Retour au SeuilLes Webmestres, etc...Page PrécédentePage SuivanteMettez ce site dans vos favorisLes Forums concernant le film, Tolkien, la Fantasy, etc...Venez chatter !Venez signer ou lire le livre d' orCe site vous plait ? Conseillez le à un ami !Section achat d' Elbakin.net
 

Auteurs, E-mail : Thys
Dernière Mise à jour : 16/01/2003

Les articles. Provenant principalement de journaux de Nouvelle-Zélande, mais pas seulement. Il s'agit bien évidemment d'une sélection, pour ne retenir que le plus intéressant de ce qui peut paraître dans la presse, et non pas un enième article répétant ce que tout le monde sait déjà.

Retour Index Film

.:: Une limite parfois étroite entre la fantasy et la réalité ::.

La plupart des gens n'ont pas besoin d'une carte pour savoir que la Terre du Milieu ne se trouve pas quelque part près de l'Iraq, ou encore de la Corée du Nord. Mais la star du Seigneur des Anneaux Viggo Mortensen a ressenti le besoin de rappeler ce fait géographique évident aux gens, il y a quelques semaines, lors de son apparition dans "The Charlie Rose Show" où il portait un T-shirt fait maison sur lequel on pouvait lire " Plus de sang pour du pétrole ". Apparemment, Mortensen a été atterré d'entendre des gens proposer des analogies post 11 septembre simplistes avec l'univers imaginaire des Hobbits, des Orcs et des sorciers hirsute de J.R.R. Tolkien.

Mais si Mortensen est opposé aux interprétations des Deux Tours qui leur donneraient un rapport avec les événements contemporains, les producteurs du film ne partagent apparemment pas ses scrupules. Chacun des deux premiers films de la trilogie comporte des citations faisant allusion au besoin de courage et de résolution dans les temps difficiles, certains points font clairement penser au 11 septembre et à ses conséquences.

Tolkien lui-même aurait sans doute approuvé la position rigoureuse de Mortensen sur l'interprétation. L'Anglais fumant sa pipe, professeur à Oxford était assez intransigeant avec quiconque voulait voir un rapport avec des événements contemporains dans sa trilogie, qu'il a écrite entre 1936 et 1945 - années qui ont été témoins d'une guerre mondiale, de la naissance de la bombe A et de la mort de l'empire britannique. " Ce n'est ni une allégorie ni un fait d'actualité. " déclare-t-il dans la préface de la seconde édition de sa trilogie. " Je déteste l'allégorie dans toutes ses manifestations. ".

Doit-on prendre Tolkien au mot ? Est-ce que sa trilogie est un phénomène culturel et l'initiateur de toute la littérature fantasy uniquement parce que c'est une énorme et superbe histoire sur de petits hommes avec de grands pieds poilus ? Ou nous donnons nous le droit de creuser sous l'intention de l'auteur, en espérant trouver des indices pour comprendre pourquoi le film Les Deux Tours a déjà rapporté presque 300 millions de dollars ?

A la différence de certaines formes de fictions moins grandioses, les histoires épiques telles que le cycle de l'anneau de Tolkien se prêtent à toutes sortes d'interprétations. Quelle que soit votre manière de penser, vous devez pouvoir trouver son reflet dans Le Seigneur des Anneaux.

Bien que Tolkien ait été un catholique, il serait plus exact de l'appeler Romantique. Le Seigneur des Anneaux appartient à l'arrière-garde du romantisme européen, cette époque de poètes amoureux de la nature, méditant, se pâmant, de sonates enivrantes qui ont traversé le continent à la fin des années 1700. Le romantisme a été une réaction aux troubles de la Révolution Française, au rationalisme sans repos des Anglais et à la suie de la révolution industrielle.

Fondamentalement effrayés et méfiants par rapport à l'âge moderne qui arrivait, les romantiques ont trouvé le réconfort dans les ruines romaines, dans les histoires d'amour orageuses, dans les mythes héroïques du passé et en errant seuls comme les nuages au-dessus des collines et des vallées. C'était un mouvement constitué de nostalgiques, bien sûr, mais aussi de sceptiques qui savaient que le progrès n'est pas toujours progressiste.

