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Article du "Creative Screenwriting"
::.
Cela serait un véritable
crime si Le Seigneur des Anneaux, Le Retour
du Roi ne remportait pas les Oscars du Meilleur
Scénario Adapté, du Meilleur
Film et du Meilleur Réalisateur.
La trilogie ne mérite pas simplement
ces récompenses ; elle les a gagnées
honnêtement. Dans l’histoire
du cinéma, aucune série ou
trilogie cinématographique n’a
jamais réussi à maintenir
une si haute qualité de narration
pour trois films consécutifs, et
plus important, aucune n’a abouti
sur un dernier épisode aussi impeccable.
Il est difficile de citer d’autres
trilogies contenant trois super films harmonieux,
mis à part celle de Sergio Leone,
« L’Homme sans nom » :
Pour une poignée de dollars, Et pour
quelques dollars de plus, et Le bon, la
brute et le truand, ou celle de Kieslowski
: Bleu/Blanc/Rouge. La plupart des autres
trilogies deviennent trop gonflées
pour leur propre richesse à partir
du troisième film, ou alors s’essoufflent,
en conséquence les deux films précédents.
Cela indique à nouveau l’importance
de la place du Retour du Roi, autant comme
conclusion de la trilogie et comme excellent
film – et à quel point cela
serait tragique si l’Académie
faisait l’erreur de ne pas le reconnaître
comme tel.
Les origines
Beaucoup de trilogies cinématographiques
n’étaient pas prévues
comme telles au départ, mais étaient
plutôt des suites pour des films déjà
réussis. Il est important de se rappeler
que Le Seigneur des Anneaux était
lui-même une suite du plus petit livre
de Tolkien, Le Hobbit, ce qui signifie qu’au
moment où il écrivait la trilogie,
il était déjà tellement
immergé dans son monde que la qualité
narrative ne pouvait qu’être
meilleure après chaque page. Tolkien
a écrit Le Seigneur des Anneaux comme
une seule histoire épique, mais à
cause d’un manque (dû à
la guerre) de papier en Grande-Bretagne
et de meilleures stratégies d’édition,
son histoire a été séparée
en trois livres. Donc même avant que
les livres ne sortent, la vision originelle
de Tolkien avait était altérée,
bien que ce fut pour le meilleur. La popularité
de ces livres dans le monde entier est la
preuve que le fait de fractionner le conte
de Tolkien ne lui a pas fait de mal et qu’en
fait, cela l’a rendu plus accessible.
Sans surprises, dans le but de transposer
le livre à l’écran,
l’histoire épique de Tolkien
devait être une nouvelle fois modifiée.
En 1995, Peter Jackson commençait
une affaire avec Miramax grâce à
l’extraordinaire Créatures
Célestes. Après son prochain
film, Fantômes contre fantômes,
Jackson voulait aller plus loin en faisant
un film de fantasy. « Nous nous sommes
assis, nous en avons parlé, et nous
avons conclu qu’il n’y avait
qu’une seule histoire de fantasy fondamentale,
» se rappelle la scénariste
Philippa Boyens. « C’est Le
Seigneur des Anneaux – il faut qu’on
écrive quelque chose comme ça.
Et puis nous en sommes arrivés à
la réflexion évidente, ‘Pourquoi
ne pas voir si les droits sont disponibles
?’ ». Ils n’avaient pas
de grandes espérances , comme se
souvient Jackson « Lorsqu’on
est assis en Nouvelle-Zélande en
pensant, ‘Oh, j’aimerais faire
Le Seigneur des Anneaux,’ cela semble
vraiment stupide. Je pensais que cela serait
impossible. » Ils apprirent que le
producteur Saul Zaentz avait gardé
les droits pendant des années et
avait refusé plusieurs réalisateurs,
incluant un script de John Boorman, et étonnement
un projet de coopération entre Les
Beatles et Stanley Kubrick. Oui, Les Beatles.
