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Nous n'allons pas ergoter longtemps
sur l'appartenance de ce roman au genre fantasy.
En plus d'un World
Fantasy Award en 2003, on sait depuis longtemps
que fantasy ne rime
pas fatalement avec dragons, chevaliers, et mondes
à sauver.
Heureusement !
Graham Joyce, lui-même originaire de Conventry,
nous offre ici une formidable chronique familiale,
nous donnantla possibilité de partager
un peu plus d'une décennie de vies, et
nous y faisant rentrer de plein pied en quelques
pages à peine. De vies au pluriel, tant
les destins des différents protagonistes
sont liés par des attaches particulièrement
fortes les uns aux autres. Et tous tournent autour
de trois protagonistes en particulier: Cassie,
son fils, mais également Martha, matriarche
haute en couleurs ! Ces trois êtres - au
demeurant de caractères bien contrastés
- partagent un lien spécial avec les esprits
qui hantent parfois les vivants, et pas seulement
leurs souvenirs...
Pour autant, l'auteur parvient à ne pas
étouffer les autres voix qui s'élèvent,
la garde du petit Frank par différents
membres de la famille offrant autant de perspectives
habilement évoquées. On retiendra
par exemple la relation entre William et la femme
d'un ancien camarade de guerre, le couple Beatie/Bernard
rêvant de changer ce monde à reconstruire,
la rustique existence campagnarde d'Aida et Tom...
Au détour de chaque phrase, on peut discerner
tour à tour humour ou mystère. Et
le fameux secret de Cassie, lors de la nuit du
bombardement, nous est révélé
sans attendre les dernières pages, mais
aux deux tiers du roman, lors d'un chapitre de
haute volée... Ce qui n'empêche pas
la suite de s'avérer tout aussi prenante,
avec ces petites histoires en recelant de plus
grandes, ou du moins leurs éclats, presqu'apaisée.
La plume de Joyce, indéniablement talentueuse,
caustique ou pleine de tendresse avec un bonheur
égal, nous rend tous ces personnages proches
(à défaut d'être toujours
sympathiques), comme s'ils étaient là,
près de nous, à lire par-dessus
notre épaule, soucieux ou souriant. Qu'il
s'agisse du pauvre Gordon au sourire de charogne,
ou même Annie-les-chiffes, second rôle
par excellence.
Joyce signe là un grand roman, tous genres
confondus, dont la discrète dimension magique
n'occulte en rien la profonde complexité
de la nature humaine, qui, au travers de ces multiples
tableaux, s'illustre avec sincérité
et chaleur.
Une très belle découverte.

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