| .:: Article
de Newsweek : "La table ronde des Oscars"
::.
Le 24 Janvier, nous avons réuni
cinq super réalisateurs pour parler de
films prometteurs, de studios exaspérants,
de rêves d’enfance, et des cauchemars
du piratage. David Ansen et Jeff Giles étaient
assis sur les chaises des interviewers.
Dès le début de la conversation
entre cinq des plus formidables réalisateurs
de cette année, l’auteur/réalisateur
de « Cold Moutain », Anthony Minghella,
signale l’absurdité de parler du
« Retour du Roi » et de « Lost
in Translation » dans la même phrase.
L’un, bien entendu, est énorme, l’autre
est minimaliste. Mais les deux films sont indiscutablement
les produits d’une vision singulière
de leurs réalisateurs. L’un est pris
d’un livre, et l’autre est basé
sur l’idée originale de Sofia Coppola.
Mais le triomphe de l’aventure épique
de Peter Jackson vient du fait que celle-ci n’est
pas moins un projet personnel que la rencontre
inspirée et autobiographique de Coppola.
Ces films sont leurs réalisateurs.
Il n’y a pas si longtemps que les gens se
moquaient de la notion de réalisateur/artiste
visionnaire ou « auteur ». En effet,
la création de film est une forme d’art,
mais de nos jours, personne ne se doute sérieusement
que lorsqu’un grand film sort, c’est
grâce aux yeux et à l’esprit
de l’homme ou de la femme qui est derrière
la caméra.
C’est révélateur et hautement
inhabituel que trois des films nominés
la semaine passée pour un Oscar du meilleur
film – « Seabiscuit » de Gary
Ross, « Le Retour du Roi » de Jackson
et « Master and Commander » de Peter
Weir – n’aient reçu aucune
nomination pour leurs acteurs. Les trois films
ont un casting exceptionnel, mais le message était
clair. Les réalisateurs sont devenus les
stars ultimes. Eastwood était le seul à
la table ronde de NEWSWEEK qui n’était
pas également son propre scénariste,
mais le sombre et déchirant « Mystic
River » n’en est pas moins son œuvre.
Sa signature est sur chaque image.
A la table ronde, Minghella et
Eastwood avaient tous deux une certaine majesté.
Mais c’est là que s’arrêtaient
les similitudes. Les films d’Eastwood, comme
lui, suivent une certaine modestie, et ne sont
jamais hâtifs. Minghella combine la douleur
et le désir, le lyrisme et le destin tragique.
Coppola, petite et adorable, était la plus
timide du groupe. Elle est observatrice, et c’est
ce qui rend unique l’intime et méticuleux
« Lost in Translation ». Ross, extraverti,
passionné, une vraie star du cinéma,
décrit avec la plus brillante, la plus
optimiste palette du groupe : son touchant «
Seabiscuit » invite le public avec une grande
poignée de main. Jackson, ébouriffé,
aimable, mais très concentré, a
été invité à enlever
ses chaussures pour la prise de photos –
le fait d’être déchaussé
est son état naturel – et il ne les
a pas remises. Ces dessous de pieds étaient
sales et endurcis. L’homme qui a passé
des années à faire la trilogie «
Le Seigneur des Anneaux » est une sorte
de combinaison entre un ours et un gnome. Extrait
d’une rencontre entre grands esprits :
Newsweek : Cette année
le timing est un peu inhabituel parce qu’on
fait cette table ronde avant que les nominations
soient annoncées.
Clint Eastwood : Cela sera vraiment
embarrassant si aucun d’entre nous est nominé.
[Rires]
N : Cette année, les Oscars
ont été déplacés d’un
mois à l’avance, en partie pour raccourcir
la saison des récompenses et pour rendre
vos vies un peu moins folles.
Eastwood : Je ne remarque pas
de différence. La dernière fois
que j’étais impliqué, c’était
en 1993. Cela semblait hérétique,
mais chaque année, il semblait y avoir
de plus en plus d’événements
– des jours de plus de 24 heures.