Après tout, il y a un hobbit pour
chacun d’entre eux. Par chance, Miramax
venait de sauver Le Patient Anglais de Zaentz
alors que la Fox était prête
à tout annuler, et il devait une
faveur à Harvey Weinstein. Boyens,
Jackson, et la co-scénariste Fran
Walsh (la femme de Jackson) ont commencé
à écrire une ébauche
pour Miramax. « J’étais
horrifié parce qu’il y avait
cette impression écrasante, du genre
‘comment on fait ça ?’
Je ne savais pas et j’ai paniqué,
» dit Boyens. « Peter ne se
sentait jamais comme ça. »
La confiance de Jackson venait sans doute
de l’excellence du livre. «
On sentait qu’on allait dérailler
très rapidement si on essayait d’écrire
ces scripts pour plaire à tous les
fans du monde, » dit Jackson. «
On réalise que le seul moyen de vraiment
faire cela, c’est de dire, ‘Et
bien, on est des fans et on va écrire
pour nous et personne d’autre.’
Alors on a pris honnêtement cette
attitude égoïste depuis le début.
C’est une interprétation…
Ces films ont le même titre, mais
ils ne sont pas Le Seigneur des Anneaux.
Ce n’est pas comme si, lorsque La
Communauté de l’Anneau est
sorti, il y avait eu une réunion
où tout le monde devait brûler
sa copie du livre. Finalement ces films
vont devenir démodés et le
livre demeurera. Aussi, nous avions en quelque
sorte ce principe de base, c’est-à-dire
que nous l’écrivions pour des
gens qui l’ont lu il y a dix ans,
pas dix mois. » Fondamentalement le
projet de l’équipe était
de mettre en avant les aspects importants
de l’histoire et de perfectionner
les détails à volonté.
La touche finale que les
scénaristes ont donnée au
style de film fantasy, c’était
d’ajouter du réalisme. «
Ce n’est pas de la fantasy, »
dit Jackson. « C’est de l’histoire,
et Tolkien lui-même le voyait comme
de la pré-histoire et de la mythologie
de l’Europe. Il avait toujours eu
l’impression que l’Angleterre
semblait avoir perdu sa mythologie après
les invasions des Normands en 1066. Donc
ce monde avait 6000 ans dans l’esprit
de Tolkien. Nous avons construit là-dessus
et nous avons basé tout le film sur
la réalité. Le Rohan est basé
sur la culture scandinave. Le Gondor est
plus romain avec sa grande cité blanche
marbrée. Nous avons essayé
de le baser sur des choses qui semblent
familières plutôt qu’étrangères.
»
Ebaucher
L’équipe a
utilisé des artworks du SdA pour
l’inspiration et ils ont écrit
une ébauche. « On l’a
fait sous la forme d’une analyse de
séquence, » dit Jackson. «
On écrivait un en-tête comme,
‘EXT.Comté – Jour’
comme on le ferait dans un script et puis
on décrivait les scènes. Quelques
fois on ajoutait des dialogues, s’ils
fusaient. C’était trente pages
par film ; ainsi nous avons abouti à
nonante pages. C’était une
manière utile de commencer et de
rejeter ce qui n’allait pas. Chaque
personnage ou scène qui ne contribuait
pas clairement à l’essence
même de l’histoire – de
la quête de Frodon pour détruire
l’anneau – étaient rejetés.
L’équipe a aussi manifestement
déduit qu’il pouvait y avoir
une histoire d’amour pour Aragorn,
pendant sa quête pour devenir roi,
plus secondaire que celle entre Faramir
et Eowyn. En utilisant les appendices, ils
ont réussi à renforcer l’amour
entre Aragorn et Arwen sans jamais l’exagérer.
Le cadeau caché de
Tolkien pour les réalisateurs, c’était
la chronologie de sa trilogie dans les appendices
du Retour du Roi. L’équipe
les consultait occasionnellement, et cela
les a aidé à voir leur ébauche
comme une chronologie et cela les a même
aidé à faire interagir les
histoires. « Vous avez certainement
raison dans le sens où nous devions
créer une chronologie, » dit
Jackson. « Une des décisions
que nous avons prise très tôt
était de ne pas suivre la structure
assez simpliste que Tolkien avait créée.
