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Auteurs, E-mail : Guybrush
Dernière Mise à jour : 08/12/2003

Les articles. Provenant principalement de journaux de Nouvelle-Zélande, mais pas seulement. Il s'agit bien évidemment d'une sélection, pour ne retenir que le plus intéressant de ce qui peut paraître dans la presse, et non pas un enième article répétant ce que tout le monde sait déjà.

Retour Index Film

.:: Critique du Retour du Roi par le Chicago Tribune ::.


Par Mark Caro

WESTWOOD, Calif. - - « Le Retour du Roi », assez logiquement, comporte un personnage clé réclamant sa couronne, mais le film marque réellement le couronnement de la saga « Le Seigneur des Anneaux » elle-même.

Ce dernier épisode de 200 minutes de la trilogie poursuit les 357 minutes qui ont fait « La Communauté de l'Anneau » et « Les Deux Tours ». Filmés d'un bloc en 274 jours en Nouvelle-Zélande avec un budget de 300 millions de dollars et un jet massif de dés de New Line Cinema - - et sorti sur trois décembre consécutifs avec « Le Retour du Roi » atteignant les salles à 00h01 le 17 décembre - - « Le Seigneur des Anneaux » revendique maintenant son droit d'être le Plus Grand, Le Plus Splendide Film Epique de Tous Les Temps.

L'objectif est-il atteint ?


« Et bien, contre quoi le mettons-nous à l'épreuve ? » Ian McKellen, qui incarne le sage, et bien armé magicien Gandalf, questionné le matin de la première du film, mercredi, à Westwood. « Je ne pense pas qu'il ait un rival, vraiment. »

L'histoire ne le saura pas avant que les mordus de cinéma aient la chance, enfin, de digérer la fin de ce repas massif, mais considérons les précurseurs, s'il y en a.

Bien sûr, d'autres mini-séries TV et des films ont dépassé « Le Seigneur des Anneaux » en longueur, mais aucun ne peut exposer l'envergure de l'adaptation massive de J.R.R. Tolkien du réalisateur/co-auteur Peter Jackson. Les amateurs de films peuvent montrer du doigt un film muet classique de Erich von Stroheim, « Greed » (1925), qui faisait à la base huit heures mais était sorti à une fraction de cette longueur et n'est pas exactement un vaste standard culturel.

Bien que les deux premiers films « Le Parrain » soient parmi les plus grands films jamais faits, ils sont distinctement un film et son ambitieuse suite, et « Le Parrain, 3ème Partie », faite 16 ans plus tard après « 2ème partie », n'est pas une grande réussite. Les films « Retour vers le Futur » avaient un succès mérité et deux suites insatisfaisantes. Cela semble familier aux fans de « Matrix » ?

Les films de Indiana Jones, James Bond et Star Trek sont des séries sans histoire recherchée ou poids émotionnel. Bien que chaque épisode de « Harry Potter » s'appuie sur le bloc de ses prédécesseurs, ils sont essentiellement épisodiques.

Une ouvre plus sérieuse

Il faudrait revenir à la première trilogie « Star Wars » pour trouver des films qui rivalisent avec « Le Seigneur des Anneaux » en impact culturel et artistique. « Star Wars » est un phénomène vaste, mais il est vraisemblable que l'on se souvienne du « Seigneur des Anneaux » comme l'ouvre la plus sérieuse, en particulier alors que la « deuxième » trilogie -en cours- de George Lucas continue de brasser de l'air.

Viggo Mortensen, qui incarne le prétendu roi Aragorn dans « Le Seigneur des Anneaux », a dit qu'il s'attendait à ce que la trilogie de Tolkien rejoigne « Star Wars » et « Le Magicien d'Oz » sur le paysage culturel, « mais je pense que c'est beaucoup plus profond que ces histoires. Je ne pense pas que 'Star Wars' aurait été fait si ce n'était pas pour les livres de Tolkien, pas de la manière dont c'était fait. Lucas a parlé de sa dette envers Joseph Campbel. mais tous les thèmes qui sont dans 'Star Wars' sont traités d'une manière plus profonde et plus étendue dans 'Le Seigneur des Anneaux'. »


De plus, 'L'Empire Contre-Attaque' et 'Le Retour du Jedi' n'auraient jamais été faits si 'Star Wars' n'avait pas été un aussi énorme succès, alors que New Line s'est engagé à faire les trois films 'Le Seigneur des Anneaux' avant même qu'un billet soit acheté.