Comme la plupart des romantiques, Tolkien regardait en arrière plutôt qu'en avant pour trouver son inspiration. Un linguiste et un érudit en littérature médiévale qui a consacré sa carrière au magnifique poème épique anglo-saxon "Beowulf," il a évité la mode littéraire des années 30 en Angleterre. Alors que le groupe Bloomsbury écrivait sur le sexe et les angoisses psychologiques, Tolkien recherchait les batailles archaïques de la littérature entre le Bien et le Mal, sur le modèle Wagnérien.

" Les livres sont héroïques et vertueux. Ils ne sont pas exactement une allégorie, ils peuvent être symboliques. Je ne l'ai pas lu aussi idéologiquement que Wagner. Mais je pense que c'est certainement héroïque. " dit Charles Muscatine, un professeur émérite de littérature médiévale à Berkeley.

Les penchants politiques de Tolkien, comme ses penchants spirituels, ne peuvent pas être cernés nettement. Dans ses lettres il exprime une sorte de doute radical à propos des buts de la guerre moderne, des bénéfices de la technologie, et spécialement à propos de la manière de se servir de ce pouvoir, quel qu'en soit les objectifs. Il se lamentait sur l'accélération de l'urbanisation de la campagne anglaise, une catastrophe qui se retrouve dans la destruction de la Comté, le havre pastoral des Hobbits.

Après la moitié du siècle, des critiques ont voulu lire Les Deux Tours comme une allégorie de la résistance anglaise face à l'Allemagne Nazi, avec la bataille de la citadelle du gouffre de Helm qui représente la forteresse anglaise, vers 1940. Aujourd'hui, des commentateurs essaient de comparer Les Deux Tours à la tragédie des tours jumelles.

Mais ce que Tolkien exprime vraiment dans Le Seigneur des Anneaux, dit Jed Wyrick, un professeur de théologie à Cal State Chico, n'est pas une propagande clinquante, mais un sens profond du pressentiment de la perte d'un monde lourd de sens, un monde dans lequel une forêt, une clairière ou même les mots du langage peuvent posséder des vies anciennes et multiples. Un monde, craint Tolkien, dans lequel tout ce qui a de la valeur pourrait être bientôt dépassé par la marche de la modernité.

" Il y a une similarité remarquable entre les idées de Tolkien sur la technologie et ce que Martin Heidegger dit du fait de considérer le monde autour de nous comme quelque chose à exploiter, que la technologie voit le monde comme quelque chose qui attend qu'on se serve. " dit Wyrick, en se référant au philosophe Allemand existentialiste. Dans la trilogie de Tolkien, les symboles ultimes de la technologie sont les anneaux, qui traitent les gens eux-mêmes comme de la chair à canon. Les Hobbits sont vertueux " parce qu'ils sont simples, parce qu'ils ne veulent pas utiliser d'autres choses comme ressources à piller. Ils peuvent résister. ".

.:: Le tableau complet :

Ceux qui espèrent faire de Tolkien un champion des valeurs occidentales veulent aussi prendre en compte son avis négatif sur les cultures non-occidentales. Tolkien détestait et a dénoncé le troisième Reich, il a aussi exprimé son amour pour l'esthétique " du noble esprit nordique ", un sentiment qui n'aurait pas été déplacé au rassemblement de Nuremberg. Parmi les méchant des Deux Tours figurent les Orcs basanés pseudo humains et les Haradrim, sombre de peau, portant le turban, venant du sud, dont l'apparence (spécialement de la manière dont elle est rendue dans le film) contraste avec les peaux claires et le style celtique anglais des héros. Dans un article du web, l'érudit anglais Stephen Shapiro note que dans certains pays européens " Tolkien est devenu le chéri de la droite extrême ", dont les habitants ont récupéré ses mythes guerriers pour conforter leurs croyances fascistes.

Ce n'est pas pour condamner Tolkien avec le recul du 21ème siècle. C'est plutôt pour suggérer que, bien qu'il ait résisté à cette idée, il était, comme la plupart d'entre nous, un homme de son temps. Il ne pouvait faire autrement que prendre en compte l'anxiété flottante et les préjugés de son époque, non plus que nous ne pouvons cesser de respirer l'éther intellectuel de la notre.

Nous y voilà : les symboles et les allégories sont dans le regard d'observateurs particuliers, dans un lieu et un temps particulier. Comme l'anneau de l'histoire de Tolkien, ce sont des instruments puissants qui peuvent être facilement utilisés dans des buts que leur créateur n'a jamais voulu. Alors sous la couche des interprétations, comme du métal terni, n'oubliez pas de prendre en compte la source.