Lorsqu’il a commencé Les Deux
Tours, ses personnages étaient séparés
en différentes histoires, et il a
structuré le livre pour que la première
moitié concerne Frodon et Sam, et
la deuxième, Aragorn. Il n’a
pas essayé de les faire interagir.
Dès le début nous avons décidé
que c’était la manière
dont nous allions présenter l’histoire,
et nous les ferions interagir autant que
nous le jugions nécessaire. Donc
on devait travailler la chronologie. Beaucoup
de personnes demandent pourquoi Arachné
n’était pas dans Les Deux Tours,
bien qu’elle y soit dans le livre,
et c’est en fait dû à
la chronologie parce qu’au moment
où Frodon et Sam rencontrent Arachné,
Gandalf et Pippin sont en plein siège
de Minas Tirith dans Le Retour du Roi. »
A part le fait de lier les
événements, la chronologie
aide aussi à lier les personnages.
« On a deux films où les personnages
principaux ne se rencontrent pas, ou alors
n’ont rien à faire les uns
avec les autres, ce qui est un peu étrange,
» dit Jackson. « Donc nous cherchions
toujours des solutions pour créer
d’une manière ou d’une
autre des connexions, en sentant que les
événements se passaient simultanément
et simplement donner l’illusion que,
bien qu’ils ne soient pas au même
endroit, il y avait des moments dans l’histoire
où il y avait une cohérence
pour le rythme des choses. » Miramax
approuva l’ébauche et finança
deux films avec un budget total de 70 millions
de dollars. La proposition a été
retravaillée et coupée en
deux, en divisant vraisemblablement Les
Deux Tours au milieu. Cela marqua la première
des erreurs grotesques de Miramax.
L’échec de MIRAMAX
Bien que Miramax fut au
premier rang des films rythmés des
années 90, la fantasy n’était
pas leur tasse de thé. Des remarques
étranges étaient faites. «
Une fois ils ont dit, ‘Pourquoi avez-vous
besoin de quatre hobbits ? Pourquoi pas
deux ?’ » se souvient Boyens.
« Harvey nous faisait des remarques,
» dit Jackson, « et il ressemblait
à un gars de la mafia et il disait,
‘Ecoutez, vous devez tuer un des hobbits.
Un des hobbits doit mourir.’ »
Puis les remarques étranges furent
remplacées par des problèmes
financiers. Lorsque Miramax a demandé
plus d’argent à sa société
mère, Disney, celle-ci a ressorti
les chiffres des précédents
films de fantasy et refusa de payer. Boyens
se souvient, ‘Miramax a dit, ‘Vous
allez devoir le raccourcir encore plus pour
être conforme à nos limites
budgétaires. Vous allez devoir faire
une version de deux heures, en un film.
Si vous n’acceptez pas notre version,
on la donnera à un de nos auteurs
et réalisateurs.’ On a trouvé
ça très déprimant parce
qu’on savait qu’on n’arriverait
jamais à imaginer comment ces films
fonctionneraient dans ce format. »
La bande de Jackson décida
de quitter le projet plutôt que de le ruiner,
et puisque Miramax voulait récupérer
ses 20 millions de dollars, l’agent de Jackson
négocia un délai de quatre semaines
pour qu’ils fassent affaire ailleurs. Cela
alluma une étincelle chez Jackson, réalisateur
devant l’éternel, de créer
un film. « Peter a passé une semaine
à faire une vidéo promotionnelle
montrant le travail de Weta’s digital [sa
société], les designs, et les armures,
» dit Boyens. « Avec encore trois
semaines [du délai de quatre semaines],
il prit un avion pour Los Angeles. La Fox ne voulait
pas le rencontrer parce qu’ils étaient
toujours offensé à cause du Patient
Anglais. Un autre studio déclara qu’ils
ne faisaient pas de films pour enfants. Et nos
possibilités se rétrécissaient.
