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Peter Jackson, Seigneur du Cinéma ::.
Par Richard Corliss
Time Magazine, 26 avril 2004
En 1996, Roger Ebert a qualifié
Fantômes contre Fantômes de
démo plus que de véritable film,
comme une sorte de cassette daudition préparée
par un expert des effets spéciaux qui veut
un vrai travail, en espérant impressionner
suffisamment un producteur. Ebert ne pouvait pas
savoir à quel point il avait raison en
agissant de la sorte. En créant le film,
Jackson avait accumulé une énorme
quantité de technologies pour les effets
spéciaux. Il avait juste besoin du bon
sujet dans lequel placer ses cyber-jouets pour
un usage spectaculaire.
Le sujet, nous le savons, concernait
les guerres de la Terre du Milieu. Les livres
du Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien
ont donné à Jackson lhistoire
dune quête impliquant des douzaines
despèces exotiques et des centaines
de cadres magnifiques ou diaboliques. Pendant
une période de sept ans dans sa Nouvelle-Zélande
natale, Jackson a donné vie à cette
vaste trame, en gagnant finalement près
de 3 milliards de dollars dans les salles de cinéma
et encore beaucoup plus grâce aux DVD et
K7. Il a mélangé de laction
en temps réel avec des animations informatisées
dune façon qui ne pouvait pas être
réalisée, ou même imaginée
il y a 10 ans. Dune autre façon,
tout aussi importante, la trilogie a animé
la fantasy avec une grâce et une gravité
jamais vue sur une échelle aussi énorme.
Le SDA était un joli coup artistique et
financier, si impressionnant que même lAcadémie
était stupéfiée, en donnant
au film 11 Oscars.
Aujourdhui le projet semble
en or. Mais Hollywood na pas toujours pensé
de cette manière. Disney-Miramax a rejeté
la proposition de Jackson, même avec un
compromis de deux films. Les rejets du bureau
principal ont peut-être rappelé léchec
de la version animée du Seigneur des
Anneaux de 1978, également en deux
parties (la deuxième na jamais été
faite). Pour des raisons plus éloignées
du box-office, les sponsors potentiels devaient
simplement mesurer les 300 millions de dollars
dont Jackson avait besoin pour faire la trilogie,
en comparaison des misérables 35 millions
de dollars gagnés par ses cinq longs métrages
précédents.
Ces premiers films possédaient
une imagination abondante et un talent pour la
création deffets effrayants ou gore
avec des budgets minuscules. Bad Taste,
avec, pour la première fois, le réalisateur
dans un rôle principal, parlait daliens
chassant des humains pour leurs valeurs gastronomiques.
Meet the Feebles était, nous en
sommes sûrs, la première comédie
musicale avec uniquement des marionnettes. Le
héros de Braindead (aussi connu
sous le nom de Dead Alive) était aspiré
dans les organes reproductifs de sa maman, un
monstre zombie de 6 mètres de haut (une
marionnette), puis combattait pour ressortir.
Seul Créatures Célestes, une étude
honnête et enthousiaste des obsessions de
ladolescence, avait généré
de nombreuses bonnes critiques, mais ce nétait
toujours pas un grand succès. Ce que ces
films, avec Fantômes contre Fantômes,
ont montré, cest le don de Jackson
pour tourner des prises farfelues qui, malgré
tout le sang sur les murs, démontrait un
amour des astuces des films et des possibilités
illimitées.
Pour être juste envers tous
les magnats qui sont passés à côté
du SDA, aucun des premiers films ne suggérait
que Tolkien et Jackson (dont la géniale
corpulence suggère un mélange entre
Sam Gamgee et Boromir) iraient bien ensemble.
En effet, les admirateurs de longue date de Jackson
sattendaient à ce que le cycle de
lAnneau parte dans un délire du genre
Dead Alive. Cela nest pas arrivé.
Les vieux films peuvent être anarchiques
; la trilogie devait être conservatrice.
Le devoir de Jackson, comme il la accompli,
était de créer une traduction fidèle
de la Terre du Milieu une sorte de clonage
dun média à un autre. Son
triomphe était de superviser une production
aussi énorme que ces premiers films avaient
été intimes, et davoir conserver
les grandes lignes à lesprit en enrichissant
chaque moment à lécran. Les
créateurs de films ont apprécié
lampleur et la profondeur de son engagement.
Les spectateurs ont réagi de la même
manière. Et les exécutifs des studios
ont appris quune fois de temps en temps,
cela vaut la peine de faire confiance à
la passion et à la vision dun réalisateur.
Maintenant que Jackson a tout
ce pouvoir, que va-t-il en faire ? Refaire King
Kong, un film de monstres quil aime depuis
quil est tout petit. Et Universal Pictures
est heureux de financer la troisième version
dune histoire que la plupart des personnes
pensaient être parfaite la première
fois (en 1933, quand le grand singe escaladait
lEmpire State Building) et inutile la deuxième
fois (en 1976, quand Kong avait un rendez-vous
avec le World Trade Center).
Cela semble être le caprice
dun gosse riche dans le corps dun
homme. Mais cétait une erreur de
sous-estimer limagination et lambition
de Jackson à cause de largent. Cela
serait de la folie dagir à nouveau
de la sorte.
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