« La raison pour laquelle je veux lui donner un Oscar est que Bob Shaye [le président de New Line] a parié la société sur ces films, » déclare l'ancien chef de la production d'Universal Pictures, Tom Pollock, qui était l'avocat de Lucas pour la première trilogie « Star Wars ». Ils sont des joueurs dans un business qui fonctionne avec des comptables. Parce que plus personne ne parie la société sur un film.


De plus, alors que la première trilogie « Star Wars » se concluait avec le film le moins harmonieux du groupe, 'Le Retour du Jedi', il y en a peu qui considèrent que le nouveau « Le Retour du Roi » sera anti-émotionnel. Des jugements précis et critiques devront attendre la date de sortie du film, mais en terme d'ambition, d'engagement émotionnel et à l'envergure absolue, « Le Retour du Roi » transforme en nain (désolé, Gimli) ses prédécesseurs.

Même le siège massif du Gouffre de Helm des « Deux Tours » semble être un simple échauffement pour l'attaque de Minas Tirith dans « Le Retour » - - avec les horribles Orcs et les héroïques Gondoriens se catapultant d'énormes rochers les uns sur les autres- - et la bataille des Champs du Pelennor, alors que les gigantesques éléphants aux multiples défenses et ces hideux, hurlants Nazgul rejoignent la bagarre avec des centaines de cavaliers (et des femmes et des Hobbits).


"Le côté épique et spectaculaire a augmenté à chaque fois », déclare Jackson, décidément pas prétentieux, ressemblant à une silhouette de Play-Doh avec ses lunettes larges et arrondies, et ses shorts et t-shirt rayés à manches courtes. « La technologie a vraiment été développée pendant les deux ou trois années alors que nous étions en train de travailler sur les films, donc cela nous a permis de faire des choses dans 'Le Retour du Roi' qui n'auraient pas été vraiment possibles même dans les jours de 'La Communauté de l'Anneau' ».


La motivation de Jackson

Pourtant, Jackson a dit qu'il ne pensait pas créer un classique éternel quand il décida à la base d'adapter le roman épique en trois parties de Tolkien, concernant une petite créature - - un Hobbit nommé Frodon (Elijah Wood) - - qui fait une quête pour détruire un puissant et mortel anneau dans un cratère enflammé d'un empire diabolique. « La motivation pendant sa création était vraiment de faire un film de fantasy qui était dans le genre de ce que j'aimais quand j'était un enfant, » dit-il. « J'adorais 'Sinbad' et 'Jason et les Argonautes' et ces styles de film.

Il a fait un film de fantasy, c'est clair, mais aussi un film de guerre, un film de quête, un film de monstre (l'araignée géante Arachné devrait donner des cauchemars aux arachnophobes) et une histoire d'amour. Ok, ce n'est pas vraiment une histoire d'amour, mais donner à ces gars des points pour avoir essayé. Tout comme pour la place de ses films dans l'histoire, Jackson exprime des doutes à propos des spéculations. « J'en suis si près. Nous l'avons terminé il y a juste quelques semaines, et je suis encore épuisé par l'expérience, » dit-il en riant, puis remarquant plus tard : « Cela a pris seulement 14 mois à Frodon pour atteindre la Montagne du Destin. Cela nous a pris 7 ans pour faire les films. »

« Le Seigneur » et producteur Barrie Osborne ne voit aucun besoin pour une telle modestie. « En terme de trilogie en général, oui, définitivement, c'est la plus grande réalisation épique jamais faite, » dit-il. « Est-ce que nous avons mis en place la plus grande réalisation épique ? Nous avons donné vie aux romans de Tolkien dans une forme différente, à l'écran, mais en entreprenant ce que je suppose être la plus grande réalisation épique jamais portée à l'écran. »