» Seules deux sociétés mordirent
à l’hameçon : Polygram et
New Line. « Polygram était en train
d’être vendue, » dit Jackson,
« et nous a dit, peut-être dans six
mois, mais on avait que quatre semaines ! Alors
on a rencontré Bob Shaye chez New Line
et il nous a demandé, ‘Pourquoi faire
deux films ? Il y a trois livres – vous
devriez faire trois films.’ Et ils nous
ont dit qu’on pouvait avoir un budget de
100 millions de dollars pour le faire ! Harvey
était d’accord, et il a toujours
été très cool. »
« On devait tout réadapter
rapidement, » dit Boyens. «
On a fait une ébauche de chaque film
et puis on réécrivait chaque
jour pendant dix-huit mois. » Les
trois films furent tournés à
la suite. « Certains jours on écrivait
pour sept unités différentes
de tournage, » dit Boyens. «
Alors si jamais vous désirez ardemment
tourner trois films dans le désordre
avec vingt-deux personnages principaux –
il y a une raison pour laquelle ce n’est
pas fait trop souvent ! »
Décrire le mal
Les scénaristes ont
initialement eu des problèmes avec
le méchant du film, qui est plus
symbolique et thématique que physique.
« Nous avons découvert assez
tôt – en terme de manifestation
du mal – que Sauron est très
effrayant, » dit Boyens, « mais
c’est un œil incorporel, et quand
on essaie d’en faire trop avec lui,
ça ne fonctionne vraiment pas. Une
des choses que nous avions toujours devant
nous, c’était l’anneau.
Au début du premier film, Frodon
sait que Sauron adore l’anneau, et
qu’il en a besoin. Et c’est
vraiment le combat entre Frodon et l’anneau
qui est au centre de l’histoire. Et
c’est l’anneau – pas Sauron
– qui est le méchant parce
que c’est un mal bien plus présent.
»
« Nous devions créer
quelque chose qui allait au-delà
d’être juste un bout de métal
sur une chaîne, autour du cou de Frodon,
» dit Jackson. En se basant sur le
livre, les scénaristes ont trouvé
un moyen de donner une voix à l’anneau,
sans faire de dialogues. « L’anneau
pourrait parler à certaines personnes,
» dit Boyens. « Certaines personnes
entendraient des voix différentes…
Cette chose tenterait d’atteindre
les gens et de leurs parler, pas avec une
voix physique, mais avec une énergie
incorporelle, grâce à la musique
et les sons. Cela annoncerait que c’était
ce son incroyable, d’une manière
angélique, qui attire les gens. Ou
alors quelques personnages, comme Frodon
et Gandalf, pouvaient entendre quelque chose
derrière ce son, c’est-à-dire
la véritable voix de l’anneau
et les intentions de son créateur,
qui étaient absolument mauvaises.
» Jackson s’est ensuite concentré
sur la visualisation de cette idée.
« L’écriture du scénario
était un premier moyen de penser
au côté visuel du film, »
dit-il. « Et c’est un moyen
valable pour moi parce que je m’asseyais
devant l’ordinateur et j’écrivais
‘Très gros plan sur l’anneau
dans la main de Frodon. Cela émet
un son étrange.’ Donc même
au moment du processus d’écriture,
je réfléchissais comment j’allais
filmer l’anneau, et ce que j’allais
dire aux gars des bruitages. Pour cette
raison, le fait d’écrire les
descriptions dans le script est une chose
importante pour moi. »
L’équipe a aussi
donné un niveau métaphysique à
la profondeur du personnage, que l’on ne
trouve généralement pas dans les
objets inertes de tous les jours, ce qui a poussé
de nombreux spectateurs à voir l’anneau
comme une métaphore des maux de la dépendance,
une chose avec laquelle Jackson n’est que
partiellement d’accord. « C’est
vraiment une sorte de servitude, » dit Jackson.