Sofia Coppola : Bientôt
ça s’emballera. Ca va exploser.
Anthony Minghella : C’est
une partie étrange du processus. Juste
en regardant cette table, et en voyant les styles
de films que nous avons fait cette année,
comment pourriez-vous, pourquoi voudriez-vous
les comparer ? Comment pouvez-vous parler du «
Seigneur des Anneaux » et de « Lost
in Translation » dans la même phrase
? Ce sont tous deux de magnifiques œuvres.
Mais ils n’ont presque pas de liens, mis
à part le fait qu’ils soient tous
deux sur les écrans de cinéma.
Peter Jackson : C’est comme
l’appropriation des films par une culture.
Si on veut être un sprinter Olympique quand
on est un enfant, on est convaincu qu’il
faut battre les autres. Avec les réalisateurs,
c’est presque l’opposé, parce
que ça concerne la collaboration. Et pourtant
les gens aiment mélanger et manipuler cela
comme un événement sportif.
N : Les médias adorent
transformer les Oscars en course de chevaux, mais
les studios le font aussi. Gary, la campagne d’Universal
pour « Seabiscuit » a été
plutôt intensive. Cela doit être gratifiant
d’avoir du support.
Gary Ross : Et bien, ouais. C’était
leur décision. Mais ce n’est en fait
pas si différent des autres campagnes.
Tous ces films ont fait beaucoup de publicité.
« Seabiscuit » est sorti il y a un
moment. Donc je suppose que certaines personnes
ont pris la décision de se souvenir du
film, parce que tous ces autres films ont des
énormes campagnes de publicité dans
leur version actuelle. Bien sûr, je suis
content que les gens se souviennent du film.
N : Parlons des raisons pour lesquelles
vous êtes devenus des réalisateurs.
Jackson : Je faisais souvent des
films sur Super 8 quand j’avais environ
7 ans, ce qui était un résultat
du visionnage de « Thunderbirds »,
une série TV britannique. [A Minghella]
Vous êtes la seule personne à cette
table, qui connaît la magie de « Thunderbirds
».
Minghella : En ce moment précis,
la version cinéma de « Thunderbirds
» passe en avant-première quelque
part à Londres
Jackson : C’est vrai ? Wow.
Donc je faisais ces petits films en Super 8. Puis,
quand j’avais environ 9 ans, j’ai
vu « King Kong », et cela m’a
tellement excité que j’ai commencé
à faire mon propre remake le jour suivant.
J’ai construit un modèle en carton
de l’Empire State Building. Et j’ai
créé un petit King Kong avec du
fil de fer et de la fourrure du manteau de ma
mère – et je l’ai toujours,
en fait.
Eastwood : Vous aviez donc fait
la moitié du travail. [Rires]
Jackson : C’est juste. Mais
au final, presque rien n’a été
fait. J’ai réalisé qu’à
9 ans, un remake de « King Kong »
était un peu ambitieux.
N : Sofia, votre père est
un réalisateur, évidemment, donc
vous avez grandi dans une atmosphère créative.
Coppola : J’ai toujours
été là, sur les plateaux
de tournage de mon papa, et cela semblait toujours
amusant. Et il est tellement enthousiaste avec
les films. C’est dur d’être
sur un plateau de tournage et de voir tout le
monde faire des trucs et de ne pas vouloir en
faire autant.
N : Vous avez dit que vos meilleurs
souvenirs d’enfance sont les moments passés
sur le plateau d’ « Apocalypse Now
». Cela semble un peu étrange.
Coppola : J’ai passé
des super moments. Je n’avais pas idée
qu’il pouvait y avoir des problèmes.
Je montais dans les hélicoptères,
et le département des costumes préparait
des trucs pour mes poupées.
N : Est-il venu sur vos plateaux
?
