmé de toute ma vie. J’avais une partie de mon équipe, et nous avons fait une sorte de reportage ensemble, presque comme un « making of » du film avant même qu’il ne soit fait. On parlait à la caméra. On disait à quel point on était excité par ce film, et à quel point ça allait être super – sauf qu’au départ on essayait de sauver le film, vous voyez ? On mourrait intérieurement.

N : Est-ce que New Line était vraiment votre toute dernière chance ?

Jackson : Ouais, on était terriblement inquiet. On ne voulait pas que New Line sache qu’ils étaient le seul studio intéressé. Donc bien qu’ils furent la seule société intéressée, on a annulé quelques rendez-vous, et on disait, « Ecoutez, on ne peut pas venir parce que la réunion à laquelle on participe en ce moment va durer plus longtemps que prévu. Pouvons-nous la reprogrammer pour demain ? » [Rires]

N : On ne va pas vous embêter avec plein de questions stupides sur « Le Seigneur des Anneaux », mais pourriez-vous juste expliquer une chose ? Sauron est le méchant. C’est un œil diabolique et incorporel, et il veut l’anneau. Que va-t-il faire avec un anneau ? Il n’est qu’un œil !

Eastwood : Un de ces percing au sourcil, peut-être ?

Jackson : [Rires] Et bien, dans le livre il y a une vague référence le décrivant en train d’obtenir lentement une forme physique. Donc à la fin il aura probablement un doigt auquel mettre l’anneau. Il sera un œil et un doigt.

N : Gary, cela faisait longtemps que vous étiez intéressé par la création d’un film sur « Seabiscuit ».

Ross : J’ai en fait acheté les droits avant même que le livre ne soit écrit. C’était un article de magazine, et j’ai appelé Laura Hillenbrand et j’ai dit, « J’ai entendu que vous faisiez un livre. J’aimerais voir si je peux acheter ces droits ». Parce que l’histoire était simplement aussi convaincante dans l’article du magazine. Nous avons eu une longue discussion, pendant quatre heures, au téléphone, et elle a pris la décision de nous vendre les droits. En conséquence, il est devenu cet énorme best-seller, et j’ai écrit le script. Mais même ainsi, ce n’est pas comme si le studio se précipitait sur l’affaire en disant, « Faites-moi un drame hippique ! » Il n’a pas rencontré beaucoup d’enthousiasme. Ca se passait pendant la Dépression. Il n’y avait pas vraiment qu’un seul rôle principal. Il y a trois rôles principaux. Tout cela représente des obstacles terribles, et le film devait être financé par trois sociétés différentes pour qu’on arrive à 85 millions de dollars, parce que personne ne voyait le film comme étant essentiellement commercial.

N : Anthony, MGM et Miramax allaient financer ensemble « Cold Mountain ».

Minghella : Oui. Trois semaines avant le début du tournage, MGM a appelé Harvey Weinstein et lui ont dit qu’il n’étaient plus intéressés. J’étais en Roumanie. J’étais là-bas depuis des mois et on avait construit les plateaux.

N : Qu’a dit Harvey ?

Minghella : C’était extraordinaire, en fait. Il n’a vraiment pas perdu son sang froid. Il a appelé et a dit, « MGM a décidé de ne pas soutenir le film. Ils ont abandonné. » Et il a dit, « On trouvera un moyen pour le faire. Continuez. » Et on se souvient de ces choses. Comme Brecht disait, « On ne comprend les gens que lorsqu’ils doivent prendre des décisions. »

N : Sofia, votre frère, Roman, est allé à Tokyo pour donner un coup de main sur « Lost in Translation ». Comment cela s’est-il passé ?

Coppola : Mon frère est aussi réalisateur, et nous n’avions que 27 jours pour le tournage et nous étions en retard. Le producteur a dit, « Il faut commencer à couper des scènes. » Et j’ai pensé, non, je ne peux pas couper de scène ! Alors mon frère a été un héros, et il est venu. Il est sorti de l’avion avec une deuxième caméra, et on a commencé. Roman me connaît si bien qu’il sait exactement tout ce que je veux. C’est tellement utile d’avoir un frère qui est réalisateur.

N : Avez-vous été surprise par toutes les louanges qu’a reçu « Lost in Translation » ?

Coppola : Ouais. En écrivant un scénario original, je me demandais si j’étais complètement indulgente. On pense, est-ce que quiconque se préoccupe de ce que j’écris ? On y pense pendant un petit moment. On ne sait jamais qui se sentira lié à cette histoire.

N : A la fin du film, Bill Murray murmure quelque chose à Scarlett Johanssen que le public ne peut pas entendre. Tout le monde a une opinion sur ce que c’est. Vous avez entendu des bonnes théories ?

Coppola : [Rires] Ouais, ma nièce, qui a 16 ans, a dit, « Oh, j’espère qu’il lui a donné son adresse e-mail ».