« Je suppose que dans notre monde du 21ème
siècle, on utilise le terme de dépendance,
et je ne crois pas que Tolkien pensait à
cela lorsqu’il créait ses forces.
Il pensait à la servitude. Elles sont liées
dans le sens où quelqu’un qui est
dépendant à une drogue est évidemment
toujours dominé par celle-ci. Mais une
des passions de Tolkien était sa réticence
des machines et de ce que l’industrialisation
avait fait à l’Angleterre. »
poursuit Jackson « Plus on s’accroche,
et plus on en devient un serviteur, et plus on
la désire. Cela restreint notre liberté,
de la même manière que les usines
restreignent les libertés des ouvriers.
C’était certainement un thème
très fort qu’il voulait honorer.
»
Le clarification de l’anneau
en tant que personnage a finalement aidé
l’équipe à décrire
Sauron. « Une fois, Tolkien a décrit
le mal comme la volonté de dominer
par la haine, et c’est quelque chose
que nous avons utilisé comme modèle
dans le but de créer Sauron, »
dit Walsh, « mais Sauron ne fonctionne
vraiment qu’à travers des symboles
et des représentations du mal. Cela
nous a troublé, ce problème,
et on s’est battu pour le résoudre
pendant des années parce que, curieusement,
je pense que ce processus nous a pris environ
sept ans. Nous pensions à l’Exorciste
parce qu’on ne voit en fait jamais
la force du mal qui provoquait tant de chaos
dans cette maison et sur cet enfant, et
cela se manifestait de plusieurs manières
différentes, qui étaient absolument
terrifiantes. Et pourtant, si jamais j’étais
confrontée à une image du
diable en personne, cela ne serait probablement
pas du tout effrayant, alors j’ai
pensé, ok, le symbolisme c’est
mieux. La peur se base sur l’inconnu.
Donc nous étions heureux d’utiliser
les symboles de ce mal. »
Décrire les batailles
La bataille des champs du
Pelennor dans Le Retour du Roi est extrêmement
bien construite. Quand il commence à
écrire les séquences de bataille,
Jackson entre dans un niveau plus profond.
« C’est abrégé,
en quelque sorte. On passe d’une scène
à l’autre, parce qu’une
des choses que j’ai apprise avec les
batailles, c’est qu’elles deviennent
très, très rapidement ennuyantes,
» dit Jackson. « Donc il n’y
a pas vraiment de section des champs du
Pelennor qui dure plus de cinq minutes.
Cela devient impersonnel. Les effets peuvent
être aussi spectaculaires que vous
le voulez, au bout de cinq minutes d’effets
spéciaux, ils ne comptent plus. Ils
cessent d’être importants et
il faut simplement commencer à s’occuper
de ses personnages. » Les scénaristes
ont développé ce sentiment
avec les orcs. « Finalement nous avons
réalisé qu’il n’y
avait aucun moyen d’avoir une bataille
de cette taille sans que nous soyons capables
de vraiment personnaliser les orcs, et nous
avons donc créé un personnage
nommé Gothmog, » dit Jackson.
« En fait il y avait un personnage
nommé ainsi dans le livre, mais d’une
certaine manière nous l’avons
beaucoup plus utilisé que Tolkien,
et beaucoup de choses que nous faisons avec
les orcs sont vues à travers les
yeux de Gothmog. »
Un autre défi était
de suggérer que le Roi-Sorcier ne
pouvait être tué que par une
femme, sans que cela paraisse trop évident.
« C’est juste un de ces trucs
qui fait qu’on se tire les cheveux
lorsqu’on essaie d’écrire
le script, » dit Jackson. «
Comment faire cela sans laisser tomber l’effet
de surprise ? C’est une de ces choses
compliquées et nous avions finalement
deux petites graines. On a Gandalf qui parle
du Roi-Sorcier une heure avant qu’Eowyn
le combatte, en faisant la remarque suivante,
‘On dit que nul homme ne peut le tuer’,
donc on écoute ça et puis
on se dit, ‘Ok, il est invincible.’