Coppola : Il n’est pas venu
au Japon pour « Lost in Translation »,
mais il est venu pour « The Virgin Suicides
». Il s’est assis, et a parlé
aux figurants, vous voyez ? Il est simplement
venu pendant quelques jours, et c’était
ok. C’était un peu distrayant.
N : Gary, vous avez fait plusieurs
choses avant de devenir un réalisateur.
Ross : Ouais, j’étais
toujours en train de tourner autour de ce métier.
Je veux dire, j’ai fait des études
d’interprétation avec Stella Adler
quand je suis sorti du collège. Elle était
évidemment une femme remarquable. Et puis
j’ai écrit deux romans, mais j’étais
insatiable et j’ai commencé par obtenir
plus d’argent pour écrire des films.
Je me suis en quelque sorte entraîné
avec tous les films que j’ai écrits.
Pour « Big » et « Dave »
j’étais sur le plateau chaque jour.
Lorsque je réalisais « Pleasantville
», j’avais été sur des
plateaux de tournage depuis un bon moment.
N : A quel point était-ce
difficile de mettre sur pied vos films ? Clint,
la Warner ne voulait faire « Mystic River
» que si vous mainteniez un petit budget.
Eastwood : Vous voulez connaître
le manque d’enthousiasme du studio ?
N : Oui, tout à fait.
Eastwood : J’ai eu une longue
relation avec la Warner Bros. pendant des années,
et je leur ai amené le projet. Ils étaient
très coopératifs pour acheter celui-ci,
mais quand le moment est venu de le faire, ils
ont dit, « Vous savez, on peut le faire
– mais si vous voulez l’apporter ailleurs,
vous pouvez. »
N : Ce qui n’était
pas de bon augure.
Eastwood : Donc je l’ai
emmené ailleurs. Nous l’avons pris
et l’avons montré à quelques
personnes. Un studio avait eu un succès
incroyable avec un personnage de BD, et ils nous
ont dit, « Et bien, on cherche quelque chose
qui est plus dans ce style. » Donc finalement
je suis retourné vers la Warner et j’ai
dit, « Je le ferai pour ce que vous appelez
un budget maximal, et je renoncerai à mon
salaire pour le faire. Mais je ne veux pas duper
les acteurs, parce qu’ils ont travaillé
dur pour en arriver là. » Donc ça
c’est passé de cette manière.
Finalement, la Warner l’a fait. Pendant
qu’on créait le film, ils préparaient
la sortie des films « Matrix ». C’était
notre allié d’une certaine façon,
parce qu’ils étaient tellement intéressés
par ce dernier, que nous avons quitté Boston
et personne ne savait qu’on y était.
Après, lorsque je suis revenu, j’ai
fait le montage du film, et j’ai dit, «
Le voilà. » Je ne sais pas s’ils
l’ont aimé jusqu’à ce
que quelqu’un le leur dise. [Rires] La Warner
avait l’impression qu’il s’agissait
d’un thème sombre. Ils avaient peut-être
raison. Ce film aurait facilement pu être
un échec. Le marché d’aujourd’hui
est un marché si infantile. Tout est porté
vers les jeunes de 14, 15, 16 et 17 ans.
N : Anthony, vos trois derniers
films ont tous été plutôt
sombres.
Minghella : Je me rappelle d’une
récente interview pour « Le Patient
Anglais ». Des gens du studio étaient
en coulisses, et après ils sont venus et
ont dit, « Vous ne devez plus jamais réutiliser
le mot drame ».
Eastwood : Pensez-vous que les
studios interprétaient le drame comme une
comédie qui ne fonctionne pas ? [Rires]
N : Anthony, vous avez dit, «
Si j’avais mon propre studio, je ne ferais
jamais un de mes films ». Expliquez, s’il-vous-plait.
Minghella : [Rires] Et bien, c’est
simplement le fait d’avoir fait trois films
que personne ne voulait faire, en particulier.
