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Tome
1 :
Nouvelle-Crobuzon est une gigantesque cité
industrielle, sombre, glauque et grouillante
de vie, dans laquelle cohabitent de nombreuses
races étranges, et où les
bio-thaumaturges qui transforme les condamnés
en hybrides mécaniques côtoient
artistes et révolutionnaires, tout
cela sous la domination d’un gouvernement
irrémédiablement corrompu
s’appuyant sur sa toute-puissante
milice pour faire régner un semblant
d’ordre.
Yagharek, homme-oiseau provenant d’un
lointain désert, dont les ailes ont
été arrachées en châtiment
d’un crime impardonnable, parvient
dans cette ville à la recherche d’un
homme capable de lui permettre de voler
de nouveau. Sa destinée s’entremêlera
avec celle d’Isaac, bouillant scientifique
en marge de sa communauté, de Lin,
la khepri rebelle sachant sculpter sa salive
comme nulle autre, et de Derkhan, idéaliste
au service d’un journal révolutionnaire.
Mais, pendant ce temps, les bio-thaumaturges
fous au service du gouvernement laissent
échapper des créatures de
cauchemar qui s’apprêtent à
semer la terreur sur Nouvelle-Crobuzon… |
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Perdido
Street Station fait partie de ces ouvrages
qu’on peut qualifier de livre-univers. La
mégalopole décrite par China
Mieville est une merveille d’imagination,
débordante de vie, de créatures
étranges, d’inventions farfelues
ou démoniaques. Si l’histoire en
elle-même est particulièrement bien
menée malgré un démarrage
assez loin, l’intérêt du texte
réside surtout dans la description de toutes
les facettes de la cité. Chaque chapitre
est l’occasion de découvrir un nouveau
quartier, une nouvelle race, ou un autre aspect
des règles complexes qui régissent
la vie des habitants de Nouvelle-Crobuzon.
Le premier tome peut sembler trop lent, car il
est particulièrement descriptif. L’auteur
s’attache surtout à faire découvrir
Nouvelle-Crobuzon au lecteur, à introduire
chacun des personnages, à semer les graines
de l’histoire à venir. On a donc
tout d’abord l’impression que l’intrigue
est très loin d’être à
la hauteur du cadre dans lequel elle se déroule.
Elle s’emballe cependant à la fin
du premier tome, et le second est purement jouissif,
tant par la façon dont s’assemblent
les différents morceaux du puzzle présentés
dans le premier que par la découverte de
certains des aspects les plus fascinants de Nouvelle-Crobuzon.
Et si les gorgones peuvent sembler, au premier
abord, être des créatures assez peu
redoutables comparées aux monstres peuplant
les cycles d’héroic-fantasy, leur
véritable nature et le danger qu’elles
font peser sur le monde se révèle
pleinement par la suite.
L’ambiance rappelle quelque peu les ouvrages
cyberpunk de William Gibson : les personnages
principaux sont loin du profil classique du héros,
ils sont pris malgré eux dans une tourmente
au cœur de laquelle ils cherchent surtout
à survivre. Ils ne sont que des pions ou
des insectes aux yeux des groupes les plus puissants
de la ville, et ne peuvent guère espérer
y changer grand chose. Et si leur action peut
se révéler efficace contre les gorgones,
la vie continuera comme auparavant à Nouvelle-Crobuzon,
et ils seront rapidement oubliés. Tandis
que les puissants continueront à gouverner,
à comploter ou à trafiquer sans
que cet épisode n’ait rien changé
à leurs habitudes. Tout ceci contribue
à créer une atmosphère particulièrement
sombre. L’espoir existe, bien sûr.
Mais il reste limité.
L’écriture est particulièrement
travaillée, et fourmille de morceaux de
bravoure. Certains passages, tels que la rencontre
avec la Fileuse ou la prise de conscience du premier
artefact sont de petits chefs-d’œuvre.
Le livre lui-même est à la croisée
des genres. Son cadre, proche de la révolution
industrielle, rappelle les textes steampunk tels
que La machine à différences de
Sterling. Le foisonnement de races étranges
vivant en relative harmonie se rapproche du Majipoor
de Silverberg ou des Ombres d’Abyme de Gaborit.
Tandis que les bio-thaumaturges et leurs inventions
démentielles font irrésistiblement
penser aux savants granbretons de Hawkmoon.
Au final, Perdido Street Station est
une œuvre qui mérite vraiment d’être
découverte. Bien loin de la plupart des
clichés, on a ici un univers riche et original,
une intrigue bien menée et des personnages
très attachants, tout cela servi un style
particulièrement ciselé. En bref,
un régal pour quiconque ne sera pas rebuté
par l’aspect très descriptif du premier
tome et l’ambiance noire qui se dégage
de l’ensemble.

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