Et quand on a le moment ultime, le Roi-Sorcier
a tout d’abord battu Eowyn et cassé
son bras, et on le voit la prendre et dire,
‘Pauvre fou, aucun homme ne peut me
tuer.’ Et à cet instant, il
se fait poignarder par Merry, qui est un
hobbit, pas un homme. Donc le Roi-Sorcier
est blessé et cela donne l’occasion
à Eowyn d’ôter son casque
pour laisser apparaître ses cheveux
blonds, et dire, ‘Je ne suis pas un
homme,’ et elle le poignarde. Donc
nous avons permis à cet instant de
se jouer par lui-même d’une
manière raisonnable. »
D’une manière
intéressante, la bataille la plus
difficile de Jackson était d’adapter
l’armée des morts. «
L’aspect que j’aime le moins
dans tout le livre, c’est l’armée
des morts, » dit Jackson. «
Ce sont des fantômes, mais ils ont
le pouvoir de tuer des orcs. Ils sont incroyablement
anti-dramatique. Il n’y a rien de
plus ennuyant qu’une armée
invincible, parce qu’il n’y
a aucun surprise. Nous avons essayé
d’utiliser l’armée des
morts de la manière la plus minimale
que possible. C’est quelque chose
que je n’aurais jamais mis dans le
film si j’avais pu faire sans, mais
c’est un passage tellement iconique
du livre… Je n’avais pas le
courage de les supprimer. J’avais
l’impression que cela ne serait pas
vraiment Le Retour du Roi sans eux. Mais
j’étais plutôt embêté
à cause d’eux pendant tout
le processus ! »
Rajouts
Traditionnellement, la production
réécrit certaines choses,
allant du simple dialogue à une lacune
dans l’histoire, mais à cause
de la complexité de ces films, des
réécritures majeures étaient
tout le temps nécessaires. «
Nous avons été suffisamment
chanceux de tourner pendant si longtemps
qu’à un certain moment on devient
perspicace, » dit Boyens, «
et comme on est toujours en train de tourner,
on peut corriger quelque chose dans le premier
film, même si on est en train de tourner
le troisième film. » Les réécritures
les plus importantes ont eu lieu après
les premiers montages de chaque film, lorsque
l’équipe pouvait voir où
étaient les problèmes. «
Il y a des fois où on a l’impression
d’avoir fait le pire film du monde,
» dit Jackson, « comme lorsqu’on
fait des modifications et que tout semble
encore si incomplet. » Ils avaient
intelligemment prévu deux ou trois
semaines de reshoots pour chaque film. «
Je pense que finalement, Les Deux Tours
était un problème à
cause des trois scripts que nous avions
écrit, Les Deux Tours était
le script qui nécessitait le plus
de travail, » dit Jackson. «
Il était un peu sous-développé,
et n’avait pas eu le soin et l’attention
que les deux autres avaient eu. Parce que
c’était essentiellement le
deuxième acte de la trilogie, de
la structure en trois actes, il avait reçu
le moins d’attention. C’était
partiellement dû à la pression
initiale associée à la création
du travail sur le premier film, et la grande
responsabilité de terminer la saga
proprement.
Dans Les Deux Tours, Walsh
voulait donner plus de profondeur à
Gollum. « Nous voulions vraiment que
cela soit clair qu’il y avait deux
personnages en un, » dit Walsh. «
Comment faire ça ? Comment rendre
cela vraiment clair ? Ce n’est en
fait pas si clair dans le livre, croyez-le
ou non. Et la meilleure façon de
procéder, c’était de
le faire parler avec lui-même. Et
nous avons réalisé qu’en
fait cela ne fonctionnait pas la première
fois – et c’est quelque chose
qui a été fait pendant les
reshoots. » A la fin des Deux Tours,
ils décidèrent de montrer
les Ents en train d’attaquer Isengard,
ce qui n’est que raconté par
Merry et Pippin dans le livre. La décision
a été prise selon une des
règles les plus importantes du réalisateur
: montrer plutôt que raconter.