Même quand j’essayais de vendre «
Le Patient Anglais, ». Je suis allé
de studio en studio avec mon petit sac rempli
de photos et d’images de lieux, et puis
j’essayais de décrire le film, vous
voyez ? « Un homme sur un lit en train de
raconter des histoires à une infirmière
française ». Et tout le monde observait
froidement. Ou [pour « Le Talentueux Mr.
Ripley »] « un homme commence à
commettre des meurtres, et il n’est jamais
pris et cela concerne l’expiation ».
Ce ne sont pas des histoires particulièrement
attrayantes, si on ne les juge que sur un aspect
de divertissement. Les films qui m’intéressent
sont pour des adultes.
N : Il semble que Hollywood veut
toujours sortir les films sérieux en décembre.
Universal a pris un risque en sortant «
Seabiscuit » en été –
en terme de récompenses, au moins.
Ross : Ouais, c’est vrai,
mais je veux dire, cela aurait été
un peu hypocrite d’avoir un film populaire
et puis de le garder pour décembre, juste
dans le but d’obtenir une récompense.
Eastwood : « Unforgiven
» est sorti le 12 août. Personne ne
s’est jamais attendu à ce qu’il
gagne quoique ce soit – jusqu’à
ce que les L.A. Film Critics le remarque en octobre.
Soudainement, tout le monde disait, « Qu’est-ce
qu’on fait ? » et supprimait les publicités.
Ross : Ouais, en fait, [le directeur]
Bob Daly m’a rassuré concernant la
date de sortie en disant, « Nous avons sorti
‘Unforgiven’ le 12 août. Ne
vous inquiétez pas, ça va aller.
»
N : Sofia, vous avez financé
« Lost in Translation » indépendamment,
donc vous n’aviez pas de studio auquel répondre.
Est-ce exact ?
Coppola : Ouais. J’ai écrit
le script, et je voulais conserver un budget vraiment
réduit donc je n’avais pas de chef
– et je n’aurais pas eu le montage
final si je l’avais amené dans un
studio. Donc la chose idéale était
de partir au Japon avec Bill Murray et notre équipe
et que personne ne regarde les journaux. Ainsi
nous avons fait des ventes à l’étranger
et avons gagné plus l’argent.
Eastwood : Vous ne l’avez jamais montré
à un grand studio ?
Coppola : Non.
Eastwood : J’arrive à
imaginer les regards mauvais. [Rires]
N : Bill Murray est connu pour ne pas donner
de réponse facilement. Auriez-vous vraiment
complètement abandonné « Lost
in Translation » s’il n’avait
pas dit oui pour le rôle ?
Coppola : Ouais. Quand j’écrivais
le film, j’imaginais Bill Murray. Finalement,
je lui ai donné le script, et il a accepté
de le faire, mais nous n’avons jamais eu
de contrat. C’était une semaine avant
le tournage au Japon. J’espérais
que Bill Murray se montrerait, parce qu’on
avait pas de plan de secours.
Eastwood : Un acteur japonais aurait joué
le rôle.
Coppola : Exact. Avec un maquillage pour les
yeux.
N : Peter, Miramax devait initialement faire
« Le Seigneur des Anneaux », mais
leur société mère, Disney,
n’acceptait pas le budget. Miramax vous
a donné la chance de vendre le film ailleurs
et de leur rembourser l’argent qu’ils
avaient dépensé, mais les perspectives
n’étaient pas bonnes.
Jackson : Personne ne pensait que ça allait
arriver. Harvey [Weinstein] avait placé,
vous savez, 10 ou 12 millions de dollars pour
le faire. Lui et Bob [Weinstein] devaient avoir
5 pour-cent. Ils devaient avoir le crédit
du producteur-exécutif, et ils voulaient
que tout leur argent soit payé en quatre
semaines. Parce qu’on avait travaillé
avec Miramax pendant 18 mois, nous avions beaucoup
de contenus visuels. Alors nous avons décidé
de faire un petit film, qui, rétrospectivement,
sont probablement les 30 minutes les plus importantes
que j’aie jamais filmé de toute ma
vie. J’avais une partie de mon équipe,
et nous avons fait une sorte de reportage ensemble,
presque comme un « making of » du
film avant même qu’il ne soit fait.