« Nous l'avons fait pour qu'il dure pendant des générations, » dit le compositeur Howard Shore, dont la musique n'utilise aucun instrument électronique. « Nous savions à quel point 'Le Seigneur des Anneaux' était important pour des générations de personnes. Il existe depuis 50 ans, a été traduit dans 40 langues. C'est un des livres les plus importants du 20ème siècle. Et ceci est peut-être bien la seule interprétation « en film » du 'Seigneur des Anneaux' [sans compter la version précédente en dessin animé]. On ne peut même pas imaginer quelqu'un d'autre essayant d'en faire une autre version. »


Tout le monde n'a pas mordu à la Hobbit-mania. Journaliste au Online film, Jeffrey Wells, qui n'avait pourtant pas vu « Le Retour », a dit que malgré son admiration pour l'art des films précédents, « J'ai juste l'impression que je me noie dans cette densité, dans ces ténèbres. Je ne peux pas dire que ce ne sont pas de bons films. Je ne peux juste pas les apprécier. »

Wells était aussi dubitatif que les films du « Seigneur » aient beaucoup d'impact chez les jeunes mordus de cinéma, comme ses fils de 15 et 13 ans. « Ils sont genre 'OK, cool' », dit-il. « Ils n'en parlent plus après. Ce n'est pas dans leurs cours, en tout cas de la manière dont ils m'en parlent.


Wells ajoute : « Je ne pense pas que les gens croient au bien et au mal de la manière dont ils étaient habitués. Cela semble bien trop simpliste. Aujourd'hui les enfants de 15 ans on un regard bien plus cynique sur les choses. »


Mais Britanny Snow (17 ans), qui joue dans la comédie « American Dream » sur NBC-TV et avait un ticket pour la première du « Retour », a dit que, bien que toutes les adolescentes n'aiment pas la trilogie autant qu'elle, « C'est vraiment respecté pour être dans 'Le Seigneur des Anneaux'. Celui-ci a un véritable genre de prestige. »

La plainte disant que « Le Seigneur des Anneaux » présente trop d'aspects blancs-noirs dans un monde de plus en plus gris semble aussi en désaccord avec l'histoire des contes. Le Britannique Tolkien a écrit ce chef-d'ouvre avec la Deuxième Guerre Mondiale comme environnement, et a été publié en trois parties (« La Communauté », « Les Deux Tours », « Le Retour » en 1954 et 1955), pour aboutir à des critiques extrêmement variées.

La popularité prend du temps

Alors que le film « Le Magicien d'Oz » (1939) a mis des années pour être considéré comme un classique (il n'a pas rentabilisé son investissement jusqu'à sa re-sortie en 1949), le roman épique de Tolkien n'est pas devenu un vrai phénomène jusqu'au milieu des années 1960, lorsque la contre-culture l'a adopté, faisant de « Frodon est en vie » une phrase importante et populaire. Maintenant nous vivons dans une période relativement conservatrice, pourtant l'histoire continue de saisir l'imagination populaire.

« Les enfants des années 60 se voyaient eux-mêmes comme des gens ordinaires à qui on demandait de faire des choses peu ordinaires, et maintenant les soldats et Bush se voient eux-mêmes dans ce même rôle, » dit le professeur Lester Friedman de la Northwestern University. « Donc c'est l'appel de chaque homme. »

« Le Seigneur » réussi également à dépasser des limites culturelles majeures, ce qui aide à expliquer le fait que les deux premiers films fassent 1.8 billions de dollars au box-office international. « C'est vraiment à propos d'un gentleman anglais de classe moyenne qui doit sortir et défendre son monde, » dit Friedman.