Les reshoots dans le Retour
du Roi sont la scène du couronnement,
le dialogue de Gollum, la discussion sur
la mort entre Gandalf et Pippin, certains
passages des Havres Gris et les hobbits
revenant dans la Comté. « On
a découvert qu’on avait ni
écrit ni tourné quoique ce
soit de spécial d’eux revenant
dans la Comté, dans laquelle on voit
comment les autres hobbits réagissaient
par rapport à eux, » dit Jackson.
« Alors on a écrit la scène
du pub, dans laquelle le gars passe avec
l’énorme citrouille, et tout
le monde fait la fête pendant que
nos personnages sont simplement assis là
sans que personne ne fasse attention à
eux – ils sont ignorés. On
avait l’impression que c’était
similaire au retour de Tolkien de la Première
Guerre Mondiale, car après une telle
expérience, c’est apaisant
d’être entouré de ses
amis parce qu’il y a une compréhension
implicite de ce qu’on a vécu.
Quand on écrit le script, on pense
que chaque mot est extraordinaire et on
ne peut pas imaginer vivre sans tous ceux-ci.
Puis quand on le modifie, on le regarde
et il faut entreprendre de le voir comme
un membre du public. Puis on commence à
sentir ce qui n’est pas nécessaire
et ce qui ne fonctionne pas, et il faut
oublier ses théories parce qu’elles
ont disparu maintenant qu’on écrit
le film. »
Dénouements
Cela a pris plus de neuf
heures pour en arriver là, mais dans
le livre la scène est écrite
de manière très arbitraire.
Une fois que Gollum mord le doigt de Frodon
et prend l’anneau, il fait une danse,
glisse et tombe dans la Crevasse du Destin.
Pour leur propre bien, les scénaristes
savaient qu’ils devaient intensifier
le drame. « On se retrouve face à
un grand dilemme, » dit Boyens, «
Comment exactement et de quelle manière
est détruit l’anneau ? Nous
avons essayé différentes manières.
Dans le livre, c’était arbitraire,
et une des premières choses que nous
avons faite était de donner un rôle
plus actif à Frodon. Parce qu’on
s’est dit, les thèmes de la
narration du film vous diraient qu’on
a suivi ce personnage sur tout ce chemin
– et maintenant il va faillir dans
sa dernière et plus importante étape
et le moment culminant ne sera pas pour
lui ? Cela va être Gollum en train
de tomber ? » Jackson répète
cela : « On avait l’impression
qu’on ne pouvait pas faire ça
dans le film. C’est un exemple où
on sentait que notre responsabilité
en tant que créateur de film ne pouvait
pas conclure le film de cette manière.
On avait emmené Frodon dans cette
incroyable quête et on ne pouvait
pas simplement le laisser être un
spectateur impotent alors que Gollum glisse
accidentellement et tombe avec l’anneau.
Même si ce style fonctionne dans le
livre, on pensait que cela aurait pu être
un peu ridicule dans le film. »
Les scénaristes savaient
qu’il n’y avait qu’une
très petite marge pour savoir à
quel point ils allaient « atténuer
» Gollum. « Les thèmes
du livre, » dit Boyens, « nous
montrent fortement que le destin a un rôle
important dans l’histoire et c’est
incroyablement important pour Tolkien. Il
y avait quelque chose concernant le fait
que, très tôt, Gandalf avait
dit à Frodon que Gollum, ‘a
encore un rôle à jouer.’
Et on était très conscient
qu’en rendant Frodon plus actif dans
la destruction de l’anneau, on dégageait
quelque chose de l’intention de Gollum
que Tolkien nous avait montré. »
Tant de souci du détail
a permis à l’intervention de
Frodon de ne jamais faire de l’ombre
au rôle de Gollum. « Bien entendu,
il y a cette étonnante surprise que
Tolkien a créée, » dit
Jackson, « au moment précis
où il est capable de détruire
l’anneau, Frodon ne peut plus le faire.