On parlait à la caméra. On disait
à quel point on était excité
par ce film, et à quel point ça
allait être super – sauf qu’au
départ on essayait de sauver le film, vous
voyez ? On mourrait intérieurement.
N : Est-ce que New Line était vraiment
votre toute dernière chance ?
Jackson : Ouais, on était terriblement
inquiet. On ne voulait pas que New Line sache
qu’ils étaient le seul studio intéressé.
Donc bien qu’ils furent la seule société
intéressée, on a annulé quelques
rendez-vous, et on disait, « Ecoutez, on
ne peut pas venir parce que la réunion
à laquelle on participe en ce moment va
durer plus longtemps que prévu. Pouvons-nous
la reprogrammer pour demain ? » [Rires]
N : On ne va pas vous embêter avec plein
de questions stupides sur « Le Seigneur
des Anneaux », mais pourriez-vous juste
expliquer une chose ? Sauron est le méchant.
C’est un œil diabolique et incorporel,
et il veut l’anneau. Que va-t-il faire avec
un anneau ? Il n’est qu’un œil
!
Eastwood : Un de ces percing au
sourcil, peut-être ?
Jackson : [Rires] Et bien, dans
le livre il y a une vague référence
le décrivant en train d’obtenir lentement
une forme physique. Donc à la fin il aura
probablement un doigt auquel mettre l’anneau.
Il sera un œil et un doigt.
N : Gary, cela faisait longtemps que vous étiez
intéressé par la création
d’un film sur « Seabiscuit ».
Ross : J’ai en fait acheté les droits
avant même que le livre ne soit écrit.
C’était un article de magazine, et
j’ai appelé Laura Hillenbrand et
j’ai dit, « J’ai entendu que
vous faisiez un livre. J’aimerais voir si
je peux acheter ces droits ». Parce que
l’histoire était simplement aussi
convaincante dans l’article du magazine.
Nous avons eu une longue discussion, pendant quatre
heures, au téléphone, et elle a
pris la décision de nous vendre les droits.
En conséquence, il est devenu cet énorme
best-seller, et j’ai écrit le script.
Mais même ainsi, ce n’est pas comme
si le studio se précipitait sur l’affaire
en disant, « Faites-moi un drame hippique
! » Il n’a pas rencontré beaucoup
d’enthousiasme. Ca se passait pendant la
Dépression. Il n’y avait pas vraiment
qu’un seul rôle principal. Il y a
trois rôles principaux. Tout cela représente
des obstacles terribles, et le film devait être
financé par trois sociétés
différentes pour qu’on arrive à
85 millions de dollars, parce que personne ne
voyait le film comme étant essentiellement
commercial.
N : Anthony, MGM et Miramax allaient financer
ensemble « Cold Mountain ».
Minghella : Oui. Trois semaines avant le début
du tournage, MGM a appelé Harvey Weinstein
et lui ont dit qu’il n’étaient
plus intéressés. J’étais
en Roumanie. J’étais là-bas
depuis des mois et on avait construit les plateaux.
N : Qu’a dit Harvey ?
Minghella : C’était extraordinaire,
en fait. Il n’a vraiment pas perdu son sang
froid. Il a appelé et a dit, « MGM
a décidé de ne pas soutenir le film.
Ils ont abandonné. » Et il a dit,
« On trouvera un moyen pour le faire. Continuez.
» Et on se souvient de ces choses. Comme
Brecht disait, « On ne comprend les gens
que lorsqu’ils doivent prendre des décisions.
»
N : Sofia, votre frère, Roman, est allé
à Tokyo pour donner un coup de main sur
« Lost in Translation ». Comment cela
s’est-il passé ?