Cependant, Friedman, pourtant en train de travailler sur une étude importante de Steven Spielberg, ajoute que l'histoire de Tolkien fait aussi penser au thèmes typiquement américains de « Il faut sauver le soldat Ryan » : tous les jours des gens font preuve d'héroïsme. « Le Seigneur » semble avoir une signification particulière aujourd'hui.

« Je pense qu'il a clairement bénéficié des sentiments américains, comme ils sont sous le siège de forces démoniaques prêtes à les détruire, donc nous pouvons nous mettre à la place de Frodon et sa bande d'une manière très viscérale, » dit Friedman. « Cette idée que notre monde sûr est menacé, ce qui est en effet au centre du 'Seigneur des Anneaux', fait de lui une expérience bien plus directe et émotionnelle pour nous. »

Frodon ne vit pas partout. Les souvenirs bons marchés et les magasins memorabilia du Hollywood Boulevard sont généreusement remplis de photos de célébrités et de posters classiques du film mais il y a peu de signes de la Terre du Milieu. « Nous avons eu quelques posters différents [du « Seigneur »], et ils ne se sont pas vendu, » dit l'employé du Hollywood Tourist Center, Moe Sahare, qui a ajouté que les marchandises du film les plus populaires du magasin concernaient "Le Parrain (1983)."

Mais à Santa Monica, le magasin Puzzle Toy expose une grande vitrine de figurines « Le Seigneur des Anneaux » et d'autres objets de collection entre 35 et 109 dollars - - incluant des gobelets, des verres et des bustes en céramique des personnages - - dans une vitrine à l'intérieur. Quelques figurines « Star Wars » dans une vitrine adjacente avaient un prix plus élevé, mais le vendeur Elfrem Davis explique que de nombreux produits « Le Seigneur » ont été vendu, avec les figurines représentant Orlando Bloom/Legolas qui étaient parties le plus vite.

« Avec 'Star Wars', les gens n'ont pas aimé les films mais ont acheté les pièces de collection, » dit Davis. « Avec 'Le Seigneur', les gens aiment les films et achètent les pièces de collection. »

Il ajoute que, bien que la plupart de ces clients aient entre 20 ou 30 ans, l'intervalle d'âges va des enfants aux personnes dans leurs soixantaine - - et les femmes achètent aussi souvent que les hommes. Ce modèle représente les films à « quatre-quadrants » démographiques - - hommes et femmes, jeunes et vieux - - fait par New Line.


La fantasy a été traditionnellement un genre favori des hommes, pourtant les voix de femmes dominaient à la première de Westwood, ce qui représente une foule bien plus grande de spectateurs en comparaison de ce que Tom Cruise, ses co-stars et les gars faisant partie de la liste A (comme Will Smith) ont obtenu pour la première du « Dernier Samouraï » dans le même cinéma deux nuits plus tôt. Mercredi soir, Bloom, sans surprise, a récolté les plus grands cris.

« C'est un accomplissement incroyable, » dit McKellen en parlant de la trilogie, « et cela ne serait pas remarquable, bien sûr, si personne n'avait aimé. Le fait est que cela a été aimé par énormément de personnes, donc ce n'est pas seulement monstrueux dans son ambition, mais la réaction a correspondu à l'accomplissement ».

Et si le conte de Tolkien offre un message positif pendant des périodes difficiles, c'est tant mieux.

« Bien qu'il s'agisse surtout du bien et du mal, la force est entièrement située sur les bonnes personnes, » dit McKellen. « On ne voit jamais le méchant. Sauron est juste un oil ; il est une notion ; il est une menace, une force.

« Je pense que les gens répondront à ça. Je pense qu'ils aiment peut-être l'idée d'une communauté de bonnes personnes. Qu'il n'y ait aucun meneur d'église vous disant ce qui est vrai ou faux. Il n'y a pas d'église à Hobbitbourg, pas de source de moralité. Tout est à l'intérieur de soi-même et des gens qui vous accompagnent. Donc c'est peut-être ça le charme. Mais qui peut le dire ? Peut-être que les gens aiment simplement regarder des images magnifiques. »

Copyright © 2003, Chicago Tribune


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