Ce n’est que la présence de
Gollum qui permet à l’anneau
d’être détruit. Si Gollum
n’avait pas été là,
l’anneau n’aurait jamais été
détruit et Frodon serait tombé
complètement du côté
obscur – pour utiliser la réplique
d’un film de quelqu’un d’autre.
Donc on a Frodon en train de se battre avec
Gollum et c’est en luttant avec Frodon
que Gollum fini par tomber avec l’anneau.
Mais nous étions très soucieux
de le rendre ambigu parce que la question
est, ‘Est-ce que Frodon est en train
d’essayer de pousser Gollum dans la
lave dans le but de détruire l’anneau
?’ ou ‘Est-ce que Frodon essaie
de récupérer l’anneau
?’ On sentait qu’il préférait
essayer de récupérer l’anneau,
et qu’en fait il n’était
pas du tout en train d’essayer de
le détruire. » Cette décision
est renforcée par le thème
de servitude de l’anneau. Bien que
Jackson l’ait tourné avec un
peu d’ambiguïté, le débat
est court quand on considère à
quel point Frodon est grandement affecté
par l’anneau à cet instant
du film. Il n’a vraiment pas d’autre
choix que de se jeter sur l’anneau
dans un dernier effort égoïste
pour le récupérer. «
Oui, il l’est probablement, »
dit Jackson. « et je pense qu’Elijah
ressentait aussi cela parce que je lui ai
dit, ‘Ecoute il faut que tu joues
ça de deux façons. Tu dois
le jouer comme si tu ne savais pas exactement
quelles sont tes motivations.’ Et
il a dit, ‘Je peux faire ça,
mais je crois vraiment que je vais prendre
l’anneau.’ »
Comme dans le livre, c’est
Gollum qui tombe avec l’anneau, et même
cet aspect a reçu une attention spéciale.
« C’est un personnage plutôt
mauvais, » dit Walsh, « et c’est
pourquoi il est incapable de faire un sacrifice
pour le bien des autres. Mais il atteint son but.
Il tombe heureux. Ce que je pensais être
vraiment intéressant c’était
la question suivante, ‘Est-ce que Gollum
sait, juste avant de mourir, ce qu’est vraiment
l’anneau ? Et ce qu’il lui a fait
?’ Nous avons essayé d’atteindre
ce but, mais nous en sommes finalement arrivé
à une expression sur son visage. On est
dépendant de tout ce sérieux processus
d’animation et j’espère que
ça l’a fait. Mais je ne l’ai
pas assez vu pour savoir si de la compréhension
apparaissait sur son visage juste avant qu’il
ne disparaisse. »
Finalement, ils ajoutèrent
un lien plus profond que dans le livre, entre
le champ de bataille et la destruction de l’anneau.
Le montage alterné entre Aragorn frôlant
la mort et le combat pour l’anneau fonctionne
parfaitement bien. « Ce que Tolkien a fait
dans le livre était de nous amener directement
à deux doigts du précipice, »
dit Boyens. Même lorsque l’anneau
tombe, les scénaristes lui ont donné
une autre pulsation. « Il tient bon, »
dit Walsh, « Il se bat pour être,
pour rester. Mais une fois qu’il se rend,
une fois que cette énergie est supprimée
du monde ; alors toutes les choses auxquelles
il donnait son énergie perdent leur pouvoir.
» Le cri inhumain de Sauron et les tremblements
de terre détruisant les armées d’orcs
renforcent l’achèvement absolu du
mal. « C’est un peu confus dans le
livre, » dit Jackson, « mais c’est
tout ce qu’il y a à faire en liant
les instants et en pensant comme un réalisateur.
On a demandé aux gens de venir pour les
films pendant trois ans à la suite, pour
en arriver là, et donc je voulais faire
quelque chose qui était suffisamment spectaculaire
pour que tout le monde ait l’impression
que la quête en valait la peine. »
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