Coppola : Mon frère est aussi réalisateur,
et nous n’avions que 27 jours pour le tournage
et nous étions en retard. Le producteur
a dit, « Il faut commencer à couper
des scènes. » Et j’ai pensé,
non, je ne peux pas couper de scène ! Alors
mon frère a été un héros,
et il est venu. Il est sorti de l’avion
avec une deuxième caméra, et on
a commencé. Roman me connaît si bien
qu’il sait exactement tout ce que je veux.
C’est tellement utile d’avoir un frère
qui est réalisateur.
N : Avez-vous été surprise par
toutes les louanges qu’a reçu «
Lost in Translation » ?
Coppola : Ouais. En écrivant un scénario
original, je me demandais si j’étais
complètement indulgente. On pense, est-ce
que quiconque se préoccupe de ce que j’écris
? On y pense pendant un petit moment. On ne sait
jamais qui se sentira lié à cette
histoire.
N : A la fin du film, Bill Murray murmure quelque
chose à Scarlett Johanssen que le public
ne peut pas entendre. Tout le monde a une opinion
sur ce que c’est. Vous avez entendu des
bonnes théories ?
Coppola : [Rires] Ouais, ma nièce, qui
a 16 ans, a dit, « Oh, j’espère
qu’il lui a donné son adresse e-mail
».
N : L’année passée nous avions
des acteurs ici et ils nous ont parlé du
fait qu’ils devaient toujours tourner dès
le premier jour leur plus grande scène,
ou la plus émotionnelle. Tous avaient l’air
de dire qu’il s’agissait d’une
conspiration venant des réalisateurs.
Ross : J’ai définitivement testé
l’équipe. Le premier jour de tournage
j’ai fait tomber deux personnes de leurs
chevaux en plein milieu d’une course. C’était
la cascade la plus difficile que nous ayons faite.
Nous avions un planning très serré,
que nous ne pouvions pas modifier, et je voulais
un petit baptême du feu.
N : Clint, vos acteurs sont allés très
en profondeur sur le plan émotionnel pour
« Mystic River ». Comment les avez-vous
aidé ?
Eastwood : J’avais quelques
scènes très émotionnelles
avec Sean, et je ne voulais pas qu’il les
fasse trop de fois. A la fin des trois prises,
il avait complètement perdu sa voix. Donc
je me suis juste assuré que j’avais
les trois prises pour le film. Sean est simplement
brillant pour avoir une certaine humeur. Et la
plupart du temps je n’utilise pas «
action », ni « coupez ». J’ai
appris il y a des années sur le plateau
de « Rawhide », quand on crie «
action » les chevaux partent tous dans neuf
directions différentes.
N : Avez-vous un monteur qui fait
un montage sommaire du film pendant que vous tournez
?
Eastwood : Ouais, mon monteur
fait les montages, et on en parle la nuit.
Ross : Pendant combien de temps avez-vous travaillé
sur le montage avant d’en être content
?
Eastwood : Environ une semaine. Une semaine et
demi. [Rires de stupéfaction]
Ross : J’étais juste en train de
me réveiller après une semaine et
demi !
Eastwood : J’apportais l’ordinateur
au ranch à Carmel et j’y allais le
matin, et puis je jouais au golf, et je revenais
le soir. On travaillais jusqu’à 22
ou 23 heures certaines nuits.
Minghella : [Rires] C’est un moment sensationnel,
vraiment sensationnel de la discussion ! «
J’ai fait le montage pendant une semaine
et je jouais au golf l’après-midi
» ?!
Eastwood : Et bien, il faut se libérer
l’esprit, puis revenir au film.
Minghella : Mais sérieusement, vous avez
vraiment travaillé pendant une semaine
seulement dans la salle de montage ?
Eastwood : Environ une semaine, oui.
N : Anthony, vous seriez toujours en train de
faire le montage de « Cold Mountain »
si vous le pouviez, n’est-ce pas ?