N : L’année passée nous avions des acteurs ici et ils nous ont parlé du fait qu’ils devaient toujours tourner dès le premier jour leur plus grande scène, ou la plus émotionnelle. Tous avaient l’air de dire qu’il s’agissait d’une conspiration venant des réalisateurs.

Ross : J’ai définitivement testé l’équipe. Le premier jour de tournage j’ai fait tomber deux personnes de leurs chevaux en plein milieu d’une course. C’était la cascade la plus difficile que nous ayons faite. Nous avions un planning très serré, que nous ne pouvions pas modifier, et je voulais un petit baptême du feu.

N : Clint, vos acteurs sont allés très en profondeur sur le plan émotionnel pour « Mystic River ». Comment les avez-vous aidé ?

Eastwood : J’avais quelques scènes très émotionnelles avec Sean, et je ne voulais pas qu’il les fasse trop de fois. A la fin des trois prises, il avait complètement perdu sa voix. Donc je me suis juste assuré que j’avais les trois prises pour le film. Sean est simplement brillant pour avoir une certaine humeur. Et la plupart du temps je n’utilise pas « action », ni « coupez ». J’ai appris il y a des années sur le plateau de « Rawhide », quand on crie « action » les chevaux partent tous dans neuf directions différentes.

N : Avez-vous un monteur qui fait un montage sommaire du film pendant que vous tournez ?

Eastwood : Ouais, mon monteur fait les montages, et on en parle la nuit.

Ross : Pendant combien de temps avez-vous travaillé sur le montage avant d’en être content ?

Eastwood : Environ une semaine. Une semaine et demi. [Rires de stupéfaction]

Ross : J’étais juste en train de me réveiller après une semaine et demi !

Eastwood : J’apportais l’ordinateur au ranch à Carmel et j’y allais le matin, et puis je jouais au golf, et je revenais le soir. On travaillais jusqu’à 22 ou 23 heures certaines nuits.

Minghella : [Rires] C’est un moment sensationnel, vraiment sensationnel de la discussion ! « J’ai fait le montage pendant une semaine et je jouais au golf l’après-midi » ?!

Eastwood : Et bien, il faut se libérer l’esprit, puis revenir au film.

Minghella : Mais sérieusement, vous avez vraiment travaillé pendant une semaine seulement dans la salle de montage ?

Eastwood : Environ une semaine, oui.

N : Anthony, vous seriez toujours en train de faire le montage de « Cold Mountain » si vous le pouviez, n’est-ce pas ?

Minghella : En effet. J’en suis tellement humilié. Je fais certainement quelque chose de faux. [Rires]

N : Clint, vous êtes célèbre pour ne faire que très peu de prises. Cela doit aider pour la salle de montage parce qu’il n’y a pas trop à choisir.

Eastwood : J’ai fait un film avec Vittorio De Sica il y a des années, et il ne tournait jamais plus que nécessaire. On était au milieu d’une phrase, et il disait, « Stop ! » On disait, « Puis-je juste terminer ma réplique ? J’ai la bonne énergie ! » « Non, non. Je ne vais pas utiliser ça ! »

N : Que pensez-vous des « test-screening » des films ?

Minghella : Oh, c’est révoltant. Quand on va dans une salle de preview, on devient une cible pour le public. Cependant, si j’avais fait des films sans l’implication des studios, je serais toujours en train de les prévisualiser. Ce que je ne ferais pas, c’est de supposer qu’il y a une quelconque science dans le processus de prévisualisation. Je pense que le fait d’examiner le film sans personne est un moyen très utile de le comprendre.

Eastwood : C’est comme si on nous arrachait les ongles, pourtant.

Minghella : Je me rappelle quand j’étais avec un département de Paramount pour une preview de « Ripley », et les réactions étaient tellement défavorables, parce que Ripley n’était pas capturé à la fin du film. J’ai en fait dû sortir de la salle de prévisualisation, parce que je ne pouvais pas y rester plus longtemps. Je me baladais dans Melrose. Je ne connais pas très bien Los Angeles, et je n’avais pas d’argent. Je traînais, et cette voiture de police a ralenti pour voir ce que je faisais. Je me tenais devant Paramount en pensant, Ils détruisent mon film là-bas dedans.

N : Peter, avez-vous fait des prévisualisations des films du « Seigneur des Anneaux » ?

Jackson : Non. La chose principale que nous devions faire était de passer le test Bob Shaye. [Shaye est le vice-président et CEO de New Line.] Parce que « Le Seigneur des Anneaux » est complexe – il y a beaucoup de personnages, et on ne peut pas toujours se souvenir de leurs noms – on a pensé, si on atteint un niveau où Bob Shaye peut comprendre le scénario, c’était tout ce qu’on avait à faire.

N : Il y a eu une prévisualisation du « Retour du Roi » pour les critiques à Washington, D.C., et juste avant la grande séquence de bataille l’image s’est retournée. En avez-vous entendu parler ? Est-ce que ça a fait exploser votre tension artérielle ?