Minghella : En effet. J’en suis tellement
humilié. Je fais certainement quelque chose
de faux. [Rires]
N : Clint, vous êtes célèbre
pour ne faire que très peu de prises. Cela
doit aider pour la salle de montage parce qu’il
n’y a pas trop à choisir.
Eastwood : J’ai fait un film avec Vittorio
De Sica il y a des années, et il ne tournait
jamais plus que nécessaire. On était
au milieu d’une phrase, et il disait, «
Stop ! » On disait, « Puis-je juste
terminer ma réplique ? J’ai la bonne
énergie ! » « Non, non. Je
ne vais pas utiliser ça ! »
N : Que pensez-vous des « test-screening
» des films ?
Minghella : Oh, c’est révoltant.
Quand on va dans une salle de preview, on devient
une cible pour le public. Cependant, si j’avais
fait des films sans l’implication des studios,
je serais toujours en train de les prévisualiser.
Ce que je ne ferais pas, c’est de supposer
qu’il y a une quelconque science dans le
processus de prévisualisation. Je pense
que le fait d’examiner le film sans personne
est un moyen très utile de le comprendre.
Eastwood : C’est comme si on nous arrachait
les ongles, pourtant.
Minghella : Je me rappelle quand
j’étais avec un département
de Paramount pour une preview de « Ripley
», et les réactions étaient
tellement défavorables, parce que Ripley
n’était pas capturé à
la fin du film. J’ai en fait dû sortir
de la salle de prévisualisation, parce
que je ne pouvais pas y rester plus longtemps.
Je me baladais dans Melrose. Je ne connais pas
très bien Los Angeles, et je n’avais
pas d’argent. Je traînais, et cette
voiture de police a ralenti pour voir ce que je
faisais. Je me tenais devant Paramount en pensant,
Ils détruisent mon film là-bas dedans.
N : Peter, avez-vous fait des prévisualisations
des films du « Seigneur des Anneaux »
?
Jackson : Non. La chose principale que nous devions
faire était de passer le test Bob Shaye.
[Shaye est le vice-président et CEO de
New Line.] Parce que « Le Seigneur des Anneaux
» est complexe – il y a beaucoup de
personnages, et on ne peut pas toujours se souvenir
de leurs noms – on a pensé, si on
atteint un niveau où Bob Shaye peut comprendre
le scénario, c’était tout
ce qu’on avait à faire.
N : Il y a eu une prévisualisation du
« Retour du Roi » pour les critiques
à Washington, D.C., et juste avant la grande
séquence de bataille l’image s’est
retournée. En avez-vous entendu parler
? Est-ce que ça a fait exploser votre tension
artérielle ?
Jackson : [Rires] Et bien, ouais. J’ai
juste pensé que le projectionniste était
un crétin fini. Il n’y a pas d’autre
explication, parce que c’est arrivé
deux fois, d’après ce que j’ai
compris. La première fois que c’est
arrivé, ils ont tout remis en place, ce
qui a pris environ 20 minutes. Ils ont recommencé,
ça a fonctionné – et puis
quelques bobines plus tard, c’était
de nouveau à l’envers.
Eastwood : C’est un vrai cauchemar.
Jackson : Oh, ouais.
N : Parlons un peu du piratage. Anthony, on a
vu des DVD de « Cold Mountain » en
vente dans le métro de New York, pour 10
dollars.
Minghella : Vraiment ? Avant ou après
la sortie ?
N : Après la sortie.
Minghella : Le film est sorti le jour de Noël,
et un ami à moi était en Asie du
Sud-Est pendant les vacances, et il a dit que
le film était vendu pour un dollar dans
la rue.
Jackson : On l’a sorti juste avant Noël,
et un ami à moi était en Thaïlande,
et le lieu de séjour dans lequel il était
diffusait le film sur la TV d’un bar.
N : La Warner Bros. a suggéré la
suppression des screeners destinés aux
Oscars, comme moyen pour stopper le piratage,
mais ils ont finalement envoyé des copies
de « Mystic River » aux votants.
Eastwood : Ouais, effectivement. J’ai découvert
qu’on ne pouvait pas simplement envoyer
les cassettes qu’à certaines personnes.
J’ai des sentiments partagés par
rapport à ça. Je pensais que les
studios devaient commencer par maintenir l’ordre
chez eux. Il y a tant de fuites dans ces studios.
Il y a tant de départements qui appellent
en disant, « J’ai besoin de 139 cassettes
tout de suite ! »
Jackson : Tout le monde déteste le piratage
parce qu’il a le potentiel de vraiment endommager
l’industrie des films, et cela va seulement
s’empirer avant de s’améliorer
– si jamais ça s’améliore
un jour. Mais pour moi tout le concept du screener
a été mal défini. Il n’y
a eu de consultation avec personne.
Coppola : C’était tordu.
Eastwood : L’année passée,
je crois que la Warner Bros. a probablement envoyé
400'000 cassettes. Ils voulaient réduire
ce chiffre à zéro. Donc ils ont
commencé à insulter différentes
branches de l’industrie, en disant que telles
personnes n’étaient pas dignes de
confiance. Tout le monde s’est en quelque
sorte rebellé, et c’était
justifié.
N : Des mesures de sécurité ont
évidemment été prises.
Jackson : On envoie nos films pour les doublages
étrangers. Et cela doit sortir des semaines
à l’avance, donc ce qu’ils
finissent par faire, et cela m’a plutôt
surpris, c’est qu’ils envoient une
cassette au Japon ou en Espagne, et ils cachent
tout l’écran, sauf une petite fenêtre,
qui est la bouche de l’acteur, et si l’acteur
bouge, la petite fenêtre suit la bouche.
L’acteur essaie de doubler la voix, et il
ne peut rien voir ! [Rires]
N : Quatre d’entre vous ont adapté
des livres cette année. Est-ce que les
lecteurs comprennent que vous n’avez aucune
intention de détruire d’une manière
ou d’une autre leurs livres préférés
?
Minghella : Je pense qu’une des choses
qui est vague dans cette notion, c’est que
d’une certaine manière, une version
filmée du livre anéantit le roman.
Jackson : C’est tout à fait exact.
Je parlais souvent avec des fans qui étaient
en quelque sorte inquiets parce qu’on allait
menacer le livre de Tolkien. Et j’ai simplement
dit, « C’est le livre qui est le chef-d’œuvre,
pas le film. On ne vous demande pas, lorsque vous
verrez le film, d’apporter votre livre pour
le brûler. »
N : Peter, au risque de générer
des messages de haine venant des fans, vous n’allez
pas vraiment faire « Le Hobbit »,
n’est-ce pas ? Même si vous pouvez
avoir les droits, pourquoi prendre le risque de
ruiner tout cela de façon rétroactive
?
Jackson : [Rires] Je ne sais pas. Je n’y
ai pas vraiment pensé, et j’y penserais
si jamais ils m’appellent.
N : Sofia, pourquoi pensez-vous
qu’il est si difficile pour les femmes d’être
nominée pour les Oscars en tant que réalisatrice
? Si vous êtes nominée, vous serez
la première femme Américaine à
être dans ce cas.
Eastwood : Est-ce vrai ?
Jackson : C’est incroyable.
N : Les seules femmes qui ont été
nominées pour meilleur réalisateur
sont Jane Campion et Lina Wertmuller.
Coppola : C’est dur à croire…
Je ne sais pas. Et bien, heureusement, vous savez,
ce ne sera pas toujours aussi rare.
N : Ok, nous sommes prêts à vous
libérer. Merci d’avoir été
aussi généreux avec votre temps.
Eastwood : C’était un plaisir. Un
plaisir d’être avec vous tous.
Minghella : [En riant, vers Eastwood] Vous avez
passé presque autant de temps ici que pour
monter vos films !
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