Jackson : [Rires] Et bien, ouais. J’ai juste pensé que le projectionniste était un crétin fini. Il n’y a pas d’autre explication, parce que c’est arrivé deux fois, d’après ce que j’ai compris. La première fois que c’est arrivé, ils ont tout remis en place, ce qui a pris environ 20 minutes. Ils ont recommencé, ça a fonctionné – et puis quelques bobines plus tard, c’était de nouveau à l’envers.

Eastwood : C’est un vrai cauchemar.

Jackson : Oh, ouais.

N : Parlons un peu du piratage. Anthony, on a vu des DVD de « Cold Mountain » en vente dans le métro de New York, pour 10 dollars.

Minghella : Vraiment ? Avant ou après la sortie ?

N : Après la sortie.

Minghella : Le film est sorti le jour de Noël, et un ami à moi était en Asie du Sud-Est pendant les vacances, et il a dit que le film était vendu pour un dollar dans la rue.

Jackson : On l’a sorti juste avant Noël, et un ami à moi était en Thaïlande, et le lieu de séjour dans lequel il était diffusait le film sur la TV d’un bar.

N : La Warner Bros. a suggéré la suppression des screeners destinés aux Oscars, comme moyen pour stopper le piratage, mais ils ont finalement envoyé des copies de « Mystic River » aux votants.

Eastwood : Ouais, effectivement. J’ai découvert qu’on ne pouvait pas simplement envoyer les cassettes qu’à certaines personnes. J’ai des sentiments partagés par rapport à ça. Je pensais que les studios devaient commencer par maintenir l’ordre chez eux. Il y a tant de fuites dans ces studios. Il y a tant de départements qui appellent en disant, « J’ai besoin de 139 cassettes tout de suite ! »

Jackson : Tout le monde déteste le piratage parce qu’il a le potentiel de vraiment endommager l’industrie des films, et cela va seulement s’empirer avant de s’améliorer – si jamais ça s’améliore un jour. Mais pour moi tout le concept du screener a été mal défini. Il n’y a eu de consultation avec personne.

Coppola : C’était tordu.

Eastwood : L’année passée, je crois que la Warner Bros. a probablement envoyé 400'000 cassettes. Ils voulaient réduire ce chiffre à zéro. Donc ils ont commencé à insulter différentes branches de l’industrie, en disant que telles personnes n’étaient pas dignes de confiance. Tout le monde s’est en quelque sorte rebellé, et c’était justifié.

N : Des mesures de sécurité ont évidemment été prises.

Jackson : On envoie nos films pour les doublages étrangers. Et cela doit sortir des semaines à l’avance, donc ce qu’ils finissent par faire, et cela m’a plutôt surpris, c’est qu’ils envoient une cassette au Japon ou en Espagne, et ils cachent tout l’écran, sauf une petite fenêtre, qui est la bouche de l’acteur, et si l’acteur bouge, la petite fenêtre suit la bouche. L’acteur essaie de doubler la voix, et il ne peut rien voir ! [Rires]

N : Quatre d’entre vous ont adapté des livres cette année. Est-ce que les lecteurs comprennent que vous n’avez aucune intention de détruire d’une manière ou d’une autre leurs livres préférés ?

Minghella : Je pense qu’une des choses qui est vague dans cette notion, c’est que d’une certaine manière, une version filmée du livre anéantit le roman.

Jackson : C’est tout à fait exact. Je parlais souvent avec des fans qui étaient en quelque sorte inquiets parce qu’on allait menacer le livre de Tolkien. Et j’ai simplement dit, « C’est le livre qui est le chef-d’œuvre, pas le film. On ne vous demande pas, lorsque vous verrez le film, d’apporter votre livre pour le brûler. »

N : Peter, au risque de générer des messages de haine venant des fans, vous n’allez pas vraiment faire « Le Hobbit », n’est-ce pas ? Même si vous pouvez avoir les droits, pourquoi prendre le risque de ruiner tout cela de façon rétroactive ?

Jackson : [Rires] Je ne sais pas. Je n’y ai pas vraiment pensé, et j’y penserais si jamais ils m’appellent.

N : Sofia, pourquoi pensez-vous qu’il est si difficile pour les femmes d’être nominée pour les Oscars en tant que réalisatrice ? Si vous êtes nominée, vous serez la première femme Américaine à être dans ce cas.

Eastwood : Est-ce vrai ?

Jackson : C’est incroyable.

N : Les seules femmes qui ont été nominées pour meilleur réalisateur sont Jane Campion et Lina Wertmuller.

Coppola : C’est dur à croire… Je ne sais pas. Et bien, heureusement, vous savez, ce ne sera pas toujours aussi rare.

N : Ok, nous sommes prêts à vous libérer. Merci d’avoir été aussi généreux avec votre temps.

Eastwood : C’était un plaisir. Un plaisir d’être avec vous tous.

Minghella : [En riant, vers Eastwood] Vous avez passé presque autant de temps ici que pour monter